‹ Théorie génétique de la réalitéChapitre 25 sur 63 · I. IMHIlPnr.TATIuN UX-.IQVR · texte numérisé non relu

I. IMHIlPnr.TATIuN UX-.IQVR

i; 3. — /a's fhéories /oç/i'f/iies : ordre (I.tns Idjuel elles seront étudiées.

10. Dans ces divers types de réflexion, les méthodes et les résultais de la pensée spontanée sont considérés et justifiés. L'actuel est atteint par la reconnaissance réfléchie du contrôle, externe ou interne, où la pensée spontanée trouve sa référence transsuhjective. Les sphères de la référence externe et delà référence interne des idées, les domaines atteints par l'intermédiaire de telle et telle expérience, deviennent les réalités des modes correspondants de réflexion. Ainsi l'actuel est divers : il est physique, mental, conceptuel, relationnel, et autre. Tous ces modes de l'actuel sont confirmés parla réflexion, après avoir été établis par les processus de l'interprétation prélogique.

Il en est de même de la réalité du type idéal ; elle a ses formes réfléchies, conséculives aux formes prélogiques» L'idéal est une valeur additionnelle suggérée par l'idée ou le fait présent, et conçue par son intermédiaire. Il devient le but réfléchi, comme précédemment il était le but lointain et peut-être inconscient. Il y a, en conséquence, desidéals physiques, mentaux, moraux, sociaux, religieux. La réalité atteinte par l'idéalisation a beaucoup de formes, de même que celle qurest atteinte par les processus d'actualisation.

11. Dans l'histoire de la réflexion, on voit naître de grands systèmes de pensée, fondés respectivement sur l'une ou l'autre de ces alternatives. Les théories qui restreignent la réalité à l'actuel sont le matérialisme, le spiritualisme réaliste, le rationalisme (sous quelques-unes de ses formes), le positivisme et le naturalisme. Ce sont les théories « d'actualité », qui sont foncièrement intellectualistes. Celles dont la pierre angulaire repose sur l'idéalité sont le A'olontarisme, le théisme, le pragmatisme, le moralisme, l'esthéticisme (1). Ce sont les théories d'idéalité, qui sont volontaristes.

(i) Il serait naturel de désigner tout ce groupe de théories par le

12. Mais il peut se faire qu'au lieu de reconnaître comme valables les résultats et les méthodes de la pensée spontanée, la réflexion les critique ou les modifie de quelque manière par ses interprétations. De fait, en reconnaissant et en justifiant les deux grands modes de médiation — la médiation de la vérité et la médiation de la valeur — la réflexion fait déjà une critique, qui d'ailleurs est favorable en ce qui touche le premier de ces modes. Mais de pareilles critiques peuvent, pour différentes causes, aboutir à la négation de la validité de l'une ou de l'autre de ces médiations, ou de toutes les deux, et tenter d'ajuster leurs résultats dans une synthèse plus vaste ; elles peuvent encore rejeter les présuppositions sur lesquelles ces médiations se fondent. Dans ce dernier cas, on constate un recours plus ou moins explicite à l'immédiateté : une justification réfléchie des sortes d'appréhension où la conscience semble réaliser l'existant sans avoir recours à aucun processus, soit discursif, soit actif, impliquant la représentation par des idées. Le réel peut être ce que nous réalisons le plus pleinement et le plus directement, au lieu d'être ce que nous pouvons prouver ou ce que nous désirons comme étant agréable. L'expérience qui nous révèle le plus pleinement la nature interne des choses n'est pas celle où les idées sont actualisées, ni celle où les valeurs sont idéalisées ; c'est celle où la signification des choses est réalisée directement.

13. Cette dernière expérience est le motif de l'établissement d'un autre groupe de théories philosophiques : motif qui, toutefois, n'est pas toujours clairement défini ni dépourvu

terme « idéaliste » ; mais il a l'inconvénient d'être ambigu. < Idéaliste » est beaucoup employé pour caractériser les théories du type rationaliste ou intellectualiste où la réalité est atteinte par l'intermédiaire d' « idées » ; ainsi compris, il équivaut [à « idéiste )>. Cf. la note qui se rapporte au § lo du chap. X. Dans ce dernier sens, l'idéalisme rentre dans notre groupe de théories d'actualité.

Les théories d'idéalité — les véritables « idéalismes » — sont généralement moins unilatérales que les théories d'actualité, vu qu'il est plus difficile de nier l'actuel en affirmant l'idéal que de nier l'idéal en affirmant l'actuel. D'autre part, étant moins synthétiques et moins compréhensives, les théories d'actualité sont plus conformes au type.

l'interprétatuin LO(;iQt e 149

(rambi^aiïlé. Les sortes d'cxpcTicnce immédiate nuxquelle» l'esprit recourt cHlïërent tant en ce qui touche le type qu'en ce qui touche la simplification. Nous avons distingue f)récédemnient (1) trois modes d'imniédialclé, dont chacun a sa place particulière dans le développement mental : l'immédiateté de « primitivilé » (donnée dans la sensation), celle d'accomplissement ou de « transcendance » (donnée dans l'inluition), et celle de « réconciliation » ou de synthèse (donnée dans la contemplation esthétique). Chacun d'entre eux a été considéré, dans quelque théorie historique, comme le mode le plus important ou comme le seul mode d'appréhension de ce qui est vraiment réel.

De pareilles théories peuvent être réunies sous le nom d' « affectivistes », par opposition à celles qui reposent sur la connaissance et sur la volonté, et qu'on appelle intellectualistes et volontaristes. Parmi celles-là nous citerons le sensationalisme, l'intuitionisme, le mysticisme, le panthéisme mystique et l'immédiatisme esthétique ou pancalisme.

14. Bref, on constate que, dans le développement de la théorie spéculative, chacun des g^rands modes de fonction mentale est considéré à son tour comme fondamentalement déterminant dans l'appréhension de la réalité. La connaissance, la volonté et le sentiment deviennent, chacun à son tour, l'org-ane reconnu de la véritable expérience du réel. L'expérience actualisante est de connaissance, l'expérience idéalisante, de volonté, l'expérience réalisante, de sentiment.

Il semble donc que, considérée historiquement, la pensée spéculative ait autorisé, tacitement ou expressément, la présupposition que c'est dans un mode d'expérience, ou par le moyen de la, conscience, que la réalité se révèle. Nous pouvons dire que cette présupposition est indubitablement exacte. Le point de vue subjectif, atteint à l'époque socratique et adopté consciemment à l'époque cartésienne, est res'é le point de départ de la théorie de la réalité, de même qu'il est la présupposition du jug-ement d'existence. Une théorie peut refuser d'admettre cela et tenter d'interpréter la

(i) Thought-and Things, t. III, <« Joleresi and A.rt », chap. xir.

réalité comme quelque chose de tout à fait indépendant de la conscience ou de la connaissance ; mais, dans ce cas, elle doit cependant postuler un principe — celui de matière, ou celui d'esprit, ou celui de Dieu — dont la sig-nification ne peut être déterminée que dans l'expérience humaine. Un pareil principe perd toute détermination et toute valeur pour la théorie si on îe considère indépendamment de Texpérience. L' « infiniment infini », 1' « inconnaissable », les nirvanas, ne sont pas des principes positifs, mais des postulats ontologiques formés d'avance pour répondre aux exigences de la pensée abstraite. Mais nous reprendrons ce point plus loin.

15. La classification qui précède peut être figurée par le tableau ci-dessous, qui nous guidera dans les brèves expositions et critiques qui vont suivre.

Tableau III

Théories de la réalité.

I I. Théories d'actualisation, Irou- I vant la réalité dans les faits, les

' vérités, les principes.

] II. Théories d'idéalisation, trouf Aant la réalité dans les fins, les

\ valeurs, les normes.

III. Théories de réalisation, trou- B. Théories d^ immédiate té. vant la réalité dans des accom-

plissements directs (i).

(i) A défaut d'un meilleur terme, j'emploie celui d' « accomplissement direcl » (direct fulfilment) pour désigner le contenu de la réalisation immédiate.

A. Théories de médiation

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