CHAPITRE V
GÉNÉRATION DES GAMMES (mode mineur)
Sommaire : 43. Des différents modes diatoniques. — 44. Mode de lu. — 45. Introduction d’une sensible. — 4G. Intervalles propres au mode mineur. — 47. Génération des gamines. Mode mineur primitif. — 48. Remarques sur les gammes mineures par dièses. — 49. Gammes mineures par bémols. — 50. Génération des gammes dans le mineur moderne. — 51. Comparaison du mode majeur et du mode mineur moderne. — 52. Transformation des gammes majeures en gammes mineures. Notes modales. — 53. Gammes relatives. — 54. Variantes du mode mineur. — 55. Conclusion.
43. Des différents modes diatoniques. — Nous avons vu (§ 21) que
toutes les octaves sont égales, quand on ne considère que l'intervalle des deux sons extrêmes de l'octave ; mais, si l'on chante la série diatonique comprise entre chaque octave, on reconnaît immédiatement que chacune de ces séries forme un air distinct, à cause de la distribution différente des secondes majeures et des secondes mineures; il y a donc sept manières, sept modes de chanter les sons compris dans une octave.
Nous avons vu, en effet, qu'une gamme établie sur un degré quelconque de la gamme d ut n'est rendue semblable à celle-ci que par l'introduction de dièses ou de bémols.
Tableau des sept modes
Ce tableau n'est autre chose que celui du paragraphe 21, les intervalles majeurs et les intervalles mineurs.
Mi
Oq voit que chaque octave contient une distribution différente des secondes majeures et des secondes mineures; on aura donc une série mélodique, une échelle diatonique, en un mot, un mode différent pour chaque octave.
Ces sept modes sont employés dans la musique d’église, dans le plainchant (*) ; la musique moderne n'en utilise que deux, le mode d ut et le mode de la, ce dernier légèrement modifié.
44. Mode de la. — Si l’on chante le mode de la, on trouve que l'air 6 7 123456 a quelque chose de plaintif, de mélancolique, qui lui permet d'exprimer des sentiments spéciaux que ne pourrait rendre le mode majeur : I 2 3 4 5 6 7 i qui, lui, a quelque chose de vif, de gai, d'éclatant; seulement, quand on chante le mode de la eu montant, on trouve que la terminaison n'est pas satisfaite, l'oreille préfère une seconde mineure pour terminer.
45. Introduction d’une sensible. — À proprement parler, le mode de la n'a pas de sensible : on a cherché à en introduire une, c’est-à-dire à supprimer le sol et à le remplacer par un sol dièse, faisant seconde mineure avec le la \ on s'est trouvé alors en présence de la nouvelle échelle suivante : 6 7 I 2 3 4-56 qui contient, du sixième au septième degré, un intervalle offrant certaine difficulté d’exécution. Cet intervalle, 4 -5, plus grand qu'une seconde majeure, est appelé seconde augmentée ou, mieux, seconde maxime.
Cette seconde maxime était proscrite du plain-chant ; de sorte que, lorsqu'on voulait chanter dans le mode de la et finir par une seconde mineure, on allait en montant, du 6 au 4, et l’on redescendait jusqu'au S pour finir sur le 6 ; exemple :
Ç7 1234321 1 G b G Cette manière de chanter le mode de la le rendait beaucoup plus petit que le mode primitif, puisqu'on supprimait l'intervalle de seconde maxime. D'où le nom de petit mode, de mode mineur, donné au mode de la aiusi exécuté, par opposition au nom de grand mode, de mode majeur, donné au mode d ut .
Actuellement, le mode de la a repris ses dimensions normales, mais le nom de mode mineur lui est resté.
seconde augmentée ou maxime
(‘) Plain-chant, c’est-à-dire chant égal, uni; il sert depuis douze cents ans au culte catholique. (Voir, Livre III, le chapitre consacré au plain-chant et à sa notation.)
INTONATION
Remarques. — I. L'accord parfait de la tonique du mode mineur est un accord parfait mineur, 6 I 3 ; il en résulte immédiatement une grande différence entre les airs du mode mineur et ceux du mode majeur, à cause du repos fréquent sur la médiante, ut, et de son apparition dans la mélodie.
II. Le mode mineur possède un accord de septième de dominante identique à celui du mode majeur, c'est-à-dire constitué par un accord parfait majeur surmonté d'une tierce mineure, car l'accord parfait de la dominante est un accord parfait majeur. (Voir le tableau des gamines majeures § 40.)
III- Le mode mineur possède un accord de neuvième de dominante, qui diffère de celui du mode majeur en ce que la neuvième est mineure, de sorte que l'attraction du sixième degré par le cinquième est encore plus caractérisée que dans le mode majeur, à cause de la plus petite distance de ces deux sons.
IV. C'est l’emploi des accords de septième et de neuvième de dominante qui a fait disparaître tous les autres modes du plain-chant, en les transformant en modes identiques soit au mode majeur, soit au mode mineur; les trois modes à accord majeur sur la tonique, mode de fa, mode d'ut, mode de sol, sont dans le premier cas ; les trois modes à accord mineur sur la tonique, mode de ré, mode de la, mode de mi, sont dans le second cas.
Quant au mode de si, 7 | 2 3 4 5 6 7, qui possède sur la tonique l'accord neutre 7 2 4, accord suspensif, il est évident qu’il n'a jamais pu être employé harmoniquement sans être complètement transformé soit au mode mineur, soit au mode majeur ; du reste ce mode n'a jamais été employé, même dans le plain-chant .
V. Le mode mineur pur est constitué de la manière suivante : une seconde majeure 6 1 , suivie d'une seconde mineure 7 I, puis deux secondes majeures 12, 2 3, une seconde mineure 3 4, une seconde maxime 4 5 et, pour terminer, une seconde mineure 5 6
Toutes les fois qu'on produira cette succession de secoudes, l'oreille reconnaîtra le mode mineur, quel que soit le ton choisi. Kn mineur, comme en majeur, le mode reste le même à toutes les hauteurs, à tous les tons.
46. Intervalles propres au mode mineur. — Nous avons vu (§ 45) que la seconde maxime ou augmentée 4 b est plus grande que la seconde majeure 4 5- Inversement, la septième b 4 (renversement de 4 b) sera plus petite que la septième 5 4- On donne à cette septième b £ le uom de septième diminuée ou, mieux, septième minime.
Le remplacement du 5 par le b entraîne la modification de tous les intervalles qui contiennent le 5, soit comme note aiguë, soit comme note grave.
Tableau général des intervalles du mode mineur
^bï
iü
tr-b a ? s
En refaisant, à ce point de vue, le tableau des intervalles majeurs et mineurs et en remplaçant partout le 5 par le S, nous verrons que :
1° Les intervalles majeurs qui (en majeur) finissent par un 5 deviennent maximes (en mineur) ;
2° Les intervalles mineurs qui (en majeur) finissent par un 5 deviennent majeurs (en mineur) ;
3°Les intervalles majeurs qui (en majeur) commencent par un 5 deviennent mineurs (en mineur);
4° Les intervalles mineurs qui (en majeur) commencent par un 5 deviennent minimes (en mineur).
Majeurs
Mineurs
Majeurs
Mineurs
Maximes .
Majeurs
Mineurs
Minimes
INTONATION
En dernière analyse, il n’y a d'intervalles réellement différents, nouveaux, que la seconde maxime 4 & et son renversement, la septième minime 8 4, et que la quinte maxime | 8 et son renversement, la quarte minime 8 j ; le mode mineur contient seulement trois secondes majeures | 2,2 3,6 7; en revanche il contient trois secondes mineures 3 4, 8 6, 1 I •
Il contient trois tierces majeures 4 6, 13, 3 8 et quatre tierces mineures 5 7, 2 4, 6 î, 7 2.
11 contient deux quartes majeures 4 7, 2 S et, par conséquent, cinq quartes mineures.
On doit admettre que la classification des intervalles dans le mode mineur ne comporte pas la même simplicité qu'en majeur ; il faut donc se borner à bien connaître les intervalles du mode majeur, et à savoir que le mode mineur possède, comme intervalles caractéristiques, la seconde maxime sur le sixième degré (4 8) et la quinte maxime sur le troisième (| 8); par un usage judicieux des renversements et en tenant compte des remarques précédentes sur la modification apportée dans la grandeur des intervalles par la substitution du 8 au 5, on trouvera aisément le nom et la grandeur d’un intervalle donné dans le mode mineur.