‹ Théorie mécanique de la chaleur (volume 2)Chapitre 19 sur 56 · CONCLUSIONS GENERALES DE CE CHAPITRE · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS GENERALES DE CE CHAPITRE

Nous venons de reconnaître qu'au point de vue de la théorie générique les machines à gaz proposées ou exécutées jusqu'ici ne présentent aucune supériorité sur les machines à vapeur, et que, si une économie a été obtenue avec les premières, soit sous une forme réelle, mais tout à fait temporaire, soit surtout sous forme de calcul, c'est uniquement parce qu'on a fait travailler les machines à gaz à des températures beaucoup plus élevées que celles à vapeur. Nous devons donc, pour établir une comparaison utile et correcte entre ces divers moteurs, chercher quels sont ceux qui supportent effectivement le mieux une marche à haute température, quels sont les avantages et les inconvénients des uns et des autres,

lorsqu'on les a placés dans les conditions de température les plus favorables à chacun, et enfin quelle est la direction à suivre dans les essais d'application futurs, pour éviter les écueils contre lesquels on a échoué le plus souvent. Dans cette étude nouvelle, nous devons, s'il est possible, rester encore beaucoup plus que nous ne l'avons fait sur le terrain de l'expérience et de la réalité. C'est du rendement pratique des moteurs que nous avons désormais à nous occuper, plus que du rendement générique. Quelle que puisse être, en effet, la valeur générique d'une machine, si dans l'exécution elle entraîne à des inconvénients, à des déchets de travail considérables, elle deviendra de fait inférieure à telle autre machine moins belle en principe, mais qui sera libre de ces inconvénients, de ces déficits de rendement.

En ce qui concerne les moteurs à vapeur, cet examen nous sera facile, et les données nombreuses et précises que nous possédons nous permettent de préjuger, sans trop grand risque d'erreur, des progrès ultérieurs à réaliser. Il n'en est pas immédiatement de même des moteurs à gaz; et, lorsque nous quittons les régions trompeuses de la réclame, il ne nous reste rien en apparence pour nous guider. Ici cependant même, par suite des propriétés spécifiques et bien connues du corps intermédiaire employé, nous pouvons à l'avance, dans une certaine mesure du moins, corriger la théorie générique et lui donner un caractère pratique et certain.

Commençons par l'examen des machines à vapeur.

L'obstacle principal à l'emploi d'une haute température dans les machines à vapeur saturée, c'est la tension considérable, et rapidement de plus en plus considérable, que prennent aux hautes températures les liquides, ou bien plutôt le seul liquide employé jusqu'à ce jour.

Le problème à résoudre en principe serait de trouver un

liquide à bas prix, de nature très-stable, sans action sur les métaux, qui, même à 220 ou 23o degrés, possède une tension modérée, ne dépassant pas une dizaine d'atmosphères par exemple, soit 100 000 kilogrammes. Cette lacune restera peutêtre longtemps encore à remplir, et, ainsi que je l'ai dit déjà, l'eau, qui ne nous coûte rien, qui est absolument inaltérable dans les conditions où nous l'employons, qui n'a que peu ou point d'action sur la matière des chaudières et des cylindres, l'eau sera peut-être toujours le corps le plus usuellement appliqué dans nos moteurs.

Nul doute qu'on arrivera, dans un avenir assez prochain, à recourir à des pressions notablement plus élevées que celles qu'on ose aborder aujourd'hui; mais allât-on jusqu'à 10 atmosphères, ce qui est une pression colossale au point de vue de la résistance des matériaux et de la construction des générateurs, on n'aurait encore qu'une température de 180 degrés

et, par conséquent, un travail de F^ = 4^5 -rr- = 169'^*''™ par

calorie avec une machine parfaite, effet qu'en réalité on n'atteindra pas même de moitié. L'addition d'une température supplémentaire sans changement de pression, l'emploi de la surchauffe, obvie en partie, mais seulement en partie, à cette défectuosité.

Je dis en partie. Quelque considérable que soit en effet l'économie qu'elle procure (en général du moins et non sans exception), elle ne constitue qu'une sorte de correctif incomplet à l'impossibilité où l'on est d'employer, dans le générateur même, la température que la vapeur n'atteint qu'après l'avoir quitté : dans la chaudière, l'ébuUition et la dilatation du corps ont lieu à température invariable, et toute la chaleur ajoutée au liquide donne du travail (externe et interne); mais, au moment où dans l'appareil de surchauffe

la température de la vapeur est, à pression constante, portée de to SL ô,\e cycle parfait est rompu, puisque la plus grande partie de la chaleur ajoutée ne sert qu'à modifier la température du corps, et non à donner immédiatement un travail proportionnel.

Si le lecteur a bien suivi l'analyse fondée sur l'expérience directe, que j'ai donnée des fonctions de quelques machines à vapeur, il aura reconnu que les progrès qu'on pourra introduire dans nos moteurs à vapeur auront une origine tout autre que celle qu'on aurait pu croire, par cette raison trèssimple que les défectuosités considérables de beaucoup de ces moteurs reposent elles-mêmes sur des raisons tout à fait difrentes de celles qu'on admettait. Par suite de l'échange continu de chaleur qui a lieu entre le métal des cylindres, etc., et la vapeur, il se condense toujours, et quoi que nous fassions, une certaine quantité de vapeur pendant la période d'admission, ou d'afflux de vapeur de la chaudière au cylindre. Cette quantité toutefois est variable; elle peut descendre à lo pour loo, elle peut s'élever à 60 pour 100 du poids total admis. L'emploi qui se fait ensuite de cette eau est très-défini aussi : une partie s'évapore pendant la détente et en augmente le travail F^, l'autre s'évapore instantanément au moment où la vapeur se précipite au condenseur, et accroît ainsi la perte que nous avons désignée par R^ ; mais le rapport qui existe entre les deux valeurs AF^ et R^ est variable, et la quantité de chaleur qui se perd ainsi peut souvent s'élever à 3o pour 100 de la chaleur disponible.

Tous nos efforts doivent donc tendre, avant tout, à faire

devenir — f aussi petit que possible, sinon nul. Dans l'état ac-

tuel des choses, par l'emploi simultané de la vapeur surchauffée à environ 23o degrés et d'enveloppes à vapeur rem-

plies de vapeur saturée, par de bonnes dispositions de tiroirs d'admission, de détente et d'échappement, etc., on arrive à réduire ce rapport à un minimum. Le résultat obtenu ainsi avec des pressions de 5 à 6 atmosphères est une dépense de vapeur d'environ 8 kilogrammes par heure et par cheval, et avec des générateurs très-bien établis on arrive à produire couramment cette quantité de vapeur surchauffée en brûlant I kilogramme de houille de bonne qualité, ne laissant pas au delà de lo pour loo de scories. Ce poids de vapeur représente (environ) 5ooo calories, et, comme un travail de 75 kilogrammètres par seconde répond en i heure ou en 36oo secondes à 75 . 36oo = ayoooo''^™, on a

3ooo

pour le travail fourni par une calorie.

Tel est le résultat le plus élevé qu'on ait pu obtenir jusqu'ici et qu'aient réellement constaté des expériences d'un caractère scientifique et consciencieux. Personne ne me prendra en mal si j'insiste sur cette dernière épithète : elle est à l'adresse d'une classe d'expérimentateurs encore trop nombreux de nos jours.

Si le lecteur part des divers nombres que j'ai donnés en analysant les phénomènes physiques que présente la machine

à vapeur, il trouvera pour - des valeurs notablement plus

élevées que la précédente. La raison en est fort claire : ici j'ai pris les valeurs de F^ relevées à l'aide du frein ou d'autres dynamomètres mesurant le travail transmis par les machines; là, au contraire, j'ai pris, comme de juste, la puissance exercée par la vapeur, tant pour mouvoir la machine elle-même que pour surmonter le frottement du frein. En un mot, dansun cas

Fg était la totalité du travail externe, dans l'autre F^ n'est que

ce qui reste quand on a retranché ce que le moteur a absorbé

■p pour sa propre marche. J'ajoute que la valeur - = 54''^™, que

je donne comme un maximum, résulte de la moyenne d'expériences prolongées pendant des semaines entières. En ce sens, encore, on trouverait des valeurs bien supérieures, si l'on partait d'un essai d'une ou deux heures, fait sur une machine en plein travail depuis quelques heures déjà. Les résultats que donne un moteur à vapeur tenu pendant un temps suffisant à un état constant, et arrivé ainsi partout à sa température normale, donne en effet un travail notablement plus élevé pour une même dépense de vapeur, que quand on l'essaye au début de sa marche. Un observateur peu scrupuleux, ou ayant pour but principal de prôner tel ou tel système particulier, arriverait donc aisément à des valeurs bien supérieures à 54 kilo-

■p grammètres. Par ces diverses raisons, la valeur - = 54''^™

mérite le nom de valeur essentiellement pratique.

Nul doute que cette valeur pourra être dépassée notablement un jour. J'ai indiqué, comme l'un des moyens de l'accroître, l'emploi de pressions beaucoup plus grandes que celles qu'on a osé aborder jusqu'ici. Non-seulement on ac-

croîtra aussi la valeur du rapport disponible E -^-7^ — ' > mais

on sera à même, ou de travailler à de plus fortes détentes, ou de diminuer les dimensions du cylindre du moteur et, par conséquent, les frottements du piston. En faisant travailler la vapeur saturée à 10 atmosphères, par exemple, dans un premier cylindre où, après avoir agi en pleine pression, elle se détendrait à 4 ou même 3 atmosphères, en la faisant ensuite passer dans l'appareil de surchauffe, pour la laisser agir en pleine pression, puis avec détente dans un second cylindre

- 12J muni d'une enveloppe de vapeur saturée, on arriverait trèsprobablement, d'une part, à réduire le rapport —- aune trèsfaible fraction, et, d'autre part, à utiliser beaucoup mieux les températures disponibles, i8o degrés de la vapeur saturée, et 2^0 de la vapeur surchauffée.

Quoiqu'il en soit de l'avenir delà machine à vapeur, il va nous être facile de reconnaître qu'au point de vue de la Mécanique appliquée, la supériorité des machines à gaz est fort loin d'être aussi prononcée qu'on l'a cru, si même nous partons pour le premier groupe de moteurs de l'état actuel des choses, et si nous admettons, pour le second groupe, tous les perfectionnements qu'on peut du moins prévoir.

Nous avons vu déjà que la supériorité théorique ou temporairement pratique qu'on avait reconnue aux machines à gaz dérivait surtout de ce que l'on soumettait les gaz employés à des températures excessivement élevées, pour leur faire rendre le travail. L'expression supériorité temporairement pratique est ici parfaitement à sa place. Au point de vue purement théorique, il n'y a en effet aucune raison pour qu'on puisse sans inconvénient employer plutôt un gaz très-chaud que la vapeur d'eau surchauffée au même degré ; et, au point de vue pratique ou expérimental, c'est précisément tout le contraire qui reste vrai. Quoiqu'on fasse, il est impossible d'empêcher une partie de la vapeur d'eau, si surchauffée,qu'elle soit, de se réduire en liquide dans le cylindre moteur, sous l'influence des parois, et celte portion liquéfiée, quoique préjudiciable au rendement dynamique, a l'immense avantage de prévenir la détérioration trop rapide des graisses et de protéger les garnitures (en matières organiques, chanvre, coton, caoutchouc) des tiges de piston. C'est ce qui explique comment les machines sur lesquelles j'ai fait mes expériences ont pu marcher

depuis quinze à vingt ans sans aucune usure ni détérioration préjudiciable.

Il n'en saurait être ainsi d'une machine à gaz. Quelque gaz qu'on emploie (azote, hydrogène, acide carbonique), une température qui dépassera ou peut-être même qui approchera de 200 degrés amènera toujours la prompte destruction de tous les lubrifiants connus. C'est ce qui explique pourquoi les machines à gaz, toujours jusqu'ici chauffées à excès, n'ont jamais fait que de brillantes, mais courtes apparitions. Nous verrons tout à l'heure qu'il n'est pas nécessaire de recourir à des températures aussi funestes en pratique pour obtenir encore de beaux résultats dynamiques.

Mais il existe, quant aux machines à gaz, une autre cause d'infériorité que les inventeurs semblent avoir amplifiée jusqu'ici à dessein.

Toute machine calorique, quelle qu'elle soit, constitue de fait un moteur différentiel. En même temps qu'elle donne un travail positif, i\faut aussi de toute nécessité quelle donne un travail négatif, pour fermer plus ou moins parfaitement le cycle des opérations. C'est la différence de ces deux travaux que nous recueillons uniquement. Au point de vue de la théorie générique, cette condition ne change rien du tout au résultat final obtenu, peu importe quelles soient l'espèce et la grandeur des travaux dont nous prenons la différence. Il cesse d'en être ainsi dès que nous passons sur le domaine de l'application. Ici l'organe qui donne le travail positif est la pompe motrice; celui qui nous coûte le travail négatif s'appelle pompe alimentaire. Pour fonctionner, pour se mouvoir sous forme continue, ces deux organes coûtent du travail par suite des frottements, des résistances passives de tous genres à surmonter, et il est évident que ce travail, exécuté aux dépens de celui dont nous disposons, est d'autant plus grand que les

organes eux-mêmes sont plus grands; il est donc évident que la différence du travail positif et du travail négatif sera d'autant plus petite que chacun des deux organes considérés en eux-mêmes sera plus grand, et que le rapport des dimensions de la pompe négative et des dimensions de la pompe positive sera plus petit. Ce seul énoncé nous montre l'ensemble des défectuosités des moteurs à gaz : les unes pourront être diminuées, les autres sont absolument inévitables. C'est ce qui va devenir de plus en plus clair.

Comparons en effet entre elles les dimensions relatives, et puis aussi les dimensions absolues des pompes positives et négatives dans les moteurs à vapeur et dans ceux à gaz.

Reprenons nos équations relatives à la machine à gaz. Nous avons, pour le travail positif total,

et de même, pour le travail négatif total,

F — "^^'^^ Ci r)Y-M

V, étant le volume total du cylindre moteur, de la pompe positive; Va étant celui de la pompe alimentaire négative. Mais nous avions trouvé

V, == Vo jy<-' ^

pour la relation de V, ^t Vo, et

pour la détente qui donne le travail maximum. Il résulte

de là

Pour l'air, on a sensiblement y = i,4i- Posons, de plus, To = 273 + 200, T, = 273,

P, =r io333''s, ¥2=1""*=.

Il en résulte

Fo = 14796'^sm^ - F, = 1 1238'^s™.

Telles seraient, abstraction faite de tous les déchets de travail par les frottements, par les pertes de pression, etc., etc., les dimensions relatives d'une machine à air marchant à I atmosphère de pression au rafraîchisseîir, avec zéro dans ce dernier et 200 degrés au générateur, et dépensant i mètre cube de gaz par coup de piston et par seconde.

1° On voit que le travail positif ne dépasse le travail négatif que de

pour un travail gagné de — ^j soit 48 chevaux.

2° On voit aussi que la grandeur relative de la pompe alimentaire par rapport à la pompe motrice s'élève à ( i ,3 1 63) : i .

Le premier résultat nous fait trouver le motif des dimensions réellement monstrueuses qu'avait la première machine à gaz, qui a excité tant d'enthousiasme.

Pour une machine marine de 960 chevaux théoriques, il faudrait, en effet, une pompe alimentaire donnant 20 mètres cubes d'air par seconde, et une pompe motrice de 46 mètres cubes ! Je n'ai pas besoin de faire remarquer qu'avec de pareils organes notre travail théorique de 960 chevaux se réduirait en pratique au tiers ou au quart. Je montrerai plus loin que ces dimensions colossales pourraient être aisément réduites au ^ô*, mais le rapport (i,3i63):i ne saurait être modifié.

Si des pompes alimentaires relativement gigantesques des machines à gaz, nous revenons à celle de la machine à vapeur, nous trouvons ici un organe en quelque sorte insignifiant, quant au travail négatif qu'il coûte. La pompe alimentaire d'une machine de 100 chevaux, soit 7500 kilogrammètres, qui fournit 800 kilogrammes de vapeur par heure, soit

o™*^,8 : 36oo = o™*^, 000222,

ne dépense en effet théoriquement que

par seconde, c'est-à-dire tout au plus les —^ du travail F^ recueilli.

Dans nos machines à vapeur actuelles, il est vrai, le cycle fermé est rompu à la fin de la seconde période. La période de refoulement à température constante n'y existe que partiellement, et celle de la compression sans addition ou soustraction de chaleur n'y existe pas du tout. Cela nous amène à examiner sous la forme la plus utile si, au point de vue expérimental, la machine à vapeur gagnerait à ce que le cycle fermé parfait y fût accompli.

Cette condition est plus facile à remplir qu'il ne semble. Remplaçons en effet le condenseur à injection d'eau par un

condenseur à grandes surfaces métalliques, rafraîchies extérieurement à Z, ; et, au lieu de laisser la pression, à la fin de la détente, tomber brusquement de o*^™, 8 par exemple à o^*™, i , supposons que la pression au condenseur soit/?,, comme elle l'est dans le cylindre à la fin de la détente. Si à chaque coup de piston du cylindre moteur nous extrayons de ce condenseur, avec une autre pompe, l'eau et la vapeur qui s'y trouvent, nous pourrons combiner les choses de telle sorte que cette même pompe, en refoulant ensuite le mélange d'eau et de vapeur qu'elle renferme, ramène la masse totale à l'état liquide à Iq et la pousse dans la chaudière. Le cycle parfait sera ainsi satisfait. Pour nous rendre compte de la différence obtenue quant au rendement, prenons de suite un exemple numérique.

Le travail théorique que nous donne i kilogramme de vapeur d'eau saturée à i6o degrés, qui se détend jusqu'à 85 degrés (ouP, = 5888) et qui se précipite dans un condenseur à 3o degrés, est 523 1 8 kilogramme très (p. 1 13). Dans notre nouvelle manière d'opérer, ce travail s'élève à 53997 l^ilogrammètres; mais nous devrons condenser désormais à 85 degrés et non point à 3o degrés; je dirai de suite pourquoi.

Le poids final de la vapeur détendue de 160 degrés à 85 degrés est 0,87137. Le volume spécifique de la vapeur à 85 degrés est a™*',8. Le travail de refoulement est par suite

La quantité de vapeur qu'il faudra condenser à 85 degrés est aisée à déterminer.

Nous avons dépensé à To

Qo = ^0 = 49^% 56;

' — 127 — nous devons donc abandonner au condenseur

A 85 degrés on a

r^= 547% i; il vient donc

Il restera, par conséquent, à extraire du condenseur 0,87187 — 0,74582 = o''^, 12555

de vapeur, et 0^^,8744^ d'eau. Cela nous fournira un travail positif Ae

Pour liquéfier ensuite la vapeur et ramener ainsi la masse entière de 85 à 160 degrés, il faudra dépenser

(U,-Uo) 425 .-:./,.

Nous avons ici

Uo= \^^M%^'^ -h 0,12555. 5o8, 21 = i48,8i,

on a donc

et enfin, pour le refoulement au générateur, il faudra dépenser 0,001 .63243 = 63''^'°, 243. Le travail négatif total s'élève ainsi à

et la valeur de F^ devient

Fe= 53997 — 17788 — 3621 1.

Avec la machine ordinaire, nous avions donc eu

de travail de plus. Nous avons, il est vrai, maintenant de l'eau qui rentre à 1 60 degrés dans le générateur ; nous avons aussi de l'eau à 85 degrés, qui s'écoule du condenseur et qui emporte les 4o8*^^* que nous y devons abandonner; mais cette dernière chaleur est perdue dynamiquement, et l'introduction d'eau à 160 degrés est bien loin de compenser les 16107 kilogrammètres que nous avons de moins en travail.

On dira sans doute : pourquoi ne détendre que jusqu'à 85 degrés, pourquoi condenser à 85 degrés, alors qu'on dispose d'une source de froid à 20 degrés? Dans la machine à vapeur ordinaire une raison s'y oppose : ici il y en a deux. Avec nos machines, nous pouvons aussi à la rigueur détendre de 160 à 3o degrés, ou jusqu'à la tension même de la vapeur du condenseur; mais il est clair que nous n'avons aucun intérêt réel aie faire. A 5o degrés, la pression de la vapeur d'eau n'est déjà plus que 1200 kilogrammes; dans la plupart des cas, cette pression (contre-balancée sur l'autre face du piston par celle du condenseur) ne fait même pas équilibre aux frottements propres de la machine ; le travail obtenu vers la fin d'une détente aussi grande cesse donc d'avoir une valeur pratique.

Mais voyons surtout de combien une détente de 160 à 3o degrés nous forcerait à agrandir le cylindre moteur de nos machines ordinaires et la pompe négative de la marche à cycle parfait.

A 160 degrés, on a

ro=^49^%56, 5'o==i6i,74;

à 3o degrés, ces termes ont pour valeur

r, -- 585*^,62, qt = 3o^,o26

on a aussi

Il vient donc

pour la quantité de vapeur qui reste quand i kilogramme de vapeur à 160 degrés s'est détendu jusqu'à 3o degrés. A i6o degrés, le volume spécifique de la vapeur est sensiblement o,3oii; à 3o degrés, il est 33™*^, 266. Il faudrait donc que, dans le cylindre moteur, le volume s'accrût de o,3oi i à 33,266.0,77583 ou 25^*^,809! Un pareil nombre, disons un cylindre de ces dimensions, rend superflue toute réflexion critique. Voyons cependant, pour ne rien négliger, quel serait aussi le volume de notre pompe négative.

L'évaporation à température constante, 160 degrés de notre kilogramme d'eau, nous coûte 493'^'*', 56. Pour décrire le cycle fermé parfait, il faudra donc rendre au condenseur

et condenser par conséquent, à ^< — 3o°,

345,33 345,33 vo /yo

Il restera donc un poids de vapeur

dont le volume est par conséquent

Tel serait le volume de notre pompe alimentaire ou négative. Ici encore toute réflexion critique est inutile.

Il est bien clair que, dans le cas que nous venons d'examiner, le cylindre moteur et la pompe foulante sont tellement volumineux que nous perdrions d'un côté en frottements beaucoup plus que nous ne gagnerions de l'autre en travail. En un mot, par des raisons tout à fait pratiques, la machine à vapeur avec cycle rompu et détente modérée rend mieux, malgré ses défauts, que ne pourrait le faire la machine exécutant le cycle parfait.

L'une dés raisons du mauvais rendement des machines à gaz essayées sur une grande échelle repose, avons-nous vu, sur les dimensions colossales qu'on a dû donner aux pompes positive et négative, par suite des très-faibles différences de pression dont on disposait. L'air à i atmosphère qu'on porte, par exemple, de zéro à 200 degrés ne prend que o**™, yS en sus ; et encore cette pression est-elle produite par le travail négatif de la pompe alimentaire, réchauffement de

T ne faisant ensuite qu'accroître le volume deV2D à VoD =^'

Cette défectuosité, qui en implique bien d'autres qu'on aperçoit à première vue, a mis jusqu'ici, quoi que la réclame en ait pu dire, la machine à gaz bien au-dessous de la machine à vapeur. Les différences de pression considérables que nous obtenons ici avec de faibles accroissements de température ont de graves inconvénients aussi; mais elles ont du moins cet avantage sans égal de nous permettre de réduire

le volume du cylindre moteur à des dimensions telles, que les frottements du piston deviennent réellement de petites fractions du travail total.

On dispose cependant d'un moyen bien simple pour obvier en grande partie à l'inconvénient des petites différences de pression que nous signalons : il suffit, pour s'en convaincre, de considérer l'équation du travail ou

dans laquelle Va désigne le volume de la pompe alimentaire et P< la pression au rafraîchisseur. Il est clair que, si nous accroissons P, de i à lo atmosphères, nous pourrons réduire Vo et aussi y\ (volume du grand cylindre) de lo à i, sans que la force F^ varie théoriquement ; et il est tout aussi clair que, expérimentalement, la valeur réelle du travail externe recueilli s'accroîtra par la diminution des frottements, etc. Les 48 chevaux, par exemple, qu'avec P< = io333^s nous n'obtenons qu'à l'aide d'une pompe de i mètre cube, seront gagnés maintenant à l'aide d'une pompe négative de o™*',i, ou 100 litres, et d'une pompe positive de i3i litres, dimensions qui n'ont plus rien que de très-abordable.

C'est sous ces conditions que la machine à gaz pourra prendre un caractère usuel et utile, surtout si, au lieu de vouloir l'employer comme moteur unique, on la combine au contraire avec la machine à vapeur ordinaire, de manière à utiliser Sous forme dynamique la chaleur perdue de la fumée, au lieu d'employer cette chaleur à chauffer l'eau d'alimentation, comme on le fait d'habitude (et avec raison jusqu'ici).

Toutefois une nouvelle difficulté pratique se présente ici. Les condenseurs à grande surface n'ont jusqu'ici rendu que très-temporairement ce qu'on en attendait, par cette raison

très-simple que les surfaces métalliques qui les forment se couvrent rapidement d'une couche isolante de graisse qui y arrive avec la vapeur.

Mais notre rafraîchi sseur, malheureusement, se trouvera exactement dans les mêmes conditions que les condenseurs à surface ; il se couvrira intérieurement de la graisse plus ou moins brûlée qu'apportera le gaz (quel qu'il soit), et le refroidissement n'y aura plus lieu avec une rapidité suffisante. S'il m'est permis de descendre dans le domaine de la personnalité, je dirai que c'est ce dernier motif qui m'a empêché depuis longtemps déjà d'exécuter une machine à gaz dans les conditions que je viens d'indiquer. Tant qu'on n'aura pas trouvé un moyen certain de prévenir le dépôt des matières grasses ou charbonneuses, ou un moyen rapide et peu dispendieux d'enlever ce dépôt une fois formé, on arrivera nécessairement à des insuccès dans l'emploi du condenseur à surface ou du rafraichisseur.

Je termine ici ce Chapitre, non parce que je pense avoir dit tout ce qui est à dire, bien loin de là, mais parce que je crains de lui donner une étendue trop grande relativement à la nature et au sujet général de cet Ouvrage. J'espère cependant qu'aucun de mes lecteurs ne m'en voudra d'être entré dans certains détails minutieux et presque techniques. J'ai dû faire une large part à la critique ; j'ai fait tomber peutêtre plus d'une illusion : on n'en fera assurément point de reproches soit à l'analyste, soit au physicien expérimentateur. Mon désir légitime était de rectifier une foule d'idées incorrectes qu'on s'est faites, soit sur les fonctions intimes de la machine à vapeur, soit sur le rendement possible des moteurs à gaz. Mon désir aussi était de tracer une voie plus sûre et moins hérissée d'écueils à ceux qui voudront chercher et appliquer des perfectionnements réels aux moteurs actuels.

Je me suis à dessein tenu en ce sens dans le domaine exclusif des faits connus et bien étudiés. Une découverte imprévue pourra un jour ou l'autre étendre ce domaine d'une façon inespérée. Il serait insensé de douter que l'avenir ne réserve aux sciences physiques et mécaniques des progrès tout aussi considérables que ceux que nous avons vus s'accomplir jusqu'à nos jours ; mais il serait tout aussi insensé de spéculer sur ce qui est encore absolument caché dans la brume de l'horizon. On découvrira sans doute, sinon des forces nouvelles, du moins des moyens nouveaux de mieux utiliser les forces connues ; mais, tant que cette découverte n'aura pas pris le jour, il sera puéril d'y faire même allusion.

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