‹ Théorie générale de l'étatChapitre 8 sur 118 · PRÉFACE DU TRADUCTEUR. XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU TRADUCTEUR. XIII

de l'État, sa cause une et permanente dans la sociabilité humaine, sa cause prochaine et accidentelle dans Tinégalité et la diversité des individus, des lieux, des circonstances, en même temps que dans la libre volonté de l'homme. Il peint en traits rapides les divers systèmes que Thistoire nous présente ; il résume les formules des penseurs, et il donne enfin la sienne. Pour lui, TÉtat moderne est une granide personnalité politique qui embrasse toute une nation dans un large pays. On doit le concevoir comme un gigantesque organisme qui naît, grandit et se développe, puis meurt, parce que toute vie organique est périssable. Mais cet organisme est, comme Thomme lui-même, doué d*un corps et d'une dme. Il a un esprit, une volonté consciente d'elle-même, des organes qui l'expriment et Texécutent. A un point de vue plus large, l'humanité elle-même est également un organisme, imparfait encore et dépourvu d'organes qui élaborent et formulent consciemment sa volonté; mais elle doit un jour se parfaire et s'achever dans l'État universel. On peut même chercher à en déterminer l'âge actuel. L'humanité a eu son enfance dans les temps primitifs et héroïques, sa brillante adolescence dans la période classique de la Grèce et de Rome ; elle commence aujourd'hui sa virilité*.

La langue du droit public est encore assez mal fixée. Certaines expressions sont perpétuellement équivoques ; d'autres, mal faites et cause d'erreurs, quoique généralement employées. M. Bluntschli améliore certainement la langue technique par son exacte définition des castes, des ordres, des classes, et plus spécialement par son importante distinction du peuple et de la nation. Le peuple est un être de culture, un organisme imparfait et largement inconscient. La nation implique le lien politique, l'État; elle est l'élément personnel du corps social; elle forme, avec le pays, un être organique parfait. Ainsi le peuple s'oppose

* M. Bluntschli fait commencer Tâge moderne non pas vers, mais en 1740, année de Tavènement du Grand Frédéric. Cette date est un peu prussienne, et montre Tinfluence des milieux.

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