‹ Théorie nouvelle de la vieChapitre 65 sur 73 · CHAPITRE XXVIII HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII HÉRÉDITÉ

T y a pas de question plus vaste et plus controversée ; elle mériterait donc des développements qui sont incompatibles avec les dimensions restreintes de ce volume, mats elle peut se résumer de la manÎËre suivante : deux œufs identiques, dans des conditions identiques, donnent des développements identiques. Tant que les blostomères sont des plaslidcs complets, leur arrangement particulier n'influe pas d'une manière très considérable sur le sort de chacun d'eux ; il n'en est plus le même quand il y a des plastides incomplets coordonnés par des éléments nerveux, car alors, des variations très faibles peuvent entraîner des divergences assez considérables ; ce sont les divergences individuelles. Nous l'avons vu plus haut : l'adulte est déterminé d'abord par son œuf, ensuite par tout ce qu'il a fait depuis l'œuf [assiniilalion fonctionnelle, p. 233). Somme toute, l'œuf détermine l'espèce, le fonctionnement individuel détermine les divergences individuelles. Il y a donc à considérer dans la ressemblance de deux adultes des caractères véritablement héréditaires, tenant à la similitude de leurs œufs et des caractères acquis tenant à la similitude des milieux où ils ont vécu et des manières dont ils ont vécu. La grande question est de savoir distinguer ces deux groupes de caractères. Elle est d'autant plus difCcile à résoudre que certains caractères acquis successivement par tous les êtres de plusieurs générations peuvent devenir héréditaires

L'œuf est en effet un'plastide; de l'œuf jusqu'à

30i VIE. ^ i';TRE1^ rOLÏPr\STID.\IRES

J'ovule il y a une sécie iriiulerroiupae de plastides se reproduisant daus ua milieu déterminé par le genre de vie du métazoaire dans lequel ils sont parasites. Rien d'étonnant donc à ce qu'ils subissent des modifications en rapport avec ce genre de vie [Adaptation au milieu). Ces modifications d'ordre chimique se produisant aussi bien chez le père que chez la mère puisqu'il y a similitude de genre de vie pour les deux sexes, la fécondatiou ne les fera pas disparaître, d'oii l'évolution de l'e.-pèce chez les métazoaires comme chez les protozoaires.

Eh bien, il se trouve que, dans certains cas, les modificaliona produites dans la chimie de l'œuF par certaines particularités de la vie des parents, se traduisent morphologiquement par des caractères identiques chez le fils ; mais il ne faut pas oublier, quand on fait de semblables remarques, de tenir compte des conditions dans lesquelles a vécu le fils lui-même et de la part qui peut provenir de ces conditions dans sa ressemblance avec ses parents.

Chez les animaux supérieurs, le développement de rindividu est guidé par ses parents ; l'éducation, déterminant les diverses manifestations fonctionnelles du fils, a sur lui une influence morphogène considérable {y. p. 314); l'adulte est le fruit de l'éducation autant que de l'hérédité. Voici un Annamite qui parle annamite et qui ayant construit son appareil vocal (centres nerveux -h larynx) en parlant annamite, ne peut articuler le français. Prenez son fils à sa naissance et transportez-le en France, il construira son appareil vocal en parlant français et aura par conséquent un appareil vocal tout différent de celui de son père ; il aura certains caractères qui le feront reconnaître pour Annamite, mais il n'aura pas l'organe vocal caractéristique de sa race; voilà donc un caractère morphologique qui est le résultat de l'éducation et non de l'hérédité. II y en a des milliers qui se traduisent par le vieil adage: L'habitude est une seconde nature, ce qui est une con-

nÊRÉMTÉ SON

séquence immédiate de la loi *J'assimilalion foaclioiinelle'.

L'hypothèse d'une tendance au perfectionnement est une iMusion qui provient de l'éducation et n'a rien à voir avec l'hérédité proprement dite.

La loi de Serres, que« l'embryologie est la répétition de l'anatomie comparée », a été formulée à nouveiiu par Fritz Millier sous une autre forme i « l'ontogénie est parallèle à la phyjogéuie, » ce qui veut dire que depuis l'œuf jusqu'à l'élat adulte, l'individu traverse des états analogues à ceux qu'a traversés son espèce depuis l'ori* gîne jusqu'à l'élal actuel. Il y a évidemment dans cet énoncé une grande part d'hypothèse que l'on pourrait diminuer en se rendant compte d'abord de la signiUcalion générale de l'état adulte. Voici plusieurs crustace's différents qui passent tous, au cours de leur développement, par uu stade nauplius. Y a-t-il eu jamais un animal adulte qui eût la forme nauplius î Rien ne nous permet de l'affirmer. Ce dont nous sommes certains, c'est que pour beaucoup d'espèces diflérentes de crustacés, il y a nn moment du développement où la forme fondamentale est la même.

Tous les chênes que nous connaissons ont passé par un stade à deux feuilles, et cela est vrai pour tous les arbres dicotylédones. 1' a-t-il jamais eu un ancêtre commun à tous ces arbres et qui fût adulte avec deux feuilles î Rien ne nous force à le croire.

Les propriétés chimiques des substances plastiques qui constituent les œufs comme tous les plastides, permettent de classer ces œufs, comme ces plastides dans de grands groupes souvent 1res bien caractérisés. Les

(1) H. Uelage {Op. cil., p. 620) Tait Jouera l'excitation fonclionnelle le rôle que j'atiritiue à l'assImilatioD ronctionnelle : • Est <li:)ËrminÉ dans l'œuf, cela seul que .l'excitBUoo fonctionnelle ne ilélermine pas. • En réalité, l'encitalion ronctionnelle n'est i|irune illuaion provenant d'une mleriirélaliun erronée de l'assii.iilalion fonclionncUe.

végétaux sout ceux qui comptent la cetluloec au nombre leurs substances li, les arlhropoiies sont remarquables par la production de chitine et aussi par d'autres pailicuiarités qui noua sont moins faciles à remarquer chimiq usaient, mais qui les difTérencient des iiêraatodes : les échinodernes, les vertébrés ont cerlainemeat aussi des caracLêrisLiques chimiques.

Eh! bien, supposons défini chimiquement, d'une manière complète et générale, l'œuf de tous les eruBtacés par exemple. Nous saurons que le développement de cet œuf, lorsqu'il a heu dans un milieu absolument libre ', donne à un certain stade (caractérisé peut-être car on nombre exactement déterminé de bipartitions) une agglomération polyplaslidairs qui, pour avoir ooe forme spéciale à chaque espèce, n'en offre pas moins dans toutes les espèces certains caractères communs qui font que nous l'appelons nauplius d'une manière générale. Pour aucune espèce connue celte forme naupUus n'est adulte, c'est-à-dire que pour aucune espèce connue, l'équilibre des proQts et pertes nécessitée par la lenteur de rélîmination des substances R n'est délinitif à ce stade ; c'est une période transitoire commune à tous les crustacés considérés et, si vous vouiez, une caractéristique des propriétés des œufs correspondants. Pourquoi supposer qu'il y a eu des nauplius adultes? Nous pouvons seulement affirmer que la fonction Crustacé est caractérisée par une forme nauplius dans certaines conditions et, nous devons penser que dès qu'il y a eu sur la terre un œuf d'un cmstacé, il a passé au cours de sa segmentation par une phase nauplius.

Les vertébrés ont tous des fentes hranchiales au cours de leur développement. Suivant les conditions où ils se trouvent, ils s'en servent ou ils ne s'en servent pas ; s'ils s'en servent, ils les entretiennent par assimilation fonc-

(1) Dans les types où il y a peu de vitellus, par exemple cliez le Penœus.

UÉHÉDITÉ

lionneUe ; s'ils ne s'en servent pas, elles s'atrophient; or les eoiiditions extérieures out à ce sujet une importance très coasiiiérable. Un axolotl a des braucliiea externes et les garde dans certaines coaJilions de milieu ; il ne se modiUe plus, il est donc adulte pour le milieu eoDsidéré ; mais dans un autre milieu il perd ses branchies externes et devient aniblystome, il n'était donc pas un adulte pour e& milieu nouveau ; le balancement des profits et pei-tes établi d'une manière qui pouvait être définitive dans le premier milieu n'est plus stable dans le second.

L'état adulte qui peut être différent pour une simple variation de la salure du milieu ne pourrait-il pas dépendre au-ssi de la consliluLion chimique du milieu intérieur et, en remontant, de la constitution chimique de l'œuf? Tout nous porte à croire que cela a lieu. Deux œufs peuvent être assez voisins pour donner tous deux naissance h un crustacé qui a un stade ttaitplius, mais par suite d'uue légère différence chimique de ces deux œufs, l'état adulte de l'un pourra être corrélatif de la forme mysis, tandis que celui de l'autre ne sera obtenu que plus tard et arrivera à la forme crevette. Je ne vois aucune raison d'admettre que l'animal qui est aujourd'hui adulte sous la forme crevette descend d'un être qui a été adulte sous la forme mysis. Je crois plus vraisemblable que les états adultes des divers œufs d'un même groupe zoologique dépendent de petites différences chimiques de ces œufs mêmes comme le passage de l'état axolotl à l'état amblystome dépend d'une petite variation de la composition du miUeu.

En résumé, tant qu'il n'y a pas eu modificaliou profonde de l'être par suite de l'assimilation fonctionnelle dans des cas d'adaptation spéciale (fixation, parasitisme, etc.), il semble qu'il y ait, pour un groupe déterminé, une série de formes ou types d'organisation caractéristiques, que traversent successivement tous les êtres du groupe, chacun d'eux s'arrélanl à tel ou tel stade parce qu'il y devient adulte pour des raisons provenant soit

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du milieu, soit de sa nature spéciale. On appelle types inrérieurs du groupe ceux qui s'arrêtent de bonne heure; il est donc évident que toutes les formes successives d'un type supérieur seront parallèles aux différentes formes adultes des espèces inférieures du même groupe. La grenouille a un stade poisson ; dérive-t-elle d'un type qui était adulte à la forme poisson ? Nous ne le savons pas '. C'est de l'hypothèse d'une tendance au perfectionnement que provient cette idée : « que tes premiers types qui ont apparu dans chaque groupe étaient des types inférieurs ». Si cela s'enlend au sens du perfectionnement par l'éducation, c'est certain, mais il faudrait alors faire une différenciation très nette des caractères qui proviennent de l'éducation et des autres et cela est fort difficile. Mais je ne vois pas de raison pour qu'un animal qui a 5 segments lotis semblables n'ait pas atteint, la première fois qu'il s'est produit ce nombre de S segments et soit resté d'abord adulte avec un seul segment*...

(1) Au contraire, nous connaissons dus cas où il eat presque certain que le parallélisme Établi par F. Muller entre l'onlogénie el la phylo|;énie est en dërnuL II est t)ien probable que rdnn descend de Vhipparion. Or Vâne ne passe pas au cours de son développeinenl par le stade à. trois doigts qui Était caractÉristique de son ancÉtre adulte; puisque l'ancStre de Vûne avait une rorrae adulte que Vâne ne traverse pas au cours de son développemeot, il n'y a pas de raison pour que nous admettions la proposition inverse pour le Penœua et que nous disions qu'il y a eu dea adultes à forme nauplius.

(ï) Je renvoie aux traités spéciaux pour l'élude de toutes ces questions et pour celle de toutes les tliÉories de l'évolution, Darwinisme, etc., que je ne puis passer en revue dans ce volume.

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