‹ Théorie génétique de la réalitéChapitre 51 sur 63 · I.E l'ANCAI.ISMi:, THF.oIUI-: DP. I.A HKAI.ITlî · texte numérisé non relu

I.E l'ANCAI.ISMi:, THF.oIUI-: DP. I.A HKAI.ITlî

est absf)lii, ni c'est là une des coiulitions de r.'ibsoliiilé. Il eiilend former un tgiit nuloiioine et sans relation avec quoi (|ue ce soil.

§4. — L'esthétique conirm mode est non rel.ilif.

12. Si ce qui précède est exact quand il s'agit de la coupe transversale de la conscience, il est de fait néanmoins que, en ce qui touche les choses vraies et les choses bonnes, la conscience passe par divers stades de développement ; et cela n'est pas seulement vrai au point de vue de l'observateur qui la regarde du dehors, c'est aussi une condition de l'identité de l'état de conscience esthétique avec lui-même. L'intérêt se déplace, se modifie, s'élève ou s'abaisse, croît ou décroît. Il y a là un processus fonctionnel dont les résultats changent constamment, en un mot un mouvement progressif, un développement du mode d'appréhension esthétique.

Mais, dira-t-on peut-être, chaque stade, chaque point de ce progrès est relatif aux stades, aux points qui le précèdent et à ceux qui le suivent; est-ce qu'il n'en est pas également ainsi de la signification interne elle-même? Du point de vue longitudinal, il semble y avoir une relativité de genèse, de développement. Est-ce que l'expérience esthétique échappe réellement à cette relativité ?

13. Réservant provisoirement le point de vue de l'observateur qui regarde la conscience du dehors — nous l'examinerons plus loin, en discutant la relativité du sujet à l'objet — nous répondrons que, pour l'esprit lui-même, pour l'esprit même de l'observateur, la signification esthétique objective ne présente pas de développement progressif. Chaque œuvre d'art véritable est une unité qu'aucun rapport de continuité ne lie à une autre œuvre d'art; elle n'a « ni avant ni après » dans le mouvement de la conscience. Ce n'est pas à dire, bien entendu, que le contenu objectif — la situation ou l'événement représenté — ne varie pas ; il varie indéfiniment, au contraire. Mais à travers toutes les variations du contenu choisi pour satisfaire à l'intérêt esthétique.

la fin, « rintention » propre de cet intérêt reste le même (1). Quand je dis « cela est beau », ou « cela est sublime », ou « cela est de bon goût », la fin que j'exprime la satisfaction d'avoir atteinte est toujours la même. Cette fin, qui est à la base de Tintérêt esthétique, consiste dans la contemplation de quelque chose d'intrinsèque, de quelque chose qui ait une pleine réalité ; les divers intérêts particuliers de la connaissance et de la pratique contribuent, chacun à sa manière^ à parfaire une pareille réalité. Gomme « signification » esthétique, le « contenu » de ma contemplation a toujours la même valeur, quoique, comme chose ou comme bien, il varie indéfiniment.

Gela est impliqué dans tout ce que nous avons dit pour établir le caractère intrinsèque du mode d'intérêt esthétique (2). La fin de ce mode d'intérêt n'est pas lointaine ; elle consiste à trouver, à réaliser, à saisir pleinement toute la signification de l'objet qui est présent à cet intérêt. L'intérêt de la connaissance est d'étendre son objet,, d'agrandir le domaine de la vérité ; sous l'impulsion qui l'y porte, il fait des bonds de côté et d'autre, cherchant des faits, des renseignements, et proposant des hypothèses. De même, l'intérêt pratique poursuit des utilités, des valeurs morales, des ajustements pratiques au delà des situations qui lui sont offertes ; ces situations, il s'en sert comme de moyens. A la différence de ces deux intérêts, l'intérêt esthétique n'est pas continuellement en quête du changeant et du progressif. Bien au contraire, il est, dans chaque cas, pleinement satisfait de ce qu'il possède. Il meurt quand son objet disparaît. 11 renaît sous l'action d'une nouvelle œuvre d'art. Dans chaque cas, il est une « signification » qui se suffit à elle-même, et cette signification ne diffère pas d'un cas à l'autre : elle consiste dans 1' « intention » qui doit s'ajouter aux diverses constructions objectives pour qu'elles

(i) L'intéiêt comme fonction varie quant à la fraîcheur, à la facilité, etc., et son pouvoir varie avec l'éducation et Thabitude, avec le tempérament, avec le savoir, mais la fin qu'il poursuit n'en demeure pas moins constante.

(a) Cf. Thought and Thinga, t. III, chap. x.

LK l'AN<:.\l,ISMl', TlIKOlllh, Dli I.A HhAi.m'; 279

ne Hoieiit pas seuleinuiiL \iaics ou bonnes, ou vr.iicH ef bonnes, mais qu'en outre elles soient belles.

(]ette entière convenance, celte absence de relativité, cette coniplcHude inhérente et cette indépendance à l'égard « de l'avant et de l'après » sont postulées dans le cas de la connaissance et dans celui de la pratique, mais seulement comme idéal, seulement à leur apogée, qui se trouve dans Tétat d'intuition. Dans l'intuition, ainsi que nous l'avons vu, certains termes du processus de la médiation — la fin dans l'un des cas, les moyens dans l'autre — sont considérés comme absolus, précisément dans ce sens. Us sont inconditionnels, indépendants, non hypothétiques; la preuve de leur exactitude se trouve en eux-mêmes ; on les accepte immédiatement et inconditionnellement. Dans le cas de l'esthétique, cela est vrai non seulement à la limite, une fois atteinte la consommation idéale, mais partout et toujours. Là, l'intuition est constante, l'idéal est toujours accompli. Du fait que sa signification ne comporte pas de progression génétique, pas d' « avant et après », l'esthétique a tout autant le droit d'être appelé absolu que les principes rationnels et les impératifs pratiques des théories d'après lesquelles l'absoluité consiste en cette absence de progression.

Mais il ne faut pas oublier, afin de ne pas se faire d'illusion, que c'est là la signification de l'esthétique pour la conscience elle-même, celle qu'il a quand on le considère du point de vue du psychique. Nous envisagerons plus loin la relativité génétique, telle qu'elle apparaît à l'observateur qui remarque les changements progressifs subis tant par le sens esthétique que par l'idéal esthétique au fur et à mesure des progrès de la connaissance et de l'organisation sociale.

§ 5. — Vesihétîque est une acceptation non relative.

14. En énumérant les diverses sortes de relativité qui peuvent s'attacher aux constructions objectives de la con- .«cience, nous avons indiqué, en troisième lieu, celle qui

résulte du fait que l'acceptation, sous quelque forme qu'elle se produise, implique un rejet correspondant, et l'affirmation, une nég^ation correspondante. Les écrits où la négation est étudiée dans le détail font connaître les diverses formes sous lesquelles apparaît cette relativité. Etant donné les buts que nous poursuivons, il suffira d'indiquer ici certains types généraux auxquels ces formes se ramènent.

Nous mettrons en tête le rejet de la vie active, avec l'acceptation qui lui correspond, c'est-à-dire, d'une part, l'exclusion de ce qui est importun, non désiré, de ce qui déplaît, et^ d'autre part, le bon accueil que l'on fait à ce qui remplit les conditions contraires. Gomment le rejet et l'acceptation se manifestent-ils dans le domaine esthétique ? L'intérêt qui décide de la beauté ou du caractère esthétique d'un objet comporte-t-il de ces exclusions et de ces inclusions positives?

Nous avons constaté, en étudiant la négation esthétique(I)y que quelque chose de ce genre apparaît dans la détermination du laid. Le laid n'est pas simplement ce que l'intérêt esthétique néglige ou ne choisit pas pour le contempler ; il est ce que cet intérêt évite comme le contrariant et l'empêchant de se satisfaire. Par conséquent, si, comme nous l'avons vu plus haut, l'état esthétique lui-même n'implique pas la revendication d'une sphère d'existence négative, opposée, il semble néanmoins, d'après la direction suivie parla détermination du laid, qui a rapport à l'intérêt esthétique, que cette détermination comporte la reconnaissance de l'objet regardé comme ayant un caractère de laideur. Dès lors, le positivement esthétic^e, le beau, n'est-il pas, en un sens, relatif au négativement esthétique, au laid? L'intérêt esthétique ne reconnaît-il pas le second aussi bien que le premier ?

15. Après de mûres réflexions, nous sommes arrivé à la conclusion que l'on doit répondre négativement à cette question. Le laid n'est pas établi par l'intérêt esthétique ni construit sous une forme qui lui soit due ; tout au contraire, il

(i) Thoughi and Things, t. III, chap.x, § 5. Voir également plus hautj chap. xiii. § 5.

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est établi par oppuHilioii à lui et coniinc obstacle à sa salisfaclion. Nous avons trouvé deux faclcuis dans le coeflicient du laid. I.c laid est ce ({ui résisleaux deux motifs ou à l'un des deux motifs de l'intérêt esthétique qui opèrent dans l'imagination « semblante », à savoir l'idéalisation et la personnincation. Il conviendrait donc de dési^^ner le laid par l'expression : le positivement antiesthélique ; on le mettrait ainsi en contraste avec ce qui est simplement non esthétique ou indilïérent.

Si cela est exact, il s'ensuit que l'existence, la réalité qui s'attache au laid a toujours la forme d'un fait, d'une vérité ou d'une valeur apparaissant au cours de l'accomplissement de quelque autre fonction, et déjà déterminé par elle. Par exemple, les éléments d'un tas d'ordures^ qui choquent la vue et l'odorat, et qui empêchent que l'on voie dans l'enremble du tas un objet esthétique, sont appréhendés au moyen de processus perceptifs et affectifs. Ils sont déterminés avant que prenne naissance l'intérêt qui pourrait trouver l'objet beau. Pour la contemplation esthétique, le genre de réalité qui s'attache au tas d'ordures est une réalité ayant une forme d'existence incomplète. Du point de vue de l'intélêt esthétique et de ses aspects négatif et privatif, l'objet n'a pas d'existence du tout comme ensemble esthétique, bien qu'il puisse se faire que, pendant le temps où l'intérêt esthétique est en suspens, il ait, comme tous les autres objets, de pleines valeurs d'existence fondées sur des faits.

16. Il est intéressant de comparer ce cas avec les cas analogues du logiquement faux et du moralement mauvais. Le logiquement faux est ce qui est nié par le jugement ; il représente l'échec d'une tentative d'affirmation. (1) Quant au moralement mauvais, c'est ce qui manque à accomplir ou ce qui choque l'idéal posé par la volonté morale.

Dans le cas du logiquement faux, une proposition qui ne recueille pas de suffrages manque par là même à atteindre à la réalité dans la sphère logique, c'est-à-dire à être admise dans le système des vérités. Elle est donc irréelle sous le

(i) Cf. Thought and Things,[t. II, chap, viii, § 4 et suiv., et chap. xni, § 3.

rapport logique. Mais cela n'empêche pas ses éléments — perceptuels, conceptuels, affectifs ou autres — de subsister et par conséquent d'être réels dans les sphères où ils sont déterminés séj^arément. « Les bœufs sont des bipèdes » n'est pas une proposition vraie ; il n'y a pas en réalité de bœufs à deux pattes ; mais néanmoins il existe des bœufs aussi bien que des bipèdes dans les domaines, envisagés séparément, où leurs classes se sont formées. On doit conclure de là que, dans le cas présent comme dans celui de l'esthétique, le domaine où se produit la négation n'admet pas, en raison de son mode de réalité, certains objets qui sont réels au regard de modes de fonction plus simples et génétiquement antérieurs. Gela signifie que, pour qu'un objet soit réel dans les modes complexes du vrai et du beau, il faut qu'il possède quelque qualité de plus que celles qui lui assurent la réalité dans les modes plus simples qui précèdent ceux-ci.

17. De même, le moralement mauvais constitue, dans certains cas, quelque chose qui ne satisfait pas à Tidéal moral ou qui est incompatible avec lui ; tels les actes et les inclinations qui ne peuvent pas être admis et établis dans la sphère de la réalité morale, ceux auxquels il est impossible de reconnaître des attributs moraux (l).Et pourtant on ne peut pas dire que ces mauvaises actions et inclinations soient comprises dans la sphère morale. Elles témoignent simplement que certaines choses qui sont réelles dans d'autres sphères ne peuvent pas contribuer à la constitution du bien. Elles sont réelles du point de vue des faits physiques, psychiques et sociaux; elles limitent le progrès de l'idéal moral ; mais le sens moral, qui refuse de les accepter ou les condamne, n'en tient pas compte dans Torganisation de la réalité positive que postule l'idéal moral. Bref, la réalité morale consiste en une organisation positive de volontés et de valeurs. Comme nous l'avons vu, elle procède d'un mode

(i) Telles sont les mauvaises actions dues à l'ignorance, à une impulsion, à un manque de réflexion ; elles se distinguent éridemment de celles qui sont commises de propos délibéré. Ces dernières sont des manifestations d'une volo ité perverse ; elles constituent la véritable sphère du mal moral.

i.i: l'V.NCAi.iSMh, iiiiînRiK ni; i.a uhAi.Hj'. 283

csj)ccili(|iic li'iiilciùt cl de praliquo. Ce qui n'est pas accueilli dans cello organisalion resle dans la sphère où sa réalilé est établie d'une autre manière; il est réel dans le mode qui lui est propre, il peut se faire (jue, tl'une part, nous condamnions un acte ou une attitude de la volonté comme incompatible avec notre idéal moral, et (jue, d'autre part, en admettant sa réalité, nous nous placions au point de vue non de la morale mais tles faits, non de la réalité morale, mais de la simple existence (Ij. En pa4'cil cas, le moralement mauvais est analoj^ue à l'esthéliquement laid. Chacun des deux témoigne que certains matériaux qui lui sont olferts ne conviennent pas au mode de construction qui lui est particulier, mais ni l'un ni l'autre n'affirme la réalité négative de ces matériaux dans son propre système d'organisation.

18. Mais il apparaît maintenant entre le logique et le moral, d'une part, et Testhétique, d'autre part, une différence essentielle qui singularise ce dernier et le débarrasse de son dernier vestige de relativité à cet égard. Contrairement à la négation logique et au rejet moral, l'assertion esthétique, une fois établie, isole complètement son contenu des alliances, tant positives que négatives, où il se trouvait engagé. L'assertion esthétique positive rend son contenu privatif, et non pas simplement exclusif. Elle efface tout, sauf ce qu'elle embrasse.

C'est ce que ne peuvent faire ni le logique, ni le moral ; ils en sont empêchés par des raisons inhérentes à leur nature. Le logique refuse d'attribuer un prédicat tiré d'une sphère ou d'une classe donnée à un sujet appartenant à une autre sphère ou à une autre classe, tout en considérant les deux sphères ou les deux classes comme légitimes dans tout le monde logique du discours. Les bœufs et les bipèdes sont réels, les uns comme les autres, à l'intérieur du système que

(i) Cependant il y a. bien entendu, des actions immorales comme telles, ainsi qu« des personnes immorales. Les personnes dont on peut dire qu'elles manifestent une volonté perverse sont celles qui violent sciemment leur propre sentiment du bien. A la différence des cas précités, ceux-ci rentrent directement dans la sphère morale.

l'intérêt logique cherche à étendre. On peut dire quelquefois que ces classes logiques sont sans rapport, ou en opposition logique, l'une avec l'autre, jamais qu'en affirmant quelque chose de l'une on prive l'autre de tout droit d'exister. En définissant les bœufs des quadrupèdes, on ne supprime pas les bipèdes. Il en est de même du moral. Affirmer qu'une action est bonne, c'est affirmer que l'action contraire est relativement mauvaise, ou au moins relativement peu convenable, mais cela n'implique jamais que cette dernière soit effacée' du domaine de valeurs oii les attributs moraux trouvent leur application.

19. En d'autres termes, la négation logique et le rejet moral positif sont des cas d'exclusion — l'un cognitif, l'autre afifectif, — qui dérivent de l'établissement de classes rivales ou incompatibles, tandis que la détermination esthétique, même quand il s'agit du laid, n'implique pas d'exclusion. Au contraire, dans quelque mesure qu'elle se produise, elle établit une seule et unique classe, et l'établissement même de cette classe effectue une synthèse qui abolit toutes les autres classes en tant que telles. Comme nous l'avons exposé dans le détail (1), seule l'affirmation esthétique est uniquement et entièrement privative.

Si cela est exact, nous pouvons conclure en toute assurance que la sorte de relativité qui s'attache à l'affirmation accompagnée de la négation, et à l'acceptation accompagnée du rejet, ne s'attache pas à l'appréciation esthétiqne. Voilà donc encore un sens où l'esthétique est absolu.

§6. — Lesthétique est non relatif en ce qui touche la relation entre le sujet connaissant et la chose connue.

20. La dernière forme de relativité que nous avons signalée plus haut comme s'attachant aux constructions renfermant ridée de réalité est celle qui découle de la relation entre

(i) WohThought andThings.t. III, c Interest and Art», chap. x.

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la chose connue et la personne on le processna (|nila connaît. Toute connaissance comporte une relation entre le sujet connaissant et la chose connue, car le sujet connaissant est présent dans tous les cas où une sorte quelconque d'objet est appréhendée. Il semble donc que cette relativité se trouve derrière toutes les autres.

Quoi([u'il en soit bien ainsi et que cette vérité soit devenue l'assomption de la pensée spéculative moderne, l'idéal de la connaissance — idéal qui s'impose avec une clarté et une force de plus en plus grandes à mesure que la science progresse — implique un système objectif de vérités et de faits qui sont ce qu'ils sont indépendamment de la connaissance. Quand ils se placent au point de vue ontologique, les métaphysiciens et les hommes de science « positifs » s'accordent à dire : la réalité existe par elle-même ; elle est ce qu'elle est de son chef, de par la nature qui lui est inhérente ; elle n'est pas ce qui est connu ; elle n'est pas quelque chose qui doive à la connaissance quoi que ce soit de son existence ni de son être.

21. Cette référence à quelquechose quilui est étranger est la grande antinomie de la connaissance ; prise au pied de la lettre, elle priverait les processus de la connaissance de toute participation à la réalité de leurs propres objets. Tout en posant les choses comme elle lui apparaissent, comme il les connaît, le sujet connaissant déclare qu'elles existent tout à fait indépendamment de sa connaissance.

Nous avons adopté plus haut (1) le point de vue du sujet connaissant, par opposition avec celui du métaphysicien, c'est-à-dire le point de vue psychique par opposition avec l'ontologique. Nous devons maintenant nous demander ce que le point de vue psychique implique exactement dans l'interprétation de la réalité objective.

22. Ce que nous venons d'appeler l'antinomie de la connaissance — considérée dans sa référence objective — prend deux formes différentes. Tout d'abord apparaît 1' « intention » de l'objet d'être indépendant du processus individuel où il est formé, construit. L'individu connaissant constate que la

(i) Voir plus haut, chap. xii, § 2.

sig^nification de la chose veut que cette chose soit étrang-ère à sa perception, à sa connaissance; cette chose a pour lui un contrôle qui, dans sa sij^nification, est indépendant de lui et lui est étrang-er. Nous pouvons appeler cela, en tant que cela implique la nég'ation de toute relation entre la chose comme telle et un seul individu connaissant, la « référence extrapsychique ». Ainsi comprise, cette référence s'étend à la perception ou à l'appréhension d'autres personnes par l'individu ; ces personnes sont également extérieures, étrang-èi-es à l'individu qui les appréhende.

23. L'autre cas est celui où l'implication d'extranéité, d'indépendance, s'étend à tous les sujets connaissants ou percevants, de sorte que la chose ou l'objet se trouve complètement isolé de tout processus conscient. La référence extrapsychique est regardée comme s'appliquant à tout le monde ; elle est synnomique. Il existe une chose ou une vérité ontologique, physique, spirituelle ou de tout autre genre, qui est isolée et des processus de l'appréhension individuelle et de ceux de l'appréhension commune. Cette référence s'applique aussi à la relation des esprits entre eux. On dit des objets qui sont ainsi indépendants de tout processus psychique qu'ils ont la ^(référence transsubjective » (1).

L'implication par laquelle la connaissance découvre des choses indépendantes d'elle renferme donc deux éléments distincts : 1' « extrapsychique » et le « transsubjectif ».

Maintenant se pose une question d'interprétation, celle de savoir lequel des termes de l'antinomie établie par la connaissance — ces termes sont la relativité de l'objet à l'individu connaissant et l'indépendance de l'objet à son ég-ard — doit être accepté comme caractérisant, en dernière analyse, la réalité. Le réel, sous sa forme ultime, doit-il être considéré comme un élément de l'expérience personnelle, ou doit-il être regardé comme existant par lui-même, indépendamment de l'expérience ? Ainsi posée, la question ne vise directement que la validité de la référence extrapsychique, mais on admet ordinairement que la validité de cette référence en-

(i) Cet emploi des termes « extrapsychique » et « transsubjectif», a été proposé dans La pensée et les choses, t. I, chap. i, sect. 10.

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