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Timbre. — 112. Pose du son. — 143. Pureté du son

139. Notions sur la production de la voix humaine. — La voix se produit dans le larynx, boîte cartilagineuse qui ressemble à un cône tronqué dont la base serait tournée en haut et le sommet en bas. Le larynx aboutit par sa partie inférieure, à la trachée-artère, tube cartilagineux, qui se divise en deux conduits nommés bronches et communiquant aux poumons. A la partie supérieure, le larynx aboutit à T arrière-bouche ou pharynx, par une ouverture que peut fermer une espèce de soupape cartilagineuse nommée épiglotte. A peu près vers le milieu du larynx se trouve la glotte, membrane présentant une fente appelée l'ouverture de la glotte, et dont les bords, connus sous le nom de cordes vocales, jouent un rôle important dans la production de la voix.

Le larynx produit les sons d’après un procédé qui lui est propre, et ne peut être comparé à aucun autre instrument. La production des sons plus ou moins aigus, plus ou moins graves de la voix humaine, est le résultat des mouvements ascensionnels du larynx ou de ceux qu’il opère en sens inverse, et qui produisent le raccourcissement ou le prolongement du tuyau vocal ; mais il faut reconnaître cependant que la contraction ou la dilatation de la glotte contribuent à la nature plus ou moins élevée du son.

Quand le ton s’élève, le larynx monte; pour faciliter ce mouvement ascensionnel, la tête se renverse en arrière, et l’élévation du menton qui en résulte, permet de porter le larynx aussi haut que possible. Dans cette position, le tube élastique de la trachée-artère est allongé, taudis qu'au contraire, le tuyau vocal (c'est-à-dire l'intervalle qui sépare de la bouche l'orifice supérieur du larynx) est raccourci. L’épiglotte alors s'incline en arrière jusqu’au

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point de devenir presque horizontale, et le tuyau vocal, en môme temps qu'il est raccourci, est aussi rétréci par la contraction des muscles du pharynx, l’abaissement du voile palatin et l'élévation de la langue, qui est presque adhérente au palais.

Quand le ton s’abaisse, les phénomènes inverses se présentent; l’épiglotte se redresse, les muscles du pharynx se distendent, l’ouverture de la glotte se dilate, le tuyau vocal s’élargit et s’allonge, la bouche s’ouvre davantage, la tête se replace dans la position verticale, et le menton s’abaisse. Le déplacement du larynx, dans les deux mouvements dont nous venons de parler, est d’un centimètre et demi environ; c’est ce déplacement qui produit les changements de registres dout nous parlerons plus loin.

L’intensité du son résulte de l’énergie avec laquelle l'air est expulsé de la poitrine, et de la vibratilité plus ou moins grande qui caractérise les parois du larynx et de la trachée-artère.

140. Des registres. — On donne le nom de registre à une série de sons consécutifs et homogènes.

On distingue deux espèces de registres : le registre de poitrine et le registre de tête.

Partons du moment où une voix masculine exécute les sons les plus graves qu’elle puisse produire, et supposons que cette voix exécute une série ascendante de sons; on entendra d’abord des sons parfaitement homogènes et caractérisant la voix de poitrine; puis il arrivera un moment où la voix, changeant de nature, perdra ses qualités pleines, vibrantes et sonores, pour revêtir un caractère d’acuité qui appartient au reste des sons ascendants que peut fournir l’organe et qu’on appelle voix de tête.

On est loin d'être d'accord sur la nature de ces registres, surtout en ce qui concerne le second : les uns reconnaissent, dans cette catégorie de sons, deux registres distincts qu’ils nomment registre de fausset et registre de tête ou de soufflet; d'autres désignent cette étendue de sons sous la dénomination de fausset, fosset ou faucet.

Pour avoir des idées nettes sur ce point, il faut considérer les registres sous le rapport des différentes voix humaines et non pas d'une voix en particulier.

Nous savons que les voix se divisent en deux grandes catégories pour chaque sexe : les basses, les ténors, les contralti et les soprani.

Le registre de poitrine (si l’on réunit dans une même échelle les notes que peuvent atteindre les basses et les ténors) parcourt une éteudue qui comprend au plus trois octaves à partir de l 'ut grave du violonceUe. Ce registre constitue, à proprement parler, la voix de l’homme, puisqu'elle contient ordinai rement deux octaves moins une note ; tandis que chez les femmes le même registre n'embrasse guère qu'une septième ou une octave d étendue.

Pour rendre cette explication plus claire, il suffit de faire remarquer que 1 homme chante sur une octave plus basse que la femme. Le registre de fausset leur est commun, c’est-à-dire qu’il est placé sur les mêmes cordes et que le son en est identique, quoiqu'il ne possède pas les mêmes phoniques.

Donc le registre de fausset est une propriété plus particulière de la voix de la femme, puisque les soprani, qui parcourent ordinairement deux octaves à partir du ré sous les lignes de la clé de sol, ne possèdent que deux ou trois notes de poitrine dont ils ne font aucun usage, et que toute l'étendue de leur voix consiste dans les deux registres contigus de fausset et de tête (si l’on n’admet que cette section de registre de fausset-tête).

On doit remarquer que le registre de poitrine et le registre de tête ne sont nullement contigus entre eux, mais peuvent coïncider dans une partie de leur étendue; ainsi il y a telles notes supérieures de poitrine qui peuvent être exécutées en voix de fausset, et cette voix peut même faire sonner au besoin toute la quinte supérieure du registre de poitrine.

141. Timbre. — Helmholtz (*) a démontré que le timbre des instruments et de la voix est dû aux sons harmoniques qui ne se produisent pas toujours dans le même ordre et dans le même nombre que dans le cas des cordes vibrantes. Il a posé cette loi : Les différences des timbres musicaux dépendent de la présence et de l'intensité des sons harmoniques .

Ainsi, chaque voyelle est due à des sons concomitants particuliers. Ces sons additionnels sont des harmoniques produits dans le larynx et dont une partie est renforcée par la bouche suivant sa forme et le volume d'air qu'elle contient. Comme la bouche varie de forme et de grandeur dans l'émission de chaque voyelle, on conçoit que, suivant les cas, certains harmoniques soient renforcés de préférence. Helmholtz est parvenu non seulement à analyser chaque timbre, à le décomposer dans ses sons élémentaires, mais aussi à reconstituer chaque timbre, chaque voyelle à l'aide des sons élémentaires.

Timbre clair. — Par ce mot, on désigne l’éclat particulier à certaines voyelles, comme la voyelle A émise en voix blanche.

Timbre sombre . — Par ce mot, on désigne l'assourdissement du timbre, analogue à celui qu'on obtient en prononçant le mot ou. La voix sombrée est produite à l'aide du pharynx qui, sans jouer directement aucun rôle dans la transformation des différents sons de la voix, concourt puissamment aux principales modifications du timbre ; il est aidé dans ces fonctions par la bouche et par les cavités que les fosses nasales forment dans l'épaisseur de la face, au-dessous de la base du crâue.

Ce sont les variations de longueurs du pharynx qui produisent la difïé-

( l ) Physicien éminent de Heidelberg.

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rence des timbres. La longueur ordinaire du pharynx est d'environ 12 centimètres, mais l'effet de la distension dont il est susceptible peut le porter jusqu’à 16 centimètres et quelquefois même davantage. Dans son plus grand raccouroissement, la longueur de cet organe peut se réduire à 6 centimètres et demi. Il y a donc entre les dimensions extrêmes du pharynx une différence d’environ 10 centimètres.

Pendant la production du timbre clair, le larynx vient s'ouvrir au bord de ristbme du gosier, et le pharynx, arrivé au dernier degré de son raccourcissement, ne permet pas à la voix de prendre du volume; mais il lui donne un éclat qui n'est que susceptible d’aller jusqu'à la strideur.

Lorsque au contraire le chanteur veut produire le timbre sombre, le larynx se fixe aussi bas que possible; il devient immobile et maintient le pharynx dans sa plus grande longueur. On comprend qu'alors la voix se couvre, et qu'elle doive prendre un degré de sonorité très énergique.

Entre ces deux positions extrêmes du pharynx, il en existe une Coule d’autres intermédiaires ; elles correspondent naturellement à des modifications îmalogues pour le timbre, qui devient d'autant plus sombre et plus volumineux que le pharynx est plus allongé, et qui se produit clair et maigre à proportion du raccourcissement de l'organe. Les cavités buccales qui sont au pharynx ce que le pavillon d'un instrument à vent est au tuyau, achèvent de donner au son le degré de retentissement et d'intensité qu'il peut atteindre.

142. Pose du son. — L'émission plus ou moins parfaite du son est le résultat de l'emploi plus ou moins convenable de l’air qui le produit; et afin que l’air remplisse convenablement ses fonctions, il faut qu'il soit placé dans des conditions particulières que nous allons définir.

Pour que la voix résonne lorsqu'on parle, il sulïit d’accomplir l'articulation des mots pendant l'expiration qui est nécessairement ralentie par ce travail. Mais, pour que l’expiration puisse suffire à l’exécution d’une phrase de chant, ou d'un son prolongé, il est nécessaire qu'elle soit plus lente encore, et qu'elle soit employée dans son intégrité.

Quand on veut se servir de la voix à l'état de chant, il faut prendre une respiration de moyenne force; car si les poumons sont remplis d'une trop grande quantité d'air, il leur sera nécessaire de l'expulser promptement pour se soustraire à une fatigue qui dégénérerait facilement en souffrance. D'un autre côté, cette grande masse d'air, se précipitant dans le larynx, en paralyserait les mouvements délicats et précis. 11 en résulterait une fluctuation dans le son et de l'incertitude dans l'intonation. Si la respiration est insuffisante, cela amène des inconvénients trop évidents pour qu'il soit nécessaire de les expliquer.

Une haleine d'une médiocre étendue est donc ce qu'il faut pour l'exécutiou des effets les plus énergiques. Le talent du chanteur est de la renouveler le plus souvent possible, car elle est d'une très grande importance pour le phrasé du chant et pour son expression.

Les voies respiratoires, une fois munies de cette quantité convenable d'air, il faut l'accumuler contre la glotte comme si l'on voulait pousser un cri. La glotte ainsi pressée, en s'entr'ouvrant à peine, fera vibrer instantanément les cordes vocales dont elle est pourvue ; il en résultera une attaque de son parfaitement nette, mais très dure et susceptible d’une grande brièveté. L'air qui s'échappera dans cette espèce d'effort sera à peine appréciable; il ne s’en perdra pas la moindre parcelle qui ne soit représentée par un volume analogue au son.

On ne peut mieux comparer l’effet de cette précision dans l'appellation et la pose du son qu’à l’attaque d'un archet sur la corde d'un violon. Cette manière de poser le son, qui est la seule véritablement normale, a plusieurs avantages qui contribuent à l'éclat et à la portée de l'organe; l’expiration est complètement et énergiquement utilisée, et le chanteur n'est plus - exposé à faire entendre avant le son qu'il veut entonner un portamento préparatoire dont la mollesse est insupportable.

Le son ainsi posé acquiert aisément toute la vigueur dont il est susceptible. Quand le mode d'émission est bien compris, il ne s'agit plus que dé chasser l'air avec force pour faire sortir toute la voix.

On comprendra facilement que ce précepte n'est applicable dans toute sa rigueur qu'aux effets de force; il se modifie naturellement pour le canlabile et surtout pour la prononciation des consonnes. Mais le principe reste partout le môme; il faut toujours que le sou soit posé nettement, afin qu'il n’y ait aucune déperdition de l’air, à moins que certaines accentuations ne rendent convenables l’emploi d’un portamento ou la pose du son en forme de soupir.

A part ces sortes d'effets dont il faut être sobre, le son doit toujours être attaqué, mais il faut que l’étude adoucisse la rudesse de cette attaque, de telle sorte qu’elle puisse être employée sans qu'on s’en aperçoive.

143. Pureté du son. — Pour que le sou ait toute sa pureté, il faut qu'il soit amené à la couleur blanche, c’est-à-dire à l'expression parfaitement normale de la voyelle A. Pour arriver à ce résultat, la langue refoule légèrement, et sans la gonfler, sa portion postérieure du côté du voile du palais, sa partie antérieure se dilate et fléchit en s'arrondissant vers la mâchoire inférieure. La pointe ou plutôt le bord de la langue ne doit pas dépasser la hauteur des dents inférieures qui lui servent de barrière naturelle et le dépriment légèrement. La langue ainsi posée relativement au palais forme dans

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la bouche un pavillon semblable à ceux des instruments à vent. Les lèvres doivent être entrouvertes comme pour l'action de la parole, sans aucune exagération ; mais les dents doivent être beaucoup plus écartées, et c’est la mâchoire inférieure surtout qui doit produire cet écartement indispensable; il faut qu'il soit assez considérable pour donner passage à deux doigts superposés.

Toutes ces conditions sont absolument rigoureuses, et, de leur entier accomplissement dérive l'émission normale de l'A; mais elles ne suffisent pas à la formation parfaite du son chanté. Il faut exécuter en même temps le phénomène au moyen duquel les fosses nasales ferment leurs orifices à l'air extérieur et interceptent complètement son passage. De cette manière, la contexture du palais présente à la voix une table d'harmonie qui contribue puissamment à son retentissement; et l’air, comprimé sur le plancher extérieur des fosses nasales, ne produit pas les eftets nasonnés qu’il acquiert lorsque la moindre portion s’en échappe par le nez.

L’inobservation des principes précédents entraîne des modifications dans la nature du son. Si, par exemple, la partie postérieure de la langue est trop refoulée par l'isthme du gosier, le son prend un caractère guttural plus ou moins prononcé, parce que, l'épiglotte comprimée par ce refoulement, gêne l’émission de la colonne d’air. Si les lèvres sont trop rapprochées, l’expression de la voyelle o se fait sentir et domine celle de Va; si les dents ne sont point sulïisamment écartées, le retentissement des fosses nasales devient trop énergique et imprime au son une qualité nasonnée, qui tourne à l’expression de la diphtongue an et nuit à la portée de la voix.

On voit que chacune des défectuosités qui surviennent dans la position des dilïérentes parties de la bouche, est immédiatement indiquée par le défaut phonique dont elle est la cause.

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