CHAPITRE XXIII L'INDIVIDUALITÉ DES MÉTAZOAIRES
J'ai déjà parlé de l'Individualité à propos des plnstides, mais cette notion, empruntée aux animaux supérieurs, n'offre que peu d'intérêt pour les protozoaires. Un individu est, au sens étymologique du mol, un corps qui ne peut être divisé sans perdre ses propriétés spe'ciales ; pour nn corps vivant, la propriété la plus spéciale est la vie; un individu vivant est donc un corps
l'individualité des métazoaires 2fi3
qui lie peut Être divisé sans que l'une au moins des parties résullant de la division perde la vie.
Un mctazoaire est une agglomération de plastidcs; les phénomènes de vie de cette agglomération sont, d'une part les manifestalions d'ensemble (coordination, synergie), la résultante des activités élémentaires de tous les plastides, d'autre part les réactions provenant, dans chaque plastide, de l'influence des plastides voisins, c'est-à-dire les particularités qui caractérisent la dépendance de chaque plastide par rapport à l'ensemble. Nous devons donc considérer l'individualité à deux points de vue ; 1° dépendance réciproque des éléments histologiques; 2" coordination, manifestations d'ensemble résultant des activités élémentaires de tous les plastides.
Au premier point de vue, le milieu intérieur nous donne une définition immédiate de l'individualité.
Considérons un chien, par exemple ; c'est, comme je l'ai déjà dit, un sac clos, traversé de part en part par le tube digestif, mais néanmoins absolument clos. Ce sac, constitué lui-même par des éle'ments histologiques, reorerine les éléments histologiques et le milieu intérieur.
Tous les éléments histologiques puisent dans ce milieu intérieur les substances Q qui leur sont nécessaires, et y rejettent leurs substances B. Il y adonc solidarité entre tous les plastides contenus dans le sac, en ce sens que les conditions dans lesquelles se trouve chacun d'eux, dépendent du fonctionnement de tous les autres.
L'individualité, ainsi définie, peut s'appliquer à un aquarium contenant des protozoaires, des microbes, des métazoaires, aussi bien qu'à un chien. Chacun des êtres vivant dans l'aquarium se trouve dans des conditions de milieu modiûées à chaque instant par tous ses cohabitants.
D'autre part, imaginez un parasite dans les tissus du chien, microbe, sporozoaire ou tout autre, il sera
2Cl
■ ÊTRES FOlïPLASTIDAinr:
également solidaire des éléments anatumiques du chien en ce sens qu'il se trouvera dans un milieu sans cesse modifié par eux et qu'il modifiera lui-même pour sa part. Combien de parasites ne peuvent exister que dans tel tissu de telle espèce animale parce que là seulement ils rencontrent les cooditious favorables & leur évolution ? Evidemment, si l'on défmisgait uniquement l'individualité par le milieu, il faudrait considérer ces parasites comme faisant partie de l'individualité du cbien el ce serait très raisonnable au point de vue physiologique.
On restreint la définition de l'individualité en introduisant la question d'origine. Feront seuls partie de l'individualité d'un animal les plastides provenant d'un plastide unique par voie de divisiou. Ceci élimine immédiatement les parasites et encore reste-t-il une certaine difficulté pour ceux qui, comme la pébrine des vers à soie, existent en germe dans l'œuf.
Mais ce n'est pas le seul point par lequel pêche une telle définition. Faisons h un chien une grelTe épidermique ou osseuse avec des parties empruntées à un de 6ÊS congénères, les cellules de cette greffe ne ferontelles pas partie de son individualité ? Elles ont pourtant une origine différenle.
De plus, considérons dans un tube de bouillon pur un microbe unique. Il se développe et produit des milliards de microbes semblables. Tous ces microbes ayant une origine commune et se trouvant solidaires les uns des autres dans un milieu commun formeut-ils un individu? Ceci introduit la question de continuité. M. Ed, Perrier définit un individu : c< tout ensemble de parties, capable de vivre par lui-même, formé de plastides ayant une même origine, et unis entre eux, soit par continuité protoplasmique, soit par simple contact, soit par l'intermédiaire d'une substance inerte produite par eux ». Il faut lire les réflexions de ce savant sur la notion de l'individualité dans la série animale ; on sera amené à considérer avec lui que l'iiidivisibilUé des
l'mmvmuATTTf; df,'; «fTMnAiiiKB 203
organismes siipérieura ayant donné naissance â la conception particulière de Vindividualilé, on a eu tort de vouloir étendre cette conception aux organismes inférieurs. On a d'ailleurs proposé un grand nombre de détinilions de l'individualité suivant qu'on a eu en vue l'individualité zoologique ou physiologique.
C'est de l'étude des vertébrés qu'est née l'idée d'individualité ; c'est chez eux qu'il faut l'étudier et essayer de lui donner un sens précis.
11 est certain que le milieu intérieur n'est pas & négliger; quoique les parasites Introduits éventuellement jouisàcnt de ce milieu au même titre que les éléments anatomiques, la nature de ce milieu joue un rôle capital dans la vie élémentaire manifestée des parties constitutives du corps.
La question d'origine est également importante ; un vertébré normal, qui n'a été l'objet d'aucuua gretlc et qui ne contient aucun parasite, est entièrement composé d'éléments provenant d'un plastide unique.
Mais, l'individualité n'est pas absolue en ce sens que toute partie séparée de l'ensemble n'est pas forcément condamnée à la destruction ; la greffe sur un autre vertébré semblable est possible ; l'œuf détaché de la mère peut se combinera un spermatozoïde du père et résister à la destruction.
La condition de continuité, au sens oii l'admet M. Edmond Perrier, suffi ta nous renseigner sur ce cas; la partie greffée sur un autre vertébré est détachée de l'individu, ne fait plus partie de l'individu puisqu'elle n'est plus eu continuité avec lui.
Eli bien, c'est à cette notion de continuité', mais entendue d'une façon plus spéciale, que nous aurons recours pour arriver à la notion d'individualité, de personnalité, telle qu'elle a été véritablement acquise dans le principe par l'observation grossière des vertébrés, de l'homme surtout.
Revenons au sac qui constitue le corps d'un vertèbre ; tous les éléments iiistologiques qui y sont contenus y
sùiil, chacun pour son propre compte, .-uniiiis aux réactioos de la vie élémentaire manifestée ; chacun d'eux influe par sa propre activité sur les conditions d'activité de tous les autres à cause des modifications qu'il apporte à la composition du milieu; cette composition reste sensiblement constante par snile du foiiclionnement simultané de tous les éléments et des échanges qui ont lieu entre le milieu et Textérieur. Donc tous les éléments sont solidaires les uns des autres comme je l'ai déjà dît. Hais s'ib ne l'étaient que de cette façon, les diUérences entre deux individus seraient bien faibles et exclusivement d'ordre chimique.
Il y a une continuité d'un tout autre ordre entre certains éléments histologiques, continuité grâce à laquelle un phénomène qui se passe dans l'un d'eux peut avoir un retentissement rapide dans un très grand nombre des autres, sans que ce phénomène ait déterminé, même localement, nue modilication seniiible du milieu intérieur.
Quelques éléments, les leucocytes par exemple, sont soustraits à cette continuité qui est la continuité nerveuse'.
On connaît la théorie des réflexes; j'ai exposé plus haut, rapidement, le mécanisme du plus simple des réflexes qui se ramène somme toute à l'influence probablement physique du fonctionnement d'un plasiide complet (élément périphérique + élément nerveux} sUr un autre plastide complet (élément nerveux + élément périphérique).
L'élément nerveux d'un tel plastide complet a soa- Tent un cyliodraxe d'une très grande longueur (jusqu'à un mètre chez l'homme). Or, les cellules nerveuses de ces divers éléments nerveux sont rassemblées dans
entendu, l'expressiOD : • conlii une coatiouitè de substance ( X, mais une conduction possible d' Ëme, par continuité dans l'étendue i iliguité d'un piaslide au plasiide vc
ns tout le système n bout à l'autre de m plastide complel,
L INDIVIDUALITÉ DES Ml5T,\:(0,».mES
des parties très localisées du corps et les prolongenients prolopJasmiques de chacuoe d'elles se trouvent en relation de contiguilé avec des prolongements d'un grand nombre d'autres cellules nerveuses dont les unes font partie d'un plastide complet à élément périphérique, dont les autres ont seulement des relations de conti-. guïlé avec d'autres cellules nerveuses analogues... etc. Je ne puis m'e'tendre ici sur cette description qu'on trouve dans toutes les anatomies récentes.
Eu temps ordinaire, tous les éléments nerveux du corps d'un vertébré sont en relation de contiguïté les uns avec les autres, de sorte qu'une réaction locale intéressant un seul nerf, une excilalion d'un élément périphérique sensible par exemple, peui avoir une répercussion dans tous les éléments nerveux et, par conséquent, dans tous les éléments histologiques qui sont en connexion avec les éléments nerveux. On donne le nom plus particulier de centres nerveux à des amas d'éléments nerveux qui sont en état de contiguïté plus intime entre eus qu'avec le reste du système ; naturellement, le résultat de Vexcitation d'un élément périphérî(|ue se transmettra de préférence, comme nous l'avons vu, par les points de plus grande contiguité, de moindre résistance. On conçoit donc que certaines excitations faibles n'influencent qu'un nombre restreint d'éléments analomiques, et particulièrement de ceux qui sont en relation avec le même centre nerveux ; mais les excitations plus fortes se transmettent k un nombre plus grand d'éléments. Néanmoins, ou voit que, si l'on délinit l'individualité par la continuité nerveuse, chaque centre nerveux déterminera en quelque sorte une individualité de second ordre.
Qu'un phénomène de discontinuité se produise pour une raison quelconque (sommeil par exemple) entre un centre nerveux et le reste du système, il y a momentanément deux individualités distinctes.
Les épiphênomènes de conscience que nous cludlerona daii.^ la deruiêre partie accompagnent les phénomènes
2C8 VIE. — ÊTRES POLÏPLASTIHAIRES
de conduction nerveuse ; l'inlividualilé psychologique est donc parallèle à l'individualité physiologique définie par la continuité du syalëme nerveux. Or, il est bien certain que la notion première d'individualité est venue de celle du moi; l'individualité physiologique qui n le plus de rapport avec l'individualité au sens vulgaire doit donc être dérinie par la continuité du systëme nerveux.
Mais tous les éléments histologiques qui entrent dans la coQstitation du corps d'un homme, par exemple, ne lont pas partie de l'indivldualilé ainsi déflnie ; cette individualité ne comprend que les éléments nerveux et les plastides incomplets qui sont en connexion immédiate avec quelques-uns d'entre eux ; les leucocytes, par exemple, les produits génitaux, sont en dehors de l'itidividualité ainsi définie.
Il y a donc, somme toute, deux manières de déQnir l'individualité : l'une par le milieu intérieur, qui comprend, outre tes éléments du corps, tous les parasites internes, l'autre par la continuité nerveuse qui ne comprend pas certains éléments provenant notoirement de l'œuf. Celle dernière correspond seule à l'individualité psychologique; elle n'entraîne pus la nécessité d'une origine commune ; des plastides incomplets provenant d'un être B et ayant contracté par greffe des connexions avec des éléments nerveux d'un autre être A, foni partie de l'individualité par continuité nerveuse de ce second être A.
La possibilité de la greffe prouve que l'individualité n'est pas absolue même chez les êtres les plus élevés ea organisation, l'homme par exemple. Elle devient de plus en plus confuse h mesure que l'on trouve, en descendant la série animale, des séries de centres nerveux (Je plus en plus indépendants les uns par rapport aurc autres (vctb, échtnodermes, etc.) ; elle est presque inconcevable chez les cœlentérés où il existe seulement un certain nombre de groupes épithélio-neuro muaculaires comme nous l'avons vu plus haut ; on sait en effet que
l'iNDIVtDCIALITÉ DES MÉTAZOIIBES 2(19
des morceaux quelconques d'une hydre peuvent reproduire une hydre complète; enfin, elle n'existe plus du tout dans les colonies de protozoaires et chez lea végétaux. Ce n'est donc que par une série de conventions que l'on arriverai définir l'individu dans chaque groupe zoologique.
En dehors de la question du moi, que signifie la notion d'individualité par continuité nerveuse chez les êtres les plus élevés en organisation, lea mammifères par exemple? Elle correspond à un certain nombre de caractères difléreuciels qui Tont distinguer un être de tous les autres êtres semhlables, carantères diUéreuciels qui provienueut de l'ageucement particulier du système nerveux. Or, étant donné ce que nous savons sur le rôle raorphogénique du fonctionnement nous devons prévoir qu'il sera absolument impossible que deux êtres d'une même espèce soient identiques; en admettant même que ces deux êtres provinssent d'œufs rigoureusement identiques', il i'audrait admettre qt. ils se sont trouvés, tous deux, rigoureusement dans les mêmes conditions pendant tout leur développement, ce qui est irréalisable; or, un chien aujourd'hui est le résultat de ce qu'il était hier et de tout ce qu'il a fait depuis hier ; il y aura donc toujours des différences individuelles qui se manifesteront par la manière de réagir à tel ou tel excitant.
L'individualité variera donc à chaque instant, par l'assimilation fonctionnelle ; mais à l'état adulte, il y a nne corrélation qui fait qu'elle se maintient presque identique à elle-même pendant assez longtemps , en dehors de l'état adulte, il se produit avec le temps dans ce que nous appelons un même individu, depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, des variations d'arrangement bien plus grandes que celles qui distinguent, h un même moment, deux adultes dillérenls.
(1) Ce qui est presque impossible, nous le verrons, puisqu'il iaudrait pour cela que tous les ascendants de ces deux teiiia aient toujours été dans tes mâmes coni^itions depuis l'origine.
- ÉTBES PtiLYPLAsriD AIDES
A l'état adulte, pendant que rindividualité se modifie peu, il faut néanmoins se rendre compte que la substance constituante est sans cesse renouvelée ; seul, l'arrangement des parties persiste, à peu de chose près, grâce & l'assimilation fonctionnelle.
CnAPITRE XSIV VIE; ÉTAT ADULTE; BALANCEMENT ORGANIQUE
Claude Bernard, considérant la notion de vie comme une notion primitive, déclare qu'il est illusoire de chercher à la définir ; tout ce que nous venons de voir dans les chapitres précédents nous moiitru que la vie d'un métazoaire est quelque chose d'extrêmement complexe et que si nous échouons dans un essai de déSniliuo de la vie, c'est parce qu'elle est trop compliquée et non parce qu'elle est trop simple, ou plutflt parce qu'elle est trop différente dans chaque cas dilTérent.
( 11 suffit qu'on s'entende sur le mot Die pour l'employer; mais il faut surtout que nouii sacliiuns qu'il est illusoire et chimérique, contraire à l'esprit même de la science, d'en chercher une définition absolue. » [LeçoilS sur les phénomènes de la vie, p. 24.)
J'ai déjà fait remarquer que le mot vie s'appliqua dans tant d'acceptions diverses, qu'il est impossible de • a'enleudre sur le mot vie », si on ne restreint pas su signiflcatioU, et j'ai commencé par séparer de l'ensemble des êtres dits vivants, tous les êtres monoplastidaires. Nous avons vu que la vie élémentaire de ces êtres est susceptible d'une définition précise et générale. La vie élémentaire manifestée, la vie élémentaire latente, la mort
VIE, ÉIAT AOtlI-TE, BAlASnFMPNT OBOANIOL'Ë 27i
élémentaire se définissent de même rigoureusement. En essayant de définir la vie, qui se rapporte non plus à des ptastldes, mais à des agglomérations de plastides, noua aurons donc le droit de nous servir des expressions précédentes comme de termes parfaitement clairs.
Mais nous allons noua heurter immédiatement à une grave difficulté; nous avons vu, dés le début Je etllc seconde partie, que ce qui caractérise le plus nettement la vie, c'est la coordination d'un très grand nombre d'activités élémentaires ; un métazoaire, consjdéhé a l'St^t ACULTE est donc comparable de tout point à une machine montée. Si nous voulons définir cette machine montée d'une manière tellement complète que notre définition a'appiique exclusivement â la machine capable de fanetianiier (vie) et non à la machine hors duaage (mort), comme la suppression du moindre rouage peut entraver la marche de la machine, nous sommes forcés de décrire minutieusement loule la machine, ce qui est impossible dans la plupart des cas, puisque nous ne pouvons connaître la plupart de ses pièces cachées à l'intérieur, qu'après que la machine a été démolie (mort) et que cette démolition de la machine, dans le cas des êtres vivants, entrmne la destruction plus ou moins rapide de ses rouages.
De plus, en vertu de l'assimilation fonctionnelle, la machine varie à chaque instant dans sa structure par son fonctionnement même; il faudrait donc, pour définir la vie d'un chien â chaque moment précis, décrire complètement ce chien à ce mème^noment précis,
Une définition générale de la vie considérée chei les ai.luites entraînerait donc la description, à un moment donné, de tous les individus de toutes les espèces à ce moment donné. Il est inutile de montrer que c'est iuipos- Mble.
Dans une définition générale et complète des machinoa à vapeur, on étudie d'abord la vapeur et ses propriétés, on explique comment la vapeur peut être une source de mouvement et ensuite on décrit minutieusement,
97£ VIE, — ÉTIIES rOLÏPLASTIDAIRES
pièce à pièce, louLes lea machines à vapeur, sans quoi il est inipoi^sible à quelqu'un qui ne connaissait pas jusque-là les machines à vapeur d'affirmer que telle ou telle de ces maeliines est en bon étal ou hors d'usage. De même, dans une définition générale et complète des Cires polyplastidaires adultes, nous commençons par cLudier les plastidcs, c'est-à-dire la vie élémentaire et ses propriétés, et il faudrait ensuite décrire pièce à pièce tous les êtres polyplastidaires adultes, ce qui est impo»-
D'ailleurs, étant donné ce que nous savons du lîea étroit qui rattache la physiologie à la morphologie, )e fonctionnement à la inorjilmgênie, il semble que sil'oa pouvait donner une dédiiitiun immédiate de la vie de tous lea êtres polyplastidaires adiiilea k un moment donné, on enseignerait par cette seule définition toute la zoologie et toute la botanique.
Kh ! bien, c'est précisément ce lien de la physiologie cl de la morphologie, cette action morphugénique du fonctionnement, cette propriété de l'organisaie de se ronstruire lui-même qui va nous permettre de sortir d'embarras ; mais pour cela il sera nécessaire d'envisager la vie pendant toute sa durée et non plus à un moment donné de l'état adulte.
La vie commence à l'œuf fécondé ; nous verrons plus loin, h propos de la reproduction des êtres polyplastidaires en général, que les deux gamètes qui s'unirsent pour former l'œuf ne sont pas des plastides complets, ne sont pas doués ue vie élémentaire, mais sont des amas de substances plastiques dont chacun séparément ne peut être qu'à la condition n" 2. Pour un être qui provient d'un reuf fécondé, il y a donc un eommencemenl bien net : vie élémentaire apparaissant par la fécondation même; puis me provenant de la bipartition (non suivie de séparation) qui est la conséquence natui'elle de la vie élémentaire manifestée de l'œuf. A partir de la première bipartition, la vie existe, elle se continue au et urs des bipartitions successives, qui donnent une
VIE, ÉTAT ADULTE, BALANCEMENT OnGAMOUE 373
agglomération de ptastkles de plus en plus nouibreuaca, elle a donc des caractères particuliers à chaque moment puisqu'elle se rapporte à un nombre variable d'éléments disposés d'une manière qui varie à chaque instant.
A chaque instant, l'agglomération polyplastidairc considérée est vivante; Il ya à considérer sa vie à trois points de vue : 1° en tant que xtructure ; 2" en tant qu'é(ai ; 3" en tant que phénomène ; mais ces trois manières (le considérer la vie ne peuvent en général se séparer ; ce n'est plus comme pour la vie élémentaire, propriété, qui pouvait se manifester ou ne pas se manifester suivant les cas.
L'état d'indifférence chimique, par exemple, si fréquemment réalisé pour les plastides isolés, ne pourra pas l'être en général chez les métazoaires, jamais cliez les vertébrés; chez un vertébré, en effet, la différencialion des éléments histologiques est extrême; il faudrait des conditions très spéciales à chacun d'eux pour qu'ils pussent, sans se détruire, passer à l'état de vie latente ; or, on sait avec quelle facililé les moindres modifications de milieu détruisent ces éléments déiiciits. De plus, si la vie latente était réalisée pour un grand nombre d'entre eux seulement, les modifications qui en résulteraient dans la composition du milieu intérieur tméneraient la destruction des autres.
Chez un vertébré doue, il n'y a pas à considérer la vie latente et la vie manifestée. La vie indique un étut de choses qui ne peut cesser d'être sans que les vies élémentaires des éléments histologiques soient rapidement détruites ; la vie est sans cesse manifestée ; le mot vie représente donc toujours chez un vertébré un état particulier d'un corps doué d'une structU7-e particulière et qui, k cet état particulier, présente des phénomènes particuliers. En d'autres termes, par opposition avec ce que nous avons vu pour les plastides, un vertébré vivant esl toujours en train de vivre '.
KES POLl'I'LASTIbAlIlBS
Ungraod nombre des éléments bistologtquesaontdes plastideâ incomplet ; aussi leur vie élémentaire manifesiée est-elle diacontinue.
Pendant ces intervailes de discontinuité, il y en a qui se détruisent ; l'être vivant se compose â un moment donné de tous ceux des élémenls liistolngiijues qui font partie d'un plastide complet; tous les phénomènes qui résultent de l'activiLé partielle ou totale des éléinenta histologiques d'un être sont des phénomèaes de la vie de cet être ; nous constatons en général, par suilfi de l'assimilation fonctionnelle, une telle coordination entre tous les éléments constitutifs d'un métazoaire, que l'activité qui se manifeste dans une partie ou dans l'ensemble de ces éléments, entretient des conditions de milieu n'entraînant pas leur destruction.
Eh ! bien, tant que cela dure, nous disons que l'être est vivant ; quand cette coordination cesse et que, par suite, la plupart des éléments histologiques sont condamnés à une destruction fatale, mms disons que l'être meurt ; noiis verrons plus loin que l'on peut ^définir la mort dans chaque cas particulier sans emprunter rieo & la notion de vie. Nous définirons donc la vie en déterminant son commencement et sa fm. La vie commence à l'œuf fécondé; elle unit à la mort; nous savons ce que c'est que l'ceuf fécondé qui est un plaslide doué de vie élémentaire ; nous verrons plus loin ce que c'est que la mort. Entre la fécondation et la mort, l'être est vivant ; sa vie est caractérisée h chaque instant par une sli-jiclure spéciale qui dépend de la structure existant un instant auparavant et de tout ce que l'être a l'ait
peuvent Ôlre desséchés complètement, I ture caractéristique rie la vie (3nliydral]i< hislalogiques passunl donc ti la Tois à I lalenle sans qu'aucun d'eux se détruis* divers èléuieats subsiste et se retrouve quand l'tiumidité est rendue k l'anirnal.
Hais c'est la une enceplion fort rare ; e
depuis la fécondation jusqu'à la mort.
Duien gardant la slrucise) ; tous leurs éléments 'étal de <ie élémenliire ; 1b coordination de ces manifestement la mâma
1 général, un métaioalro
Ml-.. ÉTAT ADULTE, BALANCliME.ST ORGAMQUi; 273
dans l'intervalle (v. p. Sbîi) ; elle se manifeste à chaque instant par des phénomènes spéciaux qui de'pendenl de la structure correspondante et de Vélat des éléments au mÉme moment, ea rapport avec les conditions de milieu.
A partir du moment où il y a deux plastides accolés, on ne peut plus parler de vie élémentaire pour l'embryon', car l'un de ses plastides sera plus ou moius dépendant de l'autre; l'ensemble des réactions qui ae produisent dans l'un d'eux h un moment donné peut différer, par suite de l'action de son voisin, de ce qu'il sérail si le plastide était seul dans le milieu ; en particulier, la di'^Iribulion des substances plastiques dans chaque plastide pourra être influencée par la présence de l'autre, puisqu'il y a toute une partie de la snrface de chacun d'eux, la surface de contact, qui est dans des conditions d'échanges différentes de celles du reste de la surface. Il se pourra donc que, dès la bipartition suivante, chacun de ces deux plastides donne naissance à des plastides différents. Cela est même possible dès la première bipartition quand l'œuf était déjà un plastide dissymétrique. Les intéressantes e.xpériences de Ghabry ont montré le degré d'indépendance des premiers blastomêres.
Mais c'est surtout à partir du moment où la blastosphère aura un milieu intérieur que la division des plastides pourra devenir hétérogène, comme nous l'avons vu plus haut.
Dès ce moment, l'individualité physiologique est établie par la présence de ce milieu intérieur commun ; il se peut, suivant le degré de différencialion provenant des divisions hétérogènes, qu'une partie séparée de l'embryon dans une expérience de mérolomie contienne ou ne contienne plus, tout ce qui est nécessaire
1) Ou, du moins, il n'y a pas à coiL^idérer que la vie éléraente ries plastides constitutifs de l'emUryOD, mais bien aussi la ({uï résulle (le leur association.
■ ÉTHES POLÏPLASTIDAIHES
i. la manifestation de la vie élcmenlnire de ses dilTérentes parties. Dans le premier cas cette partie séparée i;onlinue d'aï^aimiler (hydre d'eau douce adulte), dans l'autre cas elle se détruira infailliblement. Tous ces points demanderaient à être exposés avec détail ; je no puis que les indiquer.
L'embryon croit naturellement par suite de la via élémentaire manifestée de ses divers éléments. Ai-rêtons-nous un instant aux condiliuns cliimiquea de celte «roiasance.
Quand il s'agissait de plaslides libres dans un milieu, nous constations qu'il fallait un certain temps pour que l'assimilation se produisit ; les réactions de l'équation (II) sont en effet successives comme nous l'avons vu ; dans tous les cas, pour une espèce déterminée, nous savions, dans des conditions déterminées et supposées inviiriables, calculer î. en fonction du temps. Autrement dit, si nous avons observé que > ^= 2 pour un intervalle d'une heure, nous savons que 1 = 2° pour un intervalle de n heures en supposant que les conditions n'ont pas changé. Mais, quelque grand que soit le milieu par rapport au plastide, les conditions changent forcément par suite do la diminution des substances Q et de l'augmentation des substances R.
Dans un moût sucré, la levure de bière cesse de s'accroître à un moment donné, par la simple augmentation des substances R; elle retrouve les conditions de sa vie élémentaire manifestée dans un moût nouveau {rajeunissement de la levure).
Considérons maintenant un métazoaire et son milieu intérieur ; nous le savons, c'est entre ce milieu et les élémenls histologiquea que se produisent les réactions de la vie élémentaire manifestée de ces derniers. Or le volume du milieu est très restreint relativement au \olume des éléments histologiques ; la diminution des substances Q et l'augmentation des substances R aura donc ici une influence considérable. La nutrition du milieu intérieur réparera les pertes de substances Q,