CHAPITRE PREMIER
Introduction.
* On peut étudier l'origine des États à deux points de vue : soit en recherchant dans l'histoire les conditions et les circonstances qui ont entouré leur naissance ; soit en poursuivant parla spéculation la cause fondamentale et commune qui forme tous les États, la base juridique de TÉtat. L'histoire donne des résultats variés et distingue par suite plusieurs causes créatrices; la spéculation part de l'unité de la notion de l'État et veut trouver un fondement un.
Instruisons-nous par l'expérience avant de recourir à la réflexion philosophique.
L'origine des premiers États échappe à nos connaissances bis toriques; ils existaient au moment où l'histoire commence devenir quelque peu certaine*. Les antiques livres des Juifs eu: mêmes, en nous montrant la naissance de l'État juif, suppose l'existence d'un État plus ancien, celui d'Egypte, et ne nous '
NAISSANCE ET MORT DE l'ÉTAT. 237
ient rien de son origine. Peut-être même ce dernier avait-il pris
odèle sur TÉtat indien, dont le premier essor reste également obscur dans les livres sacrés des Brahmanes.
Hais combien d'États n^avons-nous pas vus naître et mourir depuis! L'histoire semble donc éclairer ces deux actes bien smieux que la seule spéculation. Les Ëtats de l'Europe ancienne ni péri depuis des siècles ; ceux de l'ancienne Asie ont eu généalement le même sort; la naissance de presque tous les États ctuels appartient aux temps historiques; quelques-uns sont «même encore bien jeunes; toutes les circonstances qui ont mené et entouré leur formation sont connues. Et cependant ici ncore, comme dans toute création physique ou morale, la force réatrice demeure cachée, par une sorte de mystère divin. Les causes qui ont produit un État, n'ont pas seulement un î jfitérêt psychologique et historique; elles exercent une influence c^onstante sur sa vie et déterminent souvent son rang et ses rapl^orts^
Aussi les modes divers de la naissance des États présentent-ils peut-être autant d'intérêt pour le droit public que les modes d'ac- C|uérir la propriété pour le droit privé; c'est bien à tort que les modernes les négligent et ne s'occupent que de ceux-ci. * On peut en distinguer trois groupes :
4) Les modes originaires : la formation est entièrement nouvelle ; elle naît directement de la nation et du pays sans dériver d'aucun autre État.
2) Les modes secondaires : la formation se produit également de V intérieur; elle émane de la nation, mais en se rattachant à l'existence de plusieurs États qui s'unissent pour former un tout, ou d'un État qui se rompt pour en former plusieurs.
3) Les modes dérivés : la formation se produit du dehors, de r extérieur*.
La formation nouvelle ne doit pas être confondue avec les simples changements de constitution. Bodin déjà marquait la diffé-
< Toequevillêf Dém. en Am., I, p. 45 : € Les peuples se ressentent toujours de leur origine. Les circonstances qui ont accompagné leur naissance et lervi à leur développement influent sur tout le reste de leur cprrière. »
23S THÉORIE GÉNÉRALE DE l'ÉTAT.
rence^ Rome, monarchie ou république, demeure le
Etat ; ses changements ne sont que les périodes diverse vie d*un même être.
^ Bod,, de Rep., IV, c. 1. Il appelle les seconds « cônversiones » versionem cmtatis appelle, cum status ipsius convertitar ac mutatur; id autem fit cum imperium populare ad unum, aut p« potestas ad omnes cives defertur, contràque. »