‹ Théorie génétique de la réalitéChapitre 36 sur 63 · SYNTHÈSE INTRINSÈQUE · texte numérisé non relu

SYNTHÈSE INTRINSÈQUE

n'aurait-elle pas tout aussi bien le (lrr>it de préteiKlre à une autorité^ exclusive ?

12. Si j)ar « logique du métaphysicien » on entend une loj^'^iquc qui postule une réalité de caractère ontologique, isolée de la connaissance, et constituant de rpielque manière la base du monde et de tout ce qu'il coulieut, nous ne pouvons pas l'accepter. Une pareille logique fait de la reconnaissance dutranssubjectif laseulearmede la théorie de la réalité. A ses yeux, le léel n'a aucun lien avec l'expérience. Or, cette théorie dispose, au contraire, d'autant d'armes qu'il'y a de contacts de l'esprit avec les objets, de modes d'appréhender les choses soit objectives, soit subjectives, et d'en jouir, et la vraie manière de comprendre la réalité irriplique l'usage de toutes ces armes, qui est nécessaire à la pleine réalisation de la nature des choses.

Nous revenons donc tout simplement aux processus conscients et aux interprétations qu'ils déterminent. Le logicien et l'ontologiste ne se conforment pas, en somme, aux règles de la psychologie. Au lieu de considérer l'ensemble des motifs psychologiques, ils réifient et ontologisent des états particuliei^ et isolés, et veulent faire passer quelqu'un d'entre «ux pour l'ensemble.

Mais il semble qu'il devienne encore plus difficile de comprendre, dans quelque mesure, la réalité, si, refusant de reconnaître comme adéquates les interprétations logique et ontologique, ainsi que toutes celles qui reposent sur l'action d'un seul motif psychologique, nous soutenons en même temps que c'est dans les processus conscients eux-mêmes qxie la réalité se révélera de quelque manière. Si ces diverses révélations sont fragmentaires et contradictoires, et si tout recours au transsubjectif nous est interdit, est-ce. que nous ne tomberons pas dans un subjectivisme sceptique ou dans un positivisme fondé sur les sciences spéciales ?

13. Ce sont là les alternatives en lace desquelles on met couramment ceux qui nient les thèses des rationalistes et des absolutistes ; mais il nous reste à signaler une autre alternative, que paraît justifier tout l'ensemble des recherches génétiques : celle que présente la reconnaissance de modes de processus conscients où, au lieu de trouver des facteurs oppo-

ses cherchant à s'éliminer les uns les autres, nous voyons l'expérience établissant, d'elle-même, un mode synthétique d'appréhension. D'après nous, toute l'histoire de la pensée montre clairement que la recherche d'un pareil mode d'expérience offre le seul espoir qu'il y ait de voir s'atténuer le désaccord des points de vue ; car un pareil mode de processus fournirait la preuve que toutes les expériences' particulières contribuent à l'expression de la réalité, et que c'est seulement dans l'organisation de leur ensemble que l'on peut découvrir les rôles respectifs de telles et telles fonctions. Nous avons vu qu'on a fait de pareilles recherches dans certaines directions. Des expériences synthétiques telles que celles du moi, que la foi religieuse, que l'illumination mystique, ont été exposées plus haut. Ces expériences témoignent pour le moins de la nécessité de tirer parti de tous Jes indices, sans exception, que la conscience elle-même nous donne de ses aptitudes épistémologiques.

14. En conséquence, nous pouvons sans hésitation demander qu'on reconnaisse que cette^manière d'aborder le problème de F'nterprétation a les vertus suivantes.

1° Elle poursuit la sage méthode empirique d'observation et d'analyse, contrôlée par les mouvements et les événements de la vie mentale.

2° Elle fait explicitement ce que toutes les autres théories font plus ou moins tacitement ou clandestinement : elle cherche dans l'expérience elle-même le moyen d'approcher du réel ; car seule l'expérience renferme ce moyen. La réalité, en deriîière analyse, est ce que nous entendons par la réalité. La réalité dénuée de toute signification pour l'expérience est une absurdité ou bien n'est qu'un mot.

3** Elle est constructrice, en ce sens qu'elle ne nie la valeur épistémologique d'aucune des fonctions mentales, ni la portée d'aucune des théories fondJes sur quelqu'une de ces fonctions ; tout au contraire, son but est de découvrir l'ajustement synthétique de leurs prétentions dans un ensemble plus vaste.

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