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Nous avons mon,tré dans un ouvrage précédent (1) que

(i) Voir Thought and Things, t. TH. « Interest andArt», chap. x.

lorsqu'il détermine le laid, resthétiquement mauvais, l'intérêt esthétique rencontre des aspects de la réalité — des incohérences, des erreurs, de mauvaises valeurs de diverses sortes — qui, établis par d'autres modes de processus, limitent ses opérations ou refusentde s'y laisser comprendre. Le laid consiste dans les éléments, tant objectifs que subjectifs, de l'existence qui ne se prêtent pas à l'idéalisation ou qui ne peuvent pas être interprétés comme faisant partie de l'expérience personnelle, interprétation impliquée par l'expérience esthétique. C'est dire que le beau s'établit au milieu d'une multitude de choses considérées comme des valeurs et des faits actuels, et qu'il prend en considération ce qu'il trouve.

Mais pour l'esthétique lui-même, ce résultat n*est pas définitif. Il rentre dans la signification de l'idéal esthétique de nier, par son « intention » de privation, tout idéal autre que luimême. C'est un idéal d'acceptation, ne reconnaissant rien qui soit à éviter. C'est pourquoi, si on le prend dans sa complétude, l'esthétique ne reconnaît même pas le laid, sauf sous la forme où il existe dans le monde des faits, où toutes les actualités ont une certaine existence incomplète et non esthétique.

On trouve quelque chose du même genre, bien que décoiilant d'un autre motif, dans la sphère morale (1). L'exclusion morale dans le monde des faits peut établir l'existence du moralement mauvais ; mais l'idéar du bien ne comporté pas dans sa postulation la reconnaissance de l'idéalement mauvais, qui n'y est impliqué que sous la forme de l'idéal de ce qui est rendu inexistant par l'affirmation du bien. De même, dans la sphère religieuse, l'idéal exclut l'existence du diable, considéré comme un dieu mauvais, malfaisant, bien qu'on admette, dans la sphère des faits, celle de personnages mauvais de rang inférieur (2).

'La différence entre le moralement et le religieusement mauvais, d'une part, et le laid, d'autre part, consiste en ceci :

S 6. Les points traités succinctement dans cette section et dans la suivante (16) seront développés dans le chap. xv, § 5.

(i) Thought and Things. t. III, chap. ix, § 4.

(2) Voir ci-dessus, chap, vu, § 6.

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sauf dans le domaine tics faits, l'idéal esthétique ignore le laid, ce qui tient à ce qu'il transporte à sa manière le beau dans un nouveau domaine de la réalité, du point de vue duquel le laid, restliéti(juement mauvais, n'existe pas. Cette actualisation du positif, non accom[)a^Miée de celle du négatif, les postulats moral et religieux ne parviennent pas à l'accomplir. C'est une prérogative qui n'appartient qu'à l'art.

Deparsa nature, qui veut qu'il idéalité et réalise son idéal de cette manière, l'art ne reconnaît l'esthétiquement mauvais que pour le nier. Il reconnaît son existence comme fait résultant nécessairement de l'inclusion des motifs subordonnés de la vérité et de la pratique, mais il nie son droit d'entrer dans le domaine qu'il établit, dans le domaine artistique,

16. On demandera peut-être si cette reconnaissance du laid comme fait ne vicie pas la prétention de l'idéal de s'établir comme signification exclusive et définitive de la réalité. Cette importante question des prétentions rivales des intérêts idéalisant et actualisant, en face de laquelle nous nous trouvons de nouveau, sera développée plus loin (1). Ici nous nous contenterons de noter que l'intérêt esthétique lui-même n'établit pas le laid. Le laid s'établit par la gêne imposée à cet intérêt ou par son échec. Il n'en est pas moins vrai, comme nous nous proposons de le montrer ici, que l'aspect négatif de l'idéal esthétique confirme la prétention de la signification de l'art à être compréhensive et définitive. L'univers, considéré comme une œuvre d'art, est un tout complet, non seulement parce qu'il comprend tous les aspects de l'existence qui apparaissent dans le domaine des faits, de l'actualité, mais encore parce que, en vertu de sa nature positive, il refuse de leur reconnaître tout titre à la réalité, sauf celui qu'il leur confère lui-même.

Ici se place une remarque offrant un certain intérêt : au cas d'une action très marquée de ce motif de privation, en vertu duquel la chose qu'on a choisie pour la contempler est la seule que l'on voie et dont on jouisse, il peut se faire que l'on tombe dans certains états mystiques d'absorption et de « trance ». Ces états d'esprit ont souvent une teinte esthé-

(1) Chap. XIV, § 5.

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tique en raison de leur caractère de tranquillité et d'isolement, et parce qu'ils se suffisent à eux-mêmes. Mais ce sont des états artificiels, grefTés sur celui que comporte la véritable contemplation esthétique. Dans celui-ci, l'attention est fixée sur le contenu objectif « semblant », qui l'informe, mais ne l'engourdit pas. Le moi se modèle sur ce contenu intelligible et réalise sa signification complète d'une manière rationnelle et avec une entière présence d'esprit.

§6. — La, réalilé esthétique est une synthèse de l'universel et du singulier.

17. Le contraste marqué qui existe entre la logique théorique et la logique affective — entre l'intellect et le sentiment, dans leurs traductions respectives de îa réalité — apparaît dans la sphère de ce qu'on a appelé « communauté »,. par opposition à « qualité privée ». La connaissance est toujours propriété commune ; ses comptes rendus s'adressent à rinteiligence en général; ses objets ont toujours la propriété de se répéter dans les faits objectifs, ou dans une expérience convertible et reproductible, à laquelle les notions de généralité et d'universalité s'attachent, de différentes matières, au cours du développement de la pensée. Il en résulte que l'expérience qui n'implique aucune référence à un point commun de confirmation objective et stable demeure en dehors de la portée de la connaissance. Le strictement privé comme tel, Fétat singulier, ou fugitif, ou dénué de relations, la modification mentale purement affective et non reliée à une chose existante ou à un fait, constituent, s'ils existent, le reste inexprimé, la réalité inconnue ; ils ne laissent pas de trêve au rationalisme et au logicisme, et affirment, au nom de l'appréhension et de la foi immédiates et mystiques, que « la réalité est plus riche que la pensée ».

On peut dire, en résumé, que le propre de la connaissance est de révéler l'universel et le général, le « commun » ; elle

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ne rapporte lo siiip;iiliei- e'. le jirivé (jiie par Ich niO}'eiis indirects que lui permellcnt ses proccsHUS caractéristiques, par la description, l'analog-ie, rinféreucc. Mais sa présupposition, son point de dt'pait, est la généralité.

18. I/étude correspondante de la lof^ique du sentiment (\) a révélé une série de fonctions où o[)ère é^^denient une certaine lojjique : une lo^^icpic alFective. Mais la diflirulté^devant laquelle se trouve une pareille Ionique est le manque de {généralité et d'universalité ; c'est une difficulté opposée à celle que rencontre la connaissance. lie point de départ de la logique alTective est le résidu que laissent les fonctions cog-nitives, résidu constitué par le privé, le sinji^ulier, l'immédiat. Ces dilTéi'ents aspects du réel se réunissent dans le contrôle interne, dans la vie personnelle du moi individuel. Le développement de l'intérêt, du vouloir, du sentiment, aboutit à l'appréhension d'une série de valeurs personnelles et immédiates qui, bien que transférées aux choses, sont établies par des processus d'un caractère principalement affectif et actif.

Cette fissure règrie à travers toutes les choses de la connaissance et de la pensée; nous connaissons la chose, mais nous sentons ou apprécions sa valeur. Il est de l'essence de ma connaissance d'une chose que l'idée que je me fais de son caractère, le jugement que je porte sur elle, l'intuition que j'en ai, soient valables pour autrui en vertu des principes mêmes de la logique de la connaissance; mais il est également de l'essence de mon goût, c'est-à-dire du sentiment que j'ai de la valeur de la chose, valeur qui est très réelle pour moi, qu'il ne me permette de prévoir que de certaines ma nières très indirectes et dans une mesure très restreinte le caractère de votre goût et de votre appréciation.

En d'autres termes, le sentiment présuppose la singularité et la qualité privée; il n'atteint la « communauté », la généralité, l'universalité que d'une manière indirecte, au moyen de l'éjection et de l'abstraction émotionnelle (2;. C'est seulement là où le sentiment introduit ses généralisations,

(i) Thought and Thinga, t. III,« Interest and Art », chap. vi-vin, (a) Ibid.j t. III, chap. vu.

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ses constantes émotionnelles, dans la vie intérieure d'autrui, que se réalise quelque chose d'analogue à la validité générale de la connaissance. Et là même il est exposé à recevoir les chocs les plus rudes en raison de son désaccord avec le sentiment d'autrui.

19. Or, tant que la conscience s'accommode d'une vie double, d'une sorte de double personnalité, elle est tantôt une machine logique produisant des généralités, tantôt une sensitive qui se replie au contact direct du réel. Mais, bien entendu, notre vie n'est pas double; le moi est un, et les deux réalités ainsi construites l'une en face de l'autre n'en constituent au fond qu'une seule. Posons ici la question de -savoir s'il existe un moyen par quoi les choses connues peuvent être directement senties et par quoi les choses senties peuvent aussi et en même temps être connues. Y a-t-il quelque mode d'appréhension où l'exclusivité de la connaissance et celle du sentiment disparaissent devant l'inclusivité d'une nouvelle synthèse plus compréhensive ?

20. Nous avons de nombreuses raisons pour croire que c'est précisément le rôle de la fonction esthétique d'effectuer une pareille synthèse.

Les motifs de cette synthèse se révèlent pleinement dans le domaine de l'expérience elle-même (1). Tous les caractères de

(i) Nous les avons trouvés objectivement et génétiquement présents dans les deux grandes branches de l'art primitif, qui, en se développant, ont donné respectivement les arts de la décoration, d'une part, et les arts représentatifs, c'est-à-dire les arts graphiques et plastiques, d'autre part. Dans ceux-ci, tout ce que l'on connaît comme commun, général, universel, — tous les objets de connaissance possibles, en un mot — est représenté sous une forme « semblante » et idéalisée. Dans ceux-là, dont le mobile primordial est l'étalage de soi-même, l'impulsion du moi se traduit par l'intérêt et l'effort personnels, ainsi que par la poursuite de la valeur individuelle. Dans les arts représentatifs, l'impulsion cognitive travaille activement à l'accomplissement intégral de sa fin ; dans les arts décoratifs, les impulsions affectives et celles qui portent le moi à se manifester agissent de même à l'égard de la leur. Et dans toute œuvre d'art ces daux genres de facteurs se trouvent unis dans un seul produit dont ils font partie intégrante, et qui est

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l'art sont réunis il.ins ce résultat complet. I.e tout objcclif relationnel qui est nécessaire à l'œuvre d'art — la chose, la situation, révénemeiil représentés — rétablit, dans sa j)leine et entière si^^niification, la communauté et l'universalité de la vérité, sous toutes ses formes diverses. Hien n'échappe au lilet de l'art: depuis la couleur et le son, choses relativement simples, depuis les diverses relations sensibles jusqu'aux concepts abstraits des mathématiques et aux suggestions alTectives mal définies de la morale et de la religion, tout est recueilli par lui. Toutes ces choses si diverses sont fondues dans le creuset, puis revêtent les formes de la beauté, sans rien perdre de leur vérité.

Mais comme elles onf subi des transformations artistiques, elles sont « semblantes » et idéales, et non pas seulement actuelles ; aussi sont-elles sujettes à être accaparées par l'autre grand motif de l'appréhension du réel — l'appréciation — qui rend singulier le contenu tout entier, lui confère de la valeur, fait de lui quelque chose d'immédiat, et sous l'action duquel il cesse d'être un moyen pour devenir une fin. Le moi entre dans la maison, la débarrasse des formes vides et des généralités qui l'encombrent, et la remplit de personnalités vivantes et réelles. Le réel perd sa neutralité à l'égard de la valeur, tout en gardant sa forme relationnelle ; il perd, en conséquence de l'unité de la vie mentale, la qualité d'être tantôt particulier et tantôt général; il perd son mode d'existence isolé et invariable en devenant la propriété d'un esprit qui habite la maison. Ce n'est pas là une simple figure. Notre analyse a dégagé le motif et la signification de ce processus. On pourrait se servir, pour traiter la question, des termes rigoureusement techniques dans lesquels elle a souvent été exposée.

'il. Ce processus constitue bien un nouveau mode du psychique, une immédiateté synthétique. Cela ressort du fait que son universalité et sa singularité Jie sont pas, à proprement parler, les mêmes que celles des fonctions de la con —

absolument unique au point de vue delà portée qu'il a pour tout observateur, tout en étant universel à titre de véhicule de l'expression humaine. Voir Thought and Things. t. III, chap. xiii.

naissance et du sentiment. Quand je déclare que Tœuvre d'art que j'ai devant les yeux est belle, c'est en vertu d'un véritable jugement ayant la valeur synnomique d'une affirmation de relation. Mais, dans ce jugement, je vise quelque chose qui n'est pas seulement vrai en ce qui concerne la construction relationnelle dont dépend ma conviction du caractère positif de l'œuvre d'art — caractère dont tous les hommes peuvent témoigner ; je vise quelque chose qui est également vrai en ce sens que cela est synnomique de l'appréciation d'autrui en même temps que la mienne. Dans ce seul acte de jugement appréciatif, je vise la double constatation que vous prisez l'œuvre d'art et que vous reconnaissez ses caractères objectifs. Je me convainc, d'une part, qu'elle remplit les conditions objectives voulues pour être belle — conditions à la satisfaction desquelles j'attribue, plus ou moins consciemment, son caractère esthétique, et qu'il appartient à l'expérimentation esthétique de découvrir — d'autre part, que vous parviendrez ou devriez parvenir au même jugement d'appréciation que moi. Bref, ce jugementa l'universalité de la construction cognitive qui apparaît dans la logique de la connaissance, et aussi l'universalité de l'inclination ou de l'attitude affective dont se revêt l'universel de la logique du sentiment. C'est pourquoi, sans empiéter sur le rôle qui revient au cognitif dans l'établissement de l'universalité de l'objet, ce jugement considère l'objet tout entier et lui donne la portée d'une valeur générale et syntélique. Il décide que cet objet doit être jugé vrai par tous et regardé par tous comme ayant de la valeur. La logique théorique et la logique affective se rencontrent donc en lui et y confondent leurs courants.

22. 11 en va de même de la singularité de l'œuvre d'art; elle est des deux espèces. Malgré sa généralité, la construction est singulière en ce sens que, constituant un produit de l'inspiration et du travail de l'artiste, elle est unique ; elle possède la singularité de tout objet isolé et n'ayant pas son pareil au monde. Mais l'aspect de la valeur en vertu duquel nous. considérons un objet comme singulier n'entre pas dans la constitution de cette sorte de singularité. Je suppose que mon ami Brown soit le seul Brown que je connaisse ; cela

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ne fera |)ns qu'il soit mou ami ; il y a une cause plus iutinie au pi.'iisir que je Hens à Tappclor « Browu »).

I/art comporte cette dernière Horte de singularité, celle de la logique alVeclive, (|ui s'ajoute à l'autre, celle de la logique cognitivc. Bien qu'elle soit une chose objective unique, l'Kïîuvro d'art a pour moi une immédiateié directe, l^ile esta la fois « une » pour tous les hommes, et « une » pour moi seul. Kn vous vantant ses perfections, je ne veux pas seulement vous signaler ses caractères objectifs, ses caractères représentatifs, que l'un et l'autre nous pouvons évidemment percevoir ; je veux aussi vous inviter h apprécier sa valeurintime, et je m'attends à ce que vous ressentiez comme moi l'émotion, le tressaillement de joie qu'elle a le pouvoir de provoquer chez un observateur individuel. J'espère que, de même que je connais, comme vous, une sorte de singularité, de même, vous sentirez, comme moi, l'autre sorte. La logique cognilive et la logique affective se rencontrent donc encore ici. Toutes deux manifestent leurs singularités, comme ^ussi leurs universalités, sans rien y changer, à cause du caractère « semblant « et imaginatif de la construction objective d'où le dualisme du contrôle externe et du contrôle interne a été entièrement éliminé (1).

(i)On demandera peut-être si cela ne constitue pas, à l'intérieur de l'esthétique lui-même, un nouveau dualisme, un dualisme entre la a communauté », qui est générale, et la singularité, qui est privée. Il n'y a pas là de dualisme, attendu qu'il n'y a pas de réelle opposition. Cela montre simplement que, si la contemplation esthétique révèle efîectivement la réalité, ce doit être une réalité où l'aspect de la vérité commune ou générale, qui s'offre aux regarda de tous, soit comprise dans l'immédiateté plus large d'une expérience plus compréhensive — conclusion qui s'impose absolument, à nous plus loin (chap, xiv, § 1).

Peut-être demandera-t-on encore si la généralisation due à la récurrence, par exemple à la contemplation répétée de la même œuvre d'art, ne détruit pas la singularité de l'expérience. Nous répondrons que, tout en faisant de l'eApérience un « général » affectif ou « actif » du pas^sé, pour ainsi dire, la récurrence n'épuise pas la nouveauté et la singularité essentielle de chaque cas nouveau qui vient illustrer 6e général. (Voir Thought and Things, t. III, c Interest and Art », chap. vu, § 2 et suiv.).

Cela revient à dire que, pour Tinterprétation complète de Tobjet, ni l'une ni l'autre des deux log^iques particulières n'est adéquate. Donnerons-nous à la connaissance seule la tâche épistémolog-ique, quand nous savons qu'agir ainsi serait supprimer toutes les sources d'évaluation et détruire complètement les fonctions créatrices et révélatrices de l'art? D'autre part, pouvons-nous refuser d'attribuer ici un rôle a la connaissance, quand la charpente même de toute évaluation et de toute production artistique est due au travail des processus cognitifs et relationnels ? Manifestement la seule ressource qu'on ait, ressource d'ailleurs adéquate, consiste à s'adresser au mode d'appréhension où ces deux grands motifs, la pensée et l'appréciation, s'unissent dans un tout complet et qui se soutient par lui-même.

23. Etant donné cette présomption en faveur de la conscience esthétique, présomption fondée sur des considérations détaillées et convaincantes, il est, semble-t-il, de notre devoir d'examiner finalement la question de savoir quelle signification prend la réalité quand on l'interprète du point de vue des beaux-arts. L'interprétation logique ou théorique aboutit, comme nous l'avons vu, à la conception d'après laquelle la réalité est un système d'actualités invariables et neutres^ dont la nature est déterminée par la science positive et par des démonstrations logiques. La réalité de la science positive est de la sorte que présupposent les processus cognitifs. C'est la réalité donnée parla logique de la connaissance. D'autre part, l'interprétation pratique ou idéale fait de la réalité un système de valeurs, postulées par la conscience évaluante et idéalisante, et atteintes au moyen de la poursuite de fins. C'est la réalité à laquelle parvient la logique du sentiment et de la pratique. La question se pose maintenant de savoir quelle est la nature de la réalité atteinte parla logique de la réalisation esthétique, par la logique des beauxarts.

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