A. — LA DÉMOCRATIE DIRECTE ( ANTIQUE
Les anciens n'entendaient pas la démocratie (8eaoxpaT(a, règne ^Vi démos, des citoyens libres) comme le font les modernes, ^îirtant de VÈtat, ils avaient cherché la liberté de tous dans le ^ègne politiquement égal de tous. Les modernes, au contraire, I^artent de la liberté individuelle, et veulent en sacrifier le moins (Possible au tout, obéir le moins possible. La démocratie ancienne 4tait directe, tantôt absolument, tantôt dans une forme mitigée; la démocratie moderne est presque toujours repr^sew^aiitje. L'une ^*est évidemment possible que dans un État peu considérable; Vautre Test même chez un grand peuple.
Les Grecs, avec leur système de petits États, trouvèrent dans les formes démocratiques la satisfaction de leurs goûts politiques. Leurs anciennes monarchies et leurs aristocraties présentent elles-mêmes quelque chose de démocratique, lorsqu'on les compare soit à la monarchie moderne soit à l'aristocratie romaine. IwiCurs plus grands philosophes, quoique peu favorables à la démocratie absolue d'Athènes*, placent cependant leur idéal de
* Àristotê, lénophon et Platon s'accordent sur ce point.
gouvernement dans la démocratie tempérée, qu'ils décorent de préférence du nom de politie,
La démocratie atteignit à Athènes son expression la plus logique. Aucun État n'en fait mieux comprendre la nature. Le peuple y exerça le pouvoir comme jamais depuis.
Presque toutes les affaires de TÉtat étaient portées à Y assemblée populaire (exxXecjw) ; et celle-ci se réunissait si souvent, qu'L faut se rappeler, pour le comprendre, que les travaux ordinaire: ou professionnels étaient confiés à de nombreux esclaves.
Expression visible du démos aux cent têtes, cette assemblée comprenait tous les citoyens honorables âgés de vingt an accomplis. Les Athéniens se sentaient en elle les maîtres cL< rÉtat, et chacun d'eux une portion du souverain. Le règne del majorité et la participation de tout citoyen au pouvoir, ces deu traits caractéristiques de la démocratie, y recevaient tout I développement possible ; tout citoyen pouvait y prendre libre ment la parole. Au temps de Solon, Tàge donnait encore quelqii privilège; cette restriction et toutes celles qui atteignaient Yé galité démocratique furent bientôt rejetées. L'orateur eut l champ le plus libre. La violence des discours entraînait, en flammait la foule sans règle. Heureuse la république lorsqu de grands hommes d'État comme Périclès pouvaient soutenir ei orateurs leurs opinions! Mais le plus souvent, des démagogue adroits et ambitieux s'emparaient des esprits et gouvernaien les masses par les passions. Rien dans l'État moderne ne peu donner une idée de l'influence de l'orateur athénien. Son discour s'emparait des auditeurs assemblés, avec bien plus de force qu la presse moderne ne fait de ses lecteurs dispersés ; son actio était bien autrement directe et vive. La voix, l'éclat des yeu3 les gestes pleins de vie, multipliaient le sens et l'effet des paroles et l'approbation de la multitude attentive et consciente de se pouvoirs donnait à la délibération un irrésistible élan. Le débats de nos modernes parlements n'en fournissent qu'un faible image : l'assemblée est plus petite et plus choisie, et n' qu'une puissance restreinte.
Les pouvoirs de Yecclesia embrassaient toute la vie de l'État
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En vain Solon les avait-ils bornés à Télection des magistrats, au g^oiiyernement, à la discussion des lois avec simple avis. Le d^TiioSj excité par ses orateurs, brisa bientôt ses limites. Les dé' cisions du peuple {^r[^t(sixoLTOi) devinrent définitives, et il décida de tout en despote absolu, même contre les lois^.
Théoriquement, la législation appartenait encore aux nomoth^étes, sans doute. Mais en fait, les votes de l'assemblée détermÎBaient presque toujours les résolutions de ceux-ci, qui n'étaient d'ailleurs qu'une commission nombreuse tirée de son sein pour chaque cas particulier. Uecclesia avait par contre la décision des plus importantes affaires de gouvernement. Elle écoutait les ambassadeurs étrangers, nommait ceux d'Athènes, déterminait leurs instructions; elle décidait de la paix et de la êTuerre, faisait les généraux, réglait la solde et même la conduite des armées; elle fixait le sort des villes et des pays conquis, Pï'ononçait sur l'admission ou la reconnaissance de nouveaux dieux, de fêtes religieuses, de nouveaux sacerdoces, accordait des droits de bourgeoisie et des privilèges. A chaque prytance (^5 Ou 36 jours), on lui rendait compte de l'état des finances, des revenus et des dépenses. Elle votait les impôts, déterminait ^^ capitation à payer par les étrangers {métoeques), fixait la nàon- ^^^e, encourageait les contributions volontaires. Elle donnait ^^n approbation à la construction des temples, des monuments Publics, des murs, des routes, etc., et des vaisseaux ; elle en ^^lait même les conditions les plus importantes. Elle votait des **ûnds pour des plaisirs publics et des spectacles gratuits. Elle ^ ^vait pas, il est vrai, la juridiction criminelle ordinaire; mais, ^^ns les cas extraordinaires, notamment lorsque la loi n'avait pas Pî*évu le crime ou que des circonstances aggravantes semblaient autoriser une mesure spéciale, l'accusation était également Portée devant elle; elle déterminait alors la peine, et même, ^^Uvent, prononçait sur la culpabilité. La décadence qui suivit ^^ près la période brillante de celte démocratie extrême, aug- ^^Oia les abus de sa justice populaire.
Oomp. Arisioïc, Pol., IV, iv, 4 et 6.
Les décisions étaient prises à la mo/ori^^ des citoyens présents. L'intelligence du peuple, jusque dans ses dernières classes, était plus cultivée qu'elle ne fut nulle part depuis. La foule savait apprécier les tragédies de Sophocle et d'Eschyle; Démosthène avait prononcé ses discours devant elle; elle était riche par k commerce et la victoire, et par les salaires élevés qui récompensaient tout genre de travail libre. Et cependant, à Athènes même, les majorités furent incapables de résister aux séduction: des démagogues et d'exercer sagement le pouvoir. La minorité des citoyens les plus nobles et les plus riches fut opprimée, e Xénophon put dire, en songeant à sa ville natale, que, « dans le démocraties, le sort des méchants est plus heureux que celi: des bons ^ »
D'après la constitution de Solon, la puissance de l'assemblé populaire était restreinte et guidée par un conseil plutôt arisU cratique, basé sur les quatre tribus primitives : chacune d celles-ci était divisée, d'après la fortune, en quatre classes, dai les premières avaient des droits et des devoirs plus étendus, d manière à assurer dans le conseil la prédominance de lafortuni et de l'éducation. Mais depuis Glisthènes (510 ans avant J.-C), la foule s'empara complètement du pouvoir. Le conseil des Cinq-cents devint une petite assemblée populaire, non élue mais tirée au sort et divisée, également par le sort, en dix bureaux (prytanées) de cinquante conseillers; et tous les trente-six jours, un nouveau bureau prenait la direction des affaires. Ce conseil, né de la foule et s'élevant au-dessus d'elle, mobile comme l'écume du vin de Champagne, pour se dissoudre aussitôt dans son sein, ne pouvait avoir d'autorité, il facilitait simplement le soin et la division des affaires, et rendait le self-gouvernement possible.
D'après Solon encore, les archontes, hauts magistrats d'abord
• Xénophon, sur Athènes, I, 1. Le même, II, 19 : « Le peuple athénien sait très bien distinguer les bons citoyens des mauvais; mais il préfère les mauvais et hait les bons, parce qu'il est persuadé que la haute vertu de quelques-uns n'existe pas pour le bien, mais pour le mal de la foule. Peu lui importe que l'État soit bien gouverné, pourvu que la multitude soit libre e* maîtresse. » (I, 8.)
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nommés eupalrides^ devaient être choisis dans la classe des plus riches (des pentakosimédimnes). Lorsque la démocratie l'eut complètement emporté, on les nomma par le sort entre tous les citoyens, et ils ne furent bientôt que les serviteurs du démos et les présidents impuissants des nombreuses cours de justice. Celles-ci, organisées démocratiquement, formaient une sorte d'assemblée populaire comprenant six mille jurés; chaque procès, suivant son importance, était jugé par cent ou par mille d'entre eux. Aristophane flagelle trop justement, dans ses Guêpes, le honteux métier des sycophantes et l'ambition intéressée des masses, qui ne songeaient qu'à participer aux honoraires et au pouvoir des juges. Plus préoccupés des luttes et des intérêts de parti que de l'application impartiale du droit, ces vastes tribunaux se regardèrent bientôt comme les soutiens et les promoteurs de la populace, et devinrent les arènes tumultueuses de toutes les passions. La corruption grandit, et l'arbitraire et le despotisme de la foule s'exercèrent dans la forme du droit*.
\ Voyez, sur la constitution d'Athènes, Texcellent ouvrage de Herrmann, Griech. Statsalterhiimer, [et Georges Verroi, Essais sur le dr. pub. 'd'Athènes; Paris, 1867].