De l'expression générale
H = A cos' a -h B cos' p •+- C cos' 7,
il résulte encore des conséquences faciles et très -importantes pour simplifier la considération du mouvement d'un corps de figure quelconque. On voit, en effet , par cette expression que si deux corps quelconques avaient les mêmes moments d'inertie A, B, C par rapport à leurs axes principaux or, y^ z, ces deux corps auraient aussi le même momeut d'inertie H par rapport à toute autre droite h faisant les mêmes angles a , p, y , avec le saxes principaux. Donc, quand on ne considère que les moments d'inertie , on peut toujours faire abstraction de la figure du corps , ou pluiôt on peut toujours la supposer réduite à celle de quelque corps plus régulier tel qu'un ellipsoïde , ou même un simple parallélipipède rectangle, qui aurait les mêmes moments principaux d'inertie.
Supposons, par exemple, deux corps libres qui auraient lendême centre de gravité , les mêmes axes principaux et les mêmes moments d'inertie par rapport à tous les axes possibles menés par le centre. Si deux couples de même grandeur et de même sens les frappaient à la fois, leur rotation, qui ne dépend à chaque instant que des moments d'inertie relatif aux différents axes qui passent par le centre de gravité, serait exactement la même dans tout le cours du mouvement : de sorte que ces deux corps suivraient les mêmes rotations sans se nuire ou se favoriser en aucune manière. Ainsi le mouvement d'un corps irrégulier projeté d'une manière quelconque dans Tespace est le même que celui d'un simple rhomboïde rectangle, ou de Passemblage de trois verges rectilignes qui se croisent à angles droits dans leurs milieux , ou de tout autre corps régulier qui aurait les mêmes moments principaux d'inertie. Par cette considération , on éclaircit le problème de la rotation des corps, en substituant une figure plus simple et plus facile à concevoir, comme dans le mouvement de translation on réduit le corps à un seul point qui est le centre de gravité.
Mais il y a encore une expression bien plus claire de tout ce qui regarde les moments d'inertie d'un corps , comme nous lé verrons dans la seconde partie de cet ouvrage.
En attendant, il faut montrer comment on peut trouver le moment d'inertie d'un corps autour d'un axe quelconque, quand on connaît les axes, et les moments principaux d'inertie A, B, C, qui se rapportent au centre de gravité de ce corps.
77. Nous avons déjà vu que , pour un axe quelconque h qui passerait par le centre de gravité , le moment d'inei-tie H serait exprimé par la formule
H = A cos'a H- B cos' p -h C cos* 7,
a , p , 7 étant les inclinaisons de cet axe sur les trois axes principaux du corps.
Or il est facile de trouver le moment d'inertie d'un corps autour d'un axe
quelconque //', par le moment d'inertie H autour d'un axe parallèle mené
par le centre de gravité de ce corps.
Et , en effet, soient r' la distance d'une molécule dm du corps à l'axe h' que
l'on considère , r sa distance à l'axe parallèle mené par le centre , et D la
distance mutuelle de ces deux axes ; on aura , dans le triangle formé par les
trois lignes r', r et D ,
r'' = r' -h D' — 2 D r cos <p ,
«p étant l'inclinaison de r à D. On aura donc
f r'^ dm =z f r^ dm -\- mJy^ — ^Dfdm.rcostf, ^ou bien
H'=H-f-/«D'— 2D/ef/w.rcoS(p.
Mais r cos ^ marque la distance de la molécule dm au plan qui serait mené par le centre de gravité perpendiculairement à la ligne D ; on a donc, puisque ce plan passe par le centre , fdm . r cosf = 0, et partant ,
H'=rH-f-/7?D»:
c'est-à-dire que le moment d'inertie d'un corps autour d'un axe mené comme on voudra dans l'espace se troupe en prenant le moment d'inertie autour d'un axe parallèle mené par le centre de gravité, et y ajoutant le produit de la masse par le carré de la distance de ce centre à l'axe extérieur que Von considère.
78. On voit par là que les moments d'inertie d'un corps sont égaux pour tous les axes parallèles h' qui sont à égale distance D du centre de gravité de ce corps, ou qui forment la surface d'un cylindre droit et circulaire autour de ce centre.
Si l'on conçoit ce cylindre décrit, et qu'on le fasse tourner autour du même centre, dans une infinité de positions différentes, les moments d'inertie du corps relatifs aux génératrices // auront bien la même valeur sur chaque cylindre , mais ils varieront de grandeur d'un cylindre à l'autre. Mais si l'on fait tourner le cylindre dont il s'agit de manière que son axe décrive la surface conique qui répond à l'équation
A cos' a -i- B cos' p H- C cos' 7 = H = constante. Additions i854. 4
les moments d^inerlie du corps seront égaux par rapport à toutes les génératrices de cette infinité de cylindres.
Mais le système de toutes c^ droites n*épuise pas encore Tinfinité des axes autour desquels le corps peut avoir un même moment d*inertie donné. Car, si Ton fait varier à la fois H et D de manière que la somme H + /nD' reste constante 9 on voit qu'on aura encore une infinité de systèmes d'axes tels que les précédents , et autour desquels le corps aura le même moment d'inertie.
Quand on ne considère que des axes qui se croisent en un même point qnelconque O, tous les axes d'un moment d'inertie donné forment une surface conique du second ordre décrite autour de ce point. Quand on ne considère que des axes parallèles entre eux , tous les axes d'un moment d'inertie donné forment la surface d'un cylindre droit à base circidaire autour du centi% de gravité du corps. Mais quand on regarde indistinctement tous les axes possibles de l'espace , il y en a une infinité d'infinités qui répondent au même moment d'inertie donné. Toutes ces droites, néanmoins, ne remplissent pas tout l'espace ; car. H' étant donné, et H étant nécessairement compris entre le plus petit A et le plus grand C des trois moments principaux A, B, C, il est clair que la ligne D ne peut varier qu'entre certaines limites qui sont
Ht
Ainsi, en concevant autour du centre de gravité du corps deux sphères décrites des rayons D et D', aucun des axes qui peuvent répondre au mêm/ moment d'inertie H' ne peut entrer dans la sphère au rayon D, ni sortir de la sphère au rayon D'.