‹ Théorie mécanique de la chaleur ... [3 vol.] (volume 3)Chapitre 92 sur 136 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

Nous disons que ce qu'on appelle vulgairement !e corps de l'être vivant est un instrument organisé à l'aide des éléments du monde physique, par un élément distinct el de nature transcendante : instrument â l'aide duquel cet élément spécifique se met en l'apport avec les autres êtres. Mais cet instrument n'est pas simplement un appareil d'amplification, de rectification, tels que ceux que, dans nos sciences expérimentales, nous avons appris à superposer à nos sens : tels que le télescope, le microscope, le cornet acoustique etc. C'est le moyen sine quo non par lequel l'élément animique, EOO seulement entre en rapport avec te monde externe , se manifeslc au dehors , agit sur ce qui l'entoure , mais encore entre en rapport avec lui-même, se sent, agit intérieui'ement, exerce ses facultés les plus sublimes comme les plus inférieures. Le principe animique fait en quelque sorte corps ■avec l'organisme dont il a dirigé, et dont il maintient sans cesse la structure; et sans cet organisme, il ne peut rien icibas. C'est par lui qu'il connaît la joie et la peine physiques et morales; c'est avec son aide qu'il exerce sa faculté la plus distinctive : la pensée dans son ensemble; on pourrait presque dire, c'est avec son aide qu'il vit!

Je dis: la peine et la joie morales. Lorsque nous éprouvons «ne douleur par la perte d'un être aimé, à la vue d'une iniquité, à la vue de la souffrance d'autrui, ce n'est certainement pas notre organisme qui a été lésé immédiatement : mais il pâtit par contre-coup, et ce contre-coup à son lour se reflète sur la partie morale souffrante de notre être. Nous savons tous (j'excepte la grande catégorie des égoïstes) les résultats physiques d'une peine morale intense et prolongée; nous savons tous aussi que le même malheur ne nous affecte pas tous les jours avec la même intensité, et que ces différences sont liées à noire élat de sanlé. L'âme, lésée par la peine jusque dans sa puissance plastique, oublie de s'occuper de ces questions de pot-au-feu du corps, si indignes

,MA UNIVERS A?IIMÉ.

iTelle, dit-on; et bienlôt, )ié!as! elle paie cet oubli parl'âltéralion temporaire ou incurable de quelques parties de sob inslrument.

Je dis : la peine et la joie physiques. Ici , comme en tout, les écoles myt-tiques et systématiques ont prétendu scinder et classer. Au vil corps, dit-on, la joie et la douleur physiques; h l'âme, la douleur et la joie intellectuelles, pures de toute alliance 1

L'esprit d'obsei'vation , propre dans de certaines limitei i chacun de nous, le sens commun, le bon sens populaire se reflétant dans le génie même de nos langues, ont dès l'origine fait justice de toutes ces inepties, et ont singulièrement devancé la philosophie. Nous disons : «J'ai mal à la (été, i la poitrine, à l'estomac. . ..,» ou bien : «La tôle, la poitrine,

l'estomac me Tont mal ; > et nous nous gardons de dire :

tMa tête , ma poitrine, mon estomac ont mal;* noi»

ne savons que trop qui a noal ! Ceux qui, du haut de la chaire, tonnent le plus contre les grossiers plaisirs du corps, seraieni fort au regret si c'était leur corps qui éprouve effeclivement ces plaisirs, et non eux-mêmes.

Je dis : c'est avec l'aide de l'orgapisme que le principe animique manifeste son attribut le plus sublime, la pensée. Ceci est certes le fait le plus incompréhensible, et cependant le mieux démontré de tous ceux que présente l'être vivant. En nous arrêtant à ce qui louche l'être le plus élevé en titres et en fonctions sur l'échelle organique; en nous arrêtant à l'homme et en nous bornant aux phénomènes que nous révèle l'observation la plus vulgaire, il nous est facile de constatera quel degré l'inlégrilé de tout l'organisme, et pas seulement celle de l'organe cérébral en particulier, est indispensable à l'exercice intégral de la pensée. Nous savons tous que tel travail intellectuel qui, tel jour, à telle heure, est un jeu, une distraction pour nous, devient insurmontable, inabordable même tel autre jour, à telle autre heure du jour ! î

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