‹ Théorie nouvelle de la métrique arabe, précédée de considérations générales sur le rhythme naturel du langageChapitre 21 sur 22 · karb · texte numérisé non relu

karb

a'hém. "i^MJi \St''JLà K^ ij:;iJji SJi (^JjLi(i) ç^MJLmM tjU « *-«

jCTi -TîTl jCC Ji

—*».( 281 )■« — llemartfae. Ici encore , si l'on supprime l'ictus fort de igtj, on obtient un hémistiche de Kâmil, car la syllabe composée jù devient faible et entre dans le dernier temps faible de la mesure précédente; on a alors :

Cf. s du Kâmil, deuxième variété.

Troisième variété.

Chaque vers se compose d'un seul hémistiche de trois pieds, dont le dernier a la forme ûWCxi^ ou La, variantes de ^^^tjJûdLi. C'est là le 6' dliarb.

6' dhari. Exemple.

Remarque. Le mot jli doit se prononcer zél , pour pouvoir se prolonger en xéél. La preuve en est que si ^ restait diphthongue, le ^serait non pas une lettre de prolongation , mais une consonne forte. J^

deviendrait alors Jji . comme yij devient yâi ou yai . C'était une inélégance aux yeux des anciens poètes arabes, de terminer un vers par des mots comme igy. jo {^=yj^-ie), u>j— * {^y y ■«)■ contenant une diphthongue, ainsi que nous l'appjend te comment:)teur du Hamâsak, Tébriiî (cf. Ham. p. va). La raison on est que les diphthongues Jl, ^1, se prononcent difficilement (Tébrïzi le donne formellement à entendre, ibid.; mais naturellement sans en dire la cause) quand elles sont suivies dun silence : on est porté k allonger d'un demi-temps leur a, et à en faire jll. i^l-. Tel est évidemment le motif pour lequel Tébriïî prescrit de terminer le vers par un mot contenant un élif de prolongation comme antépénultième (forme finale JsU), ou une voyelle de prolongation quelconque C, ^, ($- comme pénultième. Or si la liiphthongue était désagréable à l'oreille dans oj^ et t^^, à plus forte raison devait-dle l'être quand la dernière voyelle du mot était supprimée, comme dans J^i. D'où je conclus que lorsque le cas se présentait, on fondait ^- en é,^ en 6.

Quatrième variété.

Chaque vers se compose également d'un seul hémistiche. Le dernier pied est ^^JijJLi, {jlTjyJL.. ou,, pour la pause , yiJûJLi , jlTll.*. 'C'est là le y" dkaii).

Dans ces deux dernières variétés, le fi° dharb et le 7° dharb admettent les variantes >^«ïu£t et t^^XSJ ,

Exemples.

Hemar<]ue. Devant' û*»^Uj;^ , ^^)uJuZ.i reprend sa notation véritable,

'^JjÎJÙI ^^^JLuLuw* ^jJlÙMkb*

riir. jCX XTir Ji

Même remarque à faire pour le deuxième ^^jUjùjù»^.

— «.( 284 ]■** Autres modificalions de Comme dans le Hadjaz, le pied ^J^JaUt* est quelquefois remplacé par ^^jlwLt*, qJI«L»«, (jm^- En voici des exemples :

ju?. -Tni jûÀ,

BemanjO^. La notation de la dernière partie de (jfjJci[i) s'explique par le pied suivant , qui commence par une seule syllabe brève. — La syllabe * de ^i^ , qui reçoit ici l'ictus prosodique, est précédée d'un temps faible et suivie de deux syllabes mues dont la première faible : I ^ (1*^1*!' ^)-

Remarque. Le ». de jÂ*. a l'ictus par sa forme grammaticale; il est d'ailleurs placé devant deux syllabes mues ji («jjjUji). Le *» de u>J^ reçoit l'ictus prosodique : il est précédé de J^, temps faible, et suivi des deux syllabes mues L.^ ( J^^j)-

Freytag cite, comme une rareté, un vers qui a pour dernier pied Jaï(^). En voici le dernier hémistiche :

jcijcir[r„nii

s 16. Monsarib et ses variétés.

D'après Khaiil, ce mètre se composerait par hémistiche des pieds (jU* jiw • jl)5|yuU ^jXwUm^. Nous avons vu que le pied iilyti* n'existe pas. Il faut donc chercher si le Monsariff. ne peut pas être scandé d'une autre manière. A notre avis, le schéma normal du Monsarili se compose du pied ^^ûKf.^jdLi - 1 -u ^ L | . ou de l'une de ses variantes ;

suivis de (jUfaiw (ou de l'une de ses variantes) et de (jJwU, ou plutôt d'un autre ^jXmLuw* dont la syllabe 2^ est retranchée et rempbcëe par un silence, comme dans le Sari'. Nous allons voir tjue ce schéma rend compte de toutes les variétés du A/oruan'^. Dans le pied fjAUlïMv* la syllabe f^ est faible; dans le pied (jUi*-,* la syllabe JL» est faible aussi. Conséquemment , quand elles se suivent dans le vers , les syllabes ^ ^3 doivent remplir un temps Biible : chacune de leurs articulations vaut donc ^ de temps ou une demi-brève , et les syllabes composées (^ el mA ont chacune pour durée une brève.

Première variété.

Le dernier pied du deuxième hémistiche est ^JL«j(i), variante de l^jX*X3{i), ou. pour la pause, jJL*j(i) , Cf. p. 378, note I.

Exemple.

Parfois ie dernier pied devient (jltj(*) ouytj[i^ Jll'(i) ouyi"(i).

jjj'u>[^) ^jUji. ' -.»..» yjSUiLiL*

:J!ZI:- JL „;, JL;

ftemarqae. On observe ici l'emploi de plusieurs variantes de (^Mkju-w* et ^jJgûJUw* au milieu du vers. Dans le second hémistiche, la syllabe (^ de jjj^UiU^ et la syllabe ^ du i^JuUx* suivant forment triolet, car i (^^to. .n'. . mo sont trois articulations remplissant un temps faible et s'en partageant la durée; de sorte que chacune d'elles vaut -J- de temps ou de longue.

La deuxième et la troisième variété des métriques

~M.( 288 )*warabes n'appartiennent nullement à ce mètre. Ce sont des variétés nouvelles du Radjaz , car l'une et l'autre se composent de deux ^UiXi.*, dont le dentier est modirië soit en i^t^XjJL* ou tLfXiJiJL*, soit en

Exem[4e de la deuxième variété.

EKemple de la troisième variété.

-l'-„„L-lk

Plusieurs métriciens arabes ont émis l'opinion que ces deux variétés doivent être ajoutées au Raàjaz. D'autres ont combattu cette manière de voir. Elle me parait cependant indiscutable. Pour que deux mètres diffèrent, ii faut tout au moins qu'ils soient formés de pieds diOerents. Or les deux dernières variétés du Monsan}). ne peuvent se ramener qu'au pied i^MOm^y lequel est la base du Radjaz.

~~*^( 289 )*. — S 17. Khafifetses variétés.

Ce mètre se compose de deux hémistiches formés chacun de deux (^^^BU séparés par ^UiXnr** -.

1" hém. (jS^tsti (jXwUm.* (jâteti

Tci encore nous avons deux syllabes composées yj et «-• qui doivent remplir un temps faible, et dont la durée normale se réduit à celle d'une brève; cela se produit quand ^A^ est suivi de ^^jJuuUm.*. A la fm de chaque hémistiche, (^ï^fiU reprend sa mesure ordinaire :

Fà..'i.. là.. ton Mot..tàf..'i..Ûa- Fd..'i..là..toa Première variété.

Le dernier pied du premier hémistiche reste (^ïUti. Le dernier pied du deuxième hémistiche est : 1" (j3JUU ou y5UU (1" dkarb); a° yXeli ou ^U (a' dliarb).

1" ^arh.

(j-fri-û (j^i jXit J*i« 15

J. \s. Elirait n° 5. (1876.)

icr; „Tur^ xn::

/{(^mnr^ae'.f. Bien que le dernier pied du premier hémistiche se termine par une lettre de prolongation, on ne donne à la syllabe j que la durée dune longue, parce que le second hémistiche vient immédiatement à la suite. Au contraire, la syllabe (^j de la lin du vers, étant dans la pause, s'allonge ad hbitam. — Le pied (jXajLu-* de chaque hémistiche admet aussi la notation ^JuuLùw*, car les deux syllabes qui le terminent dans chaque hémistiche contiennent une lettre de prolongation. On peut donc noter i le vers précité :

Cf. p. 20 1, remartfaes.

a* ^harb.

Deuxième variété.

Le dernier pied du premier hémistiche est (jUl* ou jAfili. Le dernier pied du deuxième hémistiche est(j)*UoujJiai[3'^ftar6).

j-J-é- j-é i^ bjAi yi

yJ*U

y-LeU (jXjU.

I (^ÏXfiti

Troisième variété.

Cette variété est, en quelque sorte, un nouveau

— «.( 292 ]-4^ mètre se composant par hëmistîche des pieds (^dUU jjXwLUh*. Le dernier pied du premier hémistiche reste ^ *-*•■• t - ou ^LjtAji—*. Le dernier pied du deuxième hëmistiche est : i* jjUfcL*.* ou jJuUiU»* [U'dfiari); i° f^Xxi, jitjiÀ ou ^JÔ^.^Ùxi [5' dkarb).

4' dJiarb.

S* ^harb.

-^ ;;^^ JiaL yi

Autres modifications des pieds yA^cU et iJbtiMw*.

Dans les trois variété, le pied ^sMcU peut être remplacé par l'un de ses équivalents :

A la fin de chaque hémistiche , ^jisii et ^UU , ^J^ et yicii, variantes de j^^âUli, peuvent elles-mêmes devenir :

y-ï iC~;:i

Remarqaes. Quand «^f^lfU et i±i^Ui sont placés devant (jUiXi.». leur notation se modifie légèrement. En effet, on a quatre articidations pour remplir un temps faible, à savoir 'cto de <c>3UU = F(i..'e..'i..

là..'e..to et Mes' de (jUia-*. Chacune de ces quatre articulations ne vaut donc plus que -f de temps ou de longue. Adoptons pour noter les quarts de longue un gros point; nous obtenons pour ts^^LcLï et t=*^LKJ la notation suivante, quand ces pieds précèdent

Lorsque tstïUU et t=)^Ui précèdent ^Jl*ÀJi», variante possible de ^jUAJUi^, on a trois articulations: '«..to de <=>ï^ et i^lUi, et ^0 de jjXjuU*, pour remplir le temps faible. Chaque articulation vaut alors Y de longue :

tiHeli I L ^ J3 1

yUu. isua* |L^' — IL^^„I

Le pied ^t-t-m-- admet les variantes usuelles ;

mais non les variantes JjJ^L» el J*îx«, comme le prétend Khalil. Car, dans ces deux variantes, la syl-

labe J, qui devrait recevoir un ictus prosodique, se trouverait placée devant une seule syllabe mue, le i de^^-lM^ oui^2(«U [=(^yj^U, <^3i^), oudevant trois syllabes mues : i«*, dans les variantes (jj^U*, uiOCai , ^X«». Or, nous avons constaté pour tous les autres mètres qu'une syllabe brève ne reçoit lictus prosodique qu'à condition d'être suivie de deuit autres syllabes mues. Les exemples de ces variantes, dans le Kkafîf, me semblent donc foi^és.

Voici quelques exemples des variantes précitées :

ti-*-^ V*-* JU- (i;#Ê U

Remarques. Dans ie premier des deux hémistiches cités, ^ de jXaL reçoit l'ictus grammatical; mais de plus, ceite syliabe précède deux syllabes mues. Les trois articulations ASé forment trïolet. Dans le dernier hémistiche cité, la syllabe J de J^ prend l'ictus prosodique.

Une derhiéie modiBcatiun dont est susceptible le pied fjûUU, c'est de se changer, à la fin de chaque hémistiche de la première variété (ou seulement à la fin du dernier hémistiche), en (^^m et j^^U*, ou (jSyti , ^ti, Freytag donne à ce pied le nom de ^^ydL». Ce terme est impropre, car ijJj*^ doit être rattaché à (jUAju>». — Voici un exemple du pied en question :

jJiUJu (jjXaXx^ ^"^Uti

s i8. Modhàri', Moqtadhab et Modjtathlh.

Ces trois mètres artificiels ne se laissent scander avec précision que lorsque leurs pieds ne subissent aucune des modifications illicites dont il a été question dans le S ih. Ainsi dans le ModKârî, quand le pied dit primitif (^^IasU.* est changé en Jj^Jij*, J, qui devrait porter le temps sous-fort, est placé devant (jjïUfili, et par conséquent suivi d'une seule syllabe mue. D'après l'analogie des mètres anciens, ce J reste donc bref, et le rhytbme du primitif (jU«Li* u I — '-U r. I subit une forte contraction. En effet, la syllabe brève J ne peut marquer le temps sous-fort; elle rentre dans le temps faible précédent; Ji*«U* se note alors :

Ma..fâ..'l.Ao-

el la mesure du mètre est bouleversée par la disparition d'un temps sous-fort au milieu du vers.

t\ei]iple d'un ^Lijm régulier avec le changement de ^^jJuaLL* en ^^XeLiU.

LslJ Jlj,« xjïLi

( tr^-slÀ- ]

yol«U

jJUlt. 1

Jl„^„

Remarque. La présence d'une lettre de prolongation à la fin des mots [js et Aîal explique la notation double indiquée pour le premier pied de chaque hémistiche.

Quelquefois le pied initial du premier hëmisticbe subit la suppression de la syllabe i. On a voulu imiter ce qui a lieu dans le Tawil et le Hazadj pour les pieds (ji^ et (^SusiJu».

Le Moqtadhah serait composé des pieds taUj^U et (jjXwLûik^. Nous savons que i^yuU n'existe pas. Aussi dans le morceau que cite Freytag. et qu'il croit ancien, trouvons-nous ie pied >^^UÏ« substitué au pied théorique ii>^yuU. Mais >^^Ui^ n'est autre que ti>y«li; de sorte que le morceau en question est versifié sur ie mètre Khxfif. En voici le premier vers :

i «suU

Voyez Khafîf, troisième variété. Ici les primitifs i^lS^sh et i^MO^a sont remplacés par les variantes i^^U et f^AxlL*. Ce dernier pied présente en outre les modifications bien cormues de (jJ eny et en y.

Quant au Modjtalhth, il se scande régulièrement.

lorsqu'il est cumpusé des pieds (jILjuUw^ et ijiH^- Ainsi le schéma suivant :

Les syllabes (^ du premier ^-ïXxL* et JLJÎ du deuxième (jUjLmw.* durent chacune ~ temps, parce qu'elles se réunissent dans un temps faible . Ce mètre se scande aussi très-régulièrement, lorsque ses primitifs sont remplacés parles variantes <^>Msl* , i^Mm, (^jAUi , (j^LwUi*. Mais sa mesure est faussée dès qu'à (jJUuU*Mt on substitue JjJûJL* et JjuU*, car les syllabes J qui devraient recevoir un ictus prosodique se trouvent placées soit devant une seule syiJabe mue i de (jîMfrli , soit devant trois syllabes mues J«i de unÛici, (j^ssiUi.

S 1 Ç|. Règles pratiques pour la détermination des treize mètres authentiques '.

Avant tout, les commençants devront s'exercer à

' Le Moàhâii, le Moqtaâkab et le Modjtalhtk ne peuvent £lre souvent détenninés que par élimination. C'est lorsqu'on a reconnu qu'un vers n'appartient à aucun des treize autres mètres qu'on cherche s'il rentre dans l'un des trois mètres artificiels.

lire en mesure les mots techniques des pieds et de leurs variantes, jusqu'à ce que leur oreille se soit familiarisée avec le rhythme particulier de ces pieds. Ib feront bien aussi de prendre le Divan des six poètes . édité par Ahlwardt', ouvrage dans lequel les noms de chaque mètre sont indiqués pour toutes les pièces de poésie, et d'en scander les vers également en mesure. Pour lire en mesure, il est indispensable, de connaître les premiers éléments de la musique. Cependant, les profanes se rendront compte du rhythme des vers arabes, jusqu'à un certain point, en ayant soin d'appuyer sur les syllabes frappées de l'ictus et de passer rapidement sur les syllabes faibles , comme on le fait lorsqu'on lit des vers italiens, russes ou allemands. De plus, on apprendra par cœur la liste suivante, qui donne la composition normale de chaque mètre , par hémistiche ;

Fa'oa'oalon Mqfa'ilon Fa'oa'oaloit Mafa'ihn ',

MADÎD.

Fa'ilaton Fa'ilon - FaUialon.

BASlt.

Moslafihn - Fa'ilon Moitafiloa - Fa'ilon.

' The Divans of ihe six ancient poett, elc. éd. by W. Ahlwardt. LoodtHi, Trùbner, 1870. In-8°.

* J'omets à dessein la quantité des voyelles, aGii qu'on dirige eidusivement son attention sur la force et sur la faiblesse des »yllibes . d'où résulte le rhythme.

KÀMIL.

Molafa'ilon Motaj'a'ilon Motafa'ilon.

wAfib.

\fofa'a}alon Mofa'aïatoa Mofifalatan.

HAZAQl

Maja'ihn Mafa'ihn Mafa'iloa.

HADJAZ.

Moilapilon Moitafilon Moitafilon. Fa'ilaloa Fa'ilalùa FaHlon-.

MOTAQÀBIB.

Fa'oa'oalon Fa'ou'oalon Fa^an'oalon Fa'ou'oulon (oi /''«'on 'ou 'oui en demifir).

UOTADÀniK.

l'a'ilon - Fa'Uon - Fa'ilon - Fa'ilon -.

MoHaJ'ilon Moitafilon — t<ifim\

Mostqfilaton Moitafilon — fâ/*i7on.

' Le Irait lient Ilcu de la syllabe Moi, qui. on le «si |ilacée par un silence dins ce mètre et dut* le anivanL

Fa'ilaton MostqfUoii Fa'ilalon.

Après quoi, on s'exercera à lire des vers dont on ne connaîtra pas la mesure, en observant : i" qu'il faut appuyer sur toute syllabe fermée, quand elle n'est pas : n , ia première d'un hémistiche commençant par deux syllabes fermées suivies d'une syllabe ouverte^; b, la seconde de trois syllabes fermées consécutives^; c, la dernière d'un hémistiche finissant par deux s^iabes fermées et commençant par une syllabe fermée; d, la deuxième de quatre syllabes fermées terminant l'hémistiche. Restent faibles : e, la deuxième et la troisième syllabe de quatre syllabes fermées consécutives, au milieu de l'hémistiche. Il faut également appuyer : i" sur toute syllabe ouverte suivie d'une autre syllabe ouverte ^. Si , en appliquant la règle des deux syllabes ouvertes consécutives, on s'a2)ercevait qu'on n'obtient pas un

^ A moins qu'il ne s'agisse d'un Tauiil ou tl'uit Mùlaqâtib dont la première brève a élé supprimée; car les deux sjllabes. fermées initiales y sont fortes. Ed réalîlé, elles ne sont paa initiales, puisque, par la pensée , il faut rétablir une brève devant elles. Cette suppression étant des plus rares , la règle ci^desana donnée ne perd rien de sa généralité.

* A la fin d'un vers, il peut arriver que trois syllabes fermée» t'en' sécutives reçoivent l'ictus. On le reconnaîtra toujours il ce que la première termine un pied; de sorte que les deux dernières sont traitées comme toute autre succession non initiale de deux syllabes fermées.

' Si trois syllabes ouvertes se suivent, c'est sur la seconde qu'il faut appuyer, en vertu de la rtgle énoncée ; car la première des trois est suivie de deui syllabes ouvertes et non pas d'une seule.

mètre connu, on scanderait à nouveau, cette fois, en passant rapidement sur toutes les successions de deux syllabes ouvertes; on verrait aussitôt qu'on a affaire soit à un Kâmil, soit à un Wâfir. En très-peu de temps, on arrivera ainsi à déterminer le mètre d'un vers donne, à la simple lecture.

Souvent il peut y avoir doute sur la nature d'un mètre. Par exemple, le Kàmii se confond : i° avec le Raàjaz, lorsqu'au pied fondamental Motafaibn on substitue la variante Motfailon = Mostafilon. ' ; i' avec le Tawîl, lorsque celui-ci perd la syllabe brève initiale et se termine par les variantes jyù et^JkslU; 3° avec plusieurs variétés du Sari . Pour être fixé, il est de toute nécessité, alors, de scander plusieurs vers, jusqu'à ce qu'on ait rencontré l'une des formes fondamentales de l'un ou l'autre des trois mètres'. C'est ainsi que les Arabes procédaient en pareil cas.

' Fréquemment, dan» une pièce de vers composée sur le mèlre Kiirtil, on ne rencnutre qu'une fois le pied fondamental Mottifa'ilon.. Cela suffit pour détermiDer le mètre.

' P«r exemple, si dans une pièce de venqu'ona d'abord scandée Motja'ilan Motfa'iloa Motafa -, on ne rencontre pas une seule foi» le fondamentalJlfoIa/a'ilan,il faut en conclure qu'on a a&idre à unSarf, et que la première des deux syllabes ouvertes succe»»ive» du mot ou du groupe de syllabes qu'on a lu Motaja ■- doit recevoir un Ictus; le mot ou le groupe de syllabes forme alors le pied ia'iloii= ( Yoi)lofifàn. Cf. p. 380 et »niv.

—**.{ 305 ).**— Je joins à ces préceptes quelques règles pratiques au moyen desquelles les commençants détermineront mécaniquement la nature d'un mètre quelconque. Ils pourront s'exercer sur les poésies insérées à la fin de la Ckreslamaihie de Kosegarten.

A. Choisir un premier hémistiche, et de préférence celui du second vers. Si on choisit le premier hémistiche du premier vers, s'assurer s'il rime avec le deuxième hémistiche du même vers; car s'il rime, sa dernière syUahe doit être considérée comme fermée, alors même qu'elle contiendrait un simple fatha, dhamma ou kesra (cf. p. 170). Si l'hémistiche est terminé par une syllabe contenant deux quiescentes dont la première est une lettre de prolongation (yï^, J)-, etc.), traiter cette syllahe comme une syllabe fermée ordinaire.

B. Etant donné l'hémistiche dont il s'agit de trouver la mesure, le transcrire d'abord, de gauche à droite, en signes de brèves et de longues, la brève représentant les syllabes ouvertes, la longue les syllabes fermées.

Exemple :

C. Marquer alternativement de l'ictus fort et de l'ictus sous-fort, en allant de gauche A droite, les syl-

' Cf. les règles donniSe» au S 3 de ce livre.

J. As. Extraitn" 5,(1876,] 20

— t*i 306 )**— labes fermées, notées -, et les syllabes ouvertes, notées », qui sont suivies d'une autre brève.

Exceptions. On ne marquera pas de l'ictus : i" la première de deux longues ou la longue suivie d'une brève marquée de l'ictus (laquelle équivaut à une longue] au commencement de l'hémistiche; 2°la dernière de deux longues à la fin de l'hémistiche , pourvu que l'hémistiche commence par une seule longue i 3° toute longue précédée et suivie d'une longue , ou précédée d'une longue et suivie d'une brève marquée de l'ictus; à° la deuxième et la troisième de quatre longues consécutives, au milieu de l'hémistiche; 5° la deuxième de quatre longues consécutives à la fin de l'hémistiche.

D. Si, après avoir observé les règles précédentes, on trouve dans l'hémistiche des brèves marquées les unes de l'ictus fort, les autres de l'ictus sous-fort et suivies du groupe »-«, on eËEàcera les ictus forts et les ictus sous-forts de ces brèves, et on recommencera à placer les ictus.

AppUquons ces règles à l'hémistiche transcrit cidessus. Nous avons :

Les longues n" i et n° 2 ne reçoivent pas d'ictus en vertu des exceptions i" et 3° de la ri^le C.

E. Si, après avoir observé les règles précédentes, on trouve sept ictus dans l'hémistiche, on effacera

-«.( 307 ).«— le troisième ictus â partir du commencement, à moins que l'hémistiche ne commence et ne finisse par deux longues; auquel cas, on ellàcera le troisième ictus à partir de la fin. Après quoi on replacera les ictus.

Exemple :

Nous avons sept ictus. EIëiçods le troisième à partir du commencement et replaçons les ictus :

Exception. Quand le schéma contient plu; ictus forts immédiatement suivis d'ictus sous-forts, on n'efface aucun des sept ictus.

F. Si l'hémistiche ne contient que des longues, on marquera chacune d'elles alternativement de l'ictus fort et de l'ictus sous-fort.

Exemple :

G. Toutes ces règles observées, on changera en longues les brèves marquées de l'ictus et on procédera à la détermination des pieds, de la manière suivante.

a. Toute longue marquée de l'ictus fort -, suivie d'une longue marquée de l'ictus sous-fort —, sera changée en ;--,.

' La dernifere longue n« l'pcoit pas d'ictus pn verlii de l'eiceplion »• de la r*gle C.

b. Toute longue marquée de l'ictus sous-fort 1 , suivie d'une longue portant un ictus fort -, doit être rliangop en 1 o (une longue et un silence de la durée d'une longur), sauf quand l'hémistiche contient deux longues successives dépourvues d'ictus (cf. règle C. Except. â"), et commence par une syllabe marquée de l'ictus. Dans ce cas, L ne varie point.

c. Toute longue marquée d'un ictus (fort ou sousfort], suivie d'une brève, sera changée en -u ou '-u {une longue et demie).

d. Toute longue marquée d'un ictus (fort ou sousfort), suivie de deux brèves ou d'une longue non accentuée, reste sans modincation.

e. Toute brève précédant ou suivant une longue inaccentuée doit être changée en une longue.

f. A la fin de l'hémistiche, la longue L reste telle, si l'hémistiche commence par une longue inaccentuée ou par deux brèves, et devient '^, si l'hémistiche commence par une brève.

g. A la fin de l'hémistiche, la lon^e doit être changée en -^ o , si l'hémistiche commence par une longue inaccentuée ou par deux brèves; en -pc n, si l'hémistiche commence par une brève.

h. Lorsque ces dernières rè^es auront été appliquées , il suffira , pour connaître la division du mètre en pieds, de placer une barre après tout fragment de la valeur de huitbrèves (la longue = deux brèves),

-^^( 309 ).«+— en comptant le silence o pour deux brèves. Puis, on consultera le tableau ci-dessous qui donne la mesure de cbnque pied ^.

('. Si le schéma contient deux longues successives inaccentuées et commence par une longue inaccentuée, OD comptera la valeur de dix brèves pour le premier groupe, de huit pour les autres.

ijy^ I

j^Ulu — L

' Mesuic fictive, bieii enlcudn. pour quelques- uiia de eus iiieils, irla mesiii-c de ^y^, parcAcnipIc, lepresenle encore ici celles ilo M variantes Jyà. ,ji*i, JSi. )J>û, etc.

La combinaison des pieds détermine le mètre , et comme on connaîtra alors le nom du mètre et des pieds qui le composent , on pourra facilement obtenir la vraie mesure de tous les hémistiches en consultant les tableaux du livre I et les paragraphes du hvre II relatifs à chaque mètre '.

Donnons maintenant quelques exemples de l'application de ces règles.

Je reprends le premier schéma cité plus haut :

D'après ia règle G , nous changeons ia brève ai tuée u en longue :

' L'infaillibilité de ces règles pratiques n'est pas absolue. Il peut se présenter quelques cas, très-rares, il est vrai, où elles ne réussiraient pas , surtout pour le dernier pied d'un hémistiche. Mais comme elles s'appliquent quatre-vingt-dii-neuf fois sur cent , fétudianl sera déjk en état de reconnaître à la lecture la mesure des qudques vers difficiles auxquels je fais allusion , lorsqu'il n

D'aj)rès la règle c , nous changeons en -u les quatre longues marquées de l'ictus fort qui sont suivies d'une brève :

D'après la rè^e h , nous changeons deux des longues marquées de l'ictus sous-fort, au milieu de l'hémistiche, en lo :

D'après ia règle d, la longue n" i reste sans inoditication; d'après la règle y, la longue n° i ne subit aucun changement.

Plaçons maintenant une barre après toute succession de la valeur de huit brèves; nous arrivons au schéma définitif.

Et si nous consultons ie tableau , nous voyons que ce schéma est composé des pieds ^jImUm.* et (jJksU; par conséquent, nous avons aiFaire à un Basil.

Prenons le deuxième schéma cité :

Les longues n" i deviennent ■v^(règiec};les longues n° 'i restent sans changement (règles d et/); la brève n" 3 devient une longue (règle e); la longue n" h ne

SU fait pas suivre du silence o (r^e 6, exception). D'où le srliema :

Ce »ch(»na est celui d'un KKafiJ. En recourant au parugraplie du Rhafif, on trouverait que sa véritable notation est ;

Vâ..'i..lk..ton Mot..tàf..'i..Ùa- Fà..'i..û..ton Autres exeniptea (Fakhri, éd. Ahiwardt, p. y):

Règle C ;

Nous avons deux brèves marquées de l'ictus sousfort. Il n'^ a pas lieu d'appliquer la règje D. Règle G :

Li L '„L' ' L

Règles fl,c,/.

— «•( 313 ).*^~ Division en groupes de la vaieur de huit brèves -.

yipi (jAeU- yJyti "(jWi^ Le vers est un fawîl.

Véritable mesure.

„Tp, ^Tuv, jûî„ Jû/.

Fahhji, p. 1 :

R^e C Exception 3° de cette règle :

Nous avons une brève marquée de l'ictus fort et une autre marquée de l'ictus sous-fort, et toutes

deux sont suivies du groupe ^ Donc (règle D),

nous effaçons les ictus de ces brèves et nous recommençons à placer les ictus :

Nous appliquons les règles n, c, d,f:

Noua vuupuns le schéma en groupes de la valeur e liiiil bi^vos :

(JaUii (JlcUJc* (JLcljUi Ia' viirs est un Kâmii

Véritable mesure-

takhri, p. i :

Règle C et exception i° :

Nous avons une brève inarquée de l'ictus fort et une auti'c marquée de Tictus sous-fort; mais elles ne sont pas suivies respectivement des groupes u - v. CoDséquemment, elles restent marquées de l'ictus.

Le schéma contient sept ictus. Donc (règle E), nous elTaçons te troisième ictus i partir du commencement, et nous recommençons à placer les ictus :

Nous appliquons la règle G :

' La dernière sjllabp rejle — parer (|ue rtiémisiiche si !Dce pai' lieux brèves.

^( 315 ).«— puis les règles a, h, e,f, i :

Le vers est un Monsari(i. Sa véritable mesure sera représentée par !es pieds ^^{^) (^J^mU* ^V^hjJL».

Fakhri, p. ii :

Règle C et exception i" et 2° :

Rè^es G, b, c,d,f,h:

Le vers est tm Baslt; véritable mesure :

Fakhri, p. fi i Règle C :

— «^ 316 )••*— Nous avons deux brèves suivies de « - ^ et marquées l'une de l'ictus fort, l'autre de l'ictus sous-fort. Donc (règle D), nous effaçons les ictus de ces brèves et recommençons à placer les ictus ;

Puis, nous appliquons les règles a,c, d,f,h : Le vers est un fVâfir. — Mesure réelle :

Fakkri, p. l^ :

Hèele G ;

En vertu de l'exception de la règle E, nous n' effaçons aucun des sept ictus de l'hémistiche.

D'après les rè^es G, a, c, g,k, nous obtenons le schéma définitif :

Le vers est un Motaqârib; véritable mesure :

— «•( 317 }.**- Fakhri, p. rv -.

^JlKiJ La i^iLu S^^

RMeC-

Règles G, c,d,/:

Pour la division en groupes de la valeur de huit brèves, il se présente ici une particularité. On est forcé de placer la première barre au milieu de la longue inaccentuée :

Mais il faut considérer la longue comme appartenant au second pied. Le vers est un Radjaz. En voirai la véritable mesure :

(fJuuLb* fjijiXm.* ^^Jdûû»

De même {Fakhri, p. 1} dans l'hémistiche ;

L^.t⣠tstSifiut «Los tjmJti

qui donne le schéma suivant, toutes règles appliquées :

' Lu dei'nière syllabe est notée — parce que rbémisticbe si commence par une syllabe Tennée faible.

— «.( 518 ).«-^ il faut, pour diviser, placer l'avant -dernière ban-e entre la longue et la brève marqua d'une étoile :

Ces singularités proviennent de ce que les règles pratiques ne fournissent pas la mesure véritable des hémistiches, mais une mesure factice. En effet, les barres indiquent la séparation des pieds et non les divisions rigoureuses de la mesure.

Les exemples que je viens de fournir suffiront pour montrer comment il faut procéder dans la détermination d'un mètre quiconque. J'aborde maintenant l'étude du rhythme des mots isolés, des rapports de l'ictus avec l'accent tonique, enfin, des modifications que subit le rhythme des mots dans leur rencontre, et de la manière dont, par leur rencontre , les mots ont donné naissance aux différents mètres.

LIVRl^ III.

D1I nttïTHMR DES MOTS EN AHARE.

s I . Rhythme des mots isolés.

J'ai démontré que dans les mots d'une langue il existe deux sortes d'accent, i'accent tonique et f accent d'intensité ou ictus , que l'ictus établit un rap- • port de quantité entre les syllabes d'un mot, rapport qui en constitue le rhythme, et j'ai donné k entendre que c'est la combinaison des différents [4iythmes de mots qui a donné naissance aux mètres

— «.( 319 )*^— arabes. Il nous faut donc à présent étudier le rhythme des mots isolés, et préalablement déterminer la position des ictus dans tous les mots de la langue arabe , car la position des ictus une fois connue, nous en déduirons facilement le rhythme et la mesure de chaque mot, d'après le principe établi précédemment que toute syllabe forte , c' est-a-dire frappée de l'ictus , vaut une longue , que toute syllabe faible (non frappée de l'ictus) unique dure moins d'une longue, et que plusieurs syllabes faibles consécutives se partagent la durée d'un temps faible , durée qui est d'une longue. S'il est vrai que les pieds arabes, symbolisés par des mots techniques, sont rhytbmés comme le seraient ces mêmes mots en tant que mots de la langue (et il n'en peut être autrement, puisque les noms techniques des pieds sont en même temps des formes grammaticales), le problème du rhythme des mots est évidemment résolu. Il sulT)t, pour déterminer le nombre et la position des ictus dans les mots, d'appliquer à chaque mot faccentuation du pied qui est formé d'un même nombre de syllabes semblablement disposées ^ D'après ce procédé, on parvient à

' Les pieds J>**, J-tLL., liJiU^ doivent nalureHemciit élrp considéréB cette Tois, en (ant que types de mots isolé», contmen'ajaiit point d'ictus sur la demifcre syllabe [J. ô]. On se souvient, eu effet, que l'ielus qui affecte cette syllabe est prosodique, c'est-à-dire engendré par la succession des mots dans le vers. Pris isolément, les pieds jytl, J^aLu, iÀXaLu, ainsi que les mots de même forme n'ont donc point d'ictus sur la dernière syllabe. Ils ne l'arijuièrent que lorsque dans la phrase ils sont Suivis d'un autre n çani par deux syilabrs mue-s et une qniescente.

«.( 320 )**— fixer le rfiythme de tous les mots de la langue arabe , et en comparant ces rhylhmes divers, à formuler les règles suivantes pour l'accentuation des mots.

Avant tout, on divisera très -exactement le mot dont on recherche l'accentuation en syllabes mues (une consonne et une voyelle) et en syllabes quiescentes (une consonne et im sokoùn]. Les lettres de prolongation K >i «^ comptent pour une syllabe quiescente. Après quoi on observera les règles que voici :

1° Les mots formés d'une seule syllabe mue, comme j, t>, J, etc., ne reçoivent pas d'ictus isolément. Aussi n'ont-ils pas d'individualité et s'attachent-ib toujours à un autre mot. Dès qu'ils se sont attachés à un autre mot, ils doivent en être considérés comme partie intégrante.

3° Les mots formés de deux syllabes mues , comme ^, JJ, ou d'une mue et d'une quiescente, comme (j*. l*> Jl (l'article), reçoivent l'ictus fort sur la première syllabe : kowa, laka, min, ma, al.

3' Les mots formés de deux syllabes mues et d'une quiescente, comme l^, JISJ, tCc, ^yÂ*, ou de deux mues et de deux quiescentes, comme Jît, reçoivent l'ictus sur la pénultième : kama , lakom , ghata\ madka, 'a<}alL Cette prononciation des verbes dq

— «■( 321 ).«-genre de Ij» et de (JàU et des mots constitués semblablement règne encore A la Mecque et chez les Bédouins de l'Arabie. Burckhardt constate qu'ils a appuient sur ta dernière syllabe des mots qui en ont deux (lisez : qui ont une syllabe ouverte suivie d'une syllabe fermée , c'est-à-dire deux mues et une quiescente) ; ainsi ils disent z^ksh, làfàr, lâbêm, màtâr, sâbî, etc. ^. » Cette remarque importante vérifie mes conclusions, car les mots cités par Burckhardt ont la pénultième brève quand ils sont prononcés avec les désinences casuelles , parce qu'alors ils ont f ictus sur la première syllabe (zahàbo, sajàro, etc.). Aussitôt que la voyelle finale dbparaît, l'ictus passe sur la seconde syllabe mue et en allonge la voyelle comme le note Burckhardt et comme je le démontre théoriquement.

Mots de trois syllabes terminés par une mue.

Mots de quatre syllabes et au'dessus.

6° Dans les mots de ce genre terminés par une syllabe mue, l'ictus fort se place sur l'antépénultième, ou, si l'antépénultième est quiescente, sur la quatrième syllabe avant la fin. Exemples : 44" dharaba , *-S [=!!!£) thomma, Ljy^. yadhribo , S}ji^ yaqoalo.

' Cf. les Voyages de BiirtkhaTdt en Arabie, Irad. Ejriès, t. II. J, Aï, Elirait n" b. l>B^b.) îi

— «^ 322 }*4— 5° Quand le mot terminB par une syllabe mue a cinq syllabes ou plus, on manjue l'ictus soas-Jort sur rantépénultième ou, si elle est quiescente, sur la quatrième syllabe avant la fin; puis on traite la syllabe marquée de l'ictus sous-fort comme syllabe finale d'un nouveau mot et ion place l'ictus fort sur l'antëpënultième de ce nouveau mot, ou, si l'antépénultième est elle-même quîescente, sur la syllabe mue qui précède. Exemples : mj^fodhala'o, Q^iJH^ yaâhnhoana, (j^^ifô, dharabtonna.

Remarifae. Pour que le mot ait deux ictus, il faut que l'ictus sous-fort soit précédé d'au moins deux Aj^labes. Ainsi le mot de cinq syllabes JjU* n'a qu'un ictus fort : mana'zilo, parce que la syllabe na n'étant précédée que d'une seule syllabe, la règle 5 ne lui est pas applicable.

6" Dans les mots terminés par une quiescente (ou par deux quiescentes, dans la pause), on fait abstraction de là quiescente fmale ou des deux quiescentes finales , et on place l'ictus/ort d'après la règje It .

■j" Dans ces mêmes mots, l'ictus soas-Jort se place sur la mue qui précède immédiatement la quiescente ou les quiescentes finales susdites. Exemptes pour illustrer les règles 6° et 7° : iJC» {=J-4-Ït-» ^^fl-

—«.( 323 )*^— rabahou), f*iyv dkarabtom, aLmui (^^^jjxX.w^maf'dfuton), ^^^ hotobiyy.

8° Quand, après avoir appliqué ces règles, on Irouve que l'ictus ^rt est précédé de (rois syllabes, fl faut transporter l'ictus fort sur celle des trob syllabes qui recevrait un ictus en admettant que les trois dites syllabes formassent un mot isolé. Exemple : lxU&i3 tafadhdhaltom , en vertu des règles 6" et 7°; mais la syllabe df^a qui porte l'ictus fort est précédée de trois syllabes *ai3 (deux, mues et une quiescente); l'ictus fort passe sur la syllabe i qyti le recevrait, d'après la règle 3 , si jàJu était un mot isolé. On a donc tafadhdhaltom. Autre exemple : mULl* donne d'abord monafaqaton , puis, en appliquant la règle 8°, monafa^aton.

9° Quand, après avoir appliqué cette dernière r^e, on trouve que l'ictus sous-fort est précédé de trois syllabes , dont la première n'est pas quiescente , il faut transférer l'ictus sous-fort sur celle des trois syllabes qui recevrait un ictus, si les trois dites syllabes formaient un mot isolé. Exemple : <1>L»J»L£ donne, en vertu des règles 6° et 7°, 'aqibaton; puis, d'après la rè^e 8*, 'aqibaton; enfin , d'après la règle 9", 'aqibaton. En effet, la syllabe X est précédée de trois

— «.( 32(1 )♦♦— hvllattes Uj», (lonl la [ircmitTe nVsl pas quiescente, cl si L^i nvnit fomiG un mot isolé, il aurait reçu l'irliis Mir In syllnho i.

Remanfae. Ces règles s'appliquent indistinctement A lou.s 1rs mots de la langue arabe'. Sont traités ('(Hiiiiie mois simples deux mots fondus ensemble. Ai,,,! \^ (l» + 4^), J^y+Jy^). Jijl'jjl J^^ + } doivent être accentues conformément aux W-ftlcs C* et y', ^karabaha, manziti, arradjoto^. H en est de mf'me des mots réunis par un wesla. Ainsi

' y.Wn s'ap|Ji<|iien( naturcUemeat lussi à tous les noms tecbni[|ues dei pimis. Il fanl observer ï re propos que, lesvariintei jyi, Jn.ji.i« ot g.Ulij éipiivabnlrespci:livement<laD»levenà- JjJt*. - J>±£Lju cl ; «JUUa. c'csl »ou3 celte dernière Torme qu'on doit en chercher racrcnlualion.

' En ce qui tonceme l'article et certaine» préFormantea, il j a doute sur !■ nature de l'ictus qui les frappe. Comme ce saut des syllabe* adventices, il semble qu'on devrait les marquer de Tictus sous- Torl, quti jA.jtt et JÀijj, par cieiuplc, devraient être accentués airadjeio, jralafaJkMato et non arràdjah, yatajadhdhalo. D'autre part, cette demiëre acceoluallon a pour elle l'analogie de toutes les autres formes de la langue. Je ne m'arrêterai pas k débattre cette question, parce que la position relative des ictus forts et des ictus

arradjoio serait • • H • • • , en notation métrique -u n i — u u I ; cdte de atradjolo est J • H # J J 1 , en notation métrique I -u n — u u I : on voit que la diflerence est insignifiante. Pour uniformiser la transcription métrique des mots, je placerai toujours , de propos délibéré. Tictns fort avant l'ictus sous-fort.

-«.( 325 )»^ «yul fj» 9 pour accentuation minibnihi, M\ JU qalallako, etc. Toutefois, si les deux mots réunis de ia sorte forment une suite par trop longue de syllabes, le groupe se décompose dans la prononciation en plusieurs tronçons, qui constituent chacun un mot artificiel. L'article, dans ce cas, fait corps avec le mot précédent. Par exemple, •XwVi i^^ se coupe en ra<]abatol et asadi'. •

10° Si, lorsqu'on a appliqué les règles 8° et 9°, il reste dans un mot quatre syllabes à la suite de 1 ictus soas-fort , ces quatre syllabes, devant tenir dans un temps faible , n'auront qu'une médiocre sonorité. Veut-on les faire entendre distinctement, il faut, de toute nécessité, décomposer le mot en deux tronçons formant chacun un mot artificiel qu'on accentue séparément. Par exemple , le participe féminin ■'^■'" est accentué mostaijiUaton , d'après les règles 8° et 9°. Mais on sent que, les syllabes llalon=^t'..la..lo..n' remplissant un temps faible, il devient presque impossible de faire entendre distinctement la terminaison. Aussi disparaît -elle en quelque sorte dans la prononciation. Pour lui donner de la netteté, il faut

' Quan<l le discours eal Irès-rapide , il peiiL arriver que l'iclua ilu dernier mot soit supprimé : ra(iabatota>adi.

— **.( 326 )**— absolument couper ie mot en deux parties, juum^ci ii, qu'on accentue séparément : mostaqil et laton. C'est toujours ce qui a lieu en poésie'.

' Je ne cooMcre qu'une note à i'accenl tonique parce que cet accent, qu'il coïncide ou non aiec rictus , n'eierce pu JlnfloeDce sur )■ meiuredesinott. D'ailleurs iei renAelgnemeotA préci» nous manquent sur ce point, aucun de ceux qui ont traité de l'accent tonique en arabe ne connaiMant l'eiiatence de l'accent d'intensité ou ictus. Il est cei-tain, par exemple, ^e M. Lane, dans son travail sur l'accentuation dei mots aral>es [Zeitichrifi dtr dealtchm morgenlânduchen Gesellickafiit. IV. p. i83 et suir.), confond l'accent tonique avecriclus quand il nous dit que i^aStij' ^ ''^'^ accents (onif a£t aigus mârîâa- Ifiana. D'après mes r^glei. ce mot a l'ictus fort sur la syllabe loa et rictus sous-fori sur la syllabe fnu. On voit que les deux derniers accents aigns de M. I>anc doivent représenter des ictus. Quant à l'accent marqué par M. Lane sur la première syllabe, je crois que c'est un véritable accent tonique aigu , et qu'il faut le noter. Le mol précité a donc pour transcription màrzoaqoana. Ou, peut-être, la voii après s'être abaissée sur la syllabe iob se relëve-t-cUe sur la syllabe suivante : màrz6uq6ana. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, la moduiali'on des accents toniques n'affecte en rien Ip position des ictus. — Xaîpersonnellenaentobïervé qu'en arabe, lorsque l'accent Ionique aigu ne coïncide pas avec un ictus , il frappe toute syllabe susceptible de recevoir un ictus à un moment donné. Ainsi, le mot ^jj», quand il est p^cédé de l'article, reçiit l'ictus fort et l'accent tonique aigu sur la syllabe composée mar : abnâridaqo. Au pluriel u>%>J7*< l'ictus fort passe «or la syllabe lou, mais la syllabe mar conserve l'intonation aiguë. De même dans les finmes telles que ujJbLia/, JSLLu yalaifaialouna , mobu/adlon, une intonation a^ë affecte les syllabes jNi et nu : jrétaqatatcuaa, màlaijatilcR, syllabes qui reçoivent l'ictus dans certains cas, par exem[de, au singulier J^Ctc^t .^'ofo'ol* et au

s a. Mesure des mots. -

La mesure des mots s'obtiendra tout aussi aisément que celle des pieds, puisque nous connaissons maintenant la plade des ictus. Toute syllabe frappée

nomioatir. clélerminé J-sLLiII alinélagatito. Dans les verbes qui ont pour troisième radicale un j ou un (£, la première raclicale a l'accent loniqtie aigu , parce que la forme primitive avait l'ictus sur cette syllabe. Exemple : màdka {'i^ihA, ancieaQcment mÀdhaya), ghàza Ipout ghàiatai]. Cette intonation persiste dans les forme» dérivées : uujidl"' ((*'^'^')> ^'" "^ retrouve sur la syllabe qui remplace par métathèse la première radicale : iqlàdlia (^jAiSI). Même remarque à faire pour les noms altérés, comme ^r^' parla disparition de la vojelte Unale. Ainsi yai a l'accent aigu sur ma, tandis qae l'ictus a passé sur la seconde syllabe : màtar. En arabe classique, on prononçait niittaron.Paranalogie, tout mot Tonné comms^yikf ou ^u, c'està-dire formé d'une syllabe ouverte suivie d'une syllabe fermée, a l'intonation aiguë sur la syllabe simple, fictus sur la syllabe composée. Exemple : lina C-it), làkom ((iJ). Enfin dans uu mot tel que 1^^, deux syllabes reçoivent une intonation aiguë, la syllabe schar, comme étant susceptiUe de prendre l'ictus à un moment donné, et la syliibe fa, comme constituant avec la syllabe composée suivante un complète analogue à ^^A^t . Jl) , etc. Donc i^ja doit être transcrit icfcirra/îiini (pour les ictus, voy. règles 6 et 7), J'ajouterai que la syllabe qui porte l'icms sous-fort paraît en même temps être prononcée tanidt avec une intonation aiguË, tantôt avec une intonation grave, tanlAl sans intonation distincte, c'est-k-dire avec la même intonalion que la syllabe précédente. Exemples : du premier cas, ràifahàlon («aL^s; M. Lane accentue ràliabàton); du

■ '^t^ 328 )*<— de l'ictus a la diirét- d'une longue , toute syllabe faible isolée la durée d'une demi-longue; plusieurs syllabes faibles consécutives se partagent la durée du temps faible qu'elles remplissent, c'est à savoir la durée d'une longue. Toute syllabe portant l'ictus et fermée par une consonne forte a la durée totale d'une longue et demie, quand elle est suivie d'une autre syllabe accentuée, et elle est séparée de cette dernière par un silence de la durée d'une demi-longue; au con-

ileiuièDMCu. kàmri'v (Mj^, Lauv: kàm-ri), hàlabàa {\f^^, Laae : kàlaliia]; du Irouiéme cas, raliàbaton (i^lj, Lane: rakàbaton). En ce i|ui concerne ce dernier cas, il est clair que l'inlonation de- Ion ne !>« distingue paide celle de la sjillabe ba: autrement H. Lane l'aurait

Cei tiemplcs suffiseul u monlrer qu'il reste fort à faire pour élucider la quesltcui de l'acrenl tonique. Elle ne le sera définitivement que lorsqu'on aura noté le son musical qui accompagne chaque syllabe d'un moti car il ne faut pai perdre de vue que toute syllabe a rorcément un (on particulier. Mes observations personnelles m'ont amené k la conrlusion qu'il peut exister dans les mois plusieurs accrnts toniques aigus de diCTérenle hauteur, plusieurs acceols graves variant auuî entre eux par rdéralion. et enGn plusieurs accents indifférents, c'est-à-dire des sons consécutifs ne variant point entre «ui par la hauteur. Je reviendrai là-dessus qudque jour.

Cette note est déjà bien étendue. Je demande néanmoins la permission d'ajouter qnelques mota encore. Mon savant ami, M. E. H. Palmer, professeur i l'Université de Cambridge, qui parle l'arabe avec une rare perfection . et qui a reconnu que ma aolalion représente exactement le rhythme des mttres arabes, m'a appris que lorsque les Arabes récitent des vers ils le (ont sur une sorte de mélopée, formée d'une succession d'accents toniques alternativement graves el aif^us, et, chose curieuse, c'est souvent sur les syllabes faibles que se font entendre les sons les plus élevés. Par exemple, dans un hémistiche de Baiil les sont aigus accompagnent les syllabes faibles des [lieds Moslafilon el Fa'ilon, les sons graves les svllnbes

■->■•.[ 329 )t^~' traire, toute syllubc forte fennce par une lettre du [irolongation a une durée totale de deux longues devant une autre syllabe forte (cf. Iej*de j^jjU, par exemple); à la fin dun mot, elle peut durer à volonté soit une longue et demie soit une longue double, car elle est placée dans la pause. Toute syllabe mue frappée de l'ictus et immédiatement suivie d'une autre syllabe mue doit être séparée dans la mesure par un silence égal à une demi-longue, pourvu que le mot ait doux ictus'. Quand un mot n'a qu'un ictus, sa mesure est à deux temps : un temps fort et un temps faible. Quand le mot a deux ictus , sa mesure est iV

fortei. Voici comment js note approiimativenieiit k cbant du Dailt (l'aprÏB ta déctamatioti du M. E. H. Palmer [je ne donne pas le véritable ton, mais seulement lea inlcrvallei reapeclifs, en lupposanl que le Ion soit celui d'ul mineur) :

|,jiJ | J.J'J,,|jJj^J' |f^hf^^||

Moi..taf..'i..lm- Fa..'i..làn Mo$..taf..'i..lÔH-Fa..'i..lôn-

Au contraire, dana le Tatclt, pluaieura ayllabes fortei'ont la son le plus élevé.

je regrette que l'abaence d'inatrumenta précia no m'ait pas pcrmï* de noter lea iiilonationa rédlea de loua lea jjenrei de mètres. Celle* du Baitt m'ont paru ae rapproclior beaucoup d'un ciiant proprement dit. C'eit pourquoi j'ai tonte de lea reproduira.

' Dans les nioti qui n'ont qu'un ictus, comme ^jt, u. le silence vient plua praboblement en dernier :

quatre temps, deux temps forts dtemant avec deux temps faibles.

Ces règles permettant à chacun de déterminer facilement la mesure d'un mot quelconque de la langue arabe, je me contenterai d'en montrer l'application sur un très-petit nombre d'exemples.

«^ kalaha {ré^e 4) I - » » I

ô4^ katmbàt (règles 6 et 7) I U v ^ ^ I

■--3îK Jtafafrfo (règle A) u I -» » i

\^ kLtalHi [rè^ 6 et j) l^«'^^l ou |!«„L|

tjî^ Aatoidlo (idem) u|y^ukl^|ouulJ^ ui;^-. t

1^3 katablomà (idem) ^l'-uu^»! ouw|L^'__|

jn^ katabUim (idem) u I -u r> k> 1 I

. i-<Jo kaliboH (idem) I -u i> k/ n I

i^ kalibatôn (idem) I U o ^ » I

t. j'^'^* makiouhoa (idem) | ^ ^j „ |

iùwJw* mabfoniatoR (idem) — I -v u k/ n |

^ RiM (règle a) \ -vnl

U ma (idem) I -w » 1 ou | .^-^ I

JDÎ3 tiufaltaU (règle 4) u i ^TT^ |

—**i 331 )♦. — siîfa (açaHala(rè^36et7)„|'vwkj„| ou o | '-v ^ L^ ! etc., etc.

Observation. I) a été dit plus haut que, lorsque deux mots se fondent ensemble, le nouveau groupe est traité comme un mot simple. En conséquence , tandis que fîv^^, par exemple, a pour accentuation fadbdhaliom (règles 6 et 7), et pour mesure I -u n '-u ri I , lAJuli^ a pour accentuation vx^adkdhaltom (règle 8) et pour mesure « 1 -CTtl'-u ,% | , en supprimant le triolet ^, I — 'm n I . De même , le participe »t-Xj^ est accentué monfaridon et sa mesure est

- I J^ « k^ n I . Mais dès qu'il s'adjoint la Conjonction ), par exemple, le nouveau groupe change d'accentuation et par suite de mesure , wamoafaridon ( règ^e 8 ) ,

mesure « | -v ^ ^ ^ -^ 1 , en supprimant le triolet, u I — u u ^ ri I . Il faut ajouter cependant que les participes de la Vir forme et ceux de la VIU', précédés de ^ ou d'une autre particule, admettent encore, ainsi que les mots de même mesure, une autre prononciation. Dans bJUji, il se produit un silence après la syllabe /a. Or, si Von compte ce silence pour ane syllabe, dès que la conjonction j ou toute autre particule de ce genre précède le mot, on doH accentuer

-.rt.( 332 )•**— \o groupe wamonfa-ridon (règles 8 et g), puis, conromivment k la rbgie i o, il faut couper ce groupe en deux parties et les accentuer séparément , ce qui nous donne finalement wamonfa- et ridon. En poésie, les deux accentuations wamotifaridon et wamonfa-, ridon sont autorisées ; le choix dépend du mouvement du nittre.

S 3. De quelques problèmes de l'accentuation.

Si l'on voulait étudier dans tous leurs détaib les questions d'origine relatives à l'accentuation arabe [l'accentuation par l'ictus], il faudrait écrire toute une dissertation, et le présent travail est déjà trop étendu pour qu'il me soit permis de l'allonger encore. D'autre part, je n'ai pas encore d'idées bien arrêtées sur plusieurs de ces questions. Je me contenterai donc pour le moment d'appeler l'attention sur les points qui mériteraient un sérieux examen.

L'ictus, dans l'arabe classique, obéit exclusivement, comme on a pu le voir par les règles que j'ai formulées, à des lois d'harmonie. Il se déplace avec la plus grande facilité toutes les fois que les conditions du mot qu'il affecte sont changées. Ainsi, dans le prétérit 4*1^, l'ictus est placé sur la première syllabe; il passe sur la seconde syllabe dès qu'on ajoute au mot soit une , soit deux articulations, uu^o katahto , L4^ }iatabata. Néanmoins, il est resté des traces d'ictus

--**.{ 333 ]<•*— s'étant conformés à des lois autres que celles qui les régissent dans la langue constituée. Nous retrouvons ces traces dans le verbe , à l'aoriste , et dans certaines formations nominales. Pour parler de l'aoriste, Ja5^ , u^JCj, (-w^I, tf^i£-i, il est manifeste que les préfixes ya,ta,'a, no ont dû , quand ils étaient isolés , posséder un ictus fort, lequel a persisté même après que ces pronoms se furent fixés en avant du thème de l'aoriste. Il est reconnu , en effet , que le verbe arabe est formé de thèmes nominaux, auxquels se sont joints tantôt des préfixes et tantôt des suflixes pronominaux. Ces thèmes se présentent sous trois formes pour la première conjugaison : jii, jii, J*», formes qui se retrouvent aussi bien dans le verbe , au prétérit et à l'aoriste, que dans le nom (substantifs et adjectifs). Un aoriste comme ù^iSi> est donc constitué d'un thème i^ et d'un préfixe ï, et si f ictus de ce dernier ne l'avait emporté sur celui de vio, nous aurions eu JkJC,) yakatoho et non t^^iS^ yaktobo, qui présente l'assourdissement de la première voyelle radicale en conséquence de son afïàiblissement. De même , dans le nom , quelques formes sont accentuées fortement sur le préfixe : J*ïi , jiï* , Jjwt , etc. , qui nous offrent aussi un assourdissement de la voyelle , autrefois sonore, de la première radicale. Il y eut donc une période, la période de formation, pendant

■—**{ 334 )•»-laquelle l'ictus n'obéissait pas encore à la loi en vertu de laquelle si quatre syllabes sonores viennent à se suivre, on accentue fortement la seconde [et non ia premij>re); effectivement, une forme telle que «,m2£^ se prononcerait^)l:afo(o, en arabe classique, non pas yakatobo ' ,

L'ictus a souvent consommé l'obscurcissement de la voyelle qui le suivait, et parfois de celle qui le précédait; mais dans les formes où il est très mobile , son action sur les voyelles suivantes est restée presque nulle. Je m'explique. Au prétérit, l'ictus fort change de place suivant la personne : on dit kataba, mais katobto; tailaboû, mais katabtom; l'habitude de prononcer ainsi fréquemment la seconde syllabe de la racine avec un ictus fit qu'on conserva son timbre à la voyelle de ia seconde syllabe , alors même qu'elle devenait faible comme dans kataba, katabaû. Réciproquement, la voyelle faible de la première syllabe de katttbto et des formes accentuées sur la seconde conserva sa sonorité, parce que cette première sy\-

' L'ictui deapréfiies l'a eaiportédevantlroM j^^obei ;hu coulrsire, il a eu le detiou» devant le» mots de quatre lyllabei : sinti les préfiiea ,t. 3, I, etc., sont faibles dans lei conjugaisons dérîvérs : 4âCj. vj'lJsî [yokiaiibo, yakàtibo), parce que v^, ^^^ ne composent d« quatre articulations.

— «.( 335 )•«— labe était très-souvent émise avec un ictus. A i' aoriste , au contraire, l'ictus fort reste toujours fixé sur le préfixe, quelle que soit la personne; de là vient que la voyelle de la syllabe suivante a fini par s'assourdir complètement.

J'ai cité plus haut les thèmes nominaux des formes jii, JJti, J**. Ces thèmes se présentent à nous avec une double accentuation : tantôt ils ont l'ictus fort sur la première radicale, et alors ils sont orthographiés comme ci-dessus ; tantôt ils l'ont sur la seconde radicale , et alors ils s'orthographient JLm , Jyù , Jaw. Comment rendre compte de ce déplacement de l'ictus ? Faut-il y voir une intention de différencier des formes primitivement confondues? J'avoue que je n'oserais me prononcer catégoriquement ici. La seule chose qui me paraisse certaine, c'est que la fixation de l'ictus fort sur la seconde syllabe, dans JUi, Jf)ti et Ji*«, ne doit pas être attribuée à un changement d'équilibre survenu dans le mot. Voici les raisons sur lesquelles je m'appuie. Dans les formes précitées, la présence de l'ictus a amené un dédoublement de la voyelle forte, dédoublement représenté par les lettres de prolongation I , j et j^. Or ce dédoublement n'a eu lieu que parce que l^rhythme l'exigeait, que parce qu'il manquait une syllabe à la mesure {cf. Introdaction , p. 3o). Par conséquent, on ne peut supposer que ce soit l'addition de nouvelles syllabes, d'un suffixe par exemple, qui ait amené ce déplacement de l'ictus. Il y a là une autre cause, qui

—«.( 336 )*4— nuus est inconnue; mais, quoi quil en soit, la position de l'ictus fort dans Jlû, J^ et Jajù date évidemment de la période de formation. J'espère soumettre un jour à une étude approfondie ces points et quelques autres encore, comme la question de savoir pourquoi et dans quelles conditions certaines syllabes fortes se sont affaiblies graduellement, en arabe classique. Il est indubitable, par exemple, que les pronoms !P et I^ ont eu à l'origine la forme U3^' oP* [iiomoâna, komoâna), puis sont devenus y^ (i?), P» {f^)> 3vec l'ictus sur la même syllabe : homoù , komoû (ces formes sont fréquentes en poésie ) , et enfin, l'ictus ayant passé sur la première syllabe, se sont changés en !? et en i^ {hom. kom). Il faudrait rechercher comment s'est opéré le transfert de l'ictus. Les désinences casuelles déterminées -, -, me paraissent être dans le même cas : eUes ont eu anciennement un ictus. J'en vois une preuve dans certaines règles de la pause. On sait qu'à la fin d'un vers ces désinences sont virtuellement ou effectivement suivies d'une quiescente , et équivalent alors à j^t I^, t£-; qu'au contraire, dans la pause du langage ordinaire elles sont remplacées par un sokoân. N'en faut-il pas conclure qu'anciennement les désinences casuelles déterminées possédaient un ictus , et que cet

-■■«.[ 337 ).M— ictus a peu à peu disparu, d'où l'abrègement qu "on observe dans lesdites désinences ? I! serait du plus haut intérêt de découvrir la cause- d'un semblable eflfacement^.

S A- Comment les mots se réunissent pour former les mètres. Modifications d'accentuation et de rli^thme qui en résultent pour les mots.

Je suis déjà parvenu à cette conclusion, dans la première partie de ce travail, que le rhythme des mètres a pour origine le rhythme des mots. li me reste, pour terminer, à établir ce point avec quelque détail.

Prenons le premier hémistiche de la Mo'allaqah d'Imro'olqaïs : Jy*^ >■«**»- (Sj^i jj* til^i Uï , dont le mètre est un Tawil.et accentuons-en séparément les mots, d'après les règles posées plus haut; nous obtenons la succession que voici :

qifa nabki min xikru habibin wamanzili^

Telle que nous la donnons, cette succession ne

' Une aulre preuve qu'anciennement les désioencea casuelles avaient l'ictua et étaient longues , c'est que tlans quelques mots trèscourts dits se présentent à nous douées de la longueur et de l'intensité i ces mots sont: jjî, ^^t, tjî, jX.Ï, *', iXt, j'j, isà, iS. j*, i. U et quelques autres. On observera que, vu le petit nombre desyllabes dont ils se composent , ces mots ont fictiufoH sur la {lésinraice. Telle est sans doute la cause qui a empêché la désinence île s'abréger.

' Jjiji est pour Jy^ ^ JU-*.

J.As, Extrait n=5. (1870.) -i-x

—**>{ 3S8 )**-- reproduit nullement la mesure du faw'd; mais puur qu'elle l'engendre, il suffit de changer l'ictus fort de nahki en ictus sous-fort et de supprimer l'ictus fort de zihra, lequel, on t'observera, marque une syllabe composée placée entre deux autres syllabes de même nature, également pourvues d'un ictus. En effet , dans la phrase ainsi modifiée :

tfifa mhki min xikra htd>ibin leamanziU

la succession des ictus est celte d'un Tawîl.

Le premier vers du Hamâsah est un Basît : yJ fj^) fiJi-m^* yi tp^ <J* *^=**^- Accentués isolément, les mots qui composent cet hémistiche se présentent à nous sous cet aspect ■.

law konlo min maùaia lam taitabi^ ibili

Que faut-il faire pour que cette série d'ictus produise un Basil ? Supprimer l'ictus de law et celui de lam (lequel se trouve entre deux autres, comme plus haut l'ictus fort de zikra) , et changer l'ictus fort de min en ictus sous-fort :

lav Imnto min maziniH lum tattabih ibiU Mia..tafi....hM Fa^iim Mot.Mf'iUm Fa'ilm

La deuxième pièce de vers du Hamâsah , qui commence à la page 9 , p^JîJI LJLj^ Jjbb ^ ^j-c L^mc ^l^t , est sur le mètre Hazadj. Accentuons sépa-

— rt.( 339 ]•**— rément chaque mot du vers cité, nous obtenons d'abord :

sajuhna 'an baia zokUn maijobiaiijawmo ikhwanoit '

Puis , supprimons l'ictus sous-fort de safahna , l'ictus fort de zohlin (on remarquera qu'ils sont respectivement placés entre deux autres syllabes composées fortes) et changeons l'ictus fort de 'on en ictus sousfort, cela nous donne : safahna an bani zohlin ^ Mafaîlôn Mafâmn , waqolnalqawmo = Mafaïlon plus une syllabe brève. Or, comme viaqolnalqaw &e trouve former un mot artificiel complet, de la mesure Mafaîton, la syllabe finale mo se détache du groupe •yUI Uliï; et va se fixer au commencement du mot suivant yljÂ.t. Le nouveau groupe ^Ij^j^C devra donc être accentué, conformément à nos règles, moikh,w(mou = Mafaïlon, et nous aurons un Hazadj complet.

La troisième pièce de vers du Hamâsah [p. i a ) est sur le mètre fVâfir, et débute par cet hémistiche : (fUf vuSSj* Uj (jw^ tisà^ , que je transcris d'abord en accentuant chaque mot séparément ;

faiat nafsi wama mahikat yamini

' Les «leiii: mol» LiS^ et a^l s'altachuut par le vesla e( ne formetil plus qu'un seul mot; de là l' accentua tioii que je donne a» grou|ie. — Ikhviaiioa est puni' pl>À.I ^i^f^I.

— «.( 3flO )^~ .

Pour que la série des ictus donne naissance à un If'iyir, il suffit d'enlever l'ictus fort de nafsi (il est placé entre deux syllabes composées fortes) et celui (le malakal. Nous avons alors :

fadal nafti trama malaAat yamùù ' Moja.'altfM Mofâ...'alatanMofaaeton

A la page a 8 du Hamâsah, nous trouvons un morceau commençant par lliémisticbe v^-y^ «xiUj tAâlJo M^ J4^, sur te mètre Kâmil. La transcription en est, si l'on accentue les mots séparément :

walaqad ichahtdtolkkayla ymoma tiradiha

Pour que les ictus de ces mots, par leur succession, engendrent un Kâniil, il faut supprimer l'ictus fort de waUufad, transformer i'ictus sous-fort du même mot en ictus fort, et modifier de proche en proche les ictus des mots suivants de manière que les ictus forts alternent avec les sous-forts :

valaqad ichahidtoîkhafla yaama liradika Mob^â..,....'ihnMotfà.'t.Mm Mû.tafi'iiott Ham. p. 9,1. j, nous trouvons un hémistiche de Ramai : LCJU (g^ ij^) M. Chaque mot étant accentué séparément , nous obtenons :

abligliin - No'mana minni ma'hkoD'

' Kamini se prononce, naturellement, yamaitS [d'après la transcription (jue j'ai adoptée : yamiiertC).

> Le premier mot devrait é[re accentué ebliifh: mais comme i) se

Et si, maintenunt, nuus supprimons l'ictus foit de No'niaaa et l'ictus sous-fort de minni (ces ictus sont respectivement placés entre deux syllabes composées fortes], si, de plus, nous changeons l'ictus sous-fort de No'mana en ictus fort et inversement l'ictus fort de minni en ictus sous-furt, la succession denent :

abUgkm — No'mana miani nta'hkan

Fff'dâton F^ilâtoa Fâ'itoH

Ham. p. 11,1. > 5 , l'hémistiche o»^' A^\ ^^jLiJI tuuùAÂ est sur le mètre Radjaz. L'accentuation des mots isolés est comme il suit i

a^hJiaribiaal-hama fô^w— Uaj'fUu'oA

et cette succession engendre la mesure du Badjaz, pourvu qu'on change l'ictus fort de taiflal en ictus sous-fort et qu'on supprime son ictus sous-fort (qui est placé entre deux syllabes composées fortes).

Ham. p. hO; 1. 3 , hémistiche de &iri' : Ua <jl Jàil iAjljm\). Pour que l'accentuation des mots isolés :

OB^or lia kàffin tBoairanAa '

engendre la mesure voidue, il faut supprimer l'ictus

trouve placé deviPt l'éliT weal^ de l'article, il se chaoge ea aUigki, el rarikie j'atlacLe i lui (r^e g, remarque); d'où le DOuieiu mol ahlijiùn, lequel se ctraromie. pour les irlus. aux rt^^es 6 et 7. ' Le dernier d>o4 est accenliié coofannéinetil k la règle 10.

— *^ 542 )*< — fort de onzor et celui de/cti^ (qui est entre deux syllabes composées fortes), puis modifier les autres ictus de telle sorte que les ictus forts alternent avec les ictus sous-forts. On a alors :

onzor lia kaffin tBoairaroha

dont la mesure est bien :

Moftâfiiôâ Mostâfitôa {Mos)lâJ'-iha Ham. p. 358, 1. i3, hémistiche de Monsarih :

waarya^iyyan 'adkian wadka khofatin

Pour faire de cette succession un véritable Monaari^, il faut eHàcer l'ictus fort de 'adkban, changer son ictus sous^fort en ictus fort et l'ictus fort de wadka en ictus sous-fort :

ysaaryakiyyan 'adhbàn leadha kkosaUn

Mtut^ildton M(atâf...'i...l6ii[litot)tâfilôn

Ham. p. 532, 1. i3, hémistiche de Khajîf : ^1

• ayyo ^ayichin 'ayschi iza konlo miikou

En supprimant l'ictus sous-fort de 'oyschin , l'ictus fort de 'ayschi (ils se trouvent entre deux syllabes composées fortes), l'ictus sous-fort de ininhoa^, puis

' Il eut bon d'observer que le necond hémialirhe de c« vnrs coin-

--rt.( au 3 )*»—

en translbrinant i'ictus fort de '(^schin en ictus sousfort et faisant, des ictus qui restent, alternativement des ictus forts et des ictus sous-forts, on obtient un véritable Khafif :

ayyo 'ayschiii 'ayscki iza konto minhou

c'est-à-dire :

Fâ^ilâloa Mostâf'iha Fd'itâlon

Ham. p. 9 I , hémistiche de Motaqârib : ^^iLsIj

'àjU.^ u-î$; :

waaghmadohonna^ rowoaiol-moloaki^

Pour faire un véritable Mota(fârib de cette suite de mots , il faut marquer ta syllabe n« de honna d'un iclus sous-fort. On a bien, alors, la mesure ^-Liû

De prime abord, il semble que toutes ces modilications que nous devons faire subir à l'accentuation des mots isolés pour obtenir le rhythme de chaque mètre, que ces modifications, dis-je, sont bien arbitraires. Nous supprimons des ictus, nous en ajoutons, nous changeons des ictus forts en ictus sous-

mence par nae syllabe frappée de l'ictus, de swte que le Aou de nùnhoa est ea réalilé situé cotre deux syllabes foiles.

' Accentué conformément à la règle lO.

' <dfii,\ se prononce JjJXI et doit être accentué conformément à cutte orthographe. Son article s'altaclic au mot précédent , d'après la ivinnriyue de la règle g.

forts et réciproquement, Mab si l'on rapproche et compare les exemptes fournis plus haut (et tout autre exemple pris au hasard nous conduirait aux mêmes résultats), on observe que ces changements obéissent k des lois générales :

1° L'ictus d'une syllabe composée tombe quand cette syllabe est placée entre deux autres syllabes de même nature pourvues chacune d'un ictus' (voy. le Tawîl , te Basd , le Hazadj , le fV^, le Kâmil, etc. ) ; au contraire, les ictus de deux syllabes fortes consécutives persistent au milieu du vers.

a* Deux syllabes composées placées entre deux autres syllabes composées fortes ne conservent l'ictus ni l'une ni l'autre (cf. les exemples de Monsarik et de Khafif).

3* Si deux syllabes composées commencent un vers, la première perd son ictus (cf. les exemples de Bastt et de Radjaz^).

' Pour que les ictus de trois syllabes fortes consécutives persistassent, la mc.ture exigerait qu'un silence intervînt entre chacune de ces syllabes, ce qui ralentirait considérablement le débit. C'est, à coup sûr, afin d'éviter ce ralentissement que les Arabes supprimaient d'inslinct le second iclus. A la fin du vers, par contre, ils conservaient souvent trois syllabes fortes consécutives, parce qu'alors le ralenliasement du débit était propre à marquer la pause.

* Sauf dans le cas oh une syllabe brève est aous-entendiie, au commencement du vers; car cette syllabe, bien que prononcée intérieurement, n'en fait pas moins partie du vers. Ainsi, dans ie Tavtit et dans le Molaqârib , il peut arriver que le i du premier ^J^ soit retranché; mais ce >, qu'on rétablit mentalement, n'en est pas moins considéré comme la syllabe initiale du vers, et par conséquent les deux syllabes fortes qui suivent ne rentrent pas dans la règle pi-éseit-

—«.(-345 )*^-^ h° Les ictus forts doivent être souvent changés en ictus HOus-forts , et réciproquement; mais c'est toujours en me de ce résultat que l'hémistiche commence par un ictus fort et que tous les ictus suivants soient alternativement sous-forts et forts. — Obseroations. La grande généralité des trois premières règles, la constance de la quatrième nous amènent donc à penser qu'instinctivement les Arabes , lorsqu'ils groupaient des mots en phrase , supprimaient les ictus placés dans les conditions spécifiées , et , de plus , affaiblissaient ou renforçaient les ictus subsistants de manière à toujours faire alterner un ictus fort avec un ictus sousfort. Puis, comme l'ictus sous-fort dépend de l'ictus fort , dès que l'ictus fort d'un mot s'était affaibli , ce mot s'attachait en tout ou en partie au mot précédent, constituait avec lui un nouveau mot artificiei, et, de proche en proche, la phrase se trouvait coupée en une série de groupes, pourvus chacun de deux ictus, et formant chacun un mot artificiel composé . et accentué d'après fanalogie des mots usuels de ia langue. La force de cette analogie pouvait même et devait amener parfois des dérogations aux lois générales de la chute et de la conservation des ictus. Par exemple, lorsque deux mots tels que ,^jJlI caJ^ hamadto amri se succédaient, l'ictus fort de amri se changeant en ictus sous-fort, amri se subordonnait à hamadto. Or deux manières de traiter le nouveau groupe s'offraient à celui qui prononçait les mots en question : ou bien ce groupe s'assimilait pour lui à

un mot simple, comme il^lejLu monaza'aton , par

r\<?mulc, e( alors il supprimait l'ictus sous- fort du

pnmiiif amri (ha madlo amri), ou bien ii ciinservalt

il la syllabe ri son ictus, en le renforçant, et coupait tf> groupe en deux parties hamadtoam et ri. Cette dernière accentuation est celle qu'on rencontre dans la majorité des cas. Mais la première existe aussi, par exemple dans plusieurs variétés du Monsarih. Pareille chose est à observer pour le Khafîf. Prenons, en cflet, la succession de mots t4|^ il iz raayna. Le mot raoyna , venant après le mot iz , lequel est pourvu d'un ictuy fort, doit changer son ictus fort en ictus sous-fort; par conséquent, raayna se subordonne à il , et le groupe peut être riiythmé de deux manières distinctes, suivant que celui qui le prononce l'assimile à un mol simple ou qu'il le partage en deux mots artificiels. Dans lepremier cas,on3Û...ra'u^na, dans le second, iz...raœf et na. Cette dernière accentuation est la plus fréquente, mais la première est usitée dans le Khajîf.

5' L'ictus fort marquant la première de deux syllabes mues consécutives disparait quand le vers contient des mots de la forme ^iicLu, jjjjLéLL*, (jAjU**, ^JIcUa;* ou des séries de mots engendrant ces formes (voy. le ff'^ et le Kâmil). C'est ici le

--•«.( 347 )^-.-nioiivcniciit (lu vers qui entraîne lu chute de certains ictus. €* Quand le mouvement du vers l'exige , une syllabe brève peut recevoir l'ictus et s'allonger; mais il faut pour cela que cette syllabe soit placée devant deux syllabes mues suivies d'une quiosccnte , en sorte qu'il y ait au milieu du vei-s une sucn>ssion de syllabes analogue àla forme ^^^ (voy. l'exemple précité de Motatjârib).

Ainsi la chute , la consei-vation et la transformation des ictus des mots obéissent à des lois trèsgénérales. Un ictus ne tombe ou ne pei-sisto que dans des conditions déterminées et non arbitrairement, et ces modifications du rbythme des mots isolés s'expliquent très-bien par leur rencontre dans le vers. J'en conclus fmalemcnt que le rhytlimc des mètres est engendré par le rhythme des mots, ce qu'il s'agissait d'établir '.

' Je ne prëtenda pas que li^s anciens poèloi, lorW|u'ils compo- MtonI, cr^aasentb rhaquu Toîa du toutei pièces les mcli'fts Jont ils h' servaient. Loin du 11 [ Il esl indubitnbla pouc mot qu'à l'éjio(]iiv A Uqueik it-montenl les plus vieilles poésies arabaii, la viTsification , sunt ttra codifiée, était tin art qui s'eiisri^noit pur rusngo et par la ti^ditioii. Le pofile connaissait d'avance et choisissait, les uieules dans lesquels il devait couler u (woiée. Il lui arrivait donc de modifier, iiistinclivenient uns (lotile, mai* de jiarli pri», l'accentuation de certains mots pour le« Taire entrer datis le mèlre choisi. Ainsi, il se retidail compte, par l'oreillB, quu le mémo mat, làSlX* par exemple, pouvait. Il son gré, se prononcer lanl6l makhat ei tanlAt malakal, suivant les exigences du mUre; il sentait ou savait par cipérienee que telle syllabe, brève dans un mblre, devenait, Vil le voulait, longue clans un autre, que id mot qui x: coupait d'une btuu daim lel vers se partafseait diOiéremmenI doti» tel nntre ver». Ce que j'en-

HresIcTail.pour compléter cetravaU, à passer en i-(>\-ue (es mètres nouveaux auxquels Freytag a consacré plusieurs paragraphes de son grand ouvrage. 11 faudrait aussi montrer tes altérations profondes qu'ont subies (es mètres arabes dans leur application à des idiomes étrangers. Je compte reprendre toutes ces (pirstions dans un autre mémoire.

tpndi, c'rst que U btitude dont jooûuit le poêle ae dépassait pas ceruirm limites imposées par la nature même et par les habitudes de U langue, limites qui ont été iodiquées plus hluti ce que je veux montrer, c'est que les diiera types riiytlimiques sont nés au sein même d« U phrase, qn'îls ont emprunté leurs éléments i ses démenti, et qne les lois qui airùent rendu possible leur formattou leur ont luntécu. — Lts modifications que subissent les mots dans le lers doiYent être sensiblement les mêmes daoi une pfara«e quelconque, soit de prose ordinain:, soit de prose rimée.

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