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En recourant aux principes de l'interprétation gêné

tique, on peut mettre ce qui précède sous une forme générale. La réalité de l'intuition esthétique n'est pas le produit d'un mode particulier, soit théorique, soit pratique, du réel ; c'est un état de réalisation essentielle et synthétique. C'est une union de la présupposition et du postulat, non seulement sous leurs formes intuitives finales, mais dans chacune des oppositions qu'ils présentent dans la vie de la pensée et de la pratique. Le réel de l'esthétique idéal est intrinsèque à son propre processus, et ce processus a sa logique génétique, de même que la connaissance et la pratique ont les leurs. L'imagination « semblante », qui unit à chaque stade du développement mental les intérêts de la connaissance et de l'action, progresse jusqu'à aboutir à l'objet qui lui est approprié, c'est-à-dire à quelque chose qui n'est pas simplement présupposé comme fondement de la connaissance, ou simplement postulé comme motif de foi, mais qui est réalisé comme principe intrinsèque. Cet objet est à la fois vrai et bon, mais ce n'est ni parce qu'il est vrai ni parce qu'il est bon qu'il est réel ; il est réel parce qu'il est beau, et qu'en vertu de ce caractère il est à la fois vrai et bon. La présupposition et le postulat sont remplacés par l'acceptation fondée sur la contemplation.

§2. — La réalisation esthétique comme réconciliation de Vactualité et de Vidéalité.

5. Un autre type d'interprétation, dont nous avons déjà parlé, type qui repose sur l'immédiateté et qui prétend surmonter les difficultés des théories « médiates », appuie sur la nature synthétique de la personnalité. Il revêt, comme nous l'avons vu, bien des formes, mais ce qu'il a d'essentiel, c'est qu'il prétend qu'au cours de l'organisation du moi, considéré comme un tout, les différents modes particuliers d'appréhension de la réalité se réconcilient et se complètent.

Ce point de vue a beaucoup d'avantages, mais aussi certains défauts capitaux. Si c'est du moi actuel, du moi « objet »

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qiio Von vont parler, la drlinilioii du moi ne sert (ju'à rendre plus radicale l'opposition qui existe entre lui et les autres objets, y compris les autres moi. Car l'actualisation est un processus commun à tous les objets, aux moi aussi bien qu'aux choses ; les choses sont aussi actuelles que le moi. D'autre part, si c'est du moi sujet, du « je » qu'il est question, on peut objecter qu'il n'est pas possible de donner un contenu à ce moi ; car le moi sujet n'est que la présupposition log:ique de l'expérience du moi actuel ; c'est exclusivement dans cette expérience qu'il prend sa forme personnelle concrète. Lui donner toute autre réalité, c'est aboutir à quelque forme de transcendance ou de mysticisme.

Si nous avons recours au super-personnel, tel qu'il est postulé dans la réalité relif^-^ieuse, nous retrouvons le conflit entre l'actuel et l'idéal (1). Si Dieu est une personne concrète, il est actuel mais non idéal ; s'il est un idéal, il n'est pas une personne actuelle — c'est le dilemme religieux. Quelle que soit celle des deux choses que l'on considère comme réelle, l'autre est simplement postulée. Le super-personnel devient ou bien simplement personnel ou bien tout à fait impersonnel ; il devient un membre de la société humaine ou un « Dieu inconnu ».

6. Dans l'acte de la réalisation, tel qu'il est présenté dans la théorie qui repose surl'immédiateté esthétique, le personnel n'est pas en opposition avec l'impersonnel, le moi avec r « autre ». Les causes mêmes de l'opposition, c'est-à dire les motifs théoriques et pratiques opposés qui la produisent, se trouvent éliminées. De par la manière même dont elles'opère, la reconstitution « semblante » du contenu de la connaissance est chargée de l'impulsion d'une vie mentale en cours de développement, de l'impulsion d'un moi, du moi. L'esprit parvient à une unité nouvelle, oii ses divergences génétiques se trouvent abolies.

Le résultat, en ce qui touche les deux derniers points, n'est pas atteint à la limite seulement, à l'idéal, comme une fin simplement désirée ; c'est un fait d'expérience récurrent et toujours présent. Chaque fois qu'on admire un bel objet ou

(i) Voir ci-dessus, chap. vu, § 3.

que l'on contemple une œuvre d'art, on sent l'union de» motifs de vie que les intérêts respectifs de la connaissance et de l'action avaient séparés. De la sorte, l'idéal, l'intuition, est l'idéal d'une vie personnelle ; il est en même temps un contenu objectif ; il n'est pas un simple postulat ni une simple analogie. Il est présent dans chaque terme de toute la série des expériences. Son expression finale comprendrait toutes les créations des beaux-arts.

7. Dans l'esthétique, les racines de l'opposition entre l'actuel et l'idéal se trouvent arrachées, attendu qu'il ne reste rien dans l'idéal une lois que l'actuel esthétique est réalisé ; l'actuel est alors complet, tant sous le rapport de son caractère objectif que sous celui de sa valeur subjective. Il n'est pas jusqu'au négatif, à l'inesthétique, au laid, qui ne disparaisse, comme nous l'avons vu, dès que s'établit le positivement esthétique, le beau. S'il ne reste rien à réaliser,, il n'y a plus de raison pour idéaliser; ou — en présentant les choses de la manière inverse — quand l'idéal se réalise^ l'actuel devient idéal.

§ 3. — La réalisation esthétique comme réconcilialion de la liberté et de la nécessité.

8. Le problème des exigences respectives de l'actualité et de l'idéalité en implique un autre, qui concerne les domaines de la nécessité et de la liberté. Considéré au point de vue génétique, c'est un problème relatif au dualisme des contrôles, dualisme qui règne dans toute la vie mentale, puisque la nécessité qui s'attache à l'objectif et à l'actuel s'oppose à la liberté qui s'attache à la vie intérieure, pratique et morale. Gomme toute la science positive, tant physique que mentale, résume notre connaissance de l'actuel, elle se réduit à la reconnaissance de lois auxquelles s'attache une certaine nécessité. D'autre part, le moi affirme la liberté de son choix, sa responsabilité morale et le caprice de son action en pour-

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