LE DANTEC
CIIAPITRE III ADDITION
Hhizopodes réticulés. — Pour suivre la complRxilé croissaDle du iihénoiiiène d'aildilioa chez les ploslides nucléés, je commence par l'étudier chez les moins différenciés de tous, les rhizopodes réticulés. 11 y a parmi ces rhizopodes réticulés eux-mêmes des types de complication diverse, nous nous occuperons particulièrement des plus simples, chezlesquels, en dehors du noyau, le protoplasma est ahsolument homogène de la profondeur à la surface et ne manifeste aucune dilTéreacialion organique.
Tant qu'il s'est agi de mouvements et particulièrement de direction générale des mouvements, une description approfomjie des plaslides a'était pas nécessaire ' ; il n'en est pas de môme pour étudier les phénomènes d'aUdilion, et nous devons particulièrement nous attacher à connaître l'état physique de la surface du plaslide, puisque c'est de cet étal physique que dépendra la possihililé de l'addition.
Le protoplasma des rhizopodes réticulés est très faiblement séparé de l'eau dans laquelle ils vivent ; il est utile de donner à ce sujet quelques mots d'explication.
Tension superflcielie. — Versez, dans un verre, du mercure et de l'eau ; l'eau se superposera au mercure, et il y aura entre les deux liquides une surface de séparation d'une netteté absolue. On démontre en physique
(1) Saur les c(
ADnXON !J1
^ap su te J a 1 t 00 inoié !a res tout se passe au au de c ile su fa e coo nés 1 > es slait une memne t nduema t emen eot t ns bJe (juiempéclie 1 lange de !eu\ 1 qu des La ta ce à l'extension de cette n n b ane elasl f|uef t e est e qu'on appelle la le on pe f elle au co ta t du mercure et de 1 eau C est une q ant t cefl I le de mensuration et qui est déterminée pour deux fluides donnés dans des conditions données. Quand elle est forte, comme au contact du mercure et de l'eau, les deux liquides sont fortement séparés; leur mélange est impossible: il n'aurait pas lieu, mÈine si les deux densités étaient égales.
Dans ces conditions, enfoncez dans l'eau une aiguille lavée à l'acool, elle sera mouillée par l'eau ; eiiroiiccila davantage, jusqu'à la surface de s(iparatir)n et au delà, vous déterminerez une dépression dans cette surface. Votre aiguille semblera pénétrer dans le mercure, mais il n'en sera rien; elle pénétrera dans une gaine formée par la membrane élastique flclive qui sépare le mercure de l'eau, et cette yaine sera remplie d'eau, de sorte que votre aiguille sera toujours en contact avec l'eau et non avec le mercure; si voua relirez l'aiguille, la gaine, par élasticité, suivra le mouvement, se videra de son eau et disparaîtra : autrement dit, vous n'aurez pas réussi avec votre aiguille mouillée d'eau à cj'ererla membrane flclive qui sépare le mercure de l'eau et à pénétrer dans te mercure lui-même. La forte tension Buperflcielle au contact de l'eau et du mercure a donc pour effet de s'opposer à ce qu'un corps préalablement mouillé, louché par l'eau puisse être, à moins iVactions mécaniques très énergiques, mouillé, touché par le mercure ; -le mercure est fortement séparé de l'eau.
Au contraire, quand la tension superflcielle est nulle, les deux liquides sont miscibles ; tout corps mouillé par l'un et venant au contact de l'autre sera mouillé par l'autre. Imaginez dans un verre une solaHon aqueuse d'une substance colorée en bleu, par exemple, et
1(2 VIE DES ÉTHES MONOPLASTIDAIRES
supposez qu'en agissant avec précaution, vous soyez arrivé à verserdessus sans faire de mélange une certaine quantité d'eau pure. Votre aiguille propre enfoncée dans l'eon pure se mouillera d'eau pure; quand sa pointe pénétrera dans l'eau bleue elle se mouillera d'eau bleue ; il n'y a pas de membrane Active à crever poitr que cela se produise; les deux liquides ne sont pas séparés.
Entre ces deux cas extrêmes d'une tension superficielle absolument nulle et d'une tension superficielle très forte, il y a toute une série de cas inlermédiaires. Ce que nous avons dit tout à l'heure, que le protoplasma des rhizopodes réticulés est faiblement séparé de l'eau revient h ceci que la tension superQeielle au contact de ce protoplasma et de l'eau est très peu considérable, autrement dit, que la membrane lictive qui sépare les deux Uquides, que la force qui s'oppose f» leur mélange etempfiche un corps mouillé parl'eau de pénétrer dans ie proloplasma, d'être mouillé par le protoplasma est extrêmement faible.
Gromles. — C'est dans les grnmies ([u'on trouve les plus simples des rhizopodes réticulés. Leur noyau, et, a l'état de rétraction, leur protoplasma, sont inclus dans une coque ovoïde ayant à l'une de ses extrémités une ouverture circulaire assez large. C'est ainsi qu'on les observe lorsqu'on les transporte sous le microscope, dans une goutte d'eau sur un porte-objet ; mais au bout de quelque temps de repos le protoplasma sort de la coquille et s'étale sur le porte-objet en expansions filiformes qu'on appelle pseudopodes ou rhizopodes'. Ce . pseudopodes s'allongent peu à peu, et si l'on suit leur allongement &UD fort grossissement on croit assister à l'écoulement d'une eau chargée de granuLilioiH dans le sein d'une eau pure; sans la présence de granulations à son intérieur, le cunlour du pseudopode serait
(I) Puiir la production des paeudopodeB
■ïpliis lias, p.Cîl,
ADmï[ON 33
peu apparpiil car sa réfrangibililé osl Iréa voisine ii«
I celle de l'eau.
Quand, au cours de son extensioa progressive, un pseudopode en rencontre un déjà élabli, il e'y jette à plein canal coaune un ruisseau daus un autre ruisseau -, c'est pour cela qu'au bout de quelque temps le protoplasma étalé liopâ de la coquille alTecLe la forme d'un réseau très compliqué de pseudopodes filiformes bifurques et anabtomosés avec des palmures aux poinls d'anastomose. C'est ce pliénomène de soudure des pseudopodes qui, bien observé par Dujai'iiin, a tant surpris ce savant et lui a fait admettre chez ces animaux l'abience de tégument propre : ■ Il i'aul bien Taire
'aÛënfion d'ailleurs que, en niant dans certains animaux la présence d'un tégument propre, je ne prétends pas du tout nier l'existence d'une surface ; j'admettrai même volontiers que cette surl'aee peut, par le contact du liquide environnant, acquérir un certain degré de consîslance (c'est ce que nous appelons aujourd'hui la tension hujierficielle)... mais sans qu'il se soit produit une coucbe
• autrement organisée que l'intérieur, sans que cette surface ail acquis par le seul fait de sa consolidation, des fibres, un e'piderme... etc. » [llisloire naturelle des iiifusoires.) Cette description, merveilleuse dans l'état
I de la science à cette époque, a été écrite en 1841. ^-' Le noyau reste toujours à l'intérieur de la coque. Les corps étrangers qui se trouvent ea suspension dans l'eau, amenés par le hasard vers ces pseudopodes, les louchent et y adlièrent, y pénètrent en partie, à cause de la faible leusioD superficielle qui limite le pruluplasma. liais, une fois cette adhérence réalisée, les courants intrapseudopodiques sont gênés, arrêtés par le corps étranger qui détermine ainsi à son niveau la formotion d'une varice prolopla&aiique dajia laquelle il est
■ petit k petit absolument englobé. Ainsi ce corps, naguère .mouillé par l'eau, baigne mainteuaut directemenl dans il est ajouté au aarcodc qui contenait di'-jâ de nombreuses granulalious solides. Cette aiJdilion a
■LASTIDAIKRS
lieu naturel lement chaque fois qa'uoe particule de dimensions assez petites est amenée par le hasard des courants au contact d'un pseudopode.
Il serait peu raisonuable d'appliquerle lerme de préhension ou même d'ingestion au phénomène purement passif auquel nous venons d'assister; nous verrons d'ailleurs que le terme t. ingestion > a une signiOcation précise bien plus compliquée chez des plastides plus différenciés '. 11 ne semble pas admissible non plus qu'on applique le mot « bouche » à la désignation du point par lequel a eu lieu la pénétration du corps étranger, ce qui amènerait à appeler les rhizopodes des pamlomala comme t'ont l'ait certains auteurs.
Avant de suivre le sort du corps solide ainsi ajouté à la substance de noire réticulé comme un morceau de aucre est ajouté à l'eau dans laquelle on l'introduit, considérons le cas très particulier où l'addition porte sur une substance protoplasmique identique à celles des pseudopodes eux-mêmes.
Pour cela, séparous d'un Irait de scalpel une petite partie du réseau pseudopodique de l'animal ; nous verrons plus loin à propos des expériences de mérotomie ce qui se passe alors'; pour le moment nous constatons seulement que la masse de protoplasma de notre réticulé est légèrement diminuée, ce qui ne change rien à son état ; la partie séparée de lui est restée étalée là oij elle a été coupée et, après une contraction de quelques instants, adenouveaula forme d'une partie normale d'un réseau pseudopodique de réticulé avec ses pseudopodes ramifiés et anastomosés ; c'est du protoplasma de Gromie à l'état de vie élémentaire manifestée, Eh bien ! que le hasard ou l'expérimentation amène au contact de la masse isolée un ou deux pseudopodes en voie d'extension, de l'animal dont elle a été détachée, il y a soudure immédiate, et la masse, séparée tout à l'heure fait de
(1) Voj-e:
(2 Voir
pl„ =
nouveau partie du loiil aarcodique auijuel elle apparleiiait primitiveniLnl
NûQS ne pos'i dons pas d'autre moyen d'ajouter à un animal une substance identique El sa propre substaoue, <]uo tie lui en emprunter à lui-même et c'est ce que noua avons fait dans 1 expérience précédente, mais nous n'avons pas à nous préoccuper de la provenance de la matière ajoutée. Nous constatons seulement que : Si Von fournit à un rhizopode réticulé une certaine quantité de substance de composition identique à celle de son protoplasma, l'addition de cette substance à celle du réticulé est possible et a lieu*. La masse de l'animal s'est accrue de celte substance nouvelle par un phénomène d'addition aussi simple que celui qui consiste à ajouter de l'eau dans un veiTe d'eau.
Recommençons l'expérience précédente, mais laissons écouler quelques heures entre le moment où a lieu la séparation et celui où les pseudopodes de l'animal (ou d'un autre animal de même espèce, ou môme d'un autre réticulé d'espèce différente) se trouveront au contact de la masse sareodique isolée. Nous verrons plus loin que cette masse isolée a subi des modiUcatlons physiques et chimiques dont la constatation est du plus liaut intérêt. Sa constitulion n'est pas cependant encore extrêmement différente de celle du protoplasma des pseudopodes qui sont amenés à son contact. Dans ces conilitious il y a encore soudure immédiate et la masse isolée s'écoule dans le pseudopode qui vient de la toucher, vers le noyau de l'animal. Nous constatons encore ici Vaddilion directe au sarcode d'une substance de composition reliilivement voisine, mais non identique; s'il n'y avait pas de phénomène ultérieur, la constitution du protoplasina de l'animal se trouverait modifiée par cette addition.
(1) C'est un cftB d'nddition analogue, prêté, à tort, i SMi infusoires par llaupas, que Tabre Ûomergue {Aiii zool, 1S88) oonsiilùre comme roniiamenUkloment anli Kifiiie et compare à une vérilahlu conjugaison.
!i6 VIE DRS lÎTHES MONOrLASTm.MnrS
Supposons maintenant qu'un inrusoire cilié, erratil dans le liquide, vieune se prendre an réseau pseudopodir|ue du réticulé. Au point de vue qui nous occupe, cet infusoire cilié est un plaslide dans lequel le protoplasma extérieur (ecloplnama) est plus résistant que le pruloplasma intérieur dont la parlie la plus fluide {paraplasma) est d'une consistance analogue â celle du sarcode des réticulés.
Cet infusoire sera englobé dans une varice comme OOUB l'avons vu tout à l'heure pour an corps solide quelconque ; après l'nnglobenient. il nagcia dans le sarcode comme il nagesil dans l'eau ; s'il ne retourne |>as dans l'eau d'où il vient (ce qui arrive quelquefois), il mourra assez vite. Son paraplasma, se trouvant au contact du sarcode du réticulé par les points où il est à nu et aussi par les déchirures de l'octoplasma, s'ajoutera naturellement à ce sarcode et sera entraîné vers le noyau, comme cela avait lieu dans le cas précédemment décrit. Tout se passe de même quand le plastide englobé est une algue dont la paroi est résistante, une diatomée par
Ici encore la substance ajoutée à celle du réticulé en semble relativement voisine quoique différente- Les deux derniers cas que nous venons d'étudier sont des cas d'addition directe au protoplasma de substances miscibles avec lui triais différentes de lui. C'est ce qui se passe quand on ajoute du vin dans de l'eau.
Hais continuons l'observation ; ce qui reste de l'infu- BOire englobé, ce sont ses parties les plus résistantes, ce que nous pouvons appeler son squelette; dans certains cas, ce squelette est très solide et alors il ne se dissout pas dans le sarcode de la gromie, mais le plus .=ouvent, entraîné vers le noyau dans la coque, il finit par disparaître complètement; et ceci nous amène au cas où c'est un corps solide quelconque qui est englobé dans une varice d'un pseudopode. Ainsi que nous l'avons déjà dit, ce corps baigne directement dans le sarcode. Ou bien il est insoluble dans ce dernier liquide, et alors
il séjouraera quelque lemps iJana son sein jusqu'à ce qu'enGa il soiL abaDdonnë à l'exLi^rieut' ; ou bien il y sera soliible totalement ou en partie et alors il se dissoudra autant que ce sera possible ; les parties non dissoutes iiuiront comme le corps insoluble de tout à l'heure par être abandonnées à l'exiérieur. Cela a lieu parexemple pour des grains d'amidoa qui sont rejctés diminués et très modifiés >.
Voilà donc une addition un peu plus complexe, aceompagiu'C de dissolution ; c'est ce qui a lieu quand on ajoute du sucre dans de l'eau.
Pour ce qui est des phénomènes qui peuvent s'observer upliquemeut, il ne semlile pas qu'il exîsle chez les rhizopodes réticules de mode d'addition différent des précédents. 11 y a bien des cohauges liquides et gazeux avec le milieu au niveau de la surface de séparatiou, mais ils échappent à l'observation directe. Tous les modes d'addition que nous venons de passer en revue sunt cxtrémemeiU simpleË, aussi simples que ceux que nous constatons dans ies matières mortes; il est donc bien inutile d'employer pour les désigner d'autres termes que ceux qu'on emploie en physiqne.
AvaDt de passer à des phénomènes d'addition plus compliqués, voyons rapidement quels plastides en pré- S-'nl«nt d'aussi simples que ceux des rliizupodes réticulée.
Il y a des inl'uaoires très spéciaux, les acinétiens, qui se composent d'one masse de protoplasma avec noyau et nucléoles entourée d'une paroi assez résistante dont certains prolongements tubuliformes peuvent percer l'enveloppe d'autres plastides ; une fois cette opération i^lFectuée un phénomène d'aspiration se praduit, par suite duquel le plasma Ûuide du plnstide attaqué s'écoule dans le plasma de l'être suceur et s'ajoute liir.ctement à lui ; l'acinétien grossit d'autant '.
(1) La cetlulose mâme, i]ui forme la parai des cellules végé taie 9, Ml quelquefois dissoute.
(S) Il peut aioEi au)uérir ti'ës rapidement un lotume énornin ai|i ilÉpeus de pliisii^urs proies.
[i8 VIE DES ÉTBES MOKOPLASTID AIRES
Quant à la dissolution directe de subslances solides dans le plasma lui-même, nous en trouvons de nombreux exemples dans loules les cellules animales ou végétales qui contiennent des granulations solides de réserve. Ces granulations sont pour ainsi dire en dehors du tourbillon normal de la vie élémentaire manifestée. Elles se dissolvent ou augmentent de volume suivantles besoins de la saturation du liquide dans lequel elles baignent et contribuent ainsi ri régler la composition de ce liquide au moins quant à leur propre substance.
M. Balbiani a également décrit un phénomène du même genre chez des infusoires, des Stentor, par exemple, qui viennent de se conjuguer ; l'ancien noyau qui ne sert plus se dissout dans le piasma.
En résumé, nous avons rencontré chez les rhizopodes réticulés les formes les plus simples sous lesquelles puisse se présenter l'addition:
Addition au protoplasma de substance identique & lui (ajouter de l'eau dans de l'eau).
Addition au protoplasma de substance miscible avec lui, mais dilTe'rente de lui {ajouter du vin à de l'eau).
Addition au protaplasma de substance solide soluble dans le protoplasma (ajouter du sucre à de l'eau).
Les deux dernières formes d'addition tendraient naturellement à modifler la composition du proloplatima si aucun phénomène ultérieur n'intervenait.
RhlzopodeB lobés; amibes. — Etudions maintenant les phénomènes d'addition chez des êtres un peu plus élevés en organisation, les rhizopodes lobés, les amibes par exemple'.
Une amibe est composée d'une masse indivise de protoplasma contenant un noyau. Cette masse de protoplasma n'est plus homogène du centre à la périphérie ;
(1) On considère gËnéralemenl les amibes comme les plus inférieurs des plaatides ; il me semble que l'existence d'une forte tension superficielle les réparant de l'eau ambiante doit les faire placer au-dessus des rhizopodes réticulés.
sans nous préoccuper d'un organe spécial qui manquait chez les réticulés les plus inférieurs, la vacuole con- Iraclile, nous pouvons considérer l'amibe comme un Bnc dont la paroi serait consliluèe d'une substance liquide plus résistante, plus séparée de l'eati, et le contenu, d'une substance liquide plus fluide, moins séparée de l'eau. Dans la plupart des cas cette partie interne plus fluide est traversée par des trabécules de la substance formant la paroi, trabécules qui se bifurquent et s'anastomosent les uns aux autres de manière à constituer un reseau interne analogue au réseau externe des pseudopodes d'une gromîe. Celle constitution n'est pas très facile à apercevoir, car si le liquide externe est forlement séparé de l'eau, il est beaucoup moins séparé du liquide interne et leurs réfrangibilités sont bien voisines. Quoi qu'il en soit, cela ne nous importe guère ici et, comme nous aurons à considérer l'amibe seulement au point de vue de ses échanges avec l'extérieur, nous ne nous occuperons que de la surface de séparation et nous parlerons toujours de l'amibe comme d'une masse homogène de substance liquide séparée de l'eau par une farte tension superficielle. Cette dernière particularité va suffire à nous faire concevoir la complexité beaucoup plus grande des phénomènes d'addition.
Rien ne peut donner une idée plus nette des formes qu'affecte une amibe rampant à la surface d'un corps solide, que la variation des contours d'une flaque d'eau déposée sur une table horizontale vernie et dans laquelle on détermine des courants avec le doigt. Les pseudopodes ou prolongements proloplasmiques de l'amibe Hont toujours larges et obtus: on ne les voit jamais devenir grêles et allongés comme ceux d'un rhizopode réticulé. En outre, et ceci est explicable par la forte' tension superficielle qui sépare le sarcode de l'eau, les divers pseudopodes qui rayonnent autour du corps d'une amibe n'arrivent jamais à se toucher parleur extrémilédistale et ne se soudent jamais par cette extrémité
CO vu; DES l'iTItES MI>NÛI'1.1=T1RAII1ES
comme cela avait lieu dans la règle cliez les réticulés. Four qu'une telle soudure aîL lieu chez une amikic,. il faudra faire eulrer enjeu une force capable de vaincre ia résistance de ccUl- forte tension superficielle.
Naissance des pseudopodes ' . — Uneaulra conséquence de celle séparation énergique du protoplasmu et de l'eau est que l'amibe ne touche pas les corps solides immergés ; quand elle arrive au voisinage de l'un d'eux, des phénomènes moléculaires d'attraction font qu'elle s'aplatit parallèlement â leur surface tout en restant h une petite distance d'eux ; la forme générale de son corps est alors différente de celle qu'elle alTecte quand elle est lihredansle liquide, loin de toute paroi ; en elfct, dans ces dernières conditions, la forte I^H lension superficielle tend à donner à l'amibe une fonne
^^H k peu près sphérique. Mais cet aplatissenjent au voist-
^^H nage d'une paroi a un autre résultat; il détermine
^^B une adhérence qui s'oppose aux mouvements dans une
^^H certaine mesure.
^^H Supposons, sur le fond dressé d'un vase rempli d'eau,
^^H une petite sphère de verre et une mince plaque de verre
^^M du même poids; l'attraction moléculaire entre le fond
^^H du vase et les deux oiijets s'effectuera seulement par
^^V une petite partie de la sphère, tandis qu'elle intéressera
^^m toute la plaque ; aussi de légers efforts, ceux qui pru-
^^B viennent d'un mouvement du liquide du vase par
^^H exemple, mettront-ils la sphère en mouvement tandis
^^H que la plaque restera immobile. Cette disposition va
^^M donc gcner les mouvements g&nérattx de l'amibe, aussi,
^^H comme le corps n'eiît pas rigide, les causes qui déter-
^^H minent en chaque point de la surface la naissance d'une
^^1 force [réactions chimiques) (voyez p. 43} ne pouvant
^^P pas déplacer facilement l'ensemble du corps à cause de
(I) Tout ce paragraphe devrait être reporté au chapitre prer ilauvemcni. Je l'ai place ici il e«use des pbènomCnes de iion Buperricielle <[u'il faut intoquer pour eïplifiuer le mouvement 3inil>oliIe.
ADDITION Ci
Tadhérence, provoqueront une déformation de son contour d'où l'apparition de pseudopodes et le déplacement lent par le mouvement appelé précisément amiboïde.
Ainsi, quand Tamibe est Gxée à un corps solide les causes (chimiolropisme par exemple), qui donneraieiit un mouvement d'ensemble dans une direction déterminée à ce plastide suspendu librement dans l'eau, lui donnent dans les conditions d'adhérence, un mou-vcment amiboïde. Et en eflet, quand l'amibe est suspendue librement dans l'eau elle ne se déforme pas, ce qui a fait dire à Bruno Hofer qu'il faut qu'elle soit adhérente à un corps solide, pour pouvoir émettre des pseudopodes. On considère en effet trop souvent la formation des pseudopodes comme un phénomène dû à une certaine impulsion provenant de l'intérieur; Bruno Hofer décrit l'amibe sécrétant une substance visqueuse (absolument hypothétique d'ailleurs) de façon à adhérer à un corps solide pour pouvoir émettre des pseudopodes et par conséquent se nourrir. Il finit se défier de ce qu'il y a de léléologique dans celte manière de s'exprimer. L'adhérence de l'amibe à son corps solide provient du peu de rigidité de sa surface qui lui permet de s'aplatir sous l'influence des attractions moléculaires, puis, cette adhérence déterminée, lecauses qui tout à l'heure pouvaient délenniner un mouvement d'ensemble ne peuvent plus déterminer qu'un mouvement local, une déformation'.
Ingestion. — Mais, si Tamibe ne peut pas toucher les parois du vase qui la contient, elle ne peut pas non
Cl) L. Errera a donné une autre théorie du mouvcmont amiboïde en se basant sur les variations de la tension superfjcicilt; d'un liquide avec la te m f>é rature: • I>a tension superficielle d'un liquide diminue à mesure que la température s'élève, de sor'.e que si la surface n'a pas partout la même température, les parti':.s froides et à forte tension tireront à elles les parties chaudes et à tension faible. (Bull. Soc. lielf/. microsc.^ 18^7.) On ne voit pas d'où viendraient chez les amibes ces difTerences de tempénture et comment s*expliquerait le chimiolaclisme, etc.
02 VIE DES ÈTHE3 MONOI'LASTlD.UnES
plus être touchée par les corpuscules solides qui en suspension dans le milieu ambiant ; ces corpuscules ne peuvent pas adhérer à sa surface et pénétrer à son intérieur.
Rappelons-noua notre vase contenant de l'eau et du mercure ; si une force extérieure quelconque tend à faire pénétrer dans le mercure un corps étranger suspendu dans l'eau, nous savons que la force en question n'arrivera qu'à déprimer la membrane fictive de séparation ; le corps étranger pourra ainsi pénétrer dans un Irou, dans une grotte creusée à la surface du merenre et pleine d'eau ; il ne pénétrera pas dans la substance du mercure, ne viendra pas en contact avec lui. Si le corps solide est assez petit et la force qui agit sur lui assez grande pour l'enfoncer profondément dans le mercure, la cavité pleine d'eau dans laquelle il est englobé pourra se fermer tout à fait ; la surface du mercure paraîtra unie à l'extérieur, mais il y aura, un peu audessous, une cavité close de toutes parts, et dans cette cavité pleine d'eau et entourée de mercure se trouvera le corps solide de tout à l'heure.
La forte densité du mercure fait entrer en jeu des forces gênantes pour la comparaison, et, d'ailleurs, son opacité s'oppose à ce que le phénomène que nous venons de décru-e parle suffisamment au yeux. Prenons un nouvel exemple analogue pour fixer les idées. Imaginez, dans un verre, de l'eau et de l'huile séparées par une surface horizontale, et un corpuscule lourd mouillé par l'huile. Si ce corpuscule est assez lourd, il tendra h passer dans l'eau, il déprimera la surface de séparation et se trouvera dans une grotte creusée à la surface de l'eau et pleine d'huile (fig 4).
Si la pesanteur agit encore davantage, la grotte se fermera complètement; le corps solide étranger sera inclus dans une goutte d'huile incluse elle-même dans l'eau; il ne sera pas dii-ectement plongé dans teau. C'est une expérience que chacun peut faire en mouillant li'liuile quelques grains de fine limaille métallique.