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CHAPITRE PREMIER

DÉFINITION DE l'hALLUCINATION. HISTORIQUE.

Les erreurs sensorielles sont, avec le délire, les symptômes les plus caractéristiques de la folie. Elles se divisent en deux classes : les hallucinations et les illusions.

L'hallucination est un symptôme pathologique consistant dans la perception de sensations sans aucun objet extérieur qui les fasse naître. Ainsi, comme le dit Esquirol (1), « un homme qui a la « conviction intime d'une sensation actuellement « perçue, alors que nul objet extérieur propre à « exciter cette sensation n'est à portée de ses sens, « est dans un état d'hallucination. »

L'illusion, au contraire, est un trouble sensoriel

(1) -Des maladies mentales, t. I, p. 80.

Ritti. 2

dans lequel il y a pour point de départ une impression réelle, mais dans lequel cette impression réelle est ensuite transformée par la réaction d'un cerveau en délire. C'est, en un mot, une impression sensible perçue d'une manière vicieuse.

D'à près ces définitions, ce qui distingue ces deux symptômes l'un de l'autre, c'est que, dans l'hallucination, les perceptions sensorielles sont créées de toutes pièces par le cerveau malade et n'ont pas besoin, pour se produire, de l'intervention active des organes sensoriels externes; tandis que, dans l'illusion, il y a une impression externe qui, une fois perçue, se transforme et s'adapte, pour ainsi dire, aux préoccupations délirantes du malade.

Ainsi don Quichotte, prenant des moulins à vent pour des géants à combattre, est affecté d'une illusion; Luther, au contraire, avait des hallucinations de la vue, de l'ouïe et du toucher, lorsque, comme il le raconte lui-même dans ses mémoires, il recevait la visite du diable, qu'il voyait, avec lequel il avait d'ardentes discussions et qu'il sentait même parfois se pendre à son cou (1).

L'hallucination, avons-nous dit, est un symptôme et non une entité morbide, elle est, en effet, un des éléments sémiologiques de la folie au même titre que la toux est un des symptômes des maladies pulmonaires, ou le vomissement, un élément sémiologique des maladies abdominales.

(1) V. Baillarger. Mémoire sur les hallucinations, p. 287.

Ce symptôme est très-fréquent et se présente dans toutes ou presque toutes les formes d'aliénation mentale sous des aspects divers et avec des caractères variés.

Tous les sens peuvent être atteints d'hallucinations et, en les plaçant par ordre de fréquence, on décrit successivement les hallucinations de l'ouïe, de la vue, de la sensibilité générale, du goût et de l'odorat. Comme nous n'avons pas la prétention de faire ici un traité complet de l'hallucination, nous ne décrirons pas avec tous les détails que comporte le sujet, les formes multiples sous lesquelles se présente ce symptôme et qui ont été 'décrites avec tant de soin par MM. Baillarger, Brirree deBoismont, etc. Nous nous contenterons de rappeler ici que le symptôme hallucinatoire peut atteindre un sens isolé ou envahir simultanément plusieurs sens ou même tous les sens à la fois, que l'hallucination peut être unilatérale, et enfin qu'elle peut avoir lieu malgré l'altération des organes sensoriels externes.

Avant d'aborder le sujet de notre travail, il nous semble intéressant de rechercher dans le cours des siècles les explications qui ont été données du phénomène hallucinatoire, qui, comme nous l'apprend l'histoire, a été connu dès la plus haute antiquité .

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