‹ Théorie génétique de la réalitéChapitre 52 sur 63 · I.F, PANCAI.IS.Mi;, TIlKORir: DK l.X KhAf.ITK · texte numérisé non relu

I.F, PANCAI.IS.Mi;, TIlKORir: DK l.X KhAf.ITK

traîne celle de la référence trarisHnbjeclive : si l'objet, dit-nu, est réellement indépendant d'un observateur donné quelconque, il est néciîssaircMU'iit indépendant de tous les observateurs.

21. Nous avons déjà vu pourquoi la connaissarKX' ne*[>eut pas résoudre cette antinomie, qu'elle-même établit. P^n premier lieu, toute tentative qu'elle fait pour interpréter l'objet comme indépendant d'elle donne un résultat où elle tient encore une place plus ou moins {grande, auquel, en fait, elle a apporté quelque chose d'elle-même. Et à chacun de ses stades la question se pose de savoir comment elle pourra parvenir à se séparer effectivement de ses propres produits. Mais mettons-nous à un point de vue plus positif : il y a une autre raison pour laquelle les objets de la connaissance demeurent nécessairement relatifs à l'expérience. En devenant réfléchis, interprétatifs de leur propre contenu, les processus de la connaissance le réédilîent sous forme d'idées, de systèmes de données, de vérités, le mettant ainsi dans le domaine des processus subjectifs. La référence extrapsychique devient alors un processus de médiation consciente. Quelque résultat que puissent atteindre les processus de la connaissance sous le rapport de l'interprétation, toutes les oppositions et tous les dualismes par lesquels ils reconnaissent lextranéité et l'indépendance de leur objet s'établissent sous la présupposition des processus subjectifs du jugement et de la réflexion. Cette « présupposition secondaire » du psychique, comme nous avons appelé ailleurs la présupposition en question (1), reste une pierre d'achoppement pour toute théorie ontolog-ique de la réalité. Sous cette forme, la relativité du sujet à l'objet demeure jusqu'à la fin pour toute appréhension du type cognitif.

En ce qui touche la référence transsubjective, l'antinomie est d'autant plus embarrassante que la valeur synnomique du jugement et de la réflexion accentue la stabilité et l'isolement de l'objet extérieur. Cette valeur se manifeste très nettement dans certaines phases des processus conscients. Il peut se faire qu'une personne corrige son illusion en faisant appel à

(i) Thought and Things, t. II, chap. xv, § 4.

la perception d'autres personnes ; et même que, si elle a une hallucination, elle s'en rende compte en face des résultats synnomiques de la réflexion. De la sorte, Tune des deux références extériorisantes, la référence extrapsychique, peut se trouver en antagonisme avec l'autre ou être neutralisée par elle. Et l'inverse est également vrai. Un jugement invoquant la croyance universelle peut être réfuté par l'expérience personnelle d'un seul sujet. Ainsi l'origine et le caractère subjectifs decesdeux références à l'extérieur se montrent de bien des manières dans l'expérience elle-même.

25. Dans le cas des réalités de valeur, la même antinomie se manifeste, mais d'une manière plus marquée du côté de la relativité, en raison de l'extrême ambiguïté des valeurs objectives et de l'hésitation de la conscience d'évaluation à leur attribuer une signification extrapsychique. Dans biendes cas, il est vrai, la valeur attribuée à l'objet lui est inhérente, ou est au moins indépendante du choix et de la préférence de l'individu (la valeur économique du diamant, par exemple, est indépendante de l'appréciation d'un individu donné quelconque), mais même en pareil cas la valeur semble garder sa dépendance superindividuelle, sa dépendance sociale à l'égard des processus de l'appréciation et du choix psychiques. La référence transsubjective ne joue pas. Et dans des cas moins objectifs, tels que ceux des valeurs de la contemplation immédiate, de la jouissance directe et de la satisfaction idéale, le choix subjectif et individuel joue un rôle si important qu'il n'y a pas moyen de convertir la signification en une forme objective.

Nous sommes donc en droit de dire que, si la réalité de valeur a le sens extrapsychique dans certains cas, elle ne l'a pas en général, et qu'une « signification » de valeur n'a probablement dans aucun cas la référence transsubjective qui rendrait la réalité de valeur indépendante de l'expérience tant individuelle que sociale des objets auxquels la valeur est attribuée. En effet, la présupposition de la réalité indépendante et objective des choses et des valeurs exige qu'elles ne contiennent plus d'éléments de détermination sélective. Elles sont dépouillées de leur valeur, qui garde sa référence à l'expérience.

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26. Notre conclusion est donc que les réalités des deux genres rcHtent relatives aux processus conaciiîntH, tant cognitifs qu'actifs, en dépit de la référence ou rie l'implication d'après laquelle elles ont une existence étrangère et indépendante. Elles présupj)osent des jjrocessus conscients, et, du fait du commerce intersiibjcctif auquel elles donnent lieu, elles sont en relation avec l'expérience sociale non m(»ins qu'avec l'expérience individuelle.

'27. La question se pose aussitôt de savoir si ces conditions de relativité existent dans la conscience esthétique quand des objets de l'une ou de l'autre sorte, c'est-à-dire des choses ou des valeurs, deviennent matière de production ou d'appréciation artistiques.

Un examen rapide des caractères de la conscience esthétique nous aidera à répondre à cette question. Il est tout à fait impossible de soutenir que la distinction générale entre les personnes et les choses, entre les processus mentaux et les existences objectives, se trouve abolie dans le contenu esthétique. Les situations que l'art représente sont souvent de nature à accentuer cette distinction : quel relief ne prendelle pas dans les tragédies causées par le sort, la nécessité, la loi, dans les victoires et les insuccès de l'amour, dans les manifestations de la pitié, de la colère I Dans l'art, les mobiles individuels s'opposent souvent d'une façon plus marquée qu'ailleurs à ce qui est général, nécessaire, mécanique ou mort. Le contenu y est refondu, comme. nous l'avons vu, sous la forme de « semblance » imaginalive, mais cette refonte ne comporte rien qui puisse détruire la distinction, faite par les processus conscients, entre le moi privé et son objet. Si nous tenons, comme nous le devons, semble-t-il, que les résultats de la connaissance et ceux de la pratique se retrouvent intégralement dans la signification esthétique entière, nous ne pouvons pas considérer comme annulée ni comme très affaiblie, dans cette signification, la distinction que nous faisons généralement entre eux. Nous pouvons donc dire que l'esthétique n'abroge pas la référence extrapsychique de la connaissance. En face du contenu esthétique, l'individu ne perd pas le sentiment de sa personnalité. Il est manifeste que jamais, lorsqu'on adniire une œuvre d'art, on

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ne se confond réellement avec elle ; et Ton ne confond pas •davantage les éléments de personnalité qui y sont représentés avec ceux que représente une autre œuvre d'art.

La vie mentale qui est communiquée à l'objet — oh sait le rôle important qu'elle joue dans de récentes analyses du beau (1) — n'est donc pas la vie mentale individuelle comme telle, c'est-à-dire qu'elle ne consiste pas en des éléments restant individuels et non généralisés. Ce qui lui est communiqué de la vie mentale de l'indiviclu qui le contemple, c'est, comme nous l'avons montré dans une analyse précédente,* celles de «es inclinations et de ses habitudes qui se prêtent à la généralisation et à l'éjection, et qui, par suite, sont de nature à représenter, en même temps que son esprit, celui d'autres personnes encore, ou même l'expérience en général.

28. Mais s'il en est ainsi, dira-t-on, est-ce que le mode de conscience esthétique ne comporte pas, comme les autresj une antinomie entre la dépendance et l'indépendance de l'objet à l'égard du sujet connaissant ? Si l'esthétique reconnaît et affirme la référence extrapsychique dans le même sens (ou à peu près) que les autres fonctions d'appréhension, tout en faisant participer l'objet tout entier à la vie personnelle du sujet, les implications de l'art ne présentent-elles pas de ce fait une contradiction"?

Cette objection semble fondée en tant qu'il s'agit de la référence extrapsychique proprement dite, c'est-à-dire de celle qui implique l'indépendance de l'objet à l'égard de l'expérience de l'individu. Mais l'antinomie se trouve résolue quand on considère la référence transsubjective, c'est-à-dire celle qui veut séparer l'objet de toute expérience comme telle. On voit ici combien il importe de distinguer — ce dont on ne s'est guère préoccupé jusqu'à présent — entre ces deux sortes de référence objective.

?N0us avons constaté que, comme le théorique et le pratique sous leurs formes réfléchies, l'esthétique a un sens synnomique. On considère une œuvre d'art comme ayant la même signification et la même valeur pour toutes les personnes compétentes. Or, lorsqu'un individu introduit une

(i) Voir plus haut, chap. xiii, § 3.

LR PANCAI.ISME, TUKOIUK I»K LA HKALIT^d 291

vie moniale dans un olijcl d'ail, il ne s'a^-it pas uniquement de lui-niêine, de son f^oût et de son jii^^cment à lui, mais aussi de la coinnuiiiaiitc', de tous les aiihes hommes, de la conscience esthétique on f^^éncral. Sans doute, cette (L'uvre exprime son goûl, mais elle a une sip;iii(ication plus larf,'e. Il sent qu'il est l'organe du ^"oût universel, qui se manifeste en lui. La vie mentale que cette communion avec l'ensemble des hommes lui l'ait introduire dans l'objet devient une vie mentale représentative. Ce n'est j^as le juf^ement d'un seul mais celui de tous qui alîirme la valeur de cet objet.

Si donc la conscience esthétique reg-arde l'objet comme séparé de l'expérience individuelle, elle ne le regarde pas comme séparé de toute expérience ; en d'autres termes, si la référence extrapsychique existe pour elle, il n'en est pas de même de la référence transsubjective. Cette dernière est abrog-ée par le mouvement de personnification, par l'empathie. Le processus mental dont la signification est communiquée à l'objet est un processus typique, bien qu'il se constitue dans l'esprit de l'individu qui s'identifie progressivement avec cet objet. Le pouvoir synnomique du vrai et la valeur « synnomique du bien se conservent dans la reconstruction semblante » elle-même, et donnent à sa vie mentale, à son « moi », la signification correspondante d'une fonction consciente synnomique. L'objet d'art ne tolère pas de motifs ni de buts strictement privés ; il est isolé du moi individuel, tout en incarnant ce qui est commun et essentiel à la vie de tous.

29. L'exactitude de cette thèse devient manifeste quand on considère où va notre sympathie en matière d'art. Elle va aux personnages vivants plutôt qu'aux choses mortes, aux personnes plutôt qu'aux animaux (1), et quand divers motifs se la disputent, elle va au plus élevé, à celui qui tend à l'idéal le plus haut. C'est le moi général et universellement

(i) On se rappelle l'histoire de l'enfant qui, devant un tableau représentant une arène de Rome où dea lions dévorent des chrétiens, s'écrie : « Oh, maman, il y a un pauvre lion qui n'a pas de chrétien ! » L'incongruité qui rend cette remarque amusante est la sympathie mal placée de l'enfant.

humain, le moi idéal, que vise le processus de la personnalisation; le moi individuel s'identifie avec lui et pense que les autres individus font de même.

30. Nous arrivons donc à cette importante conclusion que l'expérience esthétique, prise en bloc, échappe à la relativité du sujet connaissant à l'objet connu. Elle abroge la référence transsubjective, qui ferait du réel quelque chose de tout à fait séparé de Texpérience, car elle regarde l'objet esthétique comme incarnant un mouvement de détermination psychique. Elle donne à l'œuvre d'art la mission de représenter le mouvement de l'esprit sous sa forme universelle et synnomique. Mais, d'autre part, elle réaffirme la relativité des processus individuels qui rétablissent dans le tout esthétique les situations concrètes enveloppant le sujet connaissant et l'objet connu. Le sujet connaissant connaît l'objet connu, et le connaît comme quelque chose qui est séparé de sa connaissance. Cette antinomie se réaffirme dans la conscience esthétique dans r organisation du contenu, mais le contenu entier, comprenant vet te antinomie, ny est pas assujetti luimême.

Une œuvre d'art n'est donc relative à aucun autre mode de réalité. L'expérience esthétique ne connaît pas d'autre objet que celui qui lui est propre, pas de réalité non expériencielle ou non esthétique. La relation du sujet à l'objet fait partie de son contenu, mais elle n'est pas assujettie ellemême à une distinction entre le sujet et l'objet. Voilà encore un sens où son objet est absolu. L'objet esthétique est une réalité qui n'en souffre pas d'autre en dehors d'elle, tout en renfermant l'organisation complexe qu'implique l'expérience du moi et du monde.

§7. — Le sujet connaissant et son expérience: le pancalisme.

31. Ces explications montrent en quel sens la réalité donnée dans la contemplation esthétique peut être appelée absolue. Si l'absolu est le non relatif, la réalité esthétique est

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