Uoligarchiey ou la domination des riches à leur profit
3. La démocralie^ , suivant le mot d'Aristote; Vochlocratie, suivant les modernes, ou la domination arbitraire de la foule pauvre (on peut ajouter : et grossière).
11 semble, au premier abord, que la division d'Aristote donne une importance exclusive au nombre des personnes qui forment le pouvoir suprême, à peu près comme le système de Linné détermine le genre des plantes par le nombre des étamines. Est-ce donc qu'Aristote abandonne aussitôt le principe qu'il a posé? Sa division ne se base-t-elje plus sur la qualité^ mais sur la quantité? Aristote a compris l'objection ^ ; aussi nous rend-il attentifs que la différence dans le nombre est en relation naturelle avec la différence dans la qualité, et qu'en définitive, c'est celleci qui est le vrai critère. Cependant, il n'exprime pas avec assez de précision les éléments de la qualité.
« Pol,IlI, §5,1,2.
2 Pol., 1, 5, 4, 5 Cicéron exprime ainsi la pensée d'Aristote : < Quum pênes unum est omnium summa rerum, regem illum ununi vocamus, et regnum ejus reipublicse statum. Quum autem est pênes detectosj tum illa civitas optimatium arbitrio régi dicitur. Illa autem et civitas populariSj in qua in populo sunt omnia. » Les trois formes deviennent auormales lorsque « ex rege dominus (fit), ex optimatibus factio, ex populo turha et confusio. » (deRep., I. 21 et 45.)
3 Arist.f Pol., 1, 5, 7. Les critiques de plusieurs modernes m'avaient d'abord trompé, et dans mes « Studien » j'avais fait au grand maître un injuste reproche. Sparte était une monarchie, malgré ses deux rois; Venise, une république, malgré son doge unique.
De plus, sa division doit être co7nplétée,Ses trois formes supposent toujours que l'autorité suprême appartient à des hommes» Or il est des États qui considèrent comme leur chef unique, véritable et suprême, soit Dieu lui-même, soit une divinité quelconque, un esprit surhumain ou une idée; les hommes qui les gouvernent n'y sont réputés que les serviteurs et les gérants d'un maître invisible et souverain, exempt des faiblesses humaines.
Cette quatrième forme peut être appelée idéocratie (théocrcUie), lorsqu'elle se propose le bien des gouvernés ; idolocralie, lorsqu'elle est dégénérée.
Observcuion, — Schleiermacher prétend que les formes antiques de la monarchie, de Taristocratie et de la démocratie « se pénètrent continuellement Tune l'autre, » et qu'ainsi, dans la démocratie ellemême, les chefs se présentent comme une aristocratie, et quelquesuns, Périclôs par exemple, comme des monarques *. On pourrait en dire autant des monarchies, et Mirabeau s'écriait avec raison : « Dans un certain sens, les républiques sont des monarchies, et dans un certain sens, les monarchies sont des républiques *. » Cependant, la distinction n'est pas oiseuse ; il demeure vrai que le genre du pouvoir suprême donne à toute la constitution un caractère spécifique, et que les principes politiques les plus importants s'y rattachent intimement.
* AbhandluDgen der Berl. Akademie der Wissenschaft, 1814 : < Ueber die Begriffe der verschiednen Statsformen. » ^ Discours de 1790, dans ses Œuvres, VIII, 139.