CHAPITRE VI PHÉNOMÈNES CONSÉCUTIFS A L'ADDITION
Dans le chapitre m, je me suis arrêté à jiropos de chaque calcgorie de plastides, au phénomèue de l'addition qui consiste simnlement en ceci : une substance miscible avec le prolopiasma est ajoutée au protoplasma. II est évident, par définition même, qu'aussilôll'addition effectuée, la substance nouvelle est încorpùrée h la aubslaoce vivante, comme, dans un verre, de l'eau ajoutée à du vin est incorporée à ce vin ; il est évident aussi, qu'immédiatement après l'addition, la substance nouvelle participe aux réactions de la vie élémentaire, autant que le lui permet sa nature propre ; si elle est aussi oxj'dable que les autres parties oxydables du protoplasma, l'oxygène de la respiration l'oxydera comcne les auti'escorpsprotoplasmiquesoxydahles,etainsi de suite.
Supposez deux alcools diiréreots, de l'alcool étbylique et de l'alcool méthylique par exemple, dans une lampe allumée ; tous deux pourront participer en même temps à la combustion dès que leur mélange sera efîectué. La quantité de chaleur, de travail, produite par la lampe, pourra être due aussi bien à la combustion de
PUÉKOMflNRS CONSÉCUTIFS A L'ADDTTIOS
l'un qu'à celle de l'autre. Eh bien, il en sera du protoplasma auquel s'esL ajoutée uue substance susceptible d'être consumée par la respiration, comme de la lampe à alcool méthylîque h laquelle on a ajouté de l'alcool élbylique; la nouvelle substance combustible sriii immédiatement employée pour sa part à la prodiiclion de l'énergie vitale du plaslide ; elle entrera dans la vie élémenlaire manifestée. On ne concevrait pas aisément une substance non ùierle, dissoute dans un vase à expériences oij se passe une réaction à laquelle elle peut prendre part, et qui resterait inaltaquée.
Revenons à notre lampe; tant qu'elle contient de l'alcool soit mélhylique, soit élbylique, elle continue de brûler et de produire de la chaleur, du travail, mais à mesure qu'elle fonctionnera en tant que lampe, la quantité de sa substance active, l'alcool, ira diminuant constamment et, Qnalement, tout cet alcool sera trans- Tormé en eau et acide carbonique ; il n'y aura plus d'alcool dans la lampe. Pour éviter ce résultat, alimenloiis successivement notre lampe avec des alcools de diverses natures; elle aura toujours les fonctions d'une lampe, mais son contenu sera de nature difTérente aux difféjcnts moments où nous la considérerons.
Il y a là une différenee absolue entre la lampe et un être vivant; quand j'ajoute de l'alcool éthyliqne à l'alcool méthylique d'une lampe enflammée, j'ai renou- > vêlé le combustible, mais je ne renouvelle pas l'alcool méthylique. Quand j'ajoute un aliment, différent du protoplasma, au protoplasma d'un plastide h. l'élat d'activité, je renouvelle le prolopla&ma même du plastifie. Autrement dit, l'ensemble de réactions qui conati' tue la vie élémeuLaire du plasLide, se traduit, non seulement par des phénomènes externes, par la production d'un certain travail, mais encore par la conservation d'une quantité de substances con^^liluuntcs du plastide, aussi grande' que celle qui est entrée en jeu dans ces
(1} El ntËme. nous le verruns plus loin, par une avi/inenlalion
S8 VIE DES ÊTRES MONOl'USTtn.UnES
réactions, c'est-à-dire par uue recoiislitulion des substances mêmea qui sonL actives dans les réactions considérées ', de telle manière que le plaslide conseroe ses propriétés.
Or ces réactions sont exlrémemenl complexes; il y a des échanges liquides et gazeux avec le milieu ambiant; il y a des combinaisons et des décompositions sans nombre à l'intérieur, mais la résultante de tout cela est une sorte d'équilibre mobile très remarquable, que tout nous fait constater et qui nous fait précisément dire que le plaslide continue de vivre. Voici un exemple un peu simplifié qui donne une idée de ce qui se passe : Gousidérez aujourd'hui dans le proloplnsma d'une amibe une vacuole de dimensions exiguës contenant un corps déterminé. Au bout d'un temps T après l'ingestion, la réaction de la vacuole indiquera une acidité a; au bout d'un temps T', un poidsp du corps ingéré sera dissous. Reprenez demain la même amibe qui aura pendant 24 heures été soumise à des additions, des difTusions, des échanges d'une complexité inouïe et faites-lui ingérer un corps semblable à celui d'hier dans les mêmes conditions. Au bout d'un temps T, l'acidité sera a dans la vacuole au bout d'un temps T' un poids p du corps ingéré sera dissous ; autrement dit une vacuole creusée dans le proloplasma se remplira par diffusion et dialyse des mêmes substances dans le même temps, ce qui prouvera que le proloplasma est resté le même. C'est l'ensemble de ces phénomènes vitaux dont le résultat est la constance de la
\composition, la conservation de toutes les propriétés
' de Cétre vivant, que l'on peut appeler assimilation au
' sens étymologique du mot.
C'est seulement grâce à cette assimilation qui fait
\ que l'amibe d'aujourd'hui est semblable à l'amibe
(1) C'est comm.
vase donlle liqui UD liquide diflén
t coaatammonl Je plein dans u
llllÈNOMÉNES COSSÉCCTITS A L'aDDITION 80
• i'hier, qu'on peut parier des propriétés spécifiques lies plastides; c'est grAce h ctWe assimîlalion que l'on coni;oit le déterminisme pliysid logique : Tel plastîde, Jaus Iclles et telles conditions, réagit toujours de telle et lirlle manière.
Vriilaune propriété lout à fait spéciale et qui manque à lotis les corps bruts. Nous ne connaissons en chimie aucune substance qui ne se détruise en tant que cornposé dé/ini chaque fois qu'elle réagit d'une maiiicre quelconque. Eu d'autres termes, en deboi'H de l'état d'indillerence chimique, la quantité d'un composé défini quelconque est toujours décroissante. Faites réagir un poids P (l'acide chlorhydrique sur du sodium, il vous restera ensuite, outre une certaine quantité chlorure de sodium, un poids d'acide chlorhydrique inférieur à P. Ceci est vrai pour tous les corps de la chimie dits corps bruis. Or nous sommes en présence du fait contraire dansles plastides vivants; le proloplasma est, nous le savons, ie siège d'un très grand nombre de re'actions; bI c'était une substance chimique ordinaire sa quantité diminuerait donc constamment, or elle ne diminue pas, mais même elle augmente, et cependant ses proprilês restent les mêmes; c'est donc un composé défini, qui au cours de réactions chimiques avec des corps di/féi'enlsde lui, s'accroU en quantité lout en restant composé défini'.
C'est cette propriété tout à fait nouvelle qui va nous permettre de caractériaer Ice corps vivants; il faut donc l'étudier avec beaucoup de soin. Et d'abord, cette prapriété des plastides est-elle encore une propriété chimique du protoplasma; se manifeste- t^el le dans un protoplasma séparé de sou noyau? Les expûrieocesde mérolomie vont nous répondre négativement.
(IJ Une des conséquences de ce ptiénoniËnc est que, ce qu'an appelle en chimie la râaclion (acide ou sli^alinc) du proloplasma de la gpomie, par exemple, ne clmn^e pat, ot reste, quoi qu'il aiTive, iadëpendante de celle du milieu. J'aurai besoin de celte remarque un peu plus lard. (V, p. ilO, Dégéiiéi-alion.)
VIE DES ÈTBKS MOMOPL,\3TlD.AlRE3
CnAPITRR VU MÉROTOMIE. — DÉGÉNÉRATION
J'ai expose Uans le premier livre les résultats des expériences de mérotonie que permet de constater une observation de courte durée, chez lagromie d"abord.
Poursuivons ro):)serva[ion du mérozoïle dépourvu de noyau, un peu plus longtemps; au bout de moins de . deux heures, quelquefois, l'apparence change, les contours se modifient i les corps étrangers amenés par le | hasard au contact de la masse isolée cessent d'y adhérer, ce qui prouve que la tension superficielle a augmenté ; enfin les diverses parties du réseau finissent par se r les unes des autres et par se rassembler en gullules à contour convexe ; il y a dégénéi'alion.
Si au début, nous avons fourni à la masse isolée un corpuscule de matière colorante sensible à l'alcalinité, ce corpuscule, englobé alors que e'est encore possible, nous permet de voir qu'au bout d'un certain temps la réaction de la masse isolée n'est plus indépendante de la réaction du milieu et varie quand on fait varier celle-ci, ce qui n'avait pas lieu chez la gromie pourvue de noyau.
Que concluons -nous naturellement de toutes ces remarques? C'est que, les conditions n'ayant pas changé à l'extérieur c'est la substance qui a changé, ce que nous observons n'est plus du proloplasma de gromie.
Noua ne pouvons pas songer un instant à dire que si notre substance ne manifeste plus la vie élémentaire du protoplasma de gromie c'est que le noyau absent déterminait tout à l'heure ces manifestations; en eiïet, pendant trois quarts d'heure «m mams après
MlIBOTOaiL'. — DECliNKRATrOS Ul
la séparation, la masse isolée, noua l'avons vu, offre toules les réactions obseiiiables d'une portion normale non isolée du réseau des pseudopodes d'une gromie. 11 est dirflcile de comprendre la conception viLaliste' qui a amené quelques auteurs allemands à considérer la conservation de la vie élémentaire manifestée pendant ce lapa de temps, comme une action après co«p (Nachwirkuug) du noyau. Nous avons constaté en détail à propos de chaqueordrede phénomènes, qu'il y aau début, respiration, mouvemeni, addition, absolument comme avant la séparation; tous ces phénomènes s^ont donc bien des propriétés du protoplasma de grnmie ; au bout de quelque temps tout cela change ; la substance en question n'est donc plus du protoplasma de gromie ; il y a eu déperdition (respiration) et addition, mais il n'y a pas eu assimilation et nous sommes amenés à concevoir dès le début que l'assimilation n'a lieu que dans une gromie nucléée, que seule une gromie iiucléée est capable de fabriquer du protoplasma de gromie quand on lui fournit l'osygèue et les autres substances nécessaires h la manifestation de la vie élémentaire.
Bruno Hofer a constaté chez l'amibe (Amœba Proteus) une dégénération semblable mais beaucoup plus lente ; de la masse dépourvue de noyau ; ce n'est qu'au bout de dix à treize jours que la désorganisation complète a lieu, or pendant cette longue suite de jours il se produit des phénomènes parlicuiiers qui compliquent le phénomène de l'addition ; c'est pour cela que j'ai renvoyé à cette seconde approximation l'étude complète de ce processus chez les mérozoïtea sans noyau d'amibes et d'infusoires ciliés.
Chez les rbizopodes lobés, l'addition ne peut avoir lieu qu'à la faveur du mouvement du plasiide ; son premier temps, l'ingestion, dépend en effet du déplacement de l'être comme nous l'avons vu plus haut. Or, . Bruno llofer a constaté que le fragment dépourvu de
(1) Ou plutôt anlhropoiQorphiste,
0^ V]E DES ÊTRES MOXOrUSTIDMRES
noyau n'adhnre plus aux corps solides et prend assez vite une forme grossièrement sphérique ; c'est le résultat de raugmentation de tension superficielle qui provient de la variation dans lacompositioudii protoplasmaj la teasion superficielle augmentant, la masse doit tendre de plus en plus à devenir sphérique malgré les influences extérieures ; ainsi elle ne peut plusa'aplalir au voisinage des corps solides et y adhérer; par conséquent elle n'aura que des mouvements d'ensemliie et ne Torniera pas de pseudopodes (voyez p. 60) ; Tingesliou sera donc devenue impossible comme le constate l'expérience.
Chez les infusolres ciliés', un mérozoi'le saas noyau qui contient ce qu'on est convenu d'appeler la bouche ou cytostome, c'est-à-dire i'entonnoir au fond duquel le protoplasma est à nu, continue pendant quelque temps à ingérer des corpuscules solides qui se trouvent normalement placés dans des vacuoles creusées au milieu du plasma; ce qui se passe ensuite, soit dans les vacuoles "Tofmées après la raérotomie chez les infusoires ciliés, soit dans les vacuoles formées peu de temps avant la mérotomie dans les parties non nuclcées des amibes, mérite d'attirer un instant notre attention.
Nous devons penser que les troubles survenant rapidement dans la composition du protoplasma auront un retentissement sur ce qui se passe dans les vacuoles creusées à eou intérieur.
Si on a fourni à l'amibe, avant la mérotomie, des corpuscules de substance colorante sensible et qu'on coupe brusquement l'animal de façon k ce qu'il existe dans la partie dépourvue de noyau une vacuole contenant précisément un tel corpuscule, on constate que le contenu de la vacuole devient acide comme dans les conditions normales; ce résultat est très peu important
(l) J'Ëtudierai un peu plus loin ce qui se passe cbex les infuaoires ciliés, quoique J'oie juaqu a présent nëêligâ ce groupe trop uompleie lie proloïoaires, à cause des expériences très com- ■ plËles de mérotomie dont ils ont été l'objet (Balbiani, Verworn, etc.).
IIEROXOMIE. — DEGliNEKATION 03
puisqu'il ne nous donne des riinBeignemeots qoe sur les premiers temps qui suivent la mêrotomie, alors que la survie du mérozoïte dépourvu de noyau est de plusieurs Jours ; pendant les premiers temps qui suivent la miTolomie, le protoplasma est encore du protoplasma d'amibe et les phénomènes de diU'usion qui se produisent vers une vacuole creusée à sou intérieur sont les mêmes que d'babilnde. Nous pourrions néanmoins conclure de cette seule observation, si certaines idées préconçues et certaines comparaisons avec les êtres pourvus de nerr= nous avaient fait penser que le noyau peut avoir une influence directe sur les diffusions vers la vacuole; si nous avions cru à l'existence d'une activité sécrétoire du plastide lui-même et non à une activité physique de la vacuole creusée dans le protoplasma, nous pourrions conclure, dis-je, que le noyau n'a aucune influence directe sur la sécrétion acide.
Or, Bruno Hofer a observé que les alimenta ingérés peu avant la mèrolomic, subissaient dans les Tragnients dépourvus de noyau une digestion plus ou moins incomplète et lente : ■ Cet auteur a vu que, lorsque les fragments sans noyau renfermaient des aliments abondants, une plus ou moins grande quantité de ceux-ci était rejetée sans avoir subi de digestion, tandis que lorsque les aliments étaient rares et de petit volume, •ils étaient souvent digérés. Dans les mêmes conditions, les fi-Egments pourvus d'un noyau digéraient toujours leurs aliments jusqu'à la dernière parcelle. Il conclut de ces observations queles fragments sans noyau n'emploient pour la digestion que la quantité de sucs digestifs qu'ils contenaient au nioniciil de !a division et sont iiicapablesdesecredw' de nouvelles quantités de ces sucs lorsque cette réserve est épuisée, que par couse'quent cette faculté ne s'exei'ce que sous rinfluence du noyau. Celte inlluence est sans cesse agissante chez les individus intacts et les fragments pourvus d'un noyau, tandis que chez les fragments sans noyau, elle ne s'exerce que par une action après coup (Nachwirkung) ».
94 VIE DES ETRES Mi
Celta inlerprélation bizarre qui fait intervenir ce phénomèae mystérieux (Nauhwirkiing) ne tîenl-plle pas à l'abus du mot Bécrétion qui a donné à l'auteur l'idée d'une activité propre de l'amibe, d'une certaine impulsion partant de l'intérieur de i'amibe, et l'a fait localiser ensuite le point de départ de cette impulsioa dans le noyau? Et cette impulsion partie du noyau peut encore déterminer après la séparation une activité sécrétoirel c'est bien mystérieux.
Tous ces phénomènes se rapportent au contraire parfaitement au fait que l'assimilation n'a plus lieu dans un protoplasma dépourvu de noyau ; ils donnent même une nouvelle preuve de ce fait. Au début, le protoplasma, qui est encore du protoplasma d'amibe, laisse diffuser les produits'^ifTusibles du protoplasma d'amibe ; d'où l'apparition d'acide dans une vacuole ; s'il y a une vacuole unique, cette vacuole drainant à elle seule une masse considérable de protoplasma se remplira des produits normaux qui font de son contenu un liquide digestif, et la dissolution des corps ingérés s'y fera petit h. petit comme l'a constaté Bruno Hofer. Si, au contraire, il y a plusieurs vacuoles, elles se partageront les produits diffusibles et comme ces produits ne sont plus renouvelés par le phénomène d'assimilation, le contenu de cbaque vacuole ne deviendra pas un liquide digestif complet ; il n'y aura donc pas dissolution complète des corps ingérés et c'est ce qu'a constaté Bruno llofer. L'on ne voit donc pas rulililé de faire intervenir dans ces phénomènes la mystérieuse « Nachwirkung » de l'auteur allemand.
M. Balbiani a étudié ce qui se passe dans les vacuoles , des mêrozoïtes non nucléés de paramécies. Ces mérozoîtes ne subissent la désorganisation qu'au bout de plusieurs jours et continuent de se mouvoir normalement jusque-là.
« 11 faut prendre ceux qui ont conservé la bouche complète de l'ancien individu, car, s'ils sont sans bouche ou n'ont qu'une bouche plus ou moins mutilée, ils sont
MÈBOTOMIE. — DÉGÉNÉRATION 98
incapables de prendre de la nourriture. Le plus souvent il est presque impossible de reconnaître d'avance si ces fragments d'individus sont dépourvus de noyau, car ils peuvent ne renfermer qu'une très petite portion (lu noyau primitif très difficile à distinguer en raison de sa transparence, sans le secours des réactifs dont, naturellement, on ne peut pas faire usage ici.
« Après avoir isolé dans quelques gouttes d'eau ou d'infusion un ou plusieurs Je ces fragments sur un porteobjet à cuvette, on y ajoute quelques grumeaux d'alizarine violette ' qui sont presque aussi rapidement ingérés que par les individus intacts.
« Parmi ces fragments, on reconnaît que la plupart renfei-ment des vacuoles d'ingestion contenant des grumeaux jaunes comme les individus intacts. Plus rares sont ceux où l'allzarine est restée violette. On recouvre alors ta préparation d'une lamelle mince sous laquelle on aplatit légèrement les fragments par soustraction partielle de l'eau, ce qui permet quelquefois déjà de reconnaître les fragments avec ou sans noyau. Pour achever la démonstration, on dépose sur le bord de la préparation une goutte d'une solution d'acide osmique qui n'a pas la propriété de modifier la couleur de l'alizarine violette, mais qui rend le noyau plus apparent quand il existe, A l'aide de ce procédé, j'ai pu constater que dans les fragments sans noyau l'allzarine ingérée avait conservé sa coloration violette. Cette observation ne laisse aucun doute sur l'influence que le noyau txerce sur la sécrétion acide dans les vacuoles alimentaires. •
Nous remarquons d'abord dans cette observation une différence avec ce que nous avons constaté dans le mérozoïte sans noyau des amibes ; mais il est bon de se rendre compte que les observations ne sont pas comparables. Chez l'amibe, le grumeau était ingéré avant
(I) L'allzarine violette dans la vacuole alcaline, vire au rose avec la diminuLioD d'alcalinité et au jaune avec l'apparition d'acidité.
0(1 VIE DES fiTHË' MONOPLASTlDArtlES
la inérolomie, et par conséquent nous avons observé ce qui se passie dans la vacuole immct/ialsmertl après TopéralioD ; l'aciciité par diffusion était donc aiiiai obtetenue h une épofjue où les mérozoïLes correspondants de paramécies n'avaient pas encore ingéré leurs grumeaux d'alizariue ; peut-être anrions-nous trouvé un résultat différent s'il nous avait été donné de nous renseigner à la même époqne sur des vacuoles nouvellement formées dans le mérozoïle de l'umibe, ce qui est impiissiblc nous l'avons vu.
L'observation que nous avons rapportée pour l'amibe, prouve que cbez cet être, la diffusion acide vers la vacuole se fait sans le secours du noyau ; l'observation de M. Balbiani sur les paramécies prouve que le protoplaama de ces êtres se modifle rapidement après l'ablation du noyau, qu'il n'y a plus assimilation dans un protoplasma dépourvu de noyau.
Que certaines propriétés du protoplasma (mouvement) se conservent beaucoup plus longtemps que d'autres (diffusions) cela tient à ce que les réactions qui produisent la première sont des réaclions lentes, usant lentement la substance qui les manifeste, que les diffusions au contraire épuisent naturellement très vile la réserve de substance diffusible qui disparaît aiusi an bout de peu de temps, n'étant plus renouvelée ; le phénomène diffusif ne se manifeste en effet que par perte de la substance diffusible elle-même.
Cela sera surtout remarquable chez les infusoires ciliés. L'amibe en eifet, pouvant être considérée au point de vue de sa surface extérieure comme une masse liquide homogène, se coupe comme une goutte d'huile sans qu'il puisse être question de plaie ; chacune des parties de l'amibe coupée présente partout au conlact de l'eau la mâme surface homogène, qui s'oppose à la diffusion vers le milieu autant que la surface normale d'une amibe entière. ^
Au contraire chei les ciliés qui ont une forme déter- I minée et une cuticule, il y a plaie et pendant cju'il y a |
MÉIIOTOMIE. — DÉGÉNÉn.VTION 07
plaie ( le plasma est exposé à s'imbiber, pnr la pinic. de l'eau ambiante ■ et surtout à perdre p'ar dilhision dans ■ l'eau ambianle ses principes les plus difFuaibles. Ceci a lieu plus particulièrement chez les paramécies ([ui comme nous le rapporterons tout àl'beure ont monln} à M. Balbiani une exception remarquable au pLênomène de régénération; d'une façon générale d'ailleurs, le même auteur a prouvé que chez les ciliés t le noyau influe sur la sécrétion de la cuticule au moyen de laquelle a lieu la cicatrisation de la plaie produite par la section, ce qui expose le fragment sans noyau à l'imbibitioa de l'eau amenant promptement sa désorganisation >.
Toutes ces particularités eipliqaent suffieamment que chez des mérozoïtes de paramécies observés quelque temps après la raérotomie, des corpuscules solides in:^éréa dans des vacuoles ne se trouvent pas environnés petit à petit, dans ces vacuoles, du liquide acide normal chez les plaatides nuclééa.
11 est important de résumer en quelques mots ce qui a rapport à la diffusion dans les vacuoles, car M31. Balbiani, Verwora, Hofer, attribuent au noyau une influence directe sur la sécrétion digestive.
Au point de vue où nous nous sommes placés nous pouvons répondre : Rien dans l'étude des matières inorganiques ne nous autorise à admettre qu'un corps situé en dehors d'une goutte d'eau et sans contact avec elle puisse influer en quoi que ce soit sur les phénomènes de diffusion dont celle goutte d'eau est le siêye de la part du milieu ambiant.
Nous nous sommes promis de nous expliquer, jusqu'au moment où nous serions arrêtés, les phénomènes qui se passent dans les plaslides comme si la substance de ces plastides ne différait pas essentiellement des autres substances connues ; nous nous expliquons tous les phénomènes de difl'usion comme on vient de le voir ; il est donc imitile, pour le moment (et rien ne nous y autorise), d'admettre cette chose mystérieuse, une
inlluenc tives » .
VIE DES ETilES MONOrj.ASTlDAinES
i directe du noyau sur les « s.crclio}ts diges-
Cicatrisation. — U y a deux parties distinctes h cnnsidérer daus celte nianifeslalion de lavieélêmenlaire : 1" la produolion d'une ciiLicuIe de nature quelconque qui sépare le protoplasma de l'exlorieur; 2° la récupération de ia forme primitive que nous étudierons plus loin sous le nom de régénération.
La première partie de ce phénomène a étë ramenée par les auteurs à une sécrétion; j'ai déjà cité le passage de M. Balbiani relalifau ciliés. M. Verworn a établi la même chose pour les rhizopodcs réticulés et lobés; par exemple : « Quand on sépare en plusieurs fragments le Polyslotnella crispa (réticulé marin), les fragmenta contenant les noyaux sont seuls capables de régénérer la coquille en sécrétant une couche calcaire à ia surface de ia plaie tandis que les fragments dépourvus de noyau ne régénèrent pas leur coquille et ont perdu par eonséquent la faculté de sécréter la chaux. »
De même les botanistes ont montré que pour les cclluies végétales, les fragments puurvus d'un noyau sont seuls capables de produire la cellulose nécessaire à la fermeture de la plaie.
Occupons-nous d'abord de ce dernier cas ; nous savons que dans l'œuvre de synthèse à laquelle nous assistons chez un plaslide k l'état de vie élémentaire manifestée et que nous appelons assimilation, il y a fabrication des substances spéciCques du plastide et en outre, dans certains cas, d'un certain nombre de substances ternaires : amidon, cellulose... etc., sur lesquelles je reviendrai ultérieurement. L'observation précédente nous prouve que cette synthèse de cellulose qui a lii:u normalement à la surface des plastides végétaux n'a plus lieu quand le noyau est absent ' ; c'est une
inHiK
: Il lumière.
(1) La fflbricalion d'amiJo:
constatée par Klebs dans un mèronolle de spirogyre et dans un proloplaEma chlorop/ij/llien dépourvu de nojaii, est un ptiéno-
MKIlOTOllIE. — nÉGÉNlÎBATION PO
nouvelle preuve directe que Vassimilation n'a lieu que dans un proloplasma muni de noj'au, et cela ne prouve rien de plus.
Chez uc rhizopode réticulé à coquille calcaire, c'est quelque cbose d'analogue; il peut exister dans le sarcode normal, par suite d'une élection spéciale à ce sarcode, des sels calcaires solubles qui disparaissent rapidement dans le sarcode dégénéré dépourvu de noyau; ces sels, carbonates par l'acide carbonique de la respiration peuvent se précipiter dans la couche superficielle du plastide où ils rencontrent des conditions particulières. Il est inutile d'insister sur ces pliénoniÈues dans lesquels on ne peut encore voir, pas plus que pour la diffusion dans les vacuoles digestives, une influence directe du noyau sur un mécanisme de sécrétion.
RégénérELtlon. — Ce phénomène capilul mérite de nous arrêter lon^'tcmps.
Nous avons vu, qu'au bout d'un temps variable aver les espèces de plastides, le protoplasma dépourvu de noyau se détruisait petit k petit par suite de Tabseuce d'assimilation.
Au contraire, après une expérience de mérotomie, le mérozoïte qui a conservé le noyau, se rêgénàre entièrement et reprend petit à petit la forme normale de rindividti complet.
Il y a des rbizopodes réticulés, foraraiuiféres ou radiolaires, chez lesquels existe un squelette calcaire ou siliceux d'une forme très variée et d'une complexité ej:tréme, constantes avec les espèces.
Eh bien, M. Vurworn a montré que si l'on casse la coque d'un de ces plastides, le fragment contenant le noyau reproduit le plastide entier avec sa forme carac tcristique quelque compliquée qu'elle soit; la calcification qui se produit à la surface de la plaie chez les
mène d'un autre ordre, si
I tôt)