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III. — LA THÉORIE DE LA FORCE

a L'État est l'œuvre de la domination violente ; il a pour fon-^ dément le droit du plus fort, » disent certains philosophes, et^ plus souvent, les despotes*.

Le principe est utile à ces derniers: il légitime tout acte de violence. Mais il sert aussi, indirectement, la révolution assez forte pour triompher. 11 est ordinairement invoqué par la force brutale qui viole le droit. C*est un sophisme, séduisant pour le puissant seulement, qui trompe moins le faible qu'il neTécrase.

Vliistoirey dit-on, en montre la vérité. 11 est vrai que la force a créé plus d'États que le traité ; mais il est extrêmement rare qu'elle ait alors seule agi et avec l'arbitraire qui lui est propre. Seule, elle n'a jamais fondé rien de grand ni de durable. Lorsque des circonstances violentes, et spécialement la guerre, ont fondé des États, la force n'a été le plus souvent que la servante du droit ; elle brisait simplement l'obstacle qui s'opposait aux flots de la source ; elle ne créait pas le droit, mais l'appuyait et forçait de le

* Plularque (Vie de Camille, 17) fait dire à Brennus : « Le plus fort est le maître des biens du plus faible ; telle est la plus ancienne des lois, et elle 8*étend depuis les dieux jusqu'aux bêtes. »

reconnaître. Quand la force apparaît seule dans l'histoire, elle fonde rarement ; elle détruit et tue.

La théorie de la force est d'ailleurs en contradiction flagrante avec la liberté personnelle ; elle ne connaît que des maîtres et des esclaves; à peine admet-elle des affranchis. Elle contredit aussi directement l'trf^e du droit, dont la nature est évidemment intellectuelle et morale, et place sur le trône un pouvoir physique brutal. La force est appelée à servir le droit; lorsqu'elle veut être elle-même le droit, elle est une révolte contre le droite

Cependant il y a un fond de vérité jusque dans ces erreurs. Elles relèvent un des éléments indispensables de l'État, la puissame (Macht), et ont ainsi un certain avantage sur les doctrines qui, fondant la société sur l'arbitraire des individus, conduisent logiquement à l'impuissance. Elles s'appuient sur des réalités, sur des faits, et ne tombent pas dans les songes d'une spécula- ^ïonpure, auxquels les circonstances résistent.

La puissance est nécessaire au-dedans et au dehors ; aucun Etat ne peut naître ni s'affirmer sans elle. Là où les rapports de puissance sont affermis, la force a cherché à s'unir au droit et, généralement, elle y est parvenue ; elle s'est fait reconnaître, purifier, sanctifier par le droit. Sans le droit, la force est bestiale, c'est le loup qui dévore l'agneau ; unie au droit, elle devient digne de la nature morale de l'homme.

' Smitthenner, I, p. 13, cite une belle parole de Rousseau (Cont. soc, eh. 1. 3) : « Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et robëissance en devoir. »

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