‹ Théorie nouvelle de la métrique arabe, précédée de considérations générales sur le rhythme naturel du langageChapitre 7 sur 22 · M8..J'..* MM · texte numérisé non relu

M8..J'..* MM

• — t*K 115 )■«— Deuxième cas. H arrive qu<!lquolois , à la fin d'un vers, ou, ce qui revient au même, dans la pause, que la dernière consonne ijezmée doit conserver son djezm. Par exemple, si un vers se termine par le mot j-iaj, au nominatif, et le vers suivant par j-tôj, au génitif, la voyelle - ne pouvant rimer avec la voyeUe —, la règle veut que ces deux voyelles soient supprimées. Mais comme les mots ZSù et "-tlai présenteraient alors deux syllabes quiescentes consécutives, une voyelle épenthétique 1 vient remplacer le premier djezm, et on prononce j*^< y^» '.

* Un nouieau phénomène se produit alors . phi^nomène sur lequel je reviendrai plus tard : l'ictus change de place et vient se ùxi-r sur la vojelle épenthétique, de !oiie qu'au lieu de Sâir, Qôjr, on a JViuôr, Qofôr. Il est intéressant de constater le même fait dans 1m langues slaves. En ancien russe, par exemple, ireui se disait ôgiii, avec un o long pourvu de Tictus. Le i final s'élanf assourdi, et le mot étant devenu ôi)ù', avec deux syllabes quiescentes successives j'. -iV, un o épenthétique s'est introduit entre le 9 et le S, et l'ictus, disparaissant de la premîire syllabe, est venu se placer sur l'o épenthétique en l'alioogeint. Le mot actuel est (Sgôil' (prononcé Sgân']. Quantité de mots russes suivent cette analogie. En ce qui concerne le déplacement de l'ictus , je me t'eiplique ain^i. FI y a évidemment réciprocité d'a^bption entre Ticlus et les syllabes feimées. L'ictus donne naissance à des syllabes fermées , parce qu'il amène l'obscurcissement de la voyelle qui le suit et maintient la sonorilë de la voyelle qu'il frappe, inversement, toute syllabe fermée attire i elle aa ictus, parce qu'étant généralement créée par lui elle est faite pour lui, si je puis m'eiprimer ainsi, [larce que le contraste que forment pour l'oreille sa syllabe sonore et sa syllabe sourde demande k être accusé le plus possible et appelle ainsi la présence de l'ictus.

— «.( 116 )«— Troisième cas. Dans les verbes concaves, à la deuxième personne du masculin de l'impératif, par exemple, les deux dernières radicales devraient être marquées du djezm; exemple : ^^. Mais comme il est difficile de faire entendre distinctement les deux syllabes J j, la première, jl, s'élide, grâce à sa faiblesse, et la dernière syllabe, se rapprochant de la syllabe forte », vient se substituer à la syllabe disparue, d'où la forme J*. Ija forme primitive avait pour mesure :

La nouvelle foi-me est -.

Os..f - on gii - I C" " I I - " I

Ainsi , ia voyelle forte a conservé sa durée normale. Le mot a perdu une syllabe; mais la voyelle forte n'a pas varié. Toutefob, comme l'élément 'e semble se fondre avec la voyelle forte, dans les groupes I-, j-, ts-, comme cette voyelle parait effectivement durer une longue et demie, nous pouvons, si l'on veut, accorder que le j de ^ représente une

voyelle homogène, et dire que lorsque 4>* se change en Jï, la voyelle sonore réduit sa durée de la valeur d'une brève : tdle est fa cause de l'illusion acoustique par suite de laqudle le - de J* semble bref, comparé au ^- de Jyi K.

Jusqu'ici , nos observations ont porté sur la troisième personne du masculin singulier de divers prétérits de la première forme, sur ies formes JUi, Jyti et Jftja, et sur quelques mots contenant une syllabe fermée par une consonne forte. Pouvons-nous maintenant, dans d'autres formes, telles que J**, J*», J**, JjtiiL*, signaler aussi l'existence d'une voyelle forte et longue qui ne soit pas indiquée par l'écriture? Cette question dépend naturellement de cette autre : les formes J*», Jjii, etc., reçoivent-elies un ictus fort?

Je n'hésite pas à répondre par l'aflirmative. Outre

' A la fio d'un vers ou dans la pause, on reacontre souvent des mot» tds que 'J^ , ^j , Jéj , donl la voyelle finale a été éUd^e pour la rime, ^ qai, cependant, 'conservent la forme Jl»., Jjj. jÇj- Or, puisque dans ces ftinnes le I , le j et le (^ persistent , puisque ces formes ne se changent pas en Ja., ry rji il faut en conclure qu'une voyelle ëpentLélique se place après la lettre de prolongaticin, à saloir : un :; pour le 1, un- pour te j, un - pour Je is, et que Jt*. , £ji; , je j se prononcent J*ll. , ^J , 4jj . Je dis JJLX, j*jj , jj , etnon JH., £jij', ^^^ , parce que j'aiconstalé que, dans ces exemples, l'ictus ne change pas de place (à l'inverse de ce qui se produit pour j^ et yâi), preuvequele l,lejet lei^ restent quiescents. En effet, l'ictus ne peut affecter qu'une syllabe pourvue d'une voyelle sonore. Cestévidemment la nature même des formes JU>,, ^j.^j <{"' s'oppose à un déplacement de i'ictus.

—>-».[ 118 )•<■* — qu'il serait bien singulier, comme je l'ai fait remarquer plus haut, que toute une classe de mots fût dépourvue d'ictus, on peut faire valoir encore les considérations suivantes. La forme J«i est très-certainement la même, à l'origine, que la forme J^^ (cf. "^7* et JJU , ij' ^ tryl t etc. ) : elle doit donc , comme Jîli , recevoir l'ictus sur la première syUabe. Quant aux noms d'action ji* et J«i , la preuve qu'ils ont également f ictus sur la première syllabe, c'est qu'ils ont donné naissance aux formes Jjti et jii, dans lesquelles }'af[àiblissement de la, voyelle qui marque la seconde^ radicale atteste la force de la syllabe précédente. Souvent , en arabe, le même mot admet simultanément les deux prononciations J** et J**, J** et J-ïj : c'est là un fait trop connu pour que je m'y arrête. La forme JxJcjL», enfin, a très-certainement l'ictm sur la syllabe x. Prenons en effet le prétérit de la 7° forme, JuLàjI. Ce prétérit doit recevoir l'ictus sur la syllabe », car il est formé du primitif Jii*, accentué fortement sur la première radicale, auquel s'est jointe une préformante j ou j, devenue j, précisément parce qu'elle se trouvait devïint une syllabe forte. Si jiii! est accentué 'nfdala, il est clair que son nom d'agent, Jjdi;.*, doit recevoir l'ictus sur la même syllabe : MonJaUon. jUais ce qui est vrai du prétérit et du nom d'agent de la 7' forme est vrai

— «•( 119 )«— aussi du prétérit et du nom d'agent de. la 8' forme , car celle-ci est formée de la même manière que la y*, sauf qu'il y a eu métathèse de la préformante 3. La comparaison de l'arabe avec les autres langues sémitigues montre en effet mie Ju«xit est pour JjLijI , J**Ju» pour JxJU*. Ainsi Jjtiil et JjÔjU reçoivent l'ictus sur la syllabe qui occupe la place de la première radicale du primitif; on a : 'ftaata , Moftaîlon. Ajoutons que JjtJU* et Jxiui renferment tous les deux le nom d'agent de la i" forme, J**, lequel est accentué fortement sur la syllabe ». Puis donc que J-«-*,

Jjti, J*i, JjkajU ont respectivement 1 ictus sur tes syllabes », i et X, ii faut bien en conclure que ces syllabes contiennent une voyelle longue. Un tel résultat, en ce qui concerne les formes trilitères, n'a rien qui doive nous étonner. On voit par là que les mots arabes à trois radicales se divisent en deux classes, ceux qui ont l'ictus sur la première syllabe, conmie J**, J>«>i J**, J**, et ceux qui l'ont sur la seconde, comnse Jjû, Jjjû, J*x». On avait déjà observé deux classes de mots trilitères, les uns ayant l'accent tonique sur la première syllabe , les autres l'ayant sur la seconde. A cette observation nous ajoutons que, dans les mots susdits, Yictas coïncide avec l'accent tonique, et, de (dus, qu'il produit toujours le même efifet, qui est d'allonger la voyelle qu'il frappe '.

* Scfaultens aywt déjà reconnu que dans les mots Irilitérea , quand

— «.( 120 l-^ ft reste cependant encore un point à écUircir. Je faisais remarquer plus haut que les grammairiens arabes n'ont distingué les voyelles longues que lorsqu'elles sont Suivies de la syllabe furtive 'e, et j'en concluais que, dans tes formes JLXi, J^-it-i et J-^^i, la longue offre toujours ce caractère. On sait, de plus, que les syllabes I-, jt, ^-, frappées de l'ictus, durent au moins une longue et demie. De là il semble résulter que, dans les formes J*», Juw, Jji, J*iiU, fortement accentuées sur la première radicale de la racine ou sur la lettre qui en tient lieu (dans JjCÔl* pour J«iju), la voyelle forte ne dure jamais plus d'une longue normale ; car si elle dépassait cette durée , sa partie faible s'assourdirait en 'e (cf. page 65, note i), et on devrait alors noter la voyelle totale :!,j- ou j^., comme dans JLw, J^ et Jam. D'autre part, certaines formes qui reçoivent l'ictus sur la première radicale contiennent une lettre de prolongation, par exemple le nom d'agent de la i" forme, J*U, le prétérit actif et le prétérit passif de la 3' forme, JiU, Jc^; ce qui prouve que, dans ce cas, la voyelle forte dure au moins une longue et demie. Nous sommes donc conta seconde syllabe ne conlieut pas de lettre de prolongation , ta première syllabe est longue; seulement, il attribuait cet allongement à l'accent tonique . . . • ope accenlus tonici ad antepenultimam perpeluo locandi , longas ibi praeatare valuerit syllabas citra inserlionem AfaCruni L«c(ianû. > Cf. Cluvis dtniect. dans les Jludîni. ling. (U'oft., p. 3i5. Il prouYe cette assertion par la comparaison de l'arabe avec l'hébreu.

— «.( 121 ).«— duits à examiner si, 'dans les mots fortement accentués sur la première radicale de la racine , ia voyelle forte ne peut durer plus d'une longue normale quand elle est seulement représentée par iefatha , le dhamma ou le hesra.

C'est le contraire que nous avons à constater. Tout nom et tout verbe arabe nous offre un double rhythme, suivant qu'il est détenniné ou indéterminé, pourvu d'une désinence forte ou d'une désinence faible. J'établirai, en effet, quand je traiterai avec détail du rhythme des mots, que, pour la déclinaison, les désinences casuelles indéterminées , , reçoivent un ictus, l'ictus sous-fort, et que les désinences casuelles déterminées , ^ , n'en reçoivent pas , et conséquemment sont &ibles; pour la conjugaison, que les désinences 1, i» du prétérit sont faibles, c'est-à-dire privées d'ictus, et que les désinences ^'.,V-, lj-> iiï. etc., sont fortes, c'est-à-dire pourvues d'un ictus; àl'aorbte et au subjonctif, enfin, que les désinences du singulier i et - sont faibles; fortes les désinences du dud et du pluriel yl- et S-, ^- et !j-, ainsi que la désinence yj— , (i- de la deuxième personne du féminin singulier. Or, cela est manifeste , le rhythme d'un mot ne saurait être le même quand il a deux ictus (temps fort et temps sous-fort), et quand il n'en possède qu'un (temps fort); d'où il résulte, comme je le disais précédemment, que tout nom et tout verbe arabe se présente à nous sous deux formes rhythmiques

—►».( 122 ).«— distinctes. Mab nous savons que la longueur apparente de la syllabe forte d'un mot dépend précisément durliythme général de ce mot. Donc la voyelle forte de tout nom et de tout verbe arabe est susceptible de recevoir une double valeur', suivant que ie nom ou le verbe est construit d'après l'un ou l'autre des deux rliytlimes précédemment désignés. A cette règle , il n'y a qu'uiie seule exception, sur laquelle je reviendrai bientôt.

Prenons la forme indéterminée J^-Li {-= JULi et ,}tAi) et la forme déterminée Jtjii {•= JULi et Jam). Dans la première forme, la syllabe J, étant forte, puisqu'elle contient la désinence forte , doit commencer le temps sous-fort; conséquemment, la syllabe^, qui porte le temps fort, doit remplir toute la première demi-mesure , c'est-à-dire un intervalle de deux longues. Dans la seconde forme, au contraire, la syllabe J est faible (car elle contient la désinence faible i,) et ne peut commencer le temps sous-fort. 11 faut donc qu'elle termine la première demi-mesure , ce qui restreint de la valeur d'une brève (JJ la durée primitive de la syllabe^ :

Fa.^ôât>a'e..lùn - fa..'oà...lo - ou à deux temps Fa..'ou..Jo

' Qu'on ne se mépi'enne pas sur ce que j'entends par la double

La voyeUe forte a donc pour durée totale tantôt l'espace de deux longues (ôàoa'e) , tantôt l'espace d'une longue et demie (ôue=«oa). Dans les deux cas, elle reste suivie de l'élément faible 'e, ce qui explique qu'elle soit toujours notée j^ ',

Passons maintenant à la forme indéterminée J.jti (= Jjii, Jjti et Jj«j dans J*iùu) et à la forme déterminée J*i (= Jii, Jj»* et J*3 dans J«ii*). Cette dernière n'ayant point de temps sous-fort, sa syllabe forte * et ses deux syllabes faibles Js doivent remplir la première demi-mesure, absolument comme pour les prétérits de la forme jii; ce qui nous donne :

valeur de la voydie forte ; la voyelle forte n'a jamais par elle-mËme que la durée d'une longue normale. Il s'agit donc ici non -seulement de la valeur réelle de la voyelle forte, maia encore de sa durée apparente, consistant en ce que l'élémenl faible qui peut suivre la vraie longue semble se fondre avec elle.

' Cette légère difEérence de quantité avait échappé aui premiers grammairiens arabes; ils ne connurent que la longue tagne et ne chercbirent point à en évaluer la durée. Plus tard , les lecteurs du Koran distinguèrent jusqu'à sept espèces de longues; mais comme ils n'avaient aucun moyen précis pour en mesurer la longueur, les évaltialions diverses qu'ils en donnent ne sauraient être considérées Gorame rigoureuses. D'ailleurs, chaque lecteur du Koran avait son système. Cf. Diction, ofthe Itckmcai temu, etc. vocf ^■

— „( 124 ).« Mais que la syllabe 3, par la substitution de la désinence forte £ à la désinence faible L, vienne à rece-

s voir un ictus, il est clair que la syllabe J passe dans la

seconde moitié d'une mesure à quatre temps, comme la syllabe J de Jji*, et que les syllabes *i ont à remplir la première moitié de la mesure , soit la valeur de deux longues. La syllabe ^, étant faible, a la valeur d'une brève. Il reste donc pour la syllabe forte la durée d'une longue et demie, dont nous ne connaissons pas la composition : .

Puisque la voyelle a de Fa doit remplir rintCTvaiie d'une longue et demie, il semble qu'elle devrait se comporter comme le ou de tijii, à savoir, se décomposer en un élément fort a durant mie longue, et en un élément faible 'e durant une brève. Mais, dans ce cas, on aurait sans doute orthographié le mot : J^U, au lieu de l'écrire J-»-*- Quelle est la cause de cette singularité? La voici, selon moi. Quand la voyelle forte est placée dans la seconde syllabe d'un mot trilitère , elle ne dure jamais moins d'une longue et demie (cf. plus haut ce qui est relatif à J^ et à ^Jj**). Au contraire, quand elle se trouve dans la première

— «.( 125 >t* — syllabe , elle dure tantôt une longue normale (cxemplo : J**i J**). tantôt une longue et demie (j-j«i). Los Arabes prirent donc l'habitude de faire suivre de l'élément 'e la voyelle forte de la seconde syllabe, la durée de la syllabe qui la contient le permettant toujours. Lorsque la voyelle forte se trouvait dans la première syllabe d'un mot déterminé ou d'un verbe à désinence faible , cette voyelle ne durait qu'une longue normale , et, par conséquent, l'élément « ne pouvait se feire entendre à sa suite [Faala, Fà%>, Moftaih). Les Arabes conservèrent à la voyelle cette prononciation pure , même dans le cas où une désinence forte venait s'ajouter au mot. Mais comme le rhythme exigeait alors que la syllabe forte remplît l'intervalle d'une longue et demie, un silence équivalent à une brève se produisait entre la voyelle forte et la syllabe suivante. On prononçait donc comme je le figure les mots Jjti et J>«^, par exemple ;

Fâ-'i...}ôn - Mof.. ta -•{... lôn -

Or, si l'on cherche à émettre dans ces conditions les syllabes Fd et iâ, on s'aperçoit que la voyelle â, suivie d'un silence, produit sur l'oreille une impression toute particulière : le son est enlevé, piijaé, comme on dit en musique, et la voyelle ne semble

pas plus longue (elle ne l'est pas, en effet) que dans Faala, Failo, etc. (mesure j « ^ | ). Cette explication , outre qu'elle se vérifie dans la pratique S est encore confirmée par une observation d'un autre genre. Les voyelles a , o et i , longues normales , n'avaient pas le même timbre quand elles étaient isolées ou accompagnées d'un silence, ce qui a lieu dans la première syllabe des mots trilitères, et quand elles étaient suivies de l'élément 'e, c'est-à-dire dans la seconde syllabe. La comparaison avec l'Iiébreu le montre clairement. Ainsi, tandis que le fatha long des formes arabes J*i, J*i [accentuées fortement sur la première syllabe) est représenté en bébreu par un a long {*???, V^ç) ou par un è long (le sé^ol accentué ; 'n'm ) , le m^tne fatka , suivi de c, de la forme JUi {accentuée fortement sur la deuxième syllabe) est représenté en hébreu par un o long (VlOî?). Le dkamma long de la première radicale se prononce o, en arabe, et correspond généralement à un o hébreu; le dhamma long de la seconde radicale se prononce oâ, en arabe, et correspond également à un oâ en hébreu. Le kesra long de la première syllabe répond au tséré [é long) de l'hébreu; dans la seconde syllabe, il répond, en bébreu, au khireq (î long). Cette différence de timbre me paraît indubitablement résulter de la différence que j'ai admise dans la composition

' Un Arabe de Dama) k qui j'ii fait prononcer à dessein les motn sur lesquels je voulais eipi ri mériter, émettait la voyelle forte do la lacoD que j' indique, en la faisant suivre d'nn court silence.

— «.( 127 )«de la longue, suivant qu'elle appartient à la première ou à la seconde syllabe de la racine. On conçoit même que l'instinct populaire ait mis à profit ces nuances vocaUques pour distinguer des formes primitivement identiques. Ainsi, la forme J*i se prononçait avec un silence après la voyelle forte quand elle était adjectif ou substantif; elle se prononçait avec un 'e à la suite de la voyelle forte quand elle était nom d'agent: J«li. De là l'orthographe JJU u celui qui possède » , et jJil* « roi ' ». Ce serait encore pour distinguer la troisième forme verbale de la première qu'on aurait prononcé celle-là jéli , au passif Jtyi , celle-ci jii , J**.

Je parlais plus haut d'une exception à la règle de la double valeur de la voyelle forte. Cette exception nous est offerte par les mots dans lesquels une consonne forte quiescente suit la voyelle qui porte l'ictus. Prenons, en effet, le nom d'action déterminé jï*. L'ictus tombe sur la syllabe ï, dont la voyelle dui-e une longue juste; les syllabes faibles suivantes, Jï, ont chacune la durée d'une brève; d'où la t

Qâ..f..îo ou Qât...lo

' Je ne parle pai des cas oA iXfi est simplemenl nne var thogTspbique de J^U. comme dans ^ji. pour <±>jL^.

— «•( 128 l'"— Qu'arrivera-t-ii si nous remplaçons la désinence faible - par la désinence forte I? La syllabe J va passer dans la seconde demi-mesure, et les syllabes AÏ devront remplir toute la première demi-mesure, soit l'iatervalle de deux longues. La syllabe faible X a la valeur d'une brève : il reste donc la valeur d'une longue et demie pour la voyelle forte de la syllabe * . Cette longue et demie ne peut être décomposée que de deux façons, soit en une longue normale suivie de l'élément sourd 'e, comme le \1 de Jsli , soit en une longue normale suivie d'un silence, comme le 1 de J*i. Dans le premier cas, la syllabe i* devient donc Qà..'e..t'; dans le second cas, elle devient Qâ-f (le trait représentant un silence égal à une brève). Mais nous avons vu que deux consonnes quiescentes successives ne peuvent coexister en arabe , et que, quand la première des deux quiescentes est une consonne faible , ' , j ou (^ , elle disparaît et est remplacée par la deuxième quiescente. C'est pourquoi Jji* , mesure | -<^ ^ | , se change en Jû» , mesure I -i> n| (cf p. 1 i6}. D'autre part, le silehce du groupe Qâ-(* étant fabsence totale de consonne et de voyelle , on peut évidemment l'envisager comme jouant le rôle de syllabe quiescente : le silence est, pour ainsi dire , le dernier terme de la quiescence. Par conséquent, en vertu de la régie d'euphonie énoncée cidessus , les deux groupes :

Qh;..r

et

Qât- f

se changent uniformément en

qLj -

oi, -

Plaçons maintenant

dans la seconde moitié d'une

mesure à quatre temps reçoit l'ictus sous-fort;

la syllabe J de jïï , laquelle nous obtenons la figure sui-

vante :

gJ,

- Im

qui nous montre i ° que les deux syllabes composées du mot Jxj sont séparées, dans la prononciation, par un silence égal à une brève'; 2° que la durée de la voyelle qui porte le temps fort reste la même,

' On avait déjà observé que lorsqu'un mot est formé de deux Kyllabea composées, le» Arabes, en le prononçant, font sentir un court temps d'arrêt entre les deui syllabes. Nous parvenoDS théoriquement à la méine conclusion.

J. As. Elirait n°5, (1876.) g

aussi bien dans la forme déterminée jîii que dans la ibnne indéterminée jilï , ce qu'il s'agissait d'établir. On me pardonnera cette digression; elle était nécessaire à la discussion des variantes que présentent les pieds ^Asli , (^^^ï^tsU , ^wijJLi et (^^y** , et je l'ai d'ailleurs abrégée autant que possible, ne m' occupant que des points indispensables à ma démonstration. Je crois n'avoir omis rien d'essentiel et pouvoir revenir sans plus tarder aux variantes îyjtà, (jïSU», , (ji,n'it>^-* et J^xi.

S 6. Rbjthme et mesure des pieds qui semblent avoir perdu un temps fort.

Puisque la forme Jjti est équivalente à JsU, la première ayant pour mesure :

et la seconde :

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