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TABLES DE 3I0RTAL1TE SUR DES TETES CHOISIES

§ I. — Généralités.

71. Pour dresser une Table de mortalité sur des têtes choisies, il faut avoir à sa disposition les dates de naissance elles dates de décès d'un grand nombre d'individus, appartenant à une couche homogène de population; mais ces renseignements n'ont été recueillis que pour de très-rares catégories d'individus.

Les enfants, dont les dates de naissance sont inscrites sur les registres de l'Etat civil, se dispersent pendant leur vie, et, bien que les dates de leurs décès soient également indiquées sur d'autres registres, il est impossible de recueillir et de rassembler ces documents, epars dans tout un pays, et même dans le monde entier. Quelquefois cependant ces documents peuvent se trouver tout rassemblés ; cela arrive quand les gens auxquels ils s'appliquent ont fait partie d'une même corporation religieuse, administrative ou financière, qui avait intérêt à en tenir note. Ainsi les registres des monastères et des établissements religieux ont été utilisés par Deparcieux, en 1742 ; et l'on pourrait également aujourd'hui établir une Table de mortalité spéciale d'une certaine valeur, en compulsant les registres des autorités ecclésiastiques; car ces registres doivent indiquer, depuis un temps assez long, les décès par âges de tous les membres du clergé, qui forment une couche de population bien homogène.

Quant aux administrations publiques, leurs employés forment encore une classe trop mobile pour qu'on puisse les suivre jusqu'à leur décès. L'administration de la Légion d'honneur,

qui note les naissances et les décès de tous ses membres, pourrait fournir des documents assez nombreux; mais ils s'appliqueraient à une classe de population très-peu homogène, comprenant un grand nombre de militaires, exposés à des dangers spéciaux. Il est vrai que le travail pourrait être divisé en deux, ce qui donnerait deux Tables de mortalité, celle des membres civils et celle des membres militaires de la Légion d'honneur. Ce serait une élude intéressante à faire.

72. On trouve des documents plus complets pour les individus qui sont réunis entre eux par des liens financiers : ces documents se rencontreront dans la comptabilité des associalions qui ont à recevoir ou à payer des sommes proportionnées aux âges, soit du vivant, soit au décès de leurs membres. Ces associations ne sont autres que celles qui pratiquent des assurances sur la vie, sous une forme quelconque, c'est-à-dire les Sociétés de secours mutuels, les Caisses de retraites, les tontines et les Compagnies d'assurances sur la vie.

Les Sociétés de secours mutuels pourraient fournir des documents importants, qui seraient surtout précieux en ce qu'ils s'appliqueraient à des couches de population bien homogènes. Prises dansleur ensemble, elles donneraient la mortalité de la classe ouvrière ; séparées en divers groupes, elles pourraient faire connaître la mortalité des ouvriers suivant leurs professions, forgerons, peintres, charpentiers, mineurs, fiiateurs, etc. Là encore, il y a un travail intéressant à entreprendre.

Les Caisses de retraites de l'État pourraient donner les éléments d'un travail analogue pour la classe des retraités.

Enfin, de toutes les associations, les tontines et les Compapagnies d'assurances sont celles qui connaissent le mieux les dates des naissances et des décès de leurs membres : aussi leurs registres ont-ils été utilisés de tout temps pour dresser des Tables de mortalité. Deparcieux s'est servi des documents fournis par les établissements tontiniers pour dresser la Table de mortalité qui porte son nom ; M. Beauvisage a utilisé ceux II. 5

de la tontine Lafarge pour en établir une autre ; les principales Compagnies d'assurances anglaises ont établi également, au moyen de leurs registres, deux Tables de mortalité importantes; enfin M. de Kertanguy a dressé tout récemment, au moyen des registres de la Compagnie française d'Assurances générales, la Table de mortalité des assurés de cette Compagnie. Nous allons donner quelques délails concernant ces divers travaux.

§ II. — Tables de mortalité de Depavcieux.

73. Deparcieux a fait entrer dans son travail, qu'il a publié en 1746, des relevés statistiques faits jusqu'au commencement de 1742. Il a puisé ses renseignements à deux sources distinctes, d'une part dans trois tontines fondées en 1689, 1696 et 1734, de l'autre dans les registres mortuaires d'un certain nombre d'établissements religieux. Il a ainsi dressé deux Tables de mortalité distinctes, car il n'a pas voulu mêler le tout ensemble, ce qui l'aurait forcé d'admettre d'avance que la mortalité était la même cbez les religieux que cbez les gens du monde; et en effet, comparaison faite des deux Tables de mortalité qu'il a obtenues, on constate certaines différences, que Deparcieux lui-même a fait ressortir, et que nous indiquerons plus loin.

74. Première Table de Deparcieux. — Associés tontiniers . — La tontine fondée en novembre 1689 comptait 6911 associés de tout âge, depuis la naissance jusqu'à 70 ans; elle était divisée en quatorze classes, comprenant: la première les associés âgés de plus de 5 ans, la deuxième les associés âgés de plus de 5 et de moins de 10 ans, etc. Chacun d'eux recevait, des capitaux qu'il avait versés, un intérêt viager dont le taux était calculé chaque année suivant le numéro de la classe et suivant le nombre des survivants. L'administration de la tontine se trouvait donc régulièrement informée des décès par classes; mais elle ne connaissait les âges des associés à leur

décès, ainsi que leurs âges à l'entrée clans l'association, que par unités de temps comprenant cinq années. Deparcieux fut donc forcé, pour rétablir les âges à l'entrée, de faire une hypothèse. Il trouvait, par exemple, dans la deuxième classe 190 rentiers, tous âgés de plus de 5 et de moins de 10 ans ; il am-ait pu supposer qu'ils se répartissaient également par âges, et qu'il y en avait 38 de 6 ans, 38 de 7 ans, 38 de 8 ans, etc. Il préféra ne pas scinder la période de 5 ans, et admettre que les 190 rentiers avaient le même âge, qui ne pouvait être qu'un âge moyeu entre 5 et 10 ans. Toutefois il ne prit pas la moyenne exacte, 7 4- ans, mais bien 7 ans, parce qu'il pensa que dans chaque classe la plupart des rentiers devaient avoir moins que la moyenne des âges. En effet, les personnes dont l'âge se rapprochait de la limite inférieure d'une classe quelconque avaient un avantage relatif à entrer dans la tontine, tandis que ceux qui se rapprochaient de la limite supérieure, ayant un désavantage, devaient s'abstenir, ou attendre l'ouverture ultérieure d'une tontine nouvelle.

Ainsi Deparcieux ad mit, pour tous les rentiers de la deuxième classe, l'âge de 7 ans, au i^'" janvier 1790, pour ceux de la troisième l'âge de 12 ans, et ainsi de suite pour toutes les autres. Il fit exception seulement pour la première classe, comprenant les enfants de moins de 5 ans ; il pensa qu'à cause des dangers spéciaux que présente, à la connaissance de tout le monde, la première enfance, on avait dû faire inscrire peu d'enfants de i ou 2 ans, et beaucoup de 4 ans ou 4| ans : aussi prit-il l'âge de 3 ans au lieu de celui de 2^, pour l'âge commun de tous les rentiers de cette première classe.

Ayant ainsi fixé les âges à l'entrée, les décès arrivés chaque année dans chaque classe lui donnèrent les décès par âges, mais seulement par périodes quinquennales. Ainsi, pour connaître la mortalité de 32 à 37 ans, ii faut passer en revue les sept premières classes, qui seules ont pu fournir des associés arrivant à l'âge de 32 ans, à différentes époques. La troisième classe, par exemple, comptait 297 associés, entrant à des âges compris entre 10 et i5 ans, et que l'on suppose entrant

tous à 12 ans. Les décès pendant les 20 premières années ont été, dans cette classe, de 43, ce qui réduit à ^54 le nombre des personnes arrivant à l'âge de 82 ans, et sur ces 254 personnes il n'en restait, 5 ans après, que 243. Faisant le même décompte pour les sept premières classes, on dresse le ta])leau suivant :

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