‹ Théorie génétique de la réalitéChapitre 53 sur 63 · I.R PANCAI.mMK, THl'oilIIl DE I.A ni'AI.ITK · texte numérisé non relu

I.R PANCAI.mMK, THl'oilIIl DE I.A ni'AI.ITK

absolue dans tous les sens que nous avons énumérés. Av.mt d'exposer, dans le dernier chapitre, certains corollaires pliilos()j)iii(jucs, il nous faut encore conclure au sujet du point de vue d'où la réalité est appréhendée le plus adéquatement ; nous donnerons ainsi noire solution du problème de la i7io:pholo{,ne ^^énétique.

11 est manifeste qu'en fusionnant et en Iranscend.mt les divers modes^d'existence, de subsislance, de présupposilion, de postulation, etc., représentés dans les dllFérentes relativités dont nous avons fait un examen approfondi — celles de l'intérieur à l'extérieur, de l'antérieur au postérieur, de l'actuel à l'idéal, du vrai au faux, de l'alTirmation à la né},^ation, du bon au mauvais — en transcendant, disons-nous, tous ces contrastes, la conscience esthétique nie qu'aucun d'eux so't le point de vue exclusif et définitif en ce qui concerne l'interprétation du réel. Si le système des vérités logiques, par exemple, étant relatif au système des valeurs téléologiques, devant lequel échouent ses moyens de traduction, ne constitue qu'un reflet particulier et incomplet de la réalité, aucun caractère logique, tel que « l'identité dans la différence », la cohérence, l'organisation dans un tout d'implication, ne peut être accepté comme seul critérium du réel. Les caractères logiques sont sans doute des critériums du mode de réalité atteint par les processus cognitifs et logiques comme tels, mais quand le point de vue de l'appréhension ou de la pensée logique cède la place à celui auquel on parvient dans la synthèse plus large de l'esthétique, il devient évident que de pareils critériums sont insuffisants pour faire connaître la nature de l'ensemble de la réalité.

32. 11 en est de même du mode de réalité représenté dans la « signification » qui, incarnant la volonté, l'intention, l'idéalité, comporte un but, signification morale et téléologique. Ses résultats et ses idéals sont relatifs, car ils contrastent avec ceux de la pensée et sont assujettis comme elle à la synthèse plus large que donne l'esthétique. Par conséquent, la volonté et sa conservation — « son identité et sa continuité >)^(1) - sont, à ce qu'il semble, des expressions

(i) Cf. Urban, Valuatiorit etc., p. 401 et 402.

inadéquates du réel. La réalité interprétée téléologiquemenf est, dans sa nature même, relative à la réalité interprétée théoriquement ou log^iquement. Introduire dans le mouvement de la réalité comme telle un principe d'un caractère exclusivement téléologique, c'est abandonner le point de vue de la réalisation synthétique pour celui de la postulation ontologique de valeurs.

33. Il en est de même de chacun des points ae vue particuliers d'où Ton peut interpréter la réalité : tous sont relatifs, sauf celui où la relativité et l'incomplétude disparaissent dans une immédiateté et une complétude supérieures. Ce point de vue est, comme nous l'avons vu, celui de l'expérience esthétique. C'est celui du sujet connaissant lorsqu'il atteint une validité « absolue », c'est-à-dire lorsqu'il représente le mode d'appréhension exempt des complications dues à des motifs rivaux et dualistes. L'expérience atteint alors son niveau le plus élevé : elle reflète, dans une incarnation complète et absolue, ce qui n'a été discerné que partiellement par chacun des individus connaissants, voulants et sentants qui, au cours de son histoire, se sont laissé guider par elle.

Ainsi compris, le point de vue du sujet connaissant n'est pas subjectif, car il n'est plus individuel ni en opposition avec le point de vue objectif. Il n'est pas privé, car en l'exprimant on exprime une expérience synnomique, universelle. Il n'est ni réaliste ni idéaliste, dans le sens traditionnel de ces termes, car, si la réalité qu'il permet d'atteindre se trouve dans l'expérience, elle n'est pas en opposition néanmoins avec quoi que ce soit qui se trouverait en dehors de l'expérience : l'expérience embrasse toute la réalité. C'est un point de vue sui generis ; pour le définir complètement, il faudrait recommencer la description de l'expérience esthétique et en exposer à nouveau les implications. Nous résumons tout cela quand nous parlons de l'expérience artistique ou de la jouissance procurée par la beauté ; mais lequel d'entre nous pourrait dire exactement ce qui est réalisé dans la jouissance que donne une œuvre d'art, ou pourquoi il en jouit ?

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