‹ Théorie mécanique de la chaleur ... [3 vol.] (volume 3)Chapitre 120 sur 136 · LIVRE V, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE III

m mot, au degré près (et non à un abîme près), chez la plante ^omme chez Thomme. Le cinquième, qui est à dire vrai Tatxibut cardinal, est- il présent aussi? La plante a-t-elle dans ie certaines Umites, et au degré près, Taffectivité? . Ainsi présentée, cette question provoquera le rire de tout le gros public, lettré et illettré. Elle ne fera sourire aucun homme sérieux et sensé, qui aura su regarder ce qui se passe dans le calice d'une fleur; ou pour parler plus vrai, le rire semblera à cet homme un blasphème. Pour le public, la fleur n'est qu'une belle chose ; pour l'homme de science, l'ensemble de la floraison est un acte^ aussi solennel dans le règne végétal que dans le règne animal ; acte inspiré par un besoin physique pour la conservation des êtres, mais répondant chez tout être vivant à une aspiration psychique. Devant les faits surabondants groupés avec ordre et talent par Boscowitz, devant ceux qu'en plus petit nombre, mais avec un coloris de pudeur charmante, a esquissés E. Noé^ il est absolument impossible de nier ici l'analogie physiologique et psychique des deux règnes. Quelques citations prises au hasard sufiiraient pour prouver presque matériellement ce que je dis ; mais je me fais autant scrupule de déflorer de beaux livres que d'efl*euil- 1er une belle fleur. Je me borne à conclure ce que chacun de mes lecteurs a peut-être conclu depuis longtemps déjà.

Aux yeux du vulgaire, la plante est à peine un être vivant. Que dis-je ! l'artiste, dont le génie et la mission sont de faire vivre même ce qui est déjà mort, l'artiste la considère comme une chose: le peintre de fleurs est appelé peintre de la nature morte! Pendant long temps, certains botanistes ont vu dans le végétal un produit des forces ordinaires du monde inanimé. Tout cela cependant est faux; tout cela repose sur des préjugés, sur des fautes d'observation presque élémentaire. Et nous, hommes de science du dix-neuvième siècle, gent réputée si sèche et si prosaïque, nous dirons : « Si l'homme est animé, la plante l'est aussi. »

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2® Les espèces, OU du moins cerlaines espèces, peuvent se transformer graduellement les unes en les autres sous raction de conditions externes convenables.

Ces assertions sont-elles justes ?

Examinons-les d'abord sommairement en elles-mêmes et au seul point de vue des faits; puis, ce qui est bien différent, examinons-les dans les rapports qu'elles ont avec notre sujet, avec rétude des propriétés de l'élément animique.

La vie organique petU-elle se manifester dans un milieu où ne se trouve aucun germe (ïune vie antérieure?

L'histoire de la doctrine des générations dites (fort improprement d'ailleurs) spontanées ressemble à celle de bien des théories : admise d'abord sans discussion, comme expression de la vérité, cette doctrine a fini par être rejetée entièrement delà science, pour être reprise plus tard sous une forme nouvelle et l?Tnitée.

Dans l'enfance des sciences naturelles, ou pour mieux dire, dans l'enfance de l'intelligence humaine, on a admis sans dif< ficulté que l'air, l'eau, la terre, le feu même peuvent engendrer des êtres vivants, tantôt monstrueux, tantôt conformes aux lois ordinaires du monde vivant. A mesure que la science s'est développée par l'observation de plus en plus sévère des faits, à mesure qu'on a mieux débrouillé les propriétés réelles des grands agents de la nature, l'empire de cette prétendue puissance génératrice de ce qu'on appelait les quatre éléments s'est rétréci rapidement pour se réduire finalement à zéro, n n'est, je pense^ plus personne de sensé qui oserait soutenir aujourd'hui que la vie puisse, sans la présence d'un germe déjà vivifié, se manifester là où il ne se trouve aucune

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matière organiqne, c'esl-à-dire aucune de cos combinaisons Ue carbone, d'oxygène, d'hydrogène, d'azote, qui constituent en presque lolabté le corps des êtres vivants.

Mais même dans ces confins déjà si étrangement rétrécis, la doctrine de la génération spontanée a encore perdu du terrain par suite de l'étude rigoureuse des phénomènes. Buffon, par exemple, admettait qu'une masse de chair en putréfaction, qu'un cadavre peut donner naissance à des insectes parfaits, capables de vivre ensuite et de se propager dans les conditions ordinaires. Il n'est, je pense, plus personne non plus qui oserait aujourd'hui prendre sur soi de défendre l'opinion de-Buffon, sous la forme où il l'a présentée. Telle qu'elle est formulée à notre époque par les défenseurs les plus décidés de l'hétérogénie, la question se réduit A savoir sï de certains organismes inférieurs peuvent, sans germes antérieurs, naître dans des dissolutions de certaines matières organiques (infusion des diverses sortes de plantes ou de matières animales). La réponse est des plus controversées; et depuis ces cinq dernières années, le problème n'a pas fait un pas en avant ou en arrière. A cba(iue expérience affirmative des défenseurs de la génération spontanée, les antagonistes objectent qu'on n'a pas su éliminer les germes préexistants qui flottent partout dans l'air. A chaque expérience négative des critiques, les défenseurs de la doctrine objectent qu'on s'est mis hors des conditions de réussite. Comme il y a égalité de talent et de bonne foi de part et d'autre, nous pouvons considérer le problème comme non résolu encore, et comme des plus difliciles à résoudre au point de vue d'une saine critique scientifique. ■

Ce problème, dans les conditions précises où il s'est posé aujourd'hui, a-l-il l'importance qu'on lui prête dans quelques écoles, au point de vue de l'histoire de la vie sur cette terre? Il est facile de reconnaître que non.

De l'aveu même des défenseurs sensés de la génération dite

spontanée, Tapparîtion de la vie ne peut avoir lieo que dans des liquides chargés de matières organiques, très complexes de composition, très altérables, tendant sans cesse à revenir par la fermentation à une composition plus simple, et jamais dans un milieu où il ne se trouve pas des matières organiques.

De tels liquides ont-ils pu se former dans le laboratoire de la nature avant l'apparition de la vie organique sur la terre?

s beaux travaux de Bertbelot nous ont appris que Ton peut, dans nos laboratoires mêmes, former de toutes pièces un certain nombre de ces combinaisons chimiques qu'autrefois on croyait d'origine exclusivement organique: pour ne faire aucune réticence, nous dirons volontiers qu'un jour on saura produire toutes ces combinaisons. Mais, M. Berlhelot l'a montré aussi, de telles combinaisons ne peuvent s'obtenir que par voie ascendante, c'est-à-dire en s'élevant du simple au complexe. Pour qu'une combinaison donnée d'oxygène,

d'hydrogène, de carbone , puisse se produire, il faut

que les éléments qui y entrent aient passé d'abord par toutes les combinaisons de plus en plus simples qui les précèdent. Et il n'est pas possible d'obtenir directement des combinaisons de degrés supérieurs tendant à revenir ensuite par voie de fermentation ou toute autre vers les degrés inférieurs. Si^ comme cela est d'ailleurs plus que probable, il s'est sur notre terre formé directement certaines combinaisons organiques, elles ont dû s'arrêter dans leur marche ascensionnelle, bien avant d'avoir atteint ce degré de mobilité extrême, où, dans nos laboratoires mêmes, nous avons toute la peine du monde à les maintenir et à les empêcher de se redécomposer. Il est donc en un mot à peu près inadmissible qu'il ait pu se produire, dans la nature, de ces combinaisons, et surtout de ces mélanges de combinaisons complexes , qui , de l'aveu même des défenseurs de la génération spontanée, sont indispensables à l'apparition des organismes les plus inférieurs.

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