LI.NTEUIltliTATION LtKîlyi E
Seig-fteur, après «voir croc toulos I^îh chose» en six jours, s'est roposii le septième, et a conteinpjié IVeuvre de ses mains, eu» monde parfait où il avait incarné sa sag^esse et sa voioiité inliiiies ! J^i nijtlii)lo;;ie j^rocque oHre un cnseiïdjle de matëriaax symboliques où les plus grands çéniei artistiques de tous les à^'-es ont choisi leurs plus' beaux tjièraes.
On n'a pas rendu pleine justice à la valeur esthétique inlrinsKjquetdes mythes. S'il e«t vrai que rim;»çiiaation sert d'iiislruracnt de connaissance, en libérant les motifs de la pens;ée iadiividueUe et eii s'efforçant de découvrir l'objectif et le réel, il est ég;alement vrai que ses constnactioQs peuvent rC avoir pas en vue de pareilles fins^ mais constituer un mode d'interprétation ayant une signification indépendante.
Il y a ici, poui' la race comme pour l'individu, un domaine où l'esprit écliappe ea une certaine mesure au contrôle des faits ainsi qu'aux contrôles sociaux et moraux de la vie sérieuse et prosaïque, et se sent allié aux forces et aux êtres m^'stiques et « romanesques » d'un autre monde, La signification morale de l'arc-en-ciel n'est pas devenue moins haute ni la leçon qui découle de sa présence moins émouvante parce que les lois de l'optique scientifique ont remplacé le fiât d'un créateur personnel. L'interprétation due à la vision poétique se reconstitue -chaque fois qu'une nouvelle découverte est venue disloquer -la vérité scientifique pour la réarticuler aussitôt. La substitution de longues périodes géologiques aux six jours de la création ne rend pas la création moins merveilleuse aux regards de la contemplation. Le ciel étoile éveillait la même admiration chez Emmanuel Kant que chez P}i.hagore.:Le8 légendes de la chute et de la rédemption de l'homme &ont des peintures « semblantes », des figures esthétiques, Teprésentant des choses inexprimables, comme les cathédrales gothiques et les solennelles confessions defoi, La religion demande à l'art, dont le m;)lhe est une des premières forfnes, de présenter aiax yeux de Thomme le drame divin^iumain. Et ce'tte peinture << semblante »>, présentées la foi et à la contemplation, n'est pas simplement un substitut temporarre d'un compte rendu pleinement rationnel ; c-^^t une traduction permanente d'idéal* sous des formes
dont les processus logiques se passent, mais qui néanmoins se maintiennent dans la pensée humaine.
6. Le résultat de ces opérations mentales, au point de vue de l'interprétation théorique, est le dualisme de Tesprit et du corps, énoncé consciemment comme une opposition entre l'immatériel ou le spirituel et le matériel ou le physique. L'idée que les primitifs se faisaient de Tâme ne comportait pas la pleine reconnaissance de cette distinction. La notion d'un principe spirituel conscient, la raison, différent en nature de la matière, n'existe pas dans la philosophie grecque ; elle n'apparaît nettement que dans les écrits de saint Augustin. Descartes le premier en fît la présupposition d'une interprétation logique du monde.
Cette brève esquisse pouvant suffire ici, eu égard aux buts que nous poursuivons en ce moment, nous allons étudier le caractère de l'interprétation logique qui naît en même temps que la réflexion consciente.
§ 2. — Le problème de la réflexion.
7. Lorsque se termina la période expressément théologique de l'intérêt humain, le point de vue religieux, qui, dans les temps primitifs, n'allait pas sans les points de vue collectif et émotionnel, disparut dans telle ou telle sphère devant les points de vue séculier et intellectuel. L'industrie, la politique, la science, l'art, chacune de ces branches de l'activité humaine dut se créer une indépendance relative parce qu'elle représente un intérêt vital de l'humanité. Et si ces intérêts n'ont jamais remplacé complètement l'intérêt religieux dans sa propre sphère, ils ont réussi à établir des divisions telles que les conflits sont évités et que les problèmes sont traités a^i moyen de méthodes distinctes et appropriées. Les méthodes industrielles ne comportent plus de sacrifices aux dieux qui commandent aux vents, et les méthodes politiques ne reconnaissent plus la théocratie ni le droit d'intervention de la Divinité. 11 fallut également élaborer une technologie
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dans le domaine do la connaissance et de la pratique, pour remplacer celle qui consistait en rites religieux et en cérémonies magiques (1).
8. La période grecque a eu une grande importance à cet égard. Elle a vu l'évolution graduelle des problèmes de la réflexion, notamment de ceux que soulève la relation entre l'esprit et le corps. Les Grecs apprirent h l'humanité avec quels instruments l'esprit pouvait s'attaquer au monde de façon à le comprendre et à le subjuguer. La prudence dans la pratique, la logique formelle, la résignation, la modération, l'ironie dédaigneuse, la spéculation subtile, l'intuition esthétique, voilà, en outre de la vénération religieuse et delà piété collective, les moyens dont l'individu se servit tour à tour pour nourrir les espérances qu'il concevait et renouveler le courage qu'il devait déployer dans ses luttes pour se rendre maître du monde.
Bénéficiant des progrès antérieurs, la philosophie moderne débuta avec un programme assez net. Les alternatives de la pensée furent données dans les termes du dualisme cartésien (2), et, si celles de la méthode ne furent pas formulées
(i) Il serait difficile d'estimer trop haut l'importance, en toutes choses, delà méthode et de la technique, ainsi que la difficulté de détruire une technique erronée quand elle est retranchée dans les intérêts sociaux et pratiques, et qu'on ne dispose pas de procédés adéquats pour la remplacer. Plutôt que de ne rien faire pour écarter un désastre ou l'assurer la faveur de la fortune, les hommes emploient à cet effet des procédés à l'efficacité desquels ils ne croient plus.
(a) Dans l'ouvrage déjà cité (History oj Psychology, t. I, édition de Londres, p. gS et suiv.), le rapport entre la spéculation cartésienne et la spéculation ultérieure est exposé de la manière suivante : « Maintenant que l'on comprend ce qui constitue la distinction entre l'esprit et le corps .. la spéculation prend la forme d'une interprétation de ce dualisme lui-même. Si nous regardons la pensée antérieure comme une étude spontanée ou directe de la nature et de l'homme, nous pouvons regarder la pensée ultérieure comme une suite de réflexions sur le résultat de cette pensée antérieure. Le dualisme lui-même devient une présupposition ou une donnée ; ses termes conditionnent le problème subséquent. Gomment se fait-il que l'esprit et la matière existent tous les deux et paraissent agir l'un sur l'autre ? Lequel des deux est
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clairement, elles se trouvèrent du moins indiquées par les grandes lig-nes des sciences physiques, d'une part, et de la spéculation philosophique, d'autre part. Le corps et l'esprit étaient les deux domaines où la science, en se développant, devait se différencier en sciences distinctes, et ils étaient aussi les sortes d'existence ou de réalité que Ton demandait à la philosophie d'interpréter.
Dans ces résultats la pensée de l'humanité a formulé l'opposition entre les deux substances ou espèces de réalité, à peu près comme l'individu la formule, c'est-à-dire en se fondant sur les deux contrôles, intérieur et extérieur, que l'on trouve toujours agissants dans l'expérience.
9. De plus, il est clair que les mouvements de la pensée individuelle qui aboutissent à ces deux types d'existence suggèrent les méthodes que la réflexion emploie pour les interpréter. Le mouvement de la connaissance proprement dite est expérimental, positif, confirmatif ; il établit et étend la sphère de l'actuel. Il devient la méthode de la science, si l'on veut définir cette méthode d'une façon générale. D'autre part, le mouvement par lequel la pratique se développe, assurant des satisfactions, définissant des valeurs, érigeant des idéals, reste celui de l'intérêt et du sentiment, qui est motivé par l'utilité et la satisfaction. Ces deux mouvements deviennent objets de réflexion et sont développés dans des théories qui définissent respectivement la réalité en termes d'actualité, sous la forme de faits, de vérités, de cohérence rationnelle, et en termes d'idéalité, sous la forme du bien, du beau, de Dieu. L'un de ces deux types de théorie roule sur la vérité, l'autre sur la valeur.
antérieur à l'autre ? Ces questions, telles quVlea sont formulées maintenant, montrent que la pensée ultérieure est une interprétation du dualisme, comme la pensée antérieure était une interprétation du monde aboutissant au dualisme. Tandis que les philosophies anciennes et médiévales ont établi une distinction de plus en plus marquée entre l'esprit et le corps, pour finir par en opérer le divorce, la philosophie moderne aboutit à une série de tentatives pour les réajuster l'un à l'autre et lesassocier à nouveau » .