‹ Théorie nouvelle de la vieChapitre 55 sur 73 · VIE. — F · texte numérisé non relu

VIE. — F

RES POLVrLASTinAinF.S

Noua retrouvona, aussi bien pour les éléments hislologiques que pour les plasLiciea isolés, les deux grands ordres de phénomènes par lesquels Claude Bernnrd caractérise la vie, mais renversés et ayant une signilication toute dilTérenle ;

■1° Les phénomènes de synthèse plastique, de crêatioi» VITALE, qui correspondent à f activité fonctionnelle des éléments (vie élémentaire manifestée, condition n" 1).

t" Les phénomènes de destruction plastique, de mort VITALE (?), qui correspondent au repos fonctionnel [condilion n° 2) ; pour les plasiides isolés particulièrement, celle destruction peut être très lente et presque insensible (condition n" 3, indilTérence chimique, vie élémentaire Iftiente), La différence principale entre les plasiides isolés el les élémenls anatoniiques est que, dans un milieu convenable, ces derniers sont à l'étal de fonctionnement intermillent, et ce fait seul prouve que ce sont des plasiides incomplets.

De cette loi de l'assimilation fonctionnelle, découle immédiatement une conclusion capitale :

Les machines que l'homme construit s'usent en fonctionnant; aussi ne se construisent-elles pas elles-mêmes, tandis que le contraire a lieu pour les êtres vivants. Le principe de la destruction fonctionnelle de Claude Bernard empêche de concevoir la synthèse morphologique ; si la glande s'usait en sécrétant, il n'y aurait pas de glandes ; si le muscle s'usait en se eonlraclant, il n'y aurait pas de muscles; si les corps vivants se détruisaient en vivant, il n'y aurait pas de corps vivants.

Le physiologiste qui étudie, à un moment donné de l'existence d'un chien, le fonctionnement des divers organes de cet animal, se borne à établir les règles de ce fonctionnement sans se demander comment s'est construit le corps qu'il observe ; pendant le temps d'une " observation physiologique, ce corps ne se modifie guère, aussi n'est-il pas facile de remarquer l'influence des opérations exécutées par l'animal aujourd'hui sur la forme qu'il aura demain. Eh bien, la destruction

LOI Dlî LASS1J1[I.,^TI0N F0>CT10K\ELUÏ 3^3

fonctionnel le empêche de comprendre, non seulement comment le corps devient ce qu'il est, mais encore, comment il reste ce qu'il est quand il est adulte. Celle théorie doit emprunter, pour expliquer l'.adaptation des organes à leur fonction, l'hypothèse téléologiste d'un plan préconçu i « En admettant que les piiénomènes se rattachent â des manifestations physico-chimiques, ce qui est vrai, la question, de son essence, n'est pas éclaircie pour cela ; car ce n'est pas une rencontre fortuite de phénomènes physico-chimiques qui construit charjue être sur un plan et suivant un dessin lixcs et prévus d'avance, et su-^cite l'admirable subordinalion et l'harmonieux concert des actes de la vie.

a II y a dans le corps animé un arrangement, une sorte d'ordonnance que Ton ne saurait laisser dans l'omhre, parce qu'elle est véritablement le trait le plus

saillant des êtres vivants Les phénomènes vitaux ont

bien leurs conditions physico-chimiques rigoureusement délerminées ; mais en même temps ils se subordonnent et se succèdent dans un enchainement et sitiuant une loi fixés d'avance : ils se répètent éternellement, avec ordre, régularité, constance, et s'harmonisent en vue d'un résultat qui est l'organisation et l'accroissement de l'individu, animal ou végétal.

( 11 y a comme un dessin préétabli de chaque être et de chaque organe, en sorte que si, considéré isolément, chaque phénomène de l'économie est tributaire des forces générales de la nature, pris dans ses rapports avec les autres. Il révèle un lien spécial, il semble dirigé par quelque guide invisible dans la route qu'il suit et amené dans la place qu'il occupe. • (Cl. Bernard. Leçons sur les phénomènes de la vie, p. SO.)

Et un peu plus loin ; « Ce n'est point par une propriété du protoplasma que l'on peut expliquer la morphologie de l'animal ou de la plante. C'est pourquoi nous séparons la synthèse morphologique qui crée les formes, de la synthèse organique qui crée les substances et la matière vivante amorphe. C'est comme

■2l\'t VIE. — liXRKS POl.ïPUSTID-^lhtS

UD uouvcau deyré do cornplicalion dans l'élude de 1» vie. Après- avoir fisé les condilions de l'Être vivant ûlcal (?) aniorphe, réduit à sb substance {?), il faut connailre l'être rivanl réel (1!) façonné, apparaissant avec un mécanieme, nue Itirmc spécifique'. *■ {/d., p. !i93.)

Celte remarquable cogrdinatiûn des nctes <Ic la vieest une conséquence immédiate de i assimilation fonctiunnelle. Un chien exécule aujourd'hui tel acte, aussi Compliqué que voua voudrez, résultant du fonctionucmeut d'autant d'éléuieals liistulu^ques que v-ous voudri'E. Tous les élcnients qui auruut fonctionitë dans l'accompliasemenl de cet acte se seront, par lu même, consolidés ai j'use m'exprimer ainsi ; iis le sei-onl d'autant plus que l'acte aura été répété plus souv-cnl, taudis que d'autres élcmeula restés mactifs dans le même temps se serniil l^nivcs à la condition n° 2 et seront, en conséquence, pai'liellement détruits.

Donc, un acte exécuté souvent devient de plus en plus facile à exécuter (actes iiabitueJs, hahtUidesj, tandis que, si la théorie de Claude Bernard était vraie, chaque fk)ia que cet acte a'exéoule, il provoquer^iit une usure des éléments dont le fouclionueiiient est nécessaire à son accomplisB«inenl, et deviendrait par suite de plus en plus ditQcile et même enfin impossible à exécuter, ce qui est contraire à l'observation.

Un réflexe qui s'opère, consolide le chemin par le(|uel il passe et suivra plus l'iicilement ensuite la munie route ; c'est le phénomtue élémentaire île la mémoire*. Dans la théorie de la destruction fonctionnelle, il n'y aurait pas de mémoire.

Les phénomènes de fatigue provenant de l'accumulalion (les substances R qui ne ^ont pas éliiuinées suHlsaminent vite, ou de l'épuisement des substances Q

(0 Voyei phis liauL, pofx 146. le cliapiiredels première partie intilulÈ Marphalogie et l'hysioLogie.

i2) liicn enlendu, je parie ici du phénomtiic |)liysiulogiquB da In tneinoipe, de la mémoire elie-mime, eL non lie I epijiiiénomfcno psvcliulogique de conscience qui l'accompagne.

LOI DR L ASSIMILATION Ftl\nTin-\-NFIT,R Jîlfi

insu ffi 3 a mai eut renouvelées, s'opposent a. l'aecroissemeal indéimi d'un lissu déterminé en nécessilant une période de repoa pendant laquelle les éléments de ce tissu sont à la cûiidilioii n" 2 et se délruiBent pptità petit. Il y a balancement dus accroissements à la condition a" 1 et des diminutions à la condiLion n" 2.

Summe toute, ce qu'est tm chien aujourd'hui s'explique caneLKTEav.m par ce qu'il étail kieret parloutce qu'il a fait depuis hier; ce qu'il était hier s'expliquait par ce qu'il élail avant-hier et par tout ce qu'il avait fait dans l'intervalle ; et ainsi de suite, en 7-emontant indé/lniment, jusqu'à l'œuf. Il y a une relation étroite eulro la physiologie et la morphologie, entre le fonctionnement et la morpliogénie ; la synthèse morphologique est une conséquence directe de la loi de l'assimilation fanetionnellc.

Il n'y a plus donc rien de mystérieu:î dans la corrélation des formes et l'adaptation si remarquable des organes à leur fonction. Quand, au cours de la segmentation de l'œuf, par suite des diverses conditions que nous avons étudiées plus haut, s'établit un groupe d'éléraenla qui se distingue du reste de l'enseinble, nous appelons ce groupe un oi-gane; quand la condition n° 1 se réalise pour ce groupe d'éléments, pour cet organe, il fojictionne ; c'est-à-dire que nous assistons à une manife'jtation extérieure provenant de l'ensemble dea vies élémentaires manifestées de ses éléments, et en même temps, il se développe, précisément par son fijiiclionnement, et de telle maoière que ce fonctionnement Eoit toujours possible ; quand l'organe e>t complètement développé, nous y voyons la fonction au sens où l'enlend Glande Bernard [v. p. 240) et si noua ne savons pas ce qui s'est passé avant, nous pensons que l'oi'gane a été construit en vue de l'accompUssenient de sa fonction.

Si, au contraire, ce groupe d'éléments qui forma un ensemble distinct, se trouve, dans la suite, ne pas fonctionner, rester an repos par suite du développement

éîîins rOtVPLASTTTIAin":

des organes voisins ou de toute autre cause, Il reste constamment dans la contlition n" 2 et entre en régression plus ou moins rapide ; d'où la loi des organes rudimentaires : Tout organe inutile (c'est-à-dire qui reste dans la condition n" 2 par suite des conditions générales de l'organisme) a une tendance naturelle à s'atrophier et à disparaître.

Dans certains cas, tous les organes, une fois constitués, deviennent inutiles (au sens de la phrase précédente) par suite de modifications dans les conditions générales de l'exislence ; ils se détruisent tous alors petit à petit' (dégradation parasitaire; disparition de tous les organes de locomotion chez les crustacés qui se fixent dans nn hôte et y vivent en parasites, etc.).

Je pourrais citer des milliers d'exemples empruntés à la zoologie et à l'embryologie et qui sont des vérifications a posteriori de ta loi de l'assimilation fonctionnelle : cela m'entrainerait à trop de détails. Ce qu'il faut retenir de tout ce qui précède, c'est que le fonclionnement d'un élément n'est jamais autre chose qu'un des phénomènes de sa vie élémentaire manifestée.

De quelle conception de la vie part donc M. Dclage* quand, attribuant la vieillesse et la mort à la dilTérenciation cellulaire, il se demande « pourquoi une cellule, différenciée ou non, ne peut-elle vivre\^) indéfiniment sans s'accroître et se multiplier; pourquoi ne peut-elle recevoir de la force et rendre du travail sans modifier sa substance, ou en parcourant, dans !^cs changements, un cycle fermé qui la ramène exactement - au point de départ? • Mais comment, alors, se construirait la machine animale dans laquelle nous observons celte cellule ? CommeM l'œuf de homard deviendrait-il homard ? Comment l'enfant devJendrait-il bomuie?

B le plan préconçu, l'Qilm

l'l^Vi~TT*Tl"N FONCTIOWNElli: 5B7

Ln. théorie des pla4iiies incomplets ne s'applique qu'aux métazoaires et surtout aux métazoaires supérieurs, au moins pour la plupart des éléments histologiquea CLinstituant le corps. Dans un arbre, chaque cellule vit pour bdu propre compte, pourvu que le milieu réalise les conditions de sa vie élémentaire manifestée. Aussi les phénomènea de bouture, de greffe y sont-ils fort compréhensibles ; ils le sont encore chez los animaux inrériours, mais de moins en moins à mesure qu'on s'élève dnna la série des métazoaires chez les plus élevés desquels ils deviennent de plus en plus restreints. Coupez la patte d'un chat et entretenez-y un courant de sang toujours renouvelé : se développerat-elle?Pas plus que la patte d'un chat qui, restée adhérente au corps de l'animal, a été privée de ses connexions nerveuses.

On voit que la théorie des plastides incomplets est en rapport avec la question de l'individualité et que l'individualité est d'autant plus nette que la diUérenciation cellulaire est plus grande. Avant d'aborder cette question délicate de l'individualité, je m'arrête quelques instants à l'examen d'une théorie assez généralement adoptée pour expliquer la différeociatioa cellulaire, l'excitation foiiclionnelle.

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