‹ Théorie nouvelle de la métrique arabe, précédée de considérations générales sur le rhythme naturel du langageChapitre 6 sur 22 · I XJ J. / I {/ /. !, I · texte numérisé non relu

I XJ J. / I {/ /. !, I

F' ■ ■ .'ÔJWM . . te» Fa. . .'ôiotu . . ton -

dans les vers avec ta forme extérieure sous laquell<> nous les avons étudiés, je serais bientôt parvenu au bout de ma tâche. Je n'aurais plus qu'à montrer comment ces pieds se groupent pour donner naissance à des mètres. Mais il en est tout autrement : tous les pieds que je viens d'énumérer sont susceptibles de se modiBer de plusieurs manières. Il nous faut donc, à présent, examiner ces modiBcations.

Ces modifications sont de deux espèces : les unesportent sur les syllabes faibles des pieds, les autres en apparence sur les syllabes fortes.

En ce qui concerne les modifications de la première espèce, il n'y a aucune difficulté à s'expliquer comment et pourquoi elles ont lieu. Ce qui fait l'essence d'un rhythme, c'est l'ordre dans lequel sont disposés les temps forts et les temps faibles, la position rdative de ces temps. Ainsi, les rhythmes Mafailôn et Failâton sont très-différents, parce que le premier commence sur un temps faible et contient quatre temps Ma,fà, 'ï, ton alternativement faibles et forts , tandis que le second commence sur le temps fort et contient quatre temps alternativement forts et faibles : Fâ, 'i, là, ton. C'est pourquoi ces deux pieds ne sont jamais substitués l'un à l'autre dans un vers.

Au contraire i Mafailôn et Mofaalatda sont des rhythmes presque identiques, parce que tous deux ont le même nombre de temps faibles et de temps forts semblablement disposés. Pour qu'ils se con-

— «.( 85 )•«— fondent,, il suffit de changer dans le dernier pied 'ala en 'al (=' 'a . . I'}. .Semblabiement , si l'on compare Mafailôn, (^XasIU, etMafailôn,(jisiXt, on s'aperçoit qu'ils ne présentent qu'une différence insignifiante dans la disposition du second temps faible , l'un ayant pour rhythme v. | — ^ ^ |, l'autre m [ -u « kj ^ |. On ne sera pas surpris de voir (^U^ remplacer ■ fréquemment (jUfiU*. J'en dirai autant de ij-iA^Liu» u I u- u '-U n I et de (j^MjU « [ -v « k. « | : ce dernier pied est si voisin de l'autre qu'il peut lui être, et lui est en effet, substitué dans mainte occasion.

Les pieds qui font partie de la seconde subdivision de la deuxième classe permutent aussi entre eux sans la moindre difficulté, comme on a pu le voir dans le dernier paragraphe. Mais, outre cela, on observe qu'ils sont parfois remplacés par le pied (jJ^U« « I L»'^'^ \. C'est que yl*Uii « „ | '-^ „ '-v « |, ^^^JaÏuL* I -u v> '■%. -^ I et (jjiclU i, I -V V, k- " I appartiennent à la même classe de rhythme et ne difR^rent qu'en ce que le premier a deux syllabes simples, le second une syllabe coniposée, le troisième une seule syllabe simple avant la barre de mesure. Or, comme on passe rapidement sur le temps faible qui précède la barre de mesure, l'oreille ne s'arrête pas à en évaluer la durée précise, et elle accepte comme iden- . tiques ces trois rhythmes, <|ui produisent sur elle sensiblement la même impression. Chacun peut s'as-

surer de la vérité de ce fait en prononçant avec lé rbythme voulu les trois pieds en question.

Je n'ai à signaler actuellemeot pour le pied fjij»i qu'une seule modification , portant sur un temps faible. Voici en quoi elle consiste. Dans (jIjm ^ | ',:^j^ -^ " | . la voyelle jl a la durée d'une longue double. Mais supposons, pour un instant, qu'elle ne dure qu'une longue et demifi -v : comme la syllabe yJ marque le temps sous-fort et doit se placer dans la seconde partie de ia mesure, il est clair qu'alors un silence égal à une brève se produira entre j b et fj-i , et que le pied deviendra

Admettons maintenant (ce qui sera démontré plus loin) que toute syllabe composée, teiminée par une consonne forte' et frappée de l'ictus , j* , par exemple , ait pour durée totale, invariable, une longue et demie, la syllabe simple forte ou durant une longue, et la syllabe faible l' durant une brève. Si, dans le pied (jJ>**, cette syllabe Je vient à être substituée à

' J'enten<ls par cODsonue forlc toute conaonne autre qae le I , j el le (£ de prolongslioD. Daas le» diplithongties }-, ù;-> '^ t et tf «ont auMi des can^tonnes fortes.

^, nous obtiendrons un nouveau pied ^Uiî*(QJukt), dont le rhythme sera

OU bien, en reformant la syllabe composée *ÔD..C en 'ôâi,

Fa..'ôâl - ton —

lequel pied sera rigoureusement équivalent pour la mesure à (jlpti, et lui ressembl»^ autant que po&sible pour le rhythme. La similitude du rhythme est telle entre ces deux pieds, que les métriciens arabes ne se sont point aperçus de la légère différence qu'ils présentent, et considèrent, par exemple, les deux formes ^ h .-tf « qu'il dépose » et j^ b * ag « qu'il entoure » comme reproduisant exactement le pied (jijit». En réalité, ijI^a^ a pour rhythme 0J>ù :

Yo . .kîie . . Mn — parce qu'il contient une voyelle #, susceptible de se

— «.( 88 )•**-prolonger pendant la durée de deux temps, tandis que fpaar a pour rhythme (^^Xjti :

Yo..hU-tàn-

parce qu'il contient une syllabe fermée par une consonne forte la-». , qui ne peut dépasser la durée totale d'une longue et demie, et que, par conséquent, il doit admettre un silence éijuivalent à une brève devant le temps sousfort.

En définitive, nous reconnaissons à côté de (^^lyt* l'exbtence d'une variante ^}>»i.

En ce qui concerne les pieds de la première classe , je n'ai à m'occuper, pour le moment, que d'une modification qui affecte le dernier temps faible de (^^IsU I -u i, L I , quand , à la forme (jjjUfili , on substitue la forme uu^U. Ce changement consiste en ce que la dernière longue de | -u ^ L | se partage en deux brèves, dont la première s'attache au temps sous-fort, d'où 1© schéma | -^x^'^ ^ \. En efièt, t-f^LsLi, F^ilâtô, a pour mesure | -u » ^^ » |, car les syllabes iLH , qui doivent remplir la seconde moitié de la mesure, se décomposent en k=i3l, c'est-à-dire en trois syllabes , la,.e..to,àe même que les syllabes s\i se décomposent en Fa.'.'e. .'i. L'ictus tombant sur la, cette syllabe dure une longue; les syllabes e. .to ayant

— «.( 89 )«— à remplir le reste de la demi-mesure, soit la valeur d'une longue , équivalent chacune à une brève. La variante i^^U se note donc ainsi :

ou bien, en fondant Fà..'e en Fâ, là..'e en M;

Il suffit de prononcer en mesure (j3i^*li | -u « ^ | et <^^L«L* I -u u '-U u I pour en reconnaître la presque identité.

Ces exemples montrent que , tant que la modification affecte seulement un temps faible , le rhythme du pied n'en est point altéré dans ses caractères essentiels. Mais en sera-t-il de même si la modification porte sur un temps fort? Loin de ià. Ce qui caractérise le temps fort, c'est l'ictus ou Intensité de prononciation de la syllabe et la longueur, corrélative , du son frappé de l'ictus. Nous avons constaté en efl'et, jusqu'à présent, que si nous décomposons les mots types des pieds en leurs syllabes simples, nous trouvons invariablenient que la syllabe forte et la syi-

-■■t-fl 90 )^*— labe sous-1'orte durent une longue , les syllabes faibles une demi-longue ou un tiers de longue, suivant que le temps faible contient deux ou trois syllabes. Ainsi, dans (j^^Meli =^ j^MsIi Fà..'e..'i..là..'e..to..n', Fâ et là ont la durée d'une longue; les syllabes 'e et 'i chacune la durée d'une -j longue, parce qu'elles se partagent le premier temps faible (intervalle d'une longue); les syllabes 'e..to..n' chacime la valeur d'un tiers de longue, parce que, à elles trois, elles doivent également remplir l'intervalle d'un temps faible égal à une longue. Dans ^^JuclU ^ ^^X^LL* Ma..fâ..'e.. 'i..'e..l6..n',fàet là sont des longues. Ma, 'e. H, 'e, n' des demi-longues ou des tiers de longue. Dans (j U . i Xw^ = qI> ixZ.i Mo. .*'. .ta. .j'. .'i. Aô. .n', ta et l6 sont longs, y* et 'i équivalent chacun à une demilongue, Mo, s' et n* forment chacun une demi-longue et parfois un tiers de longue, etc., etc. Par conséquent , il ne peut y avoir qu'une manière de modifier le temps fort ou le temps sous-fort, c'est de le transformer en temps faible, c'est-à-dire de lui ôter à la fois l'intensité et la longueur, en d'autres termes, de le supprimer. Or, une pareille suppression ne saurait avoir lieu sans amener une mutilation complète du rbytbme antérieur, ou plutôt la substitution d'un rhythme à un autre.

Pour fixer les idées , supposons que û>^^ devienne t^y^M^, et admettons que la première syllabe » re-

— «K91 )♦— présente véritablement une brève. Cette brève, préciaément parce qu'elle est brève , ne peut porter ie temps fort, d'où il résulte que ii!>^ti perd son temps fort en devenant t^'iL*^. Et comme les syllabes x-i ont chacune la durée d'une brève et se trouvent placées immédiatement devant le temps sous-fort 31 , le rliythme de <LVm est :

Or, ce rhythme n'a, pour ainsi dire, plus rien da commun avec celui du pied primitif •J^ÏUli | -u u ^ ^ j , car i^^LsLi appartient à la première classe (comprenant les rbythmes qui débutent par un temps fort), pendant que i^!^ j o ^ « ^ ^ j vient se ranger dans ia seconde classe (comprenant les rhythmes qui commencent sur un temps faible). De plus, e^^U a deux temps forts; u:t'A»i n'en a plus qu'un, le temps sousfort.

Aulre exemple. Le pied (jl>** a deux temps i'orts : u I __ '-xj r,\. Supposons que , dans un vers (et le cas se présente Iréquemment) , on substitue à ce pied la forme «Jj-x-t, J contenant une voyelle brève. Cette brève devra naturellement faire partie d'un temps

faible , et en particulier du temps faible qui suit immédiatement le temps fort de ^; elle entrera donc dans la première moitié de la mesure, et, par suite, restreindra ia durée de la voyelle j, qui ne vaudra plus qu'une longue et demie :

En devenant J^, le pied (^>t* aura donc perdu le temps sous-fort, et son rhythme aura subi une forte contraction^. Et si, maintenant, dans un vers formé , par exemple , des pieds (jiyti « ] ^;-. ^ « ) et ^jJ^Uu u I — -vj,, [, alternativement répétés, nous remplaçons f^y^ par J^xi, toute l'économie du verssera bouleversée.

Voici un hémistiche régulier de 7''"'"^ ■*

' Les signes f et □ indiquent un silence équivaleDl k deux

'""S","- RPR

' 4^ peut aiusi être noté i deux temps J • • • ■

' Les piedi de \a II* cUhc, comme ^y>* et ^leaLla, ne MHit

Admettons que, dans cet hémistiche, J^se substitue à (^>û. Les premières syllabes du pied f^k^JjL^ devant être prononcées immédiatement à la suite de J^, il en résultera qu'une partie de la mesure à laquelle appartient (jLf^À^ fera irruption dans ta mesure à laquelle appartient J^mi :

;'i{.j=j'/;i;.j'/Tî| /;;.:, Il

Fa..'où..lo M)i..Ja..'t .lôaFa..'Sù ..h Ma..Ja..'l..bia- S^ 5

Donc , cet hémistiche sera réduit à la durée totale de

trois mesures , outre que dans les pieds Faoalo et Mafâ-

^ilOn les ictus forts et les ictus sous-forts ne conserveront pas leur place régulière. En effet , nous voyons le premier Mafailôn accentué Mafailin , et le second accentué Mafailôn; le premier Faoalo porte l'ictus fort, le second l'ictus sous-fort.

Même remarque pour Mostàfilôa. Les métricieos arabes nous disent que ce pied peut être remplacé par ^jCùZi Mostailon , et nos traités considèrent en pareil

notés avec un silence Gnil que lorsqu'ils sont isolés ou terminent le vers. Dts qu'ils sont réuni» , les silences disparaissent pour faire place k la syllabe faible au aur syllabes faibles qui préctrfenl la Iwrrr de mmure dans chaque pi«d. Cf. p. 8 1 . nnte i .

cas comme brève la syllabe ta de cette variante. Si cette syllabe est réellement brève . elle ne saurait porter l'ictus fort; consëquemment f^Lt-xJLj* a quatre syllabes faibles, Mottai (Mo. .s", .to-.'i), qui doivent entrer dans le temps faible, avant le temps sous-fort lôn. Ces quatre syllabes ayant la valeur d'une longue (durée d'un temps) À se partager, chacune d'elles équivaudra & un quart de longue, d'où la notation :

-M6..i:.ta..'i..l6n-

Prenons maintenant un hémistiche composé de ijJlwLû»* trois fois répété, et dont voici le schéma :

Moi..1âf.'i..lôh Mot. tàf. .'i. .lôh Moi. .lâf. M. .kn -

rîTTl rrVTZ STTTZ „ Il

et substituons à chaque (jU i a»* la variante Mosiaibn, nous obtiendrons le schéma suivant :

— MM..(a..'i..foâ Mot.M.'i . .Im Mos..ta..'i..lôn —

' Je rcpréiente le quirl de longue par un pva poinl.

' Mpfta'iJon, de inéincque[dushaulJfi>«lajr(Ion, a deui notation*

— «.( 95 )-^*~lequel est composé de deux mesures, au lieu de trois, et nous montre ia syllabe loa de Mosta'itôn alternativement marquée de l'ictus sous- fort et de l'ictus fort.

Veut-on admettre que , dans la variante MostailUti , la syllabe Mos reçoit l'ictus fort ? On se heiulera à une difficulté d'un autre genre. Dans ce cas, Mosb^tlôa et Môstailôn appartiennent, l'un à la deuxième classe rfaythmique, l'autre â la première classe : ils n'ont plus rien de commun , l'ictus fort ayant changé de place. Un coup d'œil jeté sur le tableau que voici convaincra mieux que toute explication :

MM..tàf.M..làn -

.un -

La conclusion est que, théoriquement, il faut rejeter la possibilité pour un pied de rester semblable

■uivant qu'il est midial ou fiiul.Ceit pourquoi, dam l'exemple prénenl, il ent traniicril Most<Ci{ôn (tu milieu du vent et Moila'ilSn i la

— «.( 96 ).«— à lui-même , dès qu'il perd un de ses temps forte ou simplement le change de place. Si, dans des formes teUes que (j^-^^, (jUi, ô^ et (jUa^«. les syllabes i, J et j: sont réellement faibles, ces pieds ne peuvent être envisagés comme des variantes de primitifs ^AUti, ^ilsli, {^y^ et (^Xj^lLi^. Voilà qui est bien établi.

Et cependant les métriciens arabes affirment la parenté étroite de ces primitifs avec les formes (fj^^Ui, (jjJLm, etc. D'autre part, il n'est pas douteux qu'en poésie les formes susdites apparaissent souvent là où devraient se rencontrer les formes primitives. ËtTorçons-nous de résoudre ce nouveau problème.

S 4- Considérations sur l'origine des pieds.

En traitant des pieds primitifs, nous avons déjà constaté que ia notation arabe est très-défectueuse. On a pu remarquer particulièrement qu'elle omet les silences , qu'elle ne fournit point la mesure précise des voyelles. Il n'est donc pas impossible qu'ici encore nous nous trouvions en face d'une imperfection de ce système , j'entends que les formes (,^35>jti , ^^^W , J^ et (j^JlkmU soient simplement des variantes oriAoyrapkù]ues de (jJ^-fU, ^^^.JlsL», (jJyti et ^Ju^ix—*. On n'ignore pas que les mots <SjjL. , ti^ devraient s'écrire i£>;H. et JL^bu*, on sait qu'en mainte occasion

les lettres de prolongation ne sont pas exprimées dans l'orthographe. N'aurions-nous pas affaire ici à quelque chose d'analogue? 11 y a déjà, au point de vue purement métrique, de fortes présomptions pour le croire , et je pense bientôt mettre ce fait hors de contestation. Il est certain que toute difficulté disparaîtrait, si on accordait, par exemple, que ijKfi, i^^^^ et jji ■ X *m.i* sont pour (jJ-^i, i^J^Ljlà et yJLsjLw* , avec le Jatha perpendiculaire, que ôj ' ' est poiu* yyù. Reste à savoir si nous pouvons invoquer en faveur de cette hypothèse ou d'une hypothèse analogue des arguments autres que ceux que nous tirons de la métrique elle-même.

Jusqu'à présent, jaî étudié les pieds au seul point de vue de la métrique, et je les ai traités comme de simples groupes rhythmiques. Mais il ne faut pas perdre de vue que les pieds ne sont que des symboles, qu'ils représentent soit des mots de ia langue (simples, attachés ensemble ou consécutifs], soit des mots artificiels, formés de syllabes empruntées à différents mots. Ainsi (jJj**, en même temps qu'il sert de type à un pied , est un nom d'action indéterminé , et, en tant que pied, il symbolise, pour les Arabes, plusieurs formes de la langue, comme Ju-^i. J->*-ii |A1x*, UUi, Ipyii!, 'j^y • des mots composés, tels que Utsi, U4U. De même, (^Li* sert de type aux participes de la i' et de la 3* forme verbale, à des prétérits et aoristes : y^ et l^lctiJ, IjJÎâA^ et j^ÂsU^, à J. As. Elirait n° 5. (1876.) 7

~^9.{ 98 )*.— des muts agglutinés, par exemple xJucJLl'. Le pied yJU*tju représente les noms d'action de la 3' fomie, dérivés de verbes terminés par un j ou par un ts : iUélx*, certaines personnes du prétérit et de l'aoriste des 5' et 6' formes verbales i UJXiLi et Lu.£U3 , des aoristes et participes des a' et 3' formes, suivis des pronoms allixes : aùIJo, "L^^, 1^ i, "j-« , et surtout des complexes de mots, comme LujJl j^, etc., etc. Or, je le demande, les pieds sont-ils le résultat d'une conception métrique, c'est-à-dire, les Arabes les ontils inventés en connaissance de cause pour y adapter ensuite les mots de leur langue, ou bien, au contraire, les pieds sont-ils nés de l'emploi de certains mots , de leur rencontre dans la phrase ? Tout milite en faveur de la seconde alternative. D'abord, il est notoire que le langage poétique exista bien longtemps avant que Khalil en découvrit et en fixât tes lois. Mais n'aurions-nous pas la preuve historique de ce fait, que la nature même des mètres arabes, leur variété, lé grand nombre de variantes que nous offrent ies divers pieds suffiraient à nous l'indiquer. Khalil n'a fait que constater, analyser et classifier. Chez les Arabes, la poésie, de même que, partout ailleurs, le langage, est un produit spontané : la prosodie en est la grammaire. Dès la plus haute antiquité, et sans doute bien avant de connaître le langage prosodique, ies Arabes employèrent la prose rimée ou sadj. Les conteurs

' Le pronom niliie » se |>roiioncp j.

~w.( 99 )^s'exprimaient en prose rimée; les oracles des anciens devins étaient rendus en sadj • ; le Koran et bien d'autres ouvrages nous en offrent de nombreux spécimens. Or cette prose non-seulement est rimée, mais nous allons voir quelle est aussi rhythmée. Tout le inonde sait en quoi consiste ce genre de prose ; elle se compose de courts membres de phrase, rimant deux à deux ou trois à troîs^ et comprenant le même nombre de mots, semblablement disposés, et se correspondant un à un par la forme grammaticale. En voici un exemple entre mille ;

Yatba'o-'l-asdjà'a bidjawâkiri ia^ht

Wa yaqra'o-'l-atmffa hizaieâdjiri aa'ziht

H incruste ses discours des joyauK de sa parole, il frappe les oreilles des Totidres (liU. des réprimandes) de .ses exhortations.

Comme on le voit dans cet exemple , chaque membre de phrase se compose de quatre mo^s (le wa, conjonction , non compris) ; au premier mot du premier membre de phrase , Yatbao , correspond fe premier mot du second membre, Yaqrdo; au deuxième mot du premier membre, 'l-asdjâ'a , le deuxième mot

' Voy. Dictionaiy oj the technical Icrms iised in ihe scieiicei ofthe Maialaiani, ej. bj Sprt^nger. voce ^i cf. Jij*aj.

-«.( 100 )«— du deuxième membre, 'l-asmâ'a, et ainsi de suito. De plus, les mots (jui se correspondent ont la même forme grammaticale, d'où il résulte qu'ils sonnent pareillement et riment entre eux. Supposons , maintenant, qu'au lieu de réunir dans chaque membre de phrase des mots de forme grammaticale différente {Yalbao, 'l-asdj^a, etc.), on n'emploie que des mots ayant même forme ou des formes équivalentes, comme dans l'exemple que voici :

Schaffon motâ'on nahiyyon karimon

Qasimon djasimon basimon wasSmon

non-seulement on obtient de la prose rimée de la variété dite yjlj ï», mais encore un vers de fespfece

Que conclure de là? Que, puisque la condition essentielle d'un mètre est de se composer d'hémisticbes de même longueur, formés chacun d'un nombre égal de sections s' équivalant par la mesure, et, autant que possible, par le rhythme, les huit mois xmUï, fil»*, etc. , dont la réunion produit un mètre, possèdent individuellement on certain rhythme et une certaine mesure, et, dans ce cas particulier, le même rhythme et la même mesure {(Jy^, ^ ] ^^^^ Vj „ j^. ' Ce vcri est emprunté à la préface du Gulisl^n-

Généralisons ce résultat, nous arrivons à formutei* ce principe qu'en arabe tout mot est doué d'un certain rhythme naturel, rhythme qui suppose l'existence dans le mot de temps forte et de temps faibles. Mais, dira-t-on, pourquoi, dans le premier exemple de sadp qai a été donné, n'obtenons -nous pas un mètre rigoureux? C'est que chacun des mots Yatbao-'l, asàjÉta, etc. , présente un rhythme difTérent, le premier correspondant au pied Fà'ildn , le second k un pied JyuU, que nous étudierons plus tard, le troisième à Motafàilo, qui n'a qu'un ictus, le quatrième de nouveau à Failôn. Ces deux hémistiches de prose rimée n'en ont pas moins un certain rhythme général, dû au rhythme particulier de chacun des mots qui en font partie intégrante; seulement ce rhythme se décompose en sections dissemblables et inégales, et c'est là ce qui le distingue du rhythme des mètres proprement dits.

L'origine des mètres apparaît donc clairement. Les Arabes commencèrent par s'exprimer exdùsivement en prose. Puis, cédant à une impulsion naturelle, è ce besoin artistique inné qu'ont les hommes , ainsi que beaucoup d'animaux, d'ailleurs, d'apporter l'i ce qu'ils font un certain ordre, une certaine régularité, ils imaginèrent de couper leur discours en phrases de même longueur, et s'attachèrent à rendre ces phrases le plus semblables possible entre elles. Le seul moyen qu'ds eussent à leur disposition était d'imiter dans ime phrase les sons qu'ils entendaient dans la phrase

— «.( 102 ]tt'~ précédente : ainsi lui créée la prose rimée. Mais, par le fait même que la forme et l'agencement des mots d'une phrase se trouvaient imités , reproduits dans une phrase subséquente , il en résultait un certain rhythme qui flattait leur oreille. Us sentaient ce rhythme plutôt qu'ils ne le coimaissaient , et ce rhythme s'incarnait pour eux dans les mots. Us durent donc chercher à conihiner les mots de manière à produire l'eflet le plus agréable , et ils y par\'inrent soit en employant dans chaque hémistiche des mots de même forme , soit en juxtaposant des mots de forme diflerente,qui, par leur rencontre , engendraient des séries de rhythmcs similaires : les mètres étaient trouvés.

Plus tard, les premiers grammairiens recueillent les poésies, les classent, y découvrent les différentes espèces.de mètres, leurs variétés. Ils s'élèvent à la notion des mots-types représentant les pieds ; mais là se borne leur pouvoir d'analyse et d'abstraction. Le rhythme est, pour eux, toujours inséparable du mottype qui en est le signe concret. Us ne réussissent pas à comprendre ce qu'est le rhythme en soi, à plus forte raison n'en connaissent-ils pas les éléments ; temps forts, temps faibles, quantité. Aussi ne parlentiis jamais de syllabes fortes, de syllabes faibles, de longues ni de brèves, mais seulement de consonnes mues , c'est-à-dire prononcées avec une voyelle sonore , a, 0, oa, i, et de consonnes quiescentes, c'est-à-dire prononcées sans le concours d'une voyelle '. Veulent-

' Ou a¥ec noe voyelle très-sourJe.

ils, par exemple, décomposer le mot jJji, au point (le vue métrique, ils diront que ce mot est formé de la consonne mue S, plus la consonne quïescentc X, plus la consonne mue i, plus la consonne quîescente 0. De la quantité, de la force ou de la faiblesse de ces syllabes, pas un mot. De même, s'ils ont à analyser le mot Jeli, ils diront qu'il est formé des consonnes alternativement, mues et quiescentes i, l, s, X , y. C'est pour n'avoir pas assez réHéchi sur ce point , pour n'avoir pas reconnu que les métriciens arabes ne dégagèrent jamais les lois rhytlimiques de leurs vers, que les savants européens se sont formé de la métrique arabe une opinion si erronée. Les métriciens arabes disent queyA«U est égalài + l+c + i + y, ib ne disent pas, comme on l'enseigne dans nos traités, que toute syllabe mue est toujours égale à une brève, toute syllabe fermée (une mue plus une quiescente) égale à une longue. Et c'est ce silence même qui nous autorise à rejeter, dans ce qu'elle a d'arbitraire et d'absolu, pareille assimilation. Au reste, si les auteurs arabes restent muets sur le rlijthme et la quantité, il s'en faut qu'ils les aient complètement ignorés. Ils savent, au contraire, que les mots de la langue ont une mesure , un poids , comme ib l'appellent (yjs); quêta métrique et la musique, ou science de la cadence { plJij') , sont étroitement apparentées. Mais comme le rhytlime du mot est pour eux quelque chose d'insaisissable , une sorte de principe subtil

qui |>énètre le mot et ne s'en peut séparer, ils ne songent même pas à l'en distinguer : il leur suffit de noter la forme du mot pour croire en avoir noté le rhythme. Et, par le fait, ils l'ont réellement noté pour ceux à qui ils s'adressent : le disciple, à la vue du mot, le prononce tout aussi bien que le maître, son oreille reçoit l'impression rhythmique voulue , et le but est atteint. Je sais qu'on va m'adresser une objection : on me dira que si les métriciens n'ont pas eu la notion de la quantité, ou, tout au moins, n'çn ont point tenu compte, il en est autrement des grammairiens; car ceux-ci distinguent fort bien les voyelles longues, qu'ib écrivent au moyen de signes spéciaux, appelés Aii CHj^u lettres de prolongation m. Dès lors, ajoutera-t-on, toute syllabe où n'apparaît pas une des lettres ' . J I tS I i>eut , à juste titre , recevoir ie nom de brève. A cela je répondrai par une simple remarque. Les mots arabes, comme je i'ai récemment établi, paraissent doués d'un rbytlime naturel qui leur est communiqué forcément par des ictus ou accents d'intensité. Or, considérons, par exemple, le mot Jji*, dans lequel le wâw joue le rôle de lettre de prolongation et ^^arque , d'après notre manière de voir, l'allongement de la voyelle primitive. Cet allongement, on l'a jusqu'ici attribué à l'accent tonique; mais j'ai montré, dans l'introduction de ce travail , que , pour être dans le vrai , il faut l'attribuer à l'accent d'intensité ou ictus. Donc, danslc mot J^, l'ictus, portant surlasexionde syllabe du mot, a produit l'allongement de la voyelle.

Dans J«U, de même, l'ictus, portant sur la première syllabe , a amené l'allongement de la première voyelle , allongement qu'on 3 indiqué par la lettre de prolongation I. L'ictus est donc, dans ces mots, accompagné d'un allongement corrélatif de la voyelle. Les choses étant ainsi , que dira-t-on de formes telles que taJutà , Jm, lesquelles ne contiennent pas de lettres de prolongation ? S'il est vrai que l'accent d'intensité comporte un allongement de la voyelle qui en est frappée, on ne pourra échapper à cette conclusion que tSiXâi et Jjt*, n'offrant pas trace de lettres de prolongation, doivent être privés entièrement d'accent d'intensité. Et alors il en résulterait que ces mots n'auraient pas de rhythme et ne pourraient être employés dans un vers, ce qui est contraire à l'expérience. Ou peut-être alléguera -t- on qu'en arabe toute voyelle longue s'abrège dès qu'elle se trouve devant une syllabe quiescente, par exemple dans jJb pour J^JL,* , ôa^l pour utfât^l, et que, semblablement, oJbt-* est pour kLuJlxi, jii pour J^, Js^. J*i*- Mais, outre que. dans ce cas, il faudrait admettre que l'accent d'intensité persiste sur une voyelle brève, je demanderai qu'on m'explique alors les formes jJii, J-Jt-i, jjuw, qui ne contiennent ni lettres de prolongation, ni syllabes quiescentes. Evidemment, dans ces formes, ou bien il n'y a point d'ictus, ou bien l'ictus frappe une des voyelles du mot sans la contraindre k

— h».{ 106 )^— s'aiionger. On voit quelles diPTicultés présente la théorie, si simple en apparence, qui traite comme brèves les voyelles exprimées par le fatha, le dhamma et le kesra , comme longues celles qui sont notées au moyen des syllabes composées il, j-, t^-. L'admettre, c'est admettre en même temps qu'en arabe ii existe deux classes bien tranchées de mots, ceux dans lesquels l'ictus allonge la voyelle qu'il affecte , et ceux dans lesquels l'ictus n'existe pas, ou, s'il existe, ne modifie en rien la voyelle qui le porte. D'où l'impossibilité que j'ai signalée plus haut de rien comprendre à la métrique; car c'est grâce à cette théorie qu'on a transcrit les mots types des pieds de manière i en tausseï" complètement la mesure, qu'on est parvenu à des conclusions de ce genre : le pied — «- peut devenir V u , ou encore » » ^ ; le pied — u pçut devenir — . etc., etc. Tout devient clair, au contraire, dès qu'on adopte la théorie arabe des consonnes mues et des consonnes quiescentes, en y ajoutant toutefois cette notion, que la voyelle dune syllabe mue est longue ou brève, suivant qu'elle est ou non frappée de I ictus.

Je me propose donc de montrer brièvement que, dans les mots arabes, la voyelle frappée de l'ictus a la durée d'une longue normale, et que cette longue normale est représentée par les mêmes signes 1, -, -, qui servent à noter les voyelles brèves;

Que, dans les voyelles dites de prolongation. II, j, (^, ce sont encore ie fatha, le dhamma et le

— «.( 107 )H-t— kesm qui représentent la longue, et que le I, le j et le (^ notent simplement un son furtif 'e, lequel, se fondant en apparence avec la longue précédente, en fait une voyelle très-longue, d'un timbre tout particulier ;

Que ce sont ces dernières voyelles seules qui, par leur timbre et leur longueur, ont frappé les grammairiens arabes, et qu'ils n'ont remarqué la durée de la longue normale que quand elle était suivie du son furtif 'e;

Que telle est la raison pour laquelle l'ortbograplie arabe ne consacre aucun signe spécial à la longue normale , quand elie n'est pas suivie dans la prononciation d'un t, d'un j ou d'un ^^ quiescents.

S 5. Imperfection du sjrstème graphique des Arabes. Moyeii.-i d'y remédier et de connaître la véritable mesure des

J'ai établi, dans l'introduction, que toutes les modifications qu'on observe dans le timbre et dans la quantité des voyelles résultent de l'influence de l'accent d'intensité ou ictus : les voyelles frappées de l'ictus restent sonores et s'allongent; les voyelles qui suivent immédiatement l'ictus ont, au contraire, une tendance à s'obscurcir et à s'abréger. Il suit de là qu'en arabe toute voyelle marquée du djezm ou sokoân (cf. p. i i ) se trouve dans un temps faible, partant est brève, et que la syllabe mue, c'est-à-dire pourvue d'une voyelle sonore , qui la précède , est , au

— «.( 108 )«^ contraire, susceptible de recevoir i'ictus et de s'allonger. Prenons, par exemple, le verbe JUC = jLw pour le primitif JL» : la syllabe I , étant marquée du djezm, ne peut être que faible, et elle s'est affaiblie parce que la si^llabe précédente ^ était frappée de l'ictus. Cette syllabe .w, grâce à son ictus, est restée sonore, mais elle a dû aussi s'allonger. Si donc nous attribuons à la voyelle de <^ la durée d'un^ longue normale, à chacune des syllabes suivantes I et J, la durée d'une brève ', nous aurons pour rhythme et mesure de JL^ (à deux temps) .

Sa..'e..h en Tondant «..'« en d Sà...Ui

Si notre raisonnement est juste, la pratique doit confirmer la théorie; un Arabe, quand il prononce le mot jt-.C, doit lui attribuer le rhythme et la mesure indiqués. Or c'est ce que j'ai personnellement vérifié, et ce dont les arabisants pourront se convaincre, en prononçant eux-mêmes jLti d'après le type rbytbmique donné ci-dessus. De plus, jC rem-

' L.a preuve qu'à la troialËme penonne du masculiD du prétérit la dernière s<«llabe est faible etbr&ve nous est fournie par son emploi dans les vers, et aussi, bieu entendu, par la proDoncïalioo.

plissant exactement une mesure, on doit pouvoir répéter ce mot plusieurs fois de suite , sans s'arrêter, et le mot doit conserver son rhythme.et sa mesure. Le schéma suivant permet de voir que c'est bien là ce qui se produit :

si...;» ^â...h Si.. .h S'i...la

Une dejnière preuve , enfin , c'est que , si nous ajoutons à JL^ le pronom aflîxe j^A, par exemple, l^Ui, devient équivalent dans un vers au pied (^U, dont la mesure est | -u u '■'j <> |. Donc JLi = j 11 a bien pour mesure -v », et la syllabe L» = L» pour mesure une longue et demie.

Maintenant, comparons la forme jU avec le primitif JLi«, qui, d'ailleurs, existe dans la langue concurremment avec JUi. N'est-il cas vrai que ces deux formes sont équivalentes? I^a seule différence qui les sépare est que , dans JIm , la voyelle de la syllabe faible I ne s'est pas encore complètement assourdie, tandis que, dans JL», le a de la seconde s<fllabe radicale est devenu e muet. Dans les deux formes , l'ictus frappe la première sjilabe, et c'est parce qu'il porte sur cette syllabe que jU est devenu JUC. Le premier a de JLC est donc long, et jU, doit se noter ainsi :

si.-v.../. -

En présence de ces faits, on me concédera, je l'espère, que ie fatha puisse exprimer une longue, et on voudra bien reconnaître avecmoi qiie rien nempêche que, dans tous les prétérits de ta i" forme identiques à jLï, comme w^, (j*^. 4*^, la première syllabe contienne une voyelle longue, en conséquence de l'ictus dont elle est frappée. Ef ce que je viens de constater pour la voyelle o s'applique tout aussi bien aux voyelles i et o , oa. Dans le prétérit passif Ji*j = Jï* pour Jjji (primitif J**ï), si ia syllabe radicale * s'est obscurcie en I, c'est qu'elle est dans un temps faible et précédée d'un temps fort. JaS est donc équivalent à jLi; sa mesure est :

iSJj'l \SJ\-

Q!..;..la ~ qL.Iu

et, par conséquent, le premier kesra représente une longue normale. Mais J*J est pour J^ : c'est l'incompatibilité des deux voyelles - et - qui a amené le changement du dhamna de la première syllabe en kesra.

Dans ifts prétérits passifs comme J-*-», mais dérivés (le racines fortes, l'ictus frappe donc la première syllabe : les verbes CjjA , JïS, etc. , ont pour mesure I u u I , et leur dkamma représente une longue normale.

Il suit de là que, dans les mots oi'i se trouve une syllabe fermée par une consonne forte, comme ^^ (= ioJi), JXi, oJÛï, si ion admet que l'ictus frappe la voyelle sonore de la syllabe fermée, cette voyelle pourra durer aussi une longue , bien qu'elle ne soit notée que par un fatha; ainsi, la mesure du prétérit •X.* sera :

Ma ..it..da ^ Màd. . da

tout de même que la mesure du prétérit JL m est I -u u |. Semblablement . la mesure de Jjcï sera :

Qà..f...lo ou Qui.. .la

et la mesure de u>Ju* :

Qa..ia..i:.to ou Qa..tâl..to

Puisque le fatha , le dhamma et le ^«sra sont susceptibles d'exprimer une longue, on se demande comment il se fait que les grammairiens arabes ne s'en soient pas avisés, alors que, d'autre part, ils ont cherché à noter les longues dans les formes Jl-»*, J^, Ji*i, Jsli. Rien n'est plus simple à expliquer. Les deux formes JLi et <yJ* sont de tout point équivalentes en ce qui concerne la mesure. Maïs leur premier son produit-il la même impression sur l'oreille? Non, à coup sûr. Dans Jlw, la voyelle longue est suivie d'une syllabe formée de la légère aspiration ' et de la voyelle très-sourde e, syllabe qui semble continuer la voyelle précédente et se fondre avec elle. Au contraire, dans 0»«, la longue est suivie d'une consonne forte à, qui tranche sur elle et la délimite bien nettement. Il s'ensuit qu'une oreille peu exercée, lors-

' Leiarliculations Qa,'!*, todureraienlchacuneun tien de longue

si l'on répétait le mol :

/] j.j'j'ii./i

Qa..taî...to Qa. .tal...to

qu'elle compare ces deux sons, proclame que ic premier est long et que le second est bref. C'est ainsi que nos grammairiens appellent bref l'a de patle et long celui de pâte (cf. Inirod. p. 3o). De même, les grammairiens arabes ne distinguèrent les longues que dans les mots où elles étaient suivies de la syllabe furtive 'e (I, J, J;), tels que jL.i, JjJi^. J-j-ï; et comme, dans les formes JUi, Jj**, J*«i, J«l*> la longue offre précisément ce caractère {on en aura bientôt la preuve) les grammairiens, pour l'indiquer, empruntèrent aux mots de la catégorie de JL^, J^Ji^. J^ une partie d'eux-mêmes, à savoir, les syllabes composées II, j f£-, dont ils firent des signes de prolongation.

Cette tbéorie n'est nullement contredite par le fait, cité quelques lignes plus haut, que toute voyelle longue exprimée par une lettre de prolongation, t, j ^£, s'abrège (pour parler le langage de nos grammaires) devant une consorme marquée àxisckoân, en sorte que Jjï, JU et j*«. deviennent Jji, J^i et t--, La voyelle ne s'abrège en aucune façon. Lorsque , dans un mot, deux syllabes sourdes viennent à se suivre, la difficulté qu'il y a de prononcer distinctement les deux consonnes successives invite à faire subir au mot une modification qui, suivant la nature des cou sonnes, a pour résultat soit de rétablir une voyelk sonore dans la deuxième ou dans la première syllabe , soit de supprimer l'une des consonnes marquées du djezm. Ce phénomène , qu'on retrouve partout , est

J. A». EUniiln'5. (1876.) 8

notamment observé en arabe, où deux consonnes djezmées ne peuvent se suivre sans que l'un des trois changements indiqués plus liant se produise aussitôt. 1° Quand la première des deux consonnes djezmèes est forte, une voyelle euphonique a ou i remplace le djezm de la deuxième; a' lorsque, la première des deux consonnes djezmèes étant forte , il est indispensable que le djezm persiste sur la seconde (on verra bientôt dans quelle circonstance) , le djezm de la première consonne est remplacé par une voyelle sonore épenthétique , un L généralement; 3* quand la première des deux consonnes est faible ( ' , j, (5} , elle disparait complètement, et la deuxième consonne djezmée, abandonnant la place qu'elle occupait, remonte et vient prendre la place de la consonne disparue.

Premier cas. Dans les verbes géminés , par exemple , à la deuxième personne du masculin de l'impératif, les deux dernières radicales devraient être djezmèes;

exemple : ^=>-y^. La première consonne î^ezmée étant forte, le second djezm est remplacé par une

voyelle euphonique a ou 1 .- «>J devient S^ ou -iJ», sans que sa mesure en soit altérée :

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