X PREFACE
nétique (la dernière division de la logique génétique), et je lui donne plus d'envergure. Je trouve du reste très intéressantes les confirmations (1) que reçoit de l'étude des prt)blèmes ethniques et historiques (deuxième partie du présent livre) la théorie de Tinterprélation, telle qu'elle résulte des analyses développées dans les livres précédents.
Les rapports étroits qui unissent ce volume aux autres volumes dont nous avons fait mention se voient aussi à ce qu'il contient de fréquents renvois à ceux-ci et quelques passages qui leur sont empruntés. Ces renvois et ces citations nous ont permis d'éviter bien des répétitions, et en même temps de résumer les analyses détaillées sur lesquelles reposent les conclusions de ce livre. Ce serait là leur excuse, s'il était besoin de leur en trouver une, si Ton n'était pas généralement obligé de relier entre elles par des références les diverses parties d'un tout littéraire.
La conclusion principale, c'est-à-dire la doctrine du pancalisme, est l'apport de l'auteur à la théorie de la réalité; cette doctrine philosophique est l'aboutissement de ses études professionnelles, de son enseignement et de ses écrits. C'est la première fois qu'il l'expose d'une manière assez complète, en la situant dans l'histoire de la pensée philosophique. Mais il y a déjà quelque temps qu]il l'a élaborée, et il a publié plusieurs écrits où il en a plus ou moins approfondi le point principal. Outre l'exposé qu'il a fait de ce point dans le tome III de Thought and Things, chap. XV (voir aussi la préface du même volume, où le terme pancalisme est employé pour la première fois), il l'a traité brièvement dans des articles du Psychological Bulletin (tome IV, 15 avril 1907) et de la Psychological Review (mai 1903 et
(i) Ces confirmations, ou du moins une partie d'entre elles, ont été indiquées d'avance d'une manière succincte dans la préface du tome III ; le dernier chapitre de ce tome donne également d'avance, sous forme de programme, des indications sur la théorie générale du pancalisme, q le l'on trouvera, complètement élaborée, dans le présent volume.
PHÉFACB XI
mai 1908) ; dans Le darwinisme dans les sciences morales (p. \'2'2) et dana la préface de La pensée et les choses (p. xiv et xv), ouvrage en tête duquel il a mis la devise zô xaXôv Triv pour indiquer le résultat auquel il avait été conduit par l'ensenrible de ses recherches. Il convient de rappeler aussi que, sans parler des conférences qu'il a données à Princeton et à Haltiniore (1) depuis 1900 ou environ, et où il a traité de cette doctrine, il en a exprimé l'idée maîtresse, il y a un certain temps déjà, à la page ix de la préface du recueil d'essais intitulé Fragments in Philosophy and Science (Sew- York, Scribner's Sons, mars 1902). Il prend la liberté de citer ici le passage en question, afin qu'on puisse en comparer le contenu avec la conclusion du présent volume.
« L'univers de la science constitue, en fin de compte, un cosmos qui n'est pas seulement vrai, mais encore beau, et, en un sens, bon. La science nous fait connaître la vérité, et, quel que soit son dernier mot sur la nature, ce mot exprime ce qui est vrai en cette matière. La philosophie pose ensuite ses questions : Comment telle chose, reconnue comme vraie, peut-elle aussi être bonne, belle, contribuer à l'agrément de la vie?... Les uns disent ceci, les autres disent cela ; quant à moi, je dis — usant de la liberté que me donne cette préface — telle chose est bonne et vraie parce qu'elle est belle. Rien ne peut être [définitivciment] vrai sans être beau, et rien ne peut être bon, si Ton prend ce mot dans un sens élevé, sans être beau. Gomme le dit mon collègue et ami, le Professeur A. T. Ormond (2) [Foundalions of Knoicledge, p. 228),
(i) Le Docteur (aujourd'hui le Président) Furry, qui a suivi mon cours supérieur de philosophie à Baltimore, cite des passages de ces conférences inédites dans sa monographie, The /Eilhetic Expérience, its Nature and Funciion in Epittemolojy (Baltimore, 1908), ouvrage oii il applique le point de vue pancaliste à l'interprétation de certaines époques de l'histoire de la philosophie,
(a) Nous nous bornons à donner ici, par une courte citation, une idée des vues du professeur Ormond ; nous les ferons mieux connaître plus loin, à la page 211 et à l'Appendice B.
« le principe esthétique est en même temps un besoin et une « intuition... un besoin d'idéal et une intuition par quoi « notre monde se complète... Il représente le point de nos « conceptions où la valeur et la vérité fusionnent et de- « viennent une ».
L'attribution de la beauté, une attribution raisonnée, critiquée, élaborée de la qualité esthétique, est la forme finale sous laquelle nous pensons à la nature, à l'homme, au monde, au tout ».
Cette profession de foi, publiée il y a une douzaine d'années, sera justifiée ici (1).
Il semble à l'auteur que le présent volume pourrait servir d'introduction, en quelque sorte, à la philosophie, au moins pour ceux qui conçoivent la philosophie non comme opposée à la science, rnais comme la comprenant. Car les développements qu'il renferme ont pour points de départ des conclusions tirées de la psycholog^ie, de la théorie de l'évolution, de la log-ique, de la sociologie, de l'anthropologie, de la morale, de l'esthétique, et de l'histoire et de la science de la religion ; et les résumés qui y sont donnés des divers points de ces sciBnces sur lesquels reposent ces conclusions sont rédigés de telle sorte que le lecteur peut les comprendre sans recourir à des traités spéciaux. La conclusion finale, tout en étant fondée sur les sciences, trouve place dans la série historique d'interprétations de la nature et de l'homme à laquelle on donne le nom de philosophie. C'est ce que montrent
(i) Le passage suivant, lire de la Psychological Rtview (mai 190^, p. aigj résume la doctrine pancaliste : « 11 y a ici [dans l'esthétique] une immédialeté psychique supérieure où tous les dualismes que comporte la vie mentale au stade où elle est parvenue peuvent à l'occasion se fondre dans une valeur contemplative immédiate de présence réelle ; les dualismes « du théorique et du pratique », « de l'esprit et du corps », « de l'interne et de l'externe », « de la liberté et de la nécessité », se fondent tous dans l'esthétique et y disparaissent. » L'article d'où est extrait ce passage contient un tableau indiquant les grandes lignes du développement, les « progressions » de la vie mentale, qui ont été étudiées plus tard en détail dans La pensée et les choses.
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bien l'esquisse hisstoricjue cloiince clans la seconde partie et les conclusions auxquelles on parvient dans la troisième partie du présent volume. De son côté, la méthode, quoique nouvelle dans quelques-unes de ses a{)plications, se relie aux autres méthodes de recherche et d'exposition philosophiques, comme on le verra à la manière dont elle est développée et défendue. On jugera peut-être que les considérations sur l'esthétique et sur les interprétations primitives et alogiques du monde apportent aux introductions philoso phiques quelque chose de vivifiant et qui repose des redites dont notre littérature est pleine, de tous ces exposés, sous forme logique, des problèmes de la philosophie.
Septembre iQi^.