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IV. Déformation des corps

L'élasticité proprement dite , c’est-à-dire l’aptitude à reprendre un volume primitif, dés que la cause qui avait modifié ce volume vient à cesser d’agir, est une propriété générale des corps.

Au contraire, ce qu’on appelle ordinairement élasticité, c’est-àdire l’aptitude des corps à reprendre leur forme première, est une propriété beaucoup plus restreinte. 11 est évident d’abord qu’elle est, sinon nulle, du moins impos.sible à constater dans les gaz et dans les liquides : elle n’est propre qu’aux solides. De plus, elle varie

si ônorméraent en intensité d’un corps solide à l’autre, qu’on a pu, sans trop d’exagération, classer ceux-ci en corps élastiques et non élastiques. Ce genre d’élasticité certainement relève de l’élasticité proprement dite : dans un ressort d’acicr que nous plions, il y a des fibres comprimées, il y en a de détendues, et il y a par suite des modifications dans les volumes élémentaires qui composent le volume total; mais il .se fait des compensations telles que ce volume total, peut-être, ne varie pas. L’élasticité ordinaire dépend donc, en outre, du plus ou moins de mobilité relative des molécules.

Quoi qu’il en soit, dans les corps élastiques, comme dans les corps non élastiques, tout changement de forme opéré par un effort externe détermine une élévation de température. Un morceau de plomb que nous plions ou que nous refoulons s’échauffe ; une bande de caoutchouc que nous allongeons s’échauffe. La densité et la capacité du plomb refoulé ne varient pas sensiblement. La densité du caoutchouc s’accroît un peu par l’allongement (du moins pour le caoutchouc naturel). Mais ni les changements de densité, ni ceu.x de capacité calorifique n’ont en tous cas rien de commun ici avec le phénomène thermique. Comme corps mou le plomb refoulé garde sa forme dernière, et il reste chaud. Comme corps élastique, le caoutchouc revient à sa forme première, dès que l'effort qui l’a distendu ce.ssc. Mais cet effort peut cesser graduellement ou tout d’un coup, et les résultats thermiques sont tout différents. Si, avec la force des bras, nous tendons une lanière de caoutchouc en l’appuyant sur les lèvres, nous sentons qu’elle s’échauffe ; si nous laissons la bande ramener nos bras à la position primitive, nous sentons qu’elle se refroidit ; si au contraire nous lâchons la lanière d’une main, elle reste chaude. Dans le premier cas, le travail dépensé à tendre le caoutchouc est rendu, lorsqu’il reprend sa forme ; dans le second cas, ce travail est dépensé définitivement, et la chaleur produite est définitive aussi. C’est par la même raison que le plomb est chaud après le refoulement : le travail dépensé pour opérer celui-ci l’est définitivement.

üa ressort quelconque en acier, ou n’importe eu quelle matière, est exactement dans le même cas. Pour le tendre, il faut dépenser du travail; si on le laisse se détendre lentement, il restitue à peu près intégralement ce travail; le laisse-l-on au contraire se détendre brusquement, en l’abandonnant à lui-méme, le travail dépensé n'est plus restitué. Dans le premier cas, nous avons beau le tendre et le laisser se détendre mille et mille fois; il ne s’y manifeste aucune élévation de température, parce que le calorique, qui apparaît .pendant qu’on le tend, disparaît quand il se détend. Dans le second cas au contraire, le calorique, chaque fois produit, le reste définitivement et s’accumule de manière à devenir bientôt sensible.

Ceci cxpbque facilement un phénomène qui a été observé dans ces derniers temps. On se sert en acoustique, et pour mesurer le nomlire de vibrations qui répondent à une note musicale donnée, d’une roue dentée qu’on fait tourner plus ou moins vite, et dont les dents pas.sent devant un ressort en bois ou en carton qu’elles tendent et l.'tchent brusquement. On a remarqué que ce ressort s’échauffe très vite.

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