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CHAPITRE IV

TABLES DE MORTALITE,

§ I. — Historique.

58. L'usage de tenir note des naissances et des décès date d'une haute antiquité. Sans remonter plus haut que les Romains, nous voyons déjà des registres tenus à cet effet à Rome, sous le règne de Servius ïuUius, SyS ans avant J.-C. Ces registres servaient à la perception d'un impôt que l'on devait payer : à la naissance, au temple de Junon Lucine, à la prise de la robe virile, au temple de la Jeunesse, au décès, au temple de Libitine. Les inscriptions étaient faites par les prêtres de ces divers temples. C'est sans doute de ces registres que le célèbre jurisconsulte Ulpien s'était servi pour calculer, lyoans après J.-C, une sorte de Table de mortalité, d'après laquelle la vie moyenne était à 20 ans de 3o années, à l\o ans de 19, à 5o ans de 9, et à 60 ans de 5 années : tous ces chiffres sont plus petits de 10 années environ que les chiffres admis aujourd'hui pour la vie moyenne. Ulpien utilisait cette Table, non pas précisément pour des assurances sur la vie, mais pour une opération qui s'en rapproche beaucoup : il se proposait de calculer la valeur, en capital, d'un legs consistant en une rente viagère, lorsqu'un legs semblable se rencontrait dans une succession.

Pendant les premiers siècles du christianisme, le clergé continua à tenir note des naissances et des décès, avec plus ou moins de régularité. On signale des registres de paroisses régulièrement tenus à Augsbourg et à Breslau dès le commencement du xvi^ siècle, puis en Angleterre, en i538, d'après

les prescriptions de CroniAvell. En 1092, on organise, à l'occasionde la peste de Londres, une statistique mortuaire dans laquelle on note les âges des décédés : cette statistique est continuée après la disparition de l'épidémie. En 1GG2, Petty et Graunt publient des statistiques mortuaires s'appliquant à Londres, Dublin et autres grandes villes; Jean de Witt fait d'autres travaux en 1671. La première Table de mortalité méritant ce nom est celle que publie, en 1693, l'illustre mathématicien Halley, sur la ville de Breslau. A partir de Halley, la Statistique mortuaire fait de rapides progrès : Kerseboom, en 1738; Struyck, en 1740; Sûssmilch, en 1741, publient des Tables de mortalité; Deparcieux établit la sienne, en 1746; Dupré de Saint-Maur publie, en 1749. les résultats des registres de la ville de Paris ; puis viennent, en 1 780, la Table de Northampton; en 1787, celle de Carlisle; en 1806, la Table de Duvillard ; en i832, celle de Demontferraud ; quelques années après, celles de Finlaison et du D"" Farr; en i843, la Table des dix-sept Compagnies d'assurances anglaises ; en 1867, la Table dressée par Beauvisage, d'après les résultats de la tontine Lafarge; enfin, en 1869, la Table des vingt Compagnies anglaises. Il faut ajouter à ces travaux ceux qui ont été publiés périodiquement par diverses administrations dans la plupart des pays de l'Europe, notamment par le Bureau des Longitudes dans ses Annuaires et par le Ministère français de l'Agriculture et du Commerce, sous le titre de Mouvement de la population.

§ IL — Degré d' approximation des Tables.

59. Pour établir des assurances sur la vie, on a besoin d'estimer avec le plus d'exactitude possible les chances de mortalité des personnes a assurer; car l'assureur doit évaluer à une somme d'argent déterminée l'importance de chacun des engagements qu'il a à contracter. Ainsi prenons pour exemple l'assurance temporaire d'un an, qui est la plus simple. On

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