I.'lNTHRI'RKT.'.TlDN REMGIKLSIÎ 9t
s]y;ne goiL la simple chose extérieure, avec les symboles, les idt^es, etc., qui la décrivent ou la représentent, soit une si^'nificatioii ou une intention additionnelle qui fl'y attache» (pielqne chose de symbolisé ou de su^'g-éré. Cette distinction nous est familière. Nos intérêts se répandent toujours, pour ainsi parler, sur leurs objets et autour d'eux, et leur donnent la forme de valeurs, de biens ou de fin». La simple chose devient un symbole ou un emblème de l'objet de l'intérêt, plus élendu qu'elle; la chose qui existe en fait sug-g-ère ou symbolise la chose désirée ou voulue.
Va\ tant qu'il s'agit de la simple chose posée dans la conscience, du simple symbole ou emblème extérieur, l'objet peut être n'importe quoi. En fait, il varie à un point extraordinaire avec les relig-ions. Un fétiche, un totem, un churinga, un charme, une relique, un<e localité, un son, une éclipse, une idole, un tableau, des choses animées et des choses inanimées, peuvent servir et servent en effet d'objets de vénération religieuse. ou quasi relig-ieuse. Il est manifeste, par conséquent, que ce n'est pas une chose particulière comme telle, mais quelque valeur additionnelle possédée par la chose, qui excite l'intérêt relig^ieux. La chose devient un signal, un signe, un symbole, un emblème de la signification additionnelle dans laquelle réside cette valeur.
8. La chose suggère la signification religieuse, et la question se pose de savoir quelle est la signification religieuse suggérée. C'est, nous pouvons le dire dès l'abord, une signification appropriée aux sentiments éveillés par l'objet, qui sont des sentiments de dépendance et de respect, colorés,
termes « objet » et « objectif » ont été employés dans cet ordre d'idées, et il est essentiel de les distinguer entre eux. On s'est servi d' « objet » pour désigner : i° la simple chose objective placée devant l'adorateur ; l'appellation propre de cette chose est « symbole » ou « emblème » religieux ; 2° la signification objective entière, l'esprit, la force ou le dieu que l'emblème représente ou symbolise ; c'est là, à proprement parler, r « objet religieux » ; 3* la cause, sociale, psychologique ou autre, qui produit l'expérience religieuse chez le dévot ; on peut l'appeler la « caxrae » ; 4" l'existence réelle ou la réalité que la religion peut être considérée comme découvrant ou révélant ; c'est là la a réalité religieuse ».
dans la conscience, d'une qualilé personnelle. I/objet approprié à ces sentiments est soit une personne, soit quelque chose sug-gérant si directement la. personnalité qu'il s'établit une relation qui semble n'avoir d'analog^ie qu'avec celle de personne à personne. Examinons ces cas d'un peu plus près.
9. 1° Le premier cas est celui où l'objet religieux est un dieu représenté expressément comme personnel. Dans les relig-ions développées, les dieux sont deé êtres personnels.
Toutes les grandes religions du monde ont pour dieux des personnes (1). C'est ce qu'exprime la célèbre parole de Xénophane, suivant laquelle tous les hommes ont des dieux qui leur ressemblent sous le rapport^ de la forme. Un des deux cas limites se trouve, semble-t-il, dans les systèmes spéculatifs et hyperlogiques où, pour une raison ou pour une autre,, la personnalité concrète est mise de côté ou niée. Dans les systèmes du panthéisme spéculatif et du haut mysticisme réfléchi, la personnalité n'apparaît plus. Mais ces systèmes ne peuvent pas justifier leur prétention à être religieux, car les sentiments qu'ils suscitent ne sont pas purs et les rites actifs des pratiques religieuses y seraient tout à fait déplacés. On ne s'attend pas à attirer sur soi l'attention de r « ordre universel », et l'on n'adore pas la « raison pure » ni la « pensée nouvelle ». Dans le passage de l'état d'esprit religieux à l'état d'esprit théorique et spéculatif, quelque chose se modifie, la nuance religieuse se perd.
10. 2° A l'autre extrême, il y a un autre cas limite : c'est le cas d'un stade de culture si primitif que la religion, comme les autres institutions, se trouve réduite à son niveau le plus bas. L'intérêt religieux est concentré directement sur une €hose physique d'où paraît ne se dégager aucune signification «'ajoutant à la sienne propre, aucune suggestion de personnalité. Nous reviendrons là-dessus plus loin, mais nous ferons observer dès maintenant que c'est encore la relation
(i) Le bouddhisme (cité par Durkheim comme faisant exception à celte règle) fut une religion après que ^on fondateur eut été déifié ; la question de savoir s*il en avait été une auparavant semble envelopper précisément le point en litige.