‹ Théorie nouvelle de la métrique arabe, précédée de considérations générales sur le rhythme naturel du langageChapitre 3 sur 22 · I MI II II · texte numérisé non relu

I MI II II

Fa'oahn, Mafâ'thn. MoJà'aJaton, Motnfd'ilon.

Mostufihn, Fâ'iton. Fâ'Oâton.

Cette transcription était-elle définitive ? Certes non. Il fallait encore examiner si la position des syllabes fortes dans ces pieds répondait à la condition essentielle du rhythme, laquelle est, on le sait, que les temps forts alternent avec les temps faibles. De plus, il faUait voir comment se comporteraient ces pieds, une fois replacés dans leur milieu, j'entends précédés et suivis d'un autre pîed : pour que mon hypothèse eût quelque valeur, il fallait que les pieds conservassent toujours la même notation, dans quelque mètre qu'ils entrassent comme partie intégrante. Enfin, je devais établir la syllabe forte dominante de chaque pied, ainsi que les syllabes fortes subordonnées.

' Rappt^lans Jl ce. propos que toute «;rll«be où il entre mu: Ittire ilc prolongatiou (ilif, tvâui.yd) est coiisidérét: |iar les graniitiairiena el Vs eoniine connioade.

Tout d'abord, il était évident que si plusieurs pieds : Failon, Mofaalaton, Motafailon , se conformaient très-bien à la loi essentielle du rhythme, puisque chacun de leurs temps supposés forts est séparé de l'autre par un temps faible ', les autres

pieds, Faoalon, Mafaîlon, Mostafilon et Fâilâton, présentaient des impossibilités rhythmiques; car deux temps forts ne sauraient se succéder immédiatement, à plus forte raison trois, et c'est précisément ce qu'on observe dans les formes citées en dernier lieu.

Pour MafaUoa, la correction était tout indiquée. Puisque les temps forts et les temps faibles doivent alterner, la" syllabe 'i, bien que composée, ne pouvait rester forte entre deux temps forts; cette syllabe ne pouvait être que faible, et ma notation primitive de ce pied devenait : Mafa Uon. Une preuve à l'appui s'offrait aussitôt : dans un certain mètre, le pied Majâ lion se substitue à Mofâ alaton ; c'est que sans doute ces deux pieds sont équivalents. Or, si la syllabe I de Majailoa était forte, comment pourraitelle remplacer les syllabes faibles 'ala de Mofaalaton ?

Ce résultat en entraînait un autre pour les pieds Mostafilon et Fâilâton. Il me fournissait le moyen

' Tempi n'est pa-s synonyme de syllabe. Deux syllabes peuvent former un seul temps , comme on le voit dans Mojâ'aiatati : loul dépend de 1b durée resjK'Clive de cbacunc des sjillabes Taiblesi

—M kl )^.---

de m'assurer que dans ces pieds aussi une des syllabes supposées fortes était faible en réalité, par suite de sa position. Effectivement, je m'apercevais que Moslafilon et Failâton placés dans certaines conditions engendrent des séries de trois temps forts , ce qui n'aurait pas dû se produire si ma notation première avait été irréprochable. Ainsi, je voyais que si je répétais plusieurs fois Mostafiian , la syllabe A/os se trouvait placée entre deux temps forts hn et taj.

Exemple : Mostafiion Mostafiion Mottafilon , ete.

que si je répétais plusieurs fois Fa ilâlon . pareil fait

se produisait pour la syllabe ton :

III III 1 M EwBipie : Fû'iUtoa Fd'ilàton F^iMlon. etc.

Il fallait donc reconnaître que dans Mostafiion la syilabe Mos, et dans Failâton la syllahe ton appartenaient à un temps fiiible. Alors les deux pieds devenaient réguliers, car Mostafiion et Failâton. ainsi notés, contiennent chacun deux temps forts alternant avec deux temps faibles. Une nouvelle preuve s'ajoutait pour Moslafilon : ce pied est fréquemment substitué dans le mètre Kâmil au pied MolafaHon; par conséquent, si les syliahes simples Mota sont faibles, il faut que la syllabe composée Mos, qui les remplace, le soit également.

Restait Faouion, dans lequel nous aurions deux temps forts successifs. Deux hypothèses se présentnient relativement à ce pied. Ou hien l'un de ses temps supposés forts devenait un temps faible, et alors Faoàlon n'avait qu'un temps fort; ou bien une syliabe faible non exprimée par l'écriture intervenait

entre les syllabes 'oîî et Ion , et alors Faoàlon était pourvu de deux temps forts comme les six autres pieds, Kusieurs raisons, que je vais exposer, me. firent pencher vers la seconde hypothèse. Mais, tout d'abord, il s'agissait de savoir s'il était vraisemblable que la notation métrique arabe omit ainsi une syllabe faible, ou son équivalent, entre deux temps forts. Or, c'est ce dont je ne pouvais douter. Admettons l'exactitude de notre notation des six pieds : Mafailon , Mofaalaton , Motafailon , Mostafilon , Failon et Failâton , et supposons qu'un certain mètre soit formé , par exemple , du pied Failon , répété :

FffiloH Fd'ihn Fâ'ihn Fâ'iion.

Voici que Failon, qui, isolé, ne péchait en rien contre le rhythme , puisque ses deux temps forts sont séparés par un temps faible, donne naissance, quand il est combiné avec lui-même, à des successions de deux temps forts, successions contraires à la loi fondamentale du rhythme. Faut-il en conclure que Fâ'ilon ne peut se combiner avec lui-même ; ou bien ,

s'ilse combine, qu'il perd un de ses temps forts, c'est-à-dire cesse d'être lui-même, car ce qui caractérise tm rhythme, c'est le nombre et la disposition de ses temps forts et de ses temps faibles? Nullement. Pour résoudre la diOîculté, il sudit de supposer, ce qui a lieu en effet, qu'un silence, un court temps d'arrêt, jouant le rôle de temps faible, intervient entre chaque Failon. De la sorte, Failon reste identique à lui-même, et on peut le répéter autant de fois que bon semble. On a, en représentant le silence par un trait ;

Phton — Fd'iton — Fd'ilon —. etc.

H en est de même pour d'autres combinaisons dans lesquelles entre le pied Failon. Par exemple, quand ie pied Mosiafiton. alterne avec Fùilon, comme ici :

Mostafihm — FâHlon MostaJ'iton — FA'ilon.

un silence doit nécessairement se produire devant chaque Fdilon, silence qui iàit pendant à la syllabe faible Mos de MostafUon.

Dans la s

Fâ'iUton Fâ'ihn — Fâ'ilâtoa Fd'ihn —, etc.^

un silence vient se placer après chaque Failon, et ce silence correspond à la syllabe faible ton de Fét'ilâlon.

J. As. K«t™iln'5. (1876.) .i

Or les successions formées par la combinaison des pieds Failon , Faiîdlon et Mostafilon , existent réellement dans la métrique arabe , et cependant les repos de voix exigés par le rhythme ne sont pas notés. Ainsi on écrit :

(^U yAcU yXeli yi*U

sans séparer par aucun signe les pieds entre lesquels doit se manifester un silence.

Ne pouvait-il y avoir quelque cbose de semblable

dans le pied Fa ou/on? Sa voyelle où n'offrait-elle pas quelque particularité t[ui avait échappé aux métriciens arabes, et grâce à laquelle Faouhn, suivant l'analogie des six autres pieds, était pourvu, lui aussi, de deux temps forts ? Je conjecturai que cette voyelle où, au lieu de ne durer qu'un temps, durait deux temps, de sorte que sa première partie constituait un temps fort et sa seconde partie un temps faible. Représentant la durée exceptionnelle de où par oaoà ,

j'obtenais donc pour notation de Faoàbn : Faoa-

oalon.

Si j'étais tombé juste, il ressortait de l'ensemble de mes observations deux règles générales très-remarquables, à savoir :

1° Qae dans an mètre arabe (faelcotufae , partoat oà

frais syllabes composées se suivent, la premièts et la troisième sont des temps forts, la deuxième, ou ayUaU intermédiaire , «n temps faU/le;

2° Qae parloat où deax syllabes composées se suivent, chacane de ces syllabes est un temps fort, mais qu'il faut supposer entre elles Ut valeur d'an temps faible, soit en un silence, soit en un son non exprimé dans t écriture.

Enfin , pour en revenir à Fa oaoalon , je m'expliquais pourquoi, à la fin d'un vers, ce pied remplace quelquefois les pieds Mafaiton et Mofûalaton, C'est qu'en effet Fa'oaoulon, ainsi noté, devient parfaitement équivalent aux deux autres pieds précités.

En résumé, j'obtenais une liste rectifiée ainsi conçue :

MoHafilon, Fâ'ilon, Fâ'ilâlon.

A la vue de cette liste, j'entrevis la solution de tous les autres problèmes qui avaient sollicité mon esprit; mais avant de poursuivre le cours de mes déductions, je voulus contrôler ce premier résultat et obtenir une preuve directe que les pieds arabes contenaient réellement des temps forts , et que ces temps occupaient bien la place que je leur assignais. Voici comment je procédai.

Les métriciens arabes groupent leurs mètres en plusieurs catégories ou cercles. Ils ont observé que

^^( 52 ).« certains mètres semblent dériver les uns des autres, c'est-à-dire que, étant donnée une succession déterminée de pieds qu'on écrit en cercle, suivant qu'on prend son point de départ sur telle ou telle syllabe, on obtient tel ou tel mètre. Par exemple , si l'on écrit en cercle U succession

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