‹ Théorie générale de l'étatChapitre 7 sur 118 · XII PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE DU TRADUCTEUR

gieuses et métaphysiques. Les religions elles-mêmes ne sont pas immobiles : elles ont un développement nécessaire, quoiqu'elles aient une base permanente et incommutable dans la crainte et l'amour de Dieu, comme la physique dans la réalité de l'existence des corps. Mais, par un mystérieux enchaînement, les deux grandes divisions des sciences humaines se prêtent perpétuellement un admirable appui, et les connaissances physiques que nous acquérons élèvent et élargissent nos conceptions morales.

Je voudrais un livre qui, partant de l'origine du monde, et s'entourant à chaque pas de toutes les connaissances de l'époque qu'il décrirait, pût montrer le développement successif des idées humaines sur Dieu, le monde, la création, l'homme, l'État, l'avenir de l'humanité. Autres évidemment devaient être les conceptions générales de l'homme qui faisait de la terre plate, ou plutôt du bassin méditerranéen, le centre du monde, l'entourait d'un grand fleuve chargé de ramener, la nuit, les astres à rOrient, et plaçait ses dieux de chair dans les nuages ou sur la montagne voisine; autres celles de l'idéaliste moderne qui, contemplant la voûte rayonnante des cieux comme le développement sans limite et sans fin des existences contingentes, jette ensuite un regard sur lui-même, sur notre monde infime, et résumant dans son âme toutes ses connaissances et toutes ses aspirations, conscient de l'harmonie et de la grandeur de l'œuvre, marque la place de l'homme sociable dans l'échelle indéfinie des intelligences créées, et élève son cœur vers le Père immortel et infini des choses ^

M. Bluntschli, dans son remarquable ouvrage, nous fait assister à ce mouvement dans le haut domaine des conceptions politiques ^. Il nous montre la formation d'abord inconsciente

* C*est ainsi que de Dieu IHnvislble statue, De force et de grandeur et d'amour revêtue, Par tous ces ouvriers dont Tesprit et la main Grandira d'âge en âge aux yeux du genre humain; Et que la terre, enfin, dans son divin langage, De pensée en pensée achèvera l'image.

(Lamartine, La chute d'un ange, VIII.) 2 Voy. aussi, à ce point de vue, le beau livre de M. P. Janet : Histoire de la science politique dans ses rapports avec la morale. Mais il ne nous conduit qne jusqu'à la tin du siècle dernier (1789.)

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