‹ Théorie musicale d'après Pierre Galin et ses disciplesChapitre 23 sur 44 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

MESURE

Sommaire : 78. Durée différente des sons. — 79. Son fort. — 80. Définition de la mesure. — 81. La mesure, uûe mesure. — 82. Classification des mesures. — 83. Notation du temps fort. — 84. Idées à exprimer au point de vue de la mesure. — 85. Division et subdivision du temps. — 86. Chronomériste de Galin. — 87. Remarques sur le Chronomériste.— 88. Langue des durées d’Aimé Paris.— 89. Division mixte. — 90. Du coup fort et du coup faible dans les subdivisions de l’unité de temps. — 9t. Des prolongations, syncopes et contre-temps. — 92. Des cadences. — 93. Du rythme.

78. Durée différente des sons. — Les sons qui composent un air n'ont pas tous la même durée ; ils sont, en outre, quelquefois séparés par des silences qui ont eux-mêmes une durée plus ou moins grande.

Puisqu'il y a des durées différentes, il faut pouvoir mesurer ces durées alin de pouvoir les déterminer et les comparer entre elles.

79. Le son fort. — Lorsque plusieurs personnes marchent au son d'une musique militaire, du clairon, du tambour, elles ne tardent pas à marcher avec ensemble, elles se mettent, comme on le dit, au pas. L'effet régulateur exercé par la musique sur la marche est dû à la production d'un son plus fort que les autres qui vient Irapper l'oreille à des intervalles égaux. Si, par exemple, le son fort se fait entendre de deux en deux sons, la succession alternative du son fort et du son faible pourra être représentée par de petites lignes verticales, les plus grosses désignant les sous forts, les autres les sons faibles.

80. Définition de la mesure. — Ce son plus fort que les autres revient tantôt de deux en deux sons, tantôt de trois en trois sons ; et la durée — nombre de secondes ou de miuutes, peu importe —qui "s'écoule entre la production de deux sons forts consécutifs, s'appelle une mesure . Marquer la mesure, faire sentir la mesure, c’est produire ce son plus fort que les autres qui sert pour l'oreille de jalon, qui lui indique le commencement de chacun des petits fragments, égaux en durée, entre lesquels on partage l'air qu'il faut exécuter.

Ce son plus fort, cet accent, a reçu le nom de temps fort.

La mesure est donc constituée par le retour périodique et régulier du temps fort.

Limité de durée, le temps. — Toute idée de mesure comporte l'idée d unité ; en musique l’unité de durée se nomme un temps ; la durée du temps est variable suivant la pensée du compositeur pour chaque genre de musique; le métronome (*) détermine mathématiquement la durée de chaque unité de mesure ou temps, suivant le nombre d'unités qui doivent être produites dans une minute.

81. La mesure, une mesure. — Ne pas confondre ces deux expressions. La mesure est le fractionnement régulier des morceaux de musique par l’apparition régulière du son jalon, appelé temps fort, de deux en deux, de trois en trois ou de quatre en quatre unités.

Une mesure est l'ensemble des unités comprises d’un son jalon ou temps fort, au son jalou ou temps fort suivant.

82. Classification des mesures. — Supposons une mélodie composée de sons tous égaux en durée. L’oreille exige le retour du temps fort de deux en deux ou de trois en trois sons, ce qui doune deux espèces de mesure.

Chacun des sons égaux étant pris pour unité de temps, on aura: la mesure à deux unités de temps ou, par abréviation, la mesure à deux temps (un temps fort et un temps faible); et la mesure à trois unités de temps ou mesure à trois temps (un temps fort et deux faibles).

La mesure à quatre temps ayant deux temps forts, l uii au premier cl 1 autre au troisième temps, peut être considérée comme la réunion de deux mesures à deux temps.

83. Notation du temps fort. — Pour indiquer que le son fort se trouve placé sur une note déterminée, on met devant cette note une petite barre

(*) Voir au livre IV le chapitre consacré au métronome.

HHfecalll

MESURE 79

verticale appelée barre de mesure; de sorte qu’à la simple inspection du morceau, on voit quels sont les temps forts. Exemples :

Mesure à deux temps. j 2 3 4 i 5 4 | 3 2 j|

Mesure à trois temps.|| 2 3 4 5 4 3 2 I |

Mesure à quatre temps.| | 2 3 4 J 5 4 3 2 j|

84. Idées à exprimer au point de vue de la mesure. — Au point de vue de la mesure, l’écriture doit exprimer :

1° Vémission ou l'articulation d'un son à chaque unité ou temps;

2° La prolongation du son émis au temps précédent ;

3° Le silence ;

4° Enfin la division du temps , ou l’émission de plusieurs sons dans le même temps.

On indique les sons articules à chaque temps, par les chiffres. Exemple :

Pour indiquer le son prolongé , on emploie un gros point rond placé à la suite du son prolongé, et répété à chaque temps que dure la prolongation. Exemples :

Ainsi, dans l'avant-dernier exemple, le 3 de la deuxième mesure et le

5 de la quatrième durent deux temps; dans le dernier exemple, le 4 de la deuxième mesure, le 6 de la quatrième mesure et le 5 de la sixième durent trois temps.

Enfin on indique par un zéro chaque temps pendant lequel on se lait, c'est-à-dire chaque silence. Exemples :

En résumé : chaque signe isolé , chiffre, point, ou zéro, représente une durée d 'un temps; et le nombre de signes compris entre deux barres de mesure indique le nombre de temps de la mesure.

Beaucoup de galinistes fout usage des signes ci-après, placés en tôle des airs, pour indiquer le nombre de temps de la mesure : I deux temps; A trois temps; ^ quatre temps.

Ges signes très simples sont suggestifs pour la pratique, car leur forme suit en même temps la direction adoptée pour les déplacements de la main dans l'indication de la mesure. En outre, ils attirent l’attention du lecteur sur les changements de mesure dans une môme mélodie.

85. Division et subdivision du temps. — De même qu'il y a des mesures à deux et à trois temps (deux ou trois unités), de môme l'unité de temps peut être divisée en deux ou trois parties (divisions binaire et ternaire); chacune de ces parties, moitié ou tiers de temps, peut être subdivisée de môme en deux ou trois, c’est-à-dire binairement ou ternairement.

Les divisions du temps sont réunies en un groupe par un trait horizontal placé au-dessus des chiffres formant ce groupe. Les subdivisions du temps sont réunies par un trait placé au-dessous du trait des divisions. Ainsi de suite si les subdivisions sont divisées à leur tour. Exemptes :

Divisions

binaire du temps. |l 2 3 4 3 j 2 3 2 | 2 • | I oJ|

ternaire du temps. | I 2 j 3 4 5 G | 5 432 5 4 3 2 | I oj|

Subdivisions

bino-binaire. I 234567 ï 12 \ 765432 1 O bino-tcmaire. |l2345667Î 2Î7|654 432 234 432[l Oj|

ter no-binaire. 123 4567 Î2|Î76 56 54 32|l O^J|

tcrno-teraaire. 34567Î 232 Î2Î 7Î2 Î76765432|lOj|

86. Chronomériste de Galin. — Tous les cas précédents et ceux qu’on obtient en poussant plus loin la division du temps peuvent être résumés dans un tableau synoptique, appelé chronomériste de Galin, du nom de son inventeur.

MESURE

Chronomériste (') de Galin et langue des durées d’Aimé Paris

Subdivision binaire. —- Quarts divisés par doux. Huitièmes.

'Subdivision binaire.

Moitiés divisées par deux.

Quarts.

Division

binaire.

Moitiés.

ta fa te fé

ta té

Subdivision ternaire.

Moitiés divisées par trois.

Sixièmes.

\ ta ra la té ré lé

ta xa fa na te xé fi né

Subdivision ternaire. — Quarts divisés par trois. Douzièmes.

la ma na fa ma na té me né fé mé né

Subdivision binaire. — Sixièmes divisés par doux. Douzièmes.

ta ma ra ma la ma té mé ré mé lé mé

Subdivision ternaire. — Sixièmes divisés par trois. Dix-huitièmes.

Unité.

ta

\ ta ma tia ra tna na la ma na té mé né ré mé né lé mé né

Subdivision binaire. — Sixièmes divisés par deux. Douzièmes.

Division ] ternaire. ' Tiers.

f Subdivision binaire.!

Tiers divisés par deux.

Sixièmes.

1 3~3 71 Tzl

ta fa lé fé ti fi !

ta xa fa na té xi fé né ti xi fi ni

Subdivision ternaire. — Sixièmes divisés par trois. Dix-huitièmes.

ta té ti

ta ma na fa mu na té mé né fé mé né ti mi ni fi mi ni

Subdivision binaire. — Neuvièmes divisés par deux. Dix-huitièmes.

Subdivision ternaire.!

Tiers divisés par trois.

Neuvièmes.

ta ma ra ma la ma té me te me te me ti mi ri mi Jt mi

333 333 333| Subdivision ternaire. — Neuvièmes divisés par trois.

ta ra ta te re te ti ri /i l Vingt-SCptièmeS.

\tamana ramana lamana ta mé ne ré mené lé me ne ti mini ri mi ni limin

(•) Ce nom est formé de deux mots grecs qui signifient : division du temps.

THÉORIE MLSICALE

87. Remarques sur le chronomériste. — J. — Ce tableau nous montre l’unité ou le temps se subdivisant d'abord : 1° en deux moitiés et fournissant ainsi une souche binaire de laquelle vont dériver des quarts, par subdivision binaire, des sixièmes par subdivision ternaire; 2° en trois tiers, et fournissant ainsi une souche ternaire de laquelle vont dériver des sixièmes , par subdivision binaire, des neuvièmes par subdivision ternaire.

On remarquera que les sixièmes provenant de la souche ternaire sont groupés deux à deux, tandis que les sixièmes provenant de la souche binaire sont groupés trois à trois et que, par conséquent, l'effet sur l'oreille

sera différent puisque, dans le cas de la division bino-ternaire 3 3 3 3 3 3 il y aura un petit coup fort secondaire de trois en trois sons, tandis que dans

la division terno-binaire 3 3 3 3 3 3 il y aura un petit coup fort secondaire de deux en deux.

Le lecteur pourra faire des remarques analogues pour la suite du tableau.

On voit doue, d’après ce qui précède :

1° Que tout signe isolé (chiffre, point ou zéro) représente une durée d'un temps ;

2° Que toutes les parties du temps, quand il est divisé, sont réunies en un seul groupe par un trait supérieur ;

3° Que si les divisions primitives du temps (moitiés ou tiers) sont subdivisées a leur tour, ces subdivisions se trouvent réunies sous un trait inférieur au trait général supérieur qui recouvre toutes les parties du temps;

\° Que le nombre de traits superposés iudique le nombre de divisions que subit le temps ;

5° Que le nombre de signes placés sous la barre la plus basse indique la nature de la dernière subdivision.

Exemples : I 2 : deux signes : division binaire;

I 3 2 ; deux traits, deux divisions, deux signes sous le trait le plus bas : subdivision binaire de la deuxième moitié (la première n’est pas divisée) ;

I 2 3 ; trois signes : division ternaire ;

I 2 3 2 ; deux traits, deux signes sous le trait inférieur : subdivision binaire du deuxième tiers, les deux autres tiers ne sont point subdivisés.

II. — Quand il y a des subdivisions partielles, comme dans les cas précédents, les commençants éprouvent quelquefois de la difficulté à reconnaître la nature de la division primitive de la souche. Rien n'est plus simple que de reconnaître si la souche est binaire ou ternaire ; il suffit d'enlever, par

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lu pensée, le trait supérieur et alors d’examiner le nombre de groupes distincts qu'on obtient; si Ton en trouve deux c’est que la souche était binaire, si l'on en trouve trois c’est que la souche était ternaire.

HP — Si au lieu d’avoir un son articulé à chaque division ou subdivision du temps, on a des prolongations ou des silences, rien n'est changé au tableau précédent, seulement on met à la place le point • ou le zéro O.

Exemple :l0l02.02«.2l«20l.l.0 etc.

88. Langue des durées d’Aimé Paris. — Pour faciliter l'exécution de toutes les coupes possibles du temps, Aimé Paris a imaginé la langue rythmique dont nous avons donné le tableau avec le chronomériste (§ 86).

Cette langue fournit un moyen commode de faire sentir exactement toutes les subdivisions de l'imité, quelque compliquées qu'elles soient.

Comme toutes les subdivisions de temps proviennent de la souche binaire ou de la souche ternaire, Aimé Paris emploie les deux voyelles a é dans le cas des moitiés, les trois voyelles a il dans le cas des tiers.

Dans la souche binaire a désigne toujours la première partie du temps, quelles que soient ses subdivisions, é désigne toujours la deuxième partie du temps, quelles que soient également ses subdivisions. Dans la souche ternaire a désigne la première partie du temps, é la deuxième partie, i la troisième partie. La voyelle i est donc exclusive à la souche ternaire. Si le son est articulé sur la partie de temps considérée, on fait précéder de la consonne t la voyelle correspondante. Ainsi la première partie articulée se nommera ta, la deuxième partie le, et dans la division ternaire, la troisième partie du temps ti.

Si une prolongation a lieu sur une partie de temps, on supprime la consonne t, exemples :

’ fi t

• 2 dans la souche binaire ;

a té

I .2 I 2 • • 2 3 • • 2 2 • • dans la souche ternaire. la é ti ta té i a té ti a é ti ta é i

Remarques. — Le temps non divisé, dans la souche binaire, comme dans la souche ternaire, doit être considéré comme un son articulé sur la première partie du temps, et prolongé sur l'autre ou les autres parties du temps; ainsi on devra dire dans la division binaire :

taé pour rarlicuUUion |, comme si le temps était écrit ainsi : | #

aé pour la prolongation • , comme si le temps était écrit ainsi : • • chuu pour le silence O, — •— 0 0

Pour exprimer la première subdivision binaire 2345 ou 234543

on conserve la voyelle de chaque partie de temps; on introduit la consonne t au commencement de chaque moitié ou de chaque tiers. Pour les deuxième et quatrième quarts, ainsi que pour les deuxième, quatrième et sixième

sixièmes, on introduit la consonne f. Gela donne : 2 3 4 5 pour la souche

ta fa tè fé

binaire et 2 3 4 5 4 3 pour la souche ternaire. ta fa té fé ti fi

pour exprimer la première subdivision ternaire on prend, outre la consonne t, les deux consonnes r et l, ce qui donne 2 3 4 5 4 3 pour la

ta ra la té ré lé

souche binaire, et 234565432 pour la souche ternaire. ta va la té ré lé ti ri li

Les coupes de mesure dérivées des subdivisions binaire et ternaire sont nombreuses, nous en donnons quelques exemples, plus loin, dans un tableau général.

Ainsi qu'on a pu le voir au tableau du paragraphe 86, Aimé Paris a aussi

donné des noms aux coupes à trois traits ; ces coupes ne se rencontrent guère que dans la musique instrumentale. On peut en simplifier l'étude de la manière suivante : on leur enlève, par la pensée, le trait supérieur, ce qui les ramène à former deux ou trois groupes de l'ordre précédent, on étudie alors isolément chacun de ces groupes ; puis lorsqu'on en est maître, on les reprend deux ou trois ensemble. Exemples :

/° Souche binaire :

Cette coupe privée de la barre supérieure donne deux fois

ta fa té fé ta fa té fé

Cette coupe privée de la barre supérieure donne deux fois

ta ra la té ré lé ti ri li ta ra la té ré lé ti ri li

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2° Souche ternaire :

Cette coupe privée de la barre supérieure donne trois fois

ta fa télé ta fa téfé ta fa téfé

Cette coupe privée de la barre supérieure donne trois fois

ta rata té ré lé ti ri U ta rata té ré lé ti ri li tara la té ré lé ti ri h

La langue des durées est non seulement souveraine pour analyser les différentes parties du temps et donner à l’élève l'effet rythmique des coupes de temps, quelque compliquées qu’elles soient; mais elle permet de les nommer le plus simplement du monde, et à l'aide de quelques monosyllabes très aisés à retenir et à combiner. Nul ne peut se faire une idée de la puissance de cette langue des durées, s'il n'en a fait l'essai dans les coupes difficiles, entremêlées de syncopes, de silences et de triolets.

89. Division mixte. — On peut produire des divisions et des subdivisions mixtes eu divisant l'une des parties de la mesure ou du temps par deux et l'autre partie par trois. Exemple :

triolpt triolet triolet triolet

Dans la division mixte les temps divisés par trois sont appelés triolets . Il en est de même pour les parties de temps divisées par trois quand la subdivision est binaire.

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