‹ Théorie génétique de la réalitéChapitre 12 sur 63 · I. INTIini'ln'.TATION KTIlMylE · texte numérisé non relu

I. INTIini'ln'.TATION KTIlMylE

Ic'iieur et celle de rintéricur est incomplet, i-a première exige un commencement de médiation de la chose extérieure réelle, dû à l'idée (|ui rappelle et représente celte clios^ ; la seconde, la médiation de la valeur ou de la signification sélective attribuée à la chose ; cette médiation est due à l'emploi de l'idée comme moyen de parvenir à des fins per- 8onnelles(l).

En l'absencQ d'un développement marqué de ce dualisme, on doit s'attendre précisément au genre de confusion que l'on constate en réalité : la chose est regardée comme étant, et étant seulement, ce que fait d'elle l'intérêt dominant, l'intérêt exclusif, tel qu'il est déterminé par la société. Parfois les intérêts changent : l'un cède la place à un autre, la chose prend une signification différente. Les résultats les plus curieux se produisent dans le domaine de la classification, où les classes dues à l'intérêt émotif et actif prennent la place de celles qui ont un caractère logique et que l'homme civilisé emploie presque exclusivement.

Le résultat est frappant ; du point de vue logique, on constate simplement une grande confusion. Il semble que le sauvage ne puisse parvenir à voir, à entendre, à sentir comme il faut, à avoir des associations d'idées normales, des souvenirs exacts. On dirait qu'à part ses intenses et sombres émotions son imagination est sa seule faculté vigoureuse. Il est hanté par des images effrayantes. Comme nous l'avons déjà fait remarquer, il est rarement libre de soucis ; il a une gamme étendue d'émotions sociales, dans les catégoriesdesquelles ses perceptions sont organisées. Un ensemble de représentations collectives assimile si bien ses différentes sensations qu'il n'isole pas les faits ni ne juge à la lumière de ce que nous appelons la vérité.

subjectif comme tel, du subjectif opposé à l'ordre physique objectif, ne date que de Socrate, chez qui le mouvement sophistique atteint son apogée. Mais, bien entendu, les Grecs, comme tous les autres peuples, faisaient usage de cette distinction dans la vie pratique, s'ils ne la formulaient pas dans une interprétation réfléchie. Voir mon History of Psychoîogy, tome I, chap. iv.

(i) Ces deux processus ont été introduits dans la pensée grecque par la « relalivilé » des sophistes. Voir ibid., tome I, chap. iv.

Mais une fois que nous avons recoanu que son esprit est absorbé pai' les croyances et les coutumes régnantes, auxcfuelles il ne peut échapper, et <jui ne séparent pas la chose en ell^-même de tout ce qu'y ajoutent l'intention et la sanction sociales, nous voyons quelle est sa position et nous comprenons en partie sa pensée. Ce qui le différencie de l'enfant civilisé, c'est que, contrairement à lui, ce dernier est élevé de manière à devenir un observateur indépendant et un individu guidé par la logique, à distinguer entre ce qu'il voit et ce qu'il désire ou préfère, à employer la chose consciemment comme un moyen de parvenir à des lins tant personnelles que sociales, sans nier son eadstence distincte ni dénaturer sa signification objective- Le saavâge ne tire aucun de ces avantages de l'éducation qu'il reçoit. Au contraire, ses maîtres sont aussi simples que lui ; son éducation le force à ne voir qu'avec les yeux, à n'entendre qu'avec les oreilles de son groupe social. Il suce avec le lait l'interprétation traditionnelle de toutes ses sensations et de toutes ses perceptions, interprétation mystique, religieuse, émotive; et, par suite de la concui'rence que leur fait l'intérêt prédominant de la solidarité sociale, les impulsions personnelles qui tendraient à le faire penser pai' lui-mérae sont sans influence.

15. 2° l\y a encore un autre dualisme, qui est apparenté au premier, et qui clarifie et éclaire la vie de réflexion, c'est le dualisme entre l'esprit ou la vie, considérés comme quelque chose de spirituel, et la chose matérielle inanimée. L'esprit et le corps sont les termes d'un dualisme qui semble indiquer une véritable crevasse dans la nature ; ne pas distinguer les termes de ce dualisme, c'est tomber dans une confusion évidente. Gela apparaît sous une forme frappante dans les sociétés primitives, et l'état des choses y est compliqué par les interprétations particulières dont les animaux y sont presque toujours l'objet.

Ce qui montre bien que cette confusion est de nature prélogique, c^estTabsence, chez les peuples primitifs, des deux grandes distinctions toujours observées par la pensée logique : la distinction entre les personnes et les choses, et la distinction entre les individus, particulièrement entre le moi per-

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sonnel et les iiulros moi, entre e(jo ot allvr. Ces deux distinctions sodI encore coinpliquéea, dani< la pensée Jogicjue, par la [)lacc altribuce aux animaux, ce qui a été l'occasion de certaines tournuies inlcressantes prises par le développement do la pensée. I^a place assi^^née à Janîmal dans la pensée primitive est dcA plus su^^j^-^estives. Nous allons considérer la vie primitive du point de vue de ces deux genres de dualisme. EUidious d'abo'rd celui qui est Je plus développé. If). La distinction radicale qui existe entre reaprit et le corps n'est évidemment pas présente dans la pensée primitive ;8on absence est démontrée parle vaste ensemble défaits ■cité par les anthropolo^nstes sous le titre d' « animisme ». Ces faits prouvent d'une manière indubitable que l'homme primitif ne disting-ue pas la nature inanimée comme telle des êtres animés, mais conçoit le monde entier des choses comme ayant des propriétés dynamiques et mystiques semblables à celles de la vie et de l'esprit (1).

Divers faits montrentque le corps personnel est une source de difficultés et d'embarras, ce qui est également le cas, comme nous l'avons vu, dans le développement delà pensée individuelle (2). Le corps est le lieu des activités et des attributs les plus subjectifs, tels que les volitions, les affections et les tendances appétitives ; mais, en tant que corps, il est en même temps une chose j)hysique parmi des choses physiques. Dans la pensée primitive, cette difficulté apparaît dans le fait que tous les corps physiques sont conçus comme des centres deces deux sortes de propriétés ; et cette complication universelle retarde et rend difficile la distinction entre l'une et l'autre. L'esprit ou l'âme est un corps subtil, vaporeux, contenu dans la personne, qui est faite d'une matière

(i) Ce n'est pas que nous acceptions la théorie « animiste », qui, sous sa forme traditionnelle, tend à faire de Phomme primitif un dualiste plutôt que le contraire, lui attribuant une conception de l'esprit qu'il e»t supposé employer pour interpréter le corps ; nous entendons aii3iplemea,t utiliser \m faits cités coxume preuves <le l'absence de duaiisme. Nous reviendrons plus loin à l 'interprélatioa positive des faits.

(a) /-a pentée ^i Ut choses^ iame I. « La logique fonctionnelle ». «l»«p. ▼, «oct. 5 ot suivantes.

plus grossière (1). Mais ce qui nous semble être une confusion est simplement la reconnaissance des choses telles qu'elles apparaissent; or, elle apparaissent comme une masse non différenciée de phénomènes que la pensée ne réussit que plus tard à répartir en des catégories dualistes.

Une vaste série de faits en relation a^ec les rites qui se rapportent aux processus et aux fonctions physiologiques — de faits relatifs à la naissance, à la mort, à la puberté, au mariage, à l'initiation imposée à l'individu parla tribu, aux ablutions qu'elle lui prescrit et à sa préparation à la chasse, à sa purification religieuse, etc. — montrent jusqu'à quel point le corps est le centre de croyances adualistes touchant la nature et la destinée de l'âme. Les nombreuses bizarreries de l'enseignement, qui admet la violation des relations temporaires et spatiales, la vénération pour les rêves et pour l'ombre de la personne, la peur des monstruosités physiques, tout cela témoigne au moins du fait général que le corps et l'esprit ne sont pas nettement distingués.

17. Outre cette confusion entre le vivant et l'inanimé, qui diffèrent d'une faço^j si évidente à nos yeux, on trouve chez Thomiïie primitif, comme chez le civilisé non parvenu à sa maturité, l'autre sorte d'adualisme, dontnous avons parlé plus hautcomme d'une confusion des'personnes inter se. Il n'arrive pas à distinguerentreeux les « moi» comme tels, à distinguer entre le moi personnel et les autres, entre «ego» et « alter ». Cette confusion, comme nous disons, nous qui avons les lumières qu'impliquent les dualismes, est si profondémentenracinée et si fondamentale qu'elle colore partout la vie et la pensée primitives. La raison decefait réside dans le caractère social de l'éducation et de la discipline imposées à l'individu sous le rapport du moi et de ses responsabilités. Au lieu d'une identité et d'une individualité personnelles, les sociétés primitives développent une identité collective, où. l'individu se

(i) Cette idée d'une âme formée d'une matière très subtile se retrouve chez les premiers philosophes grecs. 11 est probable que ce n'est pas avant saint Augustin que la pensée spéculative est parvenue au concept d'une âme ou d'un moi purement spirituel, non matériel. Voir mon History of Psyehology, tome T, chap. vi.

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fond. L'elTet produit t^l >i i.idic.il (pic les slarles par lesquels passe la conscience du moi, tels qu'ils apparaissent dans le développement de l'individu, ne sont atteints par la race que très péniblement et nu l)r)nt de très longs intervalles de temps (l).

Si nous considérons du point de vue de l'organisation et du développement de la société cette série de stades progressifs, qu'il n'est pas nécessaire d'énumérerici tout au long (2), nous trouvons dans le développement ethnique certaines choses qui valent la peine d'être notées.

18. 1° L'évolution ne va pas du tout de l'individuel comme tel vers le collectif. Elle part d'une impersonnalité originelle, de la neutralité de l'être humain le plus primitif, de son incapacité de faire des distinctions, pour aller vers une collectivité qui, subissant à son tour diverses transformations, devient successivement une collectivité totémique, une collectivité religieuse, une collectivité constituée en tribu, etc. C'est seulement dans le développement de certains intérêts que le subjectif, le vivant, est distingué de l'objectif, de l'inanimé ; il ne revêt pas les formes exclusives de la classification logique. Ce n'est que très tard, quand les intérêts logiques et spéculatifs sont éveillés, que le moi individuel est différencié des autres moi. Auparavant, c'est-à-dire dans les sociétés primitives, le moi est collectif, il se développe avec les intérêts pratiques du groupe, et ses distinctions et oppositions sont celles qui sont propres aux groupes, c'est-à-dire aux familles, aux divisions totémiques, aux clans, etc. Ces grandes unités ont pour les hommes primitifs le caractère de l'individualité. L'individu déclare explicitement qu'il est identique avec son groupe, avec le totem de son clan, et non qu'il l'est avec lui-même, et comme

(i) Cela apparaît dans l'histoire de la pensée spéculative. Bien que l'individualité pratique fût très manifeste en Grèce, il n'y a, chez les philosophes de ce pays, ni théories de l'alomisrae ou du monadisme psychiques, ni postulats de l'isolement et de l'impénétrabilité des moi i'iter se. Et cela malgré le fait que l'atomisme physique y est clairement formulé.

(a) Pour les détails, voir Interprétation sociale et morale des principes du développement mental, de l'auteur, chap. I,

d'autres Individus sont identiques avec le même groupe, tous « participent » à une identité collective commune.

Gela ressort de très nombreuses données recueillies par les ethnologistes (1); ces données démontrent que l'individu primitif ne se considère pas, et ne peut pas se considérer, même sous le rapport physique, comme un être distinct, identique avec lui-même. Il ne fait qu'un avec sa classe sociale, parce que cette classe a un moi unique. La matière du subjectif vient du groupe, qui est souvent symbolisé par une espèce animale, et y retourne par les processus éjectifs de la généralisation affective. En s'individualisant,. le sauvage individualise la classe, l'unité collective. Un grand nombre de diverses choses inanimées, comprises dans La sphère de l'influence totémique, peuvent également rentrer dans l'individualité de Funité collective (2).

2° II s'ensuit que,, en ce qui regarde les deux dualismes^ c'est-à-dire celui de l'esprit et du corps et celui de ego Qi aller f. les distinctions qui commencent à se faire jour s'effectuent dans l'intérêt du groupe et pour sa conscience. Tout ce qui dt quelque rapport avec l'usage et l'intérêt collectifs devient partie intégrante de l'unité collective — les personnes, les animaux, les ustensiles, les ombres, les morts, lea personnages, oniriques ou mythiques, leâ héros qu'immortalise la tradition,, la divinité de la tribu. Toutes ces personnes et toutes ces choses possèdent une part du même moiy ce mot étant entendu dans son sens collectif ; toutes participent à cette possession mystique, L'homme est le frère, l'autre moi, du chien,, de la plume, de l'étoile, parce qu'eux et lui ne font qu'un dans la vie et l'intérêt collectifs de la consciencse commune du groupe.

19. Cet étatde choses extraordinaire ne se trouve pas troublé, comme nous l'avons déjà indiqué, quand l'autre dualisme, c'est-à-dire celui de l'esprit et du corps, est égalenient ol:>servé. La hiérarchie des intérêts et leur intégrité re-

(l) M. Lévy-Brulil, loc. cit., les interprète de la même manière qua nous.

(a) Durkheim, La Vie Religieeae.

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lai'tve nppar.û^ncni nettement. Onoirpie f.ns.int pnrtie, avec riiomme, du moi du «groupe, chacun des objets inanimés, si divers à nos yeux, conserve en même temps, pour les fins et les intérêts subordonnés de la vie prati(jue, son identité distincte. Four liier, une flèche est une llèche ; pour cuire, un pot est un pot et du Feu est du feu, f.es simples choses ne sont pas telles parce qu'elles sont déterminées par certaines propriétés physiques comme n'étant pas des personnes, mais seulement parce qu'elles sont déterminées comme étant exclues, d*»ne manière temporaire ou permanente, d'autres intérêts collectifs. î.a simple chose est celle quî est exclue de la société, qai ne rentre pas dans le g^roupe, qui n'a pas de sig'nification.

n est évident que cette sorte de distinction se rapproche plus ou moins de la future division loq-ique en personnes et en choses, puisque ce sont les personnes qui représentent le jjiûs complètement les valeurs et les intérêts socianx, et que ce sont ces valeui-s et ces intérêts qui sont le plus souvent et le plus facilement séparés des simples mottes de terre, des pierres et des blocs de bois, en un mot des choses inanimées. Cependant la signification de la distinction reste celle que comportent l'identité et l'intérêt collectifs avec leurs exclusions corrélatives.

20. L'absence, sous leur forme log-ique, de ces deux sortes de dualisme est illustrée par !a place occupée par les animaux dans l'a vie et la pensée primitives. Des auteurs d'une compétence reconnue ont fréquemment noté le caractère absolument déraisonnable des attitudes primitives à Tégard des animaux et le désordre complet de la pensée primitive en ce qui les touche. Ce désordre n'est pas dû à la complexité du sujet, mais à l'embarras résultant des modes mystiques et collectifs d'appréhension de la conscience primitive ellemême. Témoin le système totémique pris tant dans so;i ensemble que dans ses détails. L'animal peut être une simple chose, comme dans la poursuite, la mise à mort et la cousommation du gibier. D'autre part, certains animaux — cela est même vrai de tout animal sous des conditions déterminées — peuvent participer à la signification mystique du moi du groupe. L'intérêt invoqué et les cérémonies et rites accomplis

dans la poursuite de cet intérêt sonttels que Tanimal se fond, en même temps que l'homme, dans l'unité collective.

§4. — Caractère relativement alogique de ï interprétation ethnique primitive.

En étudiant de plus près la nature positive de Torganisation des intérêts sociaux, organisation grâce à laquelle l'interprétation primitive se constitue, nous constatons certains faits saillants qui en établissent le caractère prélogique. Avant de noter les principes positifs sur lesquels elle repose, nons allons indiquer à quels points de vue elle manque des attributs positifs essentiels des processus logiques.

21*. 1° En premier lieu, elle ne reconnaît pas le principe logique du « milieu exclu ». Cela s'accorde avec le fait que la négation primitive, comme nous l'avons vu plus haut, ne procède pas par exclusion logique, mais par rejet social positif et actif. Les classes ainsi établies, n'étant pas logiquement exclusives, peuvent se recouvrir partiellement les unes les autres ; la même chose peut se trouver dans deux classes ou davantage, être exclue à un moment et ne pas l'être à un autre, échapper absolument au « soit... soit » de la disjonction logique. L'opposition mutuelle des classes, qui permet d'épuiser un tout logique, ne se produit pas, et les conséquences logiques d'un pareil épuisement n'apparaissent pas.

2° Gela se voit nettement à l'absence évidente de contradiction logique dans la pensée des peuples primitifs. Ils ne semblent pas se préoccuper d'exiger de leur expérience une chose^que nous exigeons de la nôtre, à savoir qu'elle soit cohérente. Ils ne sentent pas le besoin de rejeter une chose parce qu'ils ont accepté son opposé. Ils ont un critérium tout différent pour décider si une chose est acceptable : pour qu'elle le soit, il faut qu'elle procure une satisfaction émotive ou active, ou serve un intérêt social. Cela résulte indubitablement de l'état de choses indiqué ci-dessus, à savoir de

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l'absence d'une classification exigeant Texclusion et l'épuisenient réciproques ; car, sans opposition de classes, la contradiction, dans l'acception logi(|uc de ce mot, ne peut pas se produire.

3<* Un grand nombre des particularités plus superficielles de la pensée primitive proviennent du même défaut fondamental. Les classes admises sont bizarres et obscures. Des choses qui nous semblent absolument différentes et même contradictoires sont identiques pour le sauvage. Une différence numérique n'exclut même pas toujours l'identité. La classe est affaire de valeur émotive et préférentielle ; c'est une source de bien, ou de mal, ou d'utilité sociale, ou d'avantages pour la tribu ; voilà sur quoi reposent les distinctions. La classe est téléologique, et non logique. Les intérêts actifs et affectifs prédominent, et les intérêts sociaux, plus considérables et plus exclusifs que les intérêts personnels, ne laissent à ceux-ci qu'une place inférieure et moins importante que la leur.

4° De là vient aussi le manque d'inférence et d'argumentation logiques. L'idée de nécessité logique est étrangère au sauvage, qui ne voit pas la valeur de l'universel. En l'absence de cette idée, il invoque à l'appui de ses dires de simples juxtapositions d'événements ou d'objets, des analogies, des présages, le pouvoir des rites et des cérémonies, toutes choses où se reconnaît une certaine contrainte d'un caractère dynamique et social. Le nouveau est pour lui d'une suprême importance, car il révèle une action inconnue et réelle de la puissance qui se trouve derrière et dans la nature. Une éclipse, la rencontre d'un Jiomme blanc, une maladie soudaine, la sécheresse, tout cela constitue des présages extrêmement sérieux : ample matière pour l'intérêt qui se satisfait dans le domaine des valeurs surhumaines et mystiques. Il s'efforce d'amener ces choses à agir dans l'intérêt du groupe, tandis que nous les expliquerions en poursuivant l'intérêt de la connaissance.

Objectivement, cela apparaît dans les méthodes suivant lesquelles se traitent les sujets d'ordre soit personnel, soit social. Les hommes primitifs ne connaissent pas la discussion ni l'argumentation ; ils invoquent des événements de

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mauvais au§^ure et font appel à des saDctions tant sociales que surnaturelles. Les opérations d« la substitution et de la déduction logiques sont remplacées chez eux par la «conversion et la confirmation sociales, avec appel aux <;outume8 et aux croyances établies. La conformité prend ia place de la communauté logique, l'effet de la contrainte sociale, celle de la conviction personnelle. Les principes moteurs qui tendent à faire apparaître la pensée logique en général ne sont pàs encore libérés .

Après cet exposé général des aspects superficiels de l'interprétation primitive, dont nous avon« montré la nature alogique, nous allons nous occuper de la caractéris^T. Cette interprétation rappelle immédiatement Torganisation prélogique et affective de rintérêt de l'individu (1).

(i) La substance d'une grande partie de ce ohapik^e et du suivant liV) a fait l'objet d'une conférence donnée à FUniversité de Princeton, ^n uin igiA-

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