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THÉORIE POSITIVE DE LA PERCEPTION SENSORIELLE

Tout appareil sensoriel est composé d'organes divers, intimement unis, et dont l'intégrité est nécessaire au fonctionnement normal de la perception sensorielle. Ces parties constituantes sont, d'abord, un organe sensoriel externe, chargé de recueillir les impressions périphériques; puis un nerf qui, ayant pour fonction de transmettre ces impressions, part de l'organe externe, traverse plusieurs ganglions pour venir se perdre dans les centres de la couche optique, où s'opère la transformation du mouvement matériel de l'impression en mouvement psychique ; enfin de ces centres émergent des fibres nerveuses qui vont s'irradier dans la couche corticale du cerveau où les impressions sont perçues.

Nous ne ferons pas ici la description anatomique des divers appareils sensoriels, description inutile d'ailleurs à l'exposition du sujet que nous avons à traiter. Nous nous contenterons de parler avec quelques détails de la couche optique, qui peut être regardée comme le centre de tous les appareils sensoriels ; pour cette description nous ferons de nombreux emprunts aux travaux de M. Luys (1), qui

(1) Recherches sur le système cérébro-spinal, 1865; Iconographie photographique des centres nerveux, 1873.

a analysé avec le plus grand soin la structure et le fonctionnement de cette partie de l'encéphale.

De la couche optique. — Les couches optiques sont situées au centre même du cerveau (1). Chacune d'elles représente assez bien un ovoïde dirigé dans le sens antéro-postérieur et à grosse extrémité dirigée en arrière. Elle est libre dans toutes ses faces au milieu des cavités cérébrales, excepté en dehors; c'est de cette face externe qu'émanent les fibres blanches qui doivent relier la couche optique aux cellules de la couche corticale du cerveau.

En examinant des coupes faites en diiïérents sens, suivant les procédés de M. Luys, ou les planches photographiées d'après ces coupes, on constate que la couche optique n'est pas constituée par une masse homogène de substance grise, mais qu'elle renferme au contraire une série de petits amas de cette substance, nettement isolés les uns des autres et disposés les uns à la suite des autres dans le sens anléro-postérieur.Cesamasou noyaux sont au nombre de quatre, placés superficiellement et formant par leurs saillies les principales protubérances que l'on observe à la surface de la couche optique. 'En se plaçant au point de vue de leur siège et pour ne rien préjuger de leurs destinations physiologiques, on peut les désigner sous la dénomination de centres antérieurs, centres moyens, centres médians et centres postérieurs ;

(1) Icon. ph., pl. 1 et 2.

si, avec M. Luys, on se met au point de vue de la spécificité des fibres sensorielles qui se distribuent dans chacun de ces centres, on peut les désigner sous les noms de centres olfactifs, centres optiques, centres sensitifs et centres acoustiques.

Le volume réel de ces différents centres varie entre celui d'un gros pois et celui d'une noisette. A l'état normal, leur coloration est uniformément rougeâtre et ce n'est que dans les cas pathologiques que l'on constate dans leur masse des décolorations partielles et des taches grisâtres.

Quant à leur structure histologique, elle est à peu près identique : outre une forte proportion de substance amorphe d'une ténacité variable, on y rencontre une grande quantité de cellules nerveuses (cellules perceptives de Schrœder van der Kolk), qui, à l'état frais, mesurent environ 0™'°,02 à 0""°,03 de diamètre. Ces cellules sont de forme ovoïde, de coloration jaunâtre, quelquefois pigmentées, pourvues d'un noyau et de prolongements en forme de chevelu .

Chacun de ces centres peut être considéré comme un amas ganglionaire, ayant à l'un de ses pôles des fibres afférentes et à l'autre des fibres efférentes. Nous allons rapidement les décrire l'un après l'autre, en indiquant surtout les rapports qu'a chacun d'eux, d'une part avec les fibres nerveuses émanant de l'appareil sensoriel externe, et d'autre part, avec les cellules de la couche corticale du cerveau.

1. C entre antevieuv . — Le centre antérieur se présente sous l'aspect d'une légère intumescence bien nettement isolée et faisant saillie au niveau de la région antérieure de chaque couche optique. D'une forme ovoïde, il a à peu près le volume d'un gros pois. « Ses fibres afférentes, suivant M. Luys (1), sont représentées par les fibrilles du teenia semicirculaire qui, plongeant par leur extrémité inférieure dans le ganglion olfactif où se perd la racine externe du nerf de ce nom, se distribuent par leur extrémité supérieure dans le centre antérieur. »Le même auteur ajoute : « La provenance des fibres du teenia, qui servent en quelque sorte de trait d'union entre les ganglions du nerf olfactif d'une part et cet amas central si nettement isolé de substance grise de la couche optique, implique par cela même son rôle physiologique et sa participation à la réception et à l'élaboration des impressions olfactives (2). »

Quant au système de fibres efférentes, c'est-àdire défibres rattachant ce centre à la périphérie corticale, il va se perdre dans les cellules grises de la circonvolution de l'hippocampe. Ces connexions ont lieu d'une façon indirecte par l'intermédiaire de la substance grise de la région centrale (faisceau de Vicq d'Azir, piliers de la voûte).

2. Centre moyen. — Le centre moyen est contigu au précédent, derrière lequel il se trouve

(1) Icon. photogr., texte, p. 14. ,

(2) Icon, photogr., ibid.

placé. C'est le plus volumineux des centres de la couche optique ; il fait saillie, sous la forme d'une petite intumescence, à la surface de la région moyenne et interne de la couche optique.

Les fibres afférentes de ce centre semblent provenir des corps genouillés, où viennent se perdre, comme l'on sait, les bandelettes optiques. Quant aux fibres efîérentes, elles vont se distribuer dans la substance corticale des circonvolutions antérieures et externes du cerveau. « Il résulte donc de ces connexions que les impressions optiques sont principalement transmises dans les circonvolutions des régions antérieures et externes du cerveau, et que c'est là qu'elles sont principalement élaborées » (1).

3. Centre médian. — Ce centre a été décrit pour la première fois par M. Luys, qui en a en même temps indiqué le véritable rôle physiologique. Situé en arrière du précédent, ce centre ne faitpas saillie comme les autres à la surface de la couche optique, mais en occupe la portion la plus centrale, et par cela même le centre du cerveau. Il se présente sous l'aspect d'une petite masse de substance blanchâtre, sphéroïdale.

Les fibres afférentes de ce centre semblent être de provenances variées, mais paraissent surtout venir des régions sous-jacentes de l'axe spinal. Quant aux fibres afférentes, elles s'in^adient dans toutes les directions et rr^ettent ce centre en rela-

(i) Luys, id., p. 15.

tion avec l'ensemble généi^al de toutes les circonvolutions. « Si ce centre est bien en rapport avec les impressions de la sensibilité, on peut par conséquent induire de ses rapports multiples avec la périphérie corticale que les impressions de la sensibilité sont disséminées dans tous les points delà substance corticale (1) ».

4. Centre postérieur. — Situé en arrière et un peu au-dessus du précédent, le centre postérieur se présente sous forme d'une saillie mamelonnée à la surface de la couche optique. — Ses fibres afférentes semblent provenir des fibres constituant la commissure postérieure, et les fibres afférentes vont se perdre dans les cellules des circonvolutions des régions postérieures du cerveau. « C'est donc dans les circonvolutions postérieures du cerveau que les impressions sensorielles acoustiques sont principalement réparties »(2),

Il faut encore considérer ici la substance grise spéciale, qui tapisse les parois internes de chaque couche optique et qui a reçu le nom de région centrale grise. Cette substance qui, dans une certaine partie de son parcours, se confond avec la substance même de chacun des centres auxquels elle sert pour ainsi dire de trait d'union, est en connexion d'une part avec les fibres provenant de toutes les parties de l'économie, et d'autre part avec les couches corticales du cerveau. « C'est par

(1) Luys.id., p. 16.

(2) Id., ihid., p. 16.

Ritti.

son intermédiaire que les divers états dont sont animés les différents segments de l'axe spinal se propagent jusqu'aux circonvolutions, et c'est par elle que les impressions de la vie végétative s'irradient jusqu'aux sphères de l'activité psychique » (1).

Si nous nous sommes si longuement arrêté à la description des différents amas ganglionnaires de la couche optique, c'est qu'ils constituent réellement le point central des divers appareils sensoriels. C'est en effet vers eux que viennent converger les fibres nerveuses qui proviennent des différents organes sensoriels externes, et ils sont en outre le point d'où partent les fibres qui se distribuent dans les diverses régions de la couche corticale du cerveau.

On peut donc, au point de vue anatomique, définir les couches optiques, un amas de centres ou ganglions nerveux conglomérés vers lesquels viennent converger toutes les fibres, tant de la sensibilité spéciale que de la sensibilité générale, et d'où émane un autre système de fibres qui relient ces centres aux différents 'départements de la périphérie corticale.

(1) Luys, ibid., p. 17. — Rappelons aussi les expériences de Schiff, qui portent ^ce physiologiste à admettre que les nerfs -vasculaires du foie et de l'estomac parcourent le bulbe pour se terminer plus haut. « Une partie d'entre eux, dit-il, paraît se rendre dans la couche optique. » {Comptes-rendue des séances de l'Académie des sciences, séance du 15 septembre 1862.)

Quel rôle jouent ces ganglions dans l'ensemble de phénomènes qui ont pour but la perception sensorielle? C'est le point que l'analyse physiologique va nous permettre d'éclaircir.

Les impressions sensorielles, soit qu'elles émanent des plexus de la périphérie sensorielle, soit qu'elles soient irradiées des différents appareils de la vie végétative, traversent la série de ganglions qui se trouvent sur le trajet des différents nerfs sensitifs et y subissent des modifications successives, comme nous l'apprend la physiologie expérimentale. Après avoir été ainsi successivement perfectionnées et épurées, si l'on peut ainsi dire, ces impressions viennent toutes se concentrer dans les cellules ganglionnaires des différents centres de la couche optique. Le noyau antérieur reçoit les impi'essions olfactives par le taenia semicirculaire ; — le moyen, les impressions optiques; — le médian, celles de la sensibilité générale ; — le postérieur, les impressions acoustiques, — et en fin la substance grise qui occupe les régions latérales du troisième ventricule et n'est que la suite de l'axe médullaire, est la voie de transmission sympathique des plexus viscéraux. Ces différents noyaux, dont la structure est identique à celle des autres ganglions nerveux de l'organisme, doivent par conséquent aussi jouer un rôle identique. Ils jouent, en effet, comme nous venons de le dire, vis-à-vis des impressions qu'elles reçoivent le rôle de modificateurs; ils absorbent ces impressions, les travaillent en quelque sorte, en leur faisant

subir une action métabolique « qui, en leur donnant une forme nouvelle, les rend plus perfectionnées et plus assimilables pour les éléments de la substance corticale où elles vont se répartir » (1).

Les couches optiques, qui sont, comme l'on voit, le point central où viennent aboutir toutes les impressions, doivent être considérées comme le siège des perceptions brutes, que quelques physiologistes ont à tort placé dans la protubérance ; c'est dans les cellules ganglionnaires de ses centres qu'a lieu la transformation des mouvements sensoriels, c'est-à-dire physiques, en mouvements nerveux. Aussi peut-on comparer l'ensemble des cellules qui les constituent comme une véritable plaque photographique, sur laquelle vient se condenser la représentation de toutes les impressions tant externes que viscérales.

Mais ces impressions, une fois déposées au sein de la substance grise des couches optiques, ne sont arrivées qu'à leur avant-dernière étape. Elles se sont dépouillées, de plus en plus, du caractère d'ébranlement purement sensoriel et ont revêtu, en se métamorphosant, une forme nouvelle; elles sont devenues perceptibles. C'est alors sous celte forme qu'elles vont s'irradier dans le réseau de cellules, qui constitue la couche corticale du cerveau.

Cette propagation des impressions sensorielles dans la substance grise des circonvolutions nous

(1) Luys. Icon. p/i., texte, p. 65.

est démontrée par les expériences de physiologie expérimentale. Nous ne rappellerons ici que pour mémoire les travaux si remarquables de Flourens (1). Cet éminent physiologiste enleva, par tranches méthodiques, des portions successives de fibres blanches, avec la substance grise y attenante ; en privant ainsi successivement les animaux, soit d'une partie, soit de la totalité de leurs lobes cérébraux, il leur enleva en même temps, non-seulement la faculté de percevoir les impressions sensorielles, mais encore celle de manifester par une réaction motrice voulue, la spontanéité de l'activité cérébrale.

Le chemin que prennent les impressions pour se rendre de la couche optique aux cellules corticales, est formé par ces fibres afférentes des ganglions (fibres blanches du cerveau), dont nous avons décrit plus haut la distribution géographique. De cette description même ressort le fait important de la localisation des différentes espèces d'impressions sensorielles dans divers départements de la couche optique. Les impressions olfactives sont, en effet, disséminées plus particulièrement dans la substance grise de l'hypocampe ; les impressions optiques sont surtout localisées dans les régions antérieures du cerveau ; les acoustiques, dans les circonvolutions postérieures; celles de la sensibilité générale seules n'ont pas de

(1) Recherches sur les fonctions du système nerveux, Paris,

localisation distincte et sont disséminées dans toutes les régions de la périphérie corticale.

Cette dissémination dans toute la périphérie corticale des impressions de la sensibilité générale a été démontrée expérimentalement par Moritz Schiff. Ce physiologiste (1), dans ses recherches si curieuses et si concluantes sur réchauffement des centres nerveux, a prouvé, par une série d'expériences très-ingénieuses, qu'une impr'ession tactile, partant de l'un des côtés du corps, porte son excitation à la fois dans les deux hémisphères cérébraux. Cette excitation est rendue sensible par la chaleur produite dans toutes les parties de la périphérie corticale et dont l'habile expérimentateur démontre l'existence à l'aide d'appareils thermo-électriques. Une autre série d'expériences, faites par le même auteur, semblent aussi corroborer le siège que nous assignons aux impressions acoustiques.

De même que nous avons résumé plus haut, dans une formule simple, l'ensemble anatomique des appareils sensoriels, nous pouvons maintenant poser l'axiome physiologique suivant, que nous empruntons à M. Luys (2) :

« Toutes les impressions sensorielles, une fois « qu'elles ont été concentrées au sein de la sub-

(1) Recherches sur réchauffement des nerfs et des centres nerveux, in Archives de physiologie normale et pathologique, années 1869-1870.)

(2) Rech. sur le syst. nerveux, p. 346.

« stance grise des couches optiques, sont im^adiées « vers les différentes régions de la périphérie cor- « ticale. Ce sont les fibres blanches cérébrales qui « les exportent, et la substance grise des circon- « volutions qui les reçoit et les élabore. »

De tout ce que nous venons de dire, il résulte donc que, dans toute perception sensorielle, il existe deux stades importants : l'un, que je dénommerai exclusivement sensoriel ; l'autre, essentiellement perceptif. Le stade sensoriel a pour domaine tout le système nerveux centripète jusqu'à la couche optique inclusivement; cette dernière même représente la limite supérieure du système nerveux sensoriel. C'est dans les cellules de ses différents amas ganglionnaires que les impressions odorantes se transforment en odeurs, que les ondulations lumineuses se dessinent sous forme d'images, que les ondes sonores se transforment en sons, que les mille impressions, qu'elles aient lieu sur les surfaces épithéliales externes ou internes, viennent se photographier, pour ainsi dire. Le stade perceptif, au contraire, se produit dans ce réseau inextricable de cellules, constituant la couche corticale du cerveau et qu'on a appelées avec raison cellules intellectuelles, parce que, à l'aide des impressions qui leur arrivent des couches optiques par les fibres blanches cérébrales, elles exécutent ces opérations merveilleuses, qui ont pour conséquence la vie intellectuelle et morale de l'individu.

Le rôle important que nous faisons jouer aux couches optiques dans les phénomènes de la perception sensorielle, a été déduit jusqu'ici de leur structure et des relations de leurs divers noyaux avec les différentes catégories de fibres sensorielles. Il nous faut maintenant soumettre cette théorie au contrôle de l'anatomie comparée, de l'anatomie pathologique et de la physiologie expérimentale.

1* Anatomie comparée. — L'anatomie comparée ne nous apprend que peu de choses, jusqu'à présent, sur la structure intime des couches optiques dans la série animale. Chez les grands mammifères ainsi que chez les petits, l'existence des couches optiques est un fait constant; toutefois on a remarqué que le développement des centres antérieurs, chez les vertébrés et les rougeurs, est proportionnel au développement des appareils olfactifs. Dans l'encéphale de la taupe, par exemple, le centre antérieur forme à lui seul la presque totalité de la couche optique.

Chez les oiseaux, le volume des couches optiques paraît restreint, comparé à celui de la masse encéphalique prise dans son ensemble, mais est cependant proportionnel à la masse de la substance grise corticale.

Dans l'encéphale des poissons, les couches optiques sont réduites à l'état rudimentaire.

2° Anatomie pathologique. — Tous les exemples

de lésions des couches optiques que nous pourrions rapporter, peuvent être classés en deux catégories : dans la première entrent tous les cas dans lesquels la lésion, ayant successivement envahi les deux couches optiques, a amené successivement aussi l'extinction totale des impressions sensorielles qu'elles sont chargées de recueillir; dans la seconde peuvent se placer toutes les observations dans lesquelles les destructions partielles de certains départements de la masse des couches optiques ont été suivies de troubles isolés du côté des appareils sensoriels.

I. Relativement au premier point, nous trouvons d'abord, dans les annales de la science, l'observation remarquable de Hunter, trop peu connue à notre avis et que, pour cette raison, nous allons reproduire ici, parce qu'elle est très-concluante (1).

Mademoiselle A..., à l'âge de dix-sept ans, fut atteinte, au début de l'année 1820, d'une céphalalgie intense ; elle avait toujours eu une bonne santé et ne connaissait aucune cause à laquelle elle pùt attribuer son mal. En 1821, la douleur de tète devint plus intense ; elle occupait la tempe droite et apparaissait avec des exacerbations. La malade éprouvait des vertiges, des syncopes, une grande frayeur d'objets imaginaires, de la dureté de l'ouïe et de l'obscurcissement de la vue. Elle devint myope ; les objets lui paraissaient plus grands qu'ils n'étaient, et, parfois, elle restait complètement aveugle

(1) Cette remarquable observation, rédigée par Hunter, est rapportée dans l'ouvrage de F. Lallemand : Recherches sur l'encéphale, t. II, obs. xii, p. 296. Elle est pareillement reproduite par Mackensie, Maladies des yeux, traduction Warloraont, t. II, p. 856.

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pendant quelques secondes. Elle ressentait de violentes douleurs à l'estomac, des nausées et des vomissements. Elle éprouva successivement, dans les différentes parties du corps, de violentes douleurs qui ne s'accompagnaient d'aucun symptôme d'inflammation extérieure. La santé déclina rapidement par suite de la continuité des vomissements.

Le 31 août de la même année, elle fut prise de convulsions avec strabisme et cris perçants; elles durèrent environ une demi-heure et furent accompagnées d'une période de stupeur; la vue se perdit insensiblement, à ce point qu'elle ne pouvait plus distinguer la lumière de l'obscurité ; les pupilles étaient fortement dilatées, mais néanmoins encore un peu sensibles à l'action de la lumière ; la surdité avait aussi beaucoup augmenté; en même temps la constipation était opiniâtre, les vomissements et les douleurs d'estomac continuels. Peu à peu, à la suite d'attaques convulsives répétées, la vue et l'ouïe furent bientôt complètement perdues, puis il en fut de même de l'odorat ; le goût, s'il existait, était très-imparfait elle désirait parfois certains aliments, mais elle se plaignait toujours qu'ils n'avaient pas de saveur.

Ces symptômes persistèrent avec plus ou moins d'intensité jusqu'en février 1823, époque à laquelle, l'estomac rejetant toute espèce de nourriture, les forces de la malade allèrent de plus en plus en s'affaiblissant : les membres étaient demi-fléchis et elle avait à peine la force de les mouvoir; elle dormait les paupières à demi ouvertes; les 3'eux se troublèrent; il survint à l'œil gauche une ulcération qui détermina l'ulcération et l'opacité de la cornée; elle n'accusa aucune douleur, et ne s'aperçut même pas que cet œil était affecté ; "elle ne pouvait avaler aucune substance nutritive qui ne fût à l'état liquide. La faiblesse allant croissant, elle mourut le 5 octobre 1823, après avoir langui pendant plus de deux années à la suite de la première attaque convulsive, et près de quatre ans depuis le commencement de la céphalalgie.

Autopsie. Les membranes étaient exemptes d'altération, la substance corticale était plus molle que de coutume, il y avait du liquide dans les ventricules, etc. Les couches optiques étaient un peu augmentées de volume et irréguliêres, elles étaient entièrement converties en un tissu fongueux que Hunter, qui a rédige l'observation, considère comme un fon-

gus hématode, une incision longitudinale, pratiquée suivant l'épaisseur d'une des couches optiques, offrait l'aspect d'un caillot sanguin. Les corps striés n'étaient pas altérés, les nerfs optiques offraient une teinte plus foncée qu'à l'ordinaire, mais leur texture ne semblait pas altérée, etc.

Il nous semble inutile défaire ressortir l'importance de cette observation et l'appui quelle vient appointer à l'explication du rôle que joue la couche optique dans la perception sensorielle. Nous allons citer maintenant une seconde observation qui présente avec la précédente de grandes analogies et offre le même rapport entre les troubles fonctionnels observés et la localisation des lésions cérébrales.

11 s'agit en effet d'un enfant de deux ans, dont les deux yeux étaient amaurotiques et chez lequel l'ouïe paraissait manquer : l'absence du sens du goût était telle, qu'il avalait indifféremment tout ce qu'on lui mettait dans la bouche ; on n'a rien fait pour savoir s'il percevait les odeurs ; les fonctions respiratoires et digestives ne présentaient rien d'anormal. Il succomba à une hydrencéphalie On constata, à l'autopsie, que le corps calleux, les corps striés et les couches optiques ne formaient plus qu'une seule et même masse homogène, adhérente aux membranes cérébrales ; les nerfs olfactifs étaient mous, les nerfs optiques plus minces que normalement (1).

II, Quant aux observations dans lesquelles les

(1) Observation citée par Treviranus, Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales, t. XVII, p. 27.

destructions partielles de certains départements de la masse des couches optiques ont amené des troubles isolés du côté des appareils sensoriels, elles sont nombreuses dans les annales de la science et il serait trop long de les rapporter toutes. Nous ferons toutefois observer à leur sujet qu'il est regrettable que dans la plupart d'entre elles, le lieu précis de la lésion ne soit pas indiqué et qu'il est souvent difficile de rattacher cette lésion à tel ou tel centre de la couche optique. Aujourd'hui l'anatomie de cette région est connue dans ses plus minces détails, il faut espérer que les descriptions pathologiques seront faites avec plus de précision et viendront confirmer les déductions physiologiques que nous avons développées plus haut. Quoi qu'il en soit, voici quelques exemples choisis parmi les nombreux faits que la science a enregistrés.

Observation I. — Faits observés par Serres : « Quand la couche optique, dit cet anatomiste, est détruite dans sa profondeur, la vision n'est perdue que lorsque la désorganisation pénètre au niveau du point de départ de la commissure molle. » [Anatomie comparée du cerveau, t. II, p. 707.)

Obs. il — Homme, 30 ans. Perte complète de la vision. La couche optique gauche est dilatée par une tumeur encéphaloïde du volume d'une petite pomme, s'avançant dans la cavité ventriculaire, après avoir déplacé le septum jusqu'à la couche optique droite. [Médical Times, 1850, p. 622.)

Obs. III. — Femme, 27 ans. Vision presque entièrement perdue à droite et affaiblie à gauche. Induration au niveau de la couche optique gauche; à droite petite tumeur avoisinant la couche optique, qui n'est pas, est-il dit, notablement altérée. (Lancereaux, Mémoire sur l'amaurose, in Archives générales de médecine. 1854, p. 62.)

Obs. IV. — Cécité complète. Deux foyers d'époques différentes dans chaque couche optique. (Obs. d'Ant. Quaglino, rapportée par Lancereaux, loc. cit., p. 202.)

Obs. V. — Abolition de la vision à droite; pupilles peu mobiles. Apoplexie de la couche optique qrauc/ie. (Cruveilhier, Anatomie pathologique, xxxii» livr., p. 9.)

Obs. VI, — Homme, 50 ans. Hémiplégie du bras droit, perte de la vision du même coté. An cien foyerd ans la couche optique gauche. (Marcé, Gazette médicale, 1863, p. 24.)

Obs. VII. — Obtusion de la sensibilité; hémiopie. Deux petits foyers dans la couche optique gauche. (Chaillou, Société anatomique, 1863, p. 72.)

Obs. VIII. — Enfant de 3 ans. Hémiplégie du mouvement et de la sensibilité; la vision est pareillement abolie de ce côté. Tubercule comprimant la couche optique droite. (Garnier, Société anatomique, 1856, p. 328.)

Obs. ilX. — Anesthésie générale et cécité. Cicatrices multiples dans les couches optiques des deux côtés. (Marcé, Mémoire cité, obs. 15.)

Obs. X. — Paralysie complète du mouvement et de la sensibilité à droite. Foyer dans la couche optique du côté opposé sur la limite de séparation avec le corps strié. (Cruveilhier, Anatomie pathologique, livraison v«.)

Obs. XI. — Perte de la sensibilité et du mouvement à gauche. Foyers dans la couche optique du côté opposé sur la limite de séparation avec le corps strié. (Id., ibid.)

Obs. XII. — Hémiplégie; perte de la sensibilité; dilatation des pupilles. Ramollissement de la couche optique droite. (Andral, Clinique, t. V, p. 422.)

Obs. XIII. — Femme hémiplégique à droite. Quand on la pince du côté paralysé, e le dit qu'elle ne sent rien immédiatement; ce n'est qu'au bout de quelques instants qu'elle a la notion du point intéressé ; du côté opposé la sensibilité est

normale. Ramollissement circonscrit dans la couche optique gauche. (Potain, Société anatomique, 1861, p. 139.)

Obs. XIV. — Perte de la sensibilité et du mouvement du côté droit. Tubercule du volume d'une noix, siégeant dans la couche optique gauche ( Maisonneuve , Société anatomique 1835, p. 39.)

Obs. XV. — Homme, 58 ans. Engourdissement du côté gauche; troubles subjectifs du côté de la sensibilité : les objets semblent onctueux, gélatineux ; et du côté de la vision , illusions d'optique : il semble au malade qu'il voit une multitude de personnes marchant avec activité; l'ouïe est parfois absente. La partie postérieure de la couche optique gauche est le siège d'une excavation jaune brun; le tissu ambiant est ramolli. (Obs. de Bright, citée par Hillairet, in Moniteur des sciences, 1861, p. 391.)

Obs. XVI. — Homme atteint de surdité, puis de cécité subitement. Les couches optiques sont trouvées jaunes et altérées. (Lallemand, Recherches sur Vencéphale, t. II, p. 320.)

Obs. XVII. — Femme, 59 ans, aveugle, ayant discontinué de priser depuis quelque temps (probablement par suite de la disparition des facultés olfactives). Tumeur au devant de la selle turcique ayant refoulé le plancher du troisième ventricule et pris place dans sa cavité; les nerfs olfactifs rejetés en dehors sont comprimés seulement et non détruits. [Archives de médecine, t. XXVI, 1831, p. 117.)

Obs. XVIII. — Femme, 68 ans, amaurotique; hallucinations. Tumeur sous-méningée ayant comprimé le pédoncule cérébral et la couche optique. (Moutard-Martin, Société anatomique, 1845, p. 41.)

Obs. XIX. Femme hystérique; insensibilité complète ; yeux fixes et immobiles ; rigidité cataleptique des membres après les accès pendant trois jours. Hémorrhagie dans le lobe moyen; les deux couches optiques présentent une coloration rouge brun. (Archives de médecine, t. XJ, 1846, p. 707.)

Obs. XX. — Homme, soixante-douze ans. Paralysie généralisée du mouvement et du sentiment, plus prononcée du

côté gauche. Très-grande surdité. Foyer de ramollissement, siégeant à la partie postérieure de la couche optique droite, à la limite de celle-ci et du corps strié. (Laborde, Ramollissement du cerveau, p. 9.)

Obs. XXI. — Homme atteint de paralysie persistante de la sensibilité dans tout un côté du corps, avec paralysie concomitante de la motricité. Foyer occupant exactement l'emplacement du centre médian dans l'hémisphère opposé au côté malade, avec propagation de la lésion dans le corps strié, (Obs. inédite de M. Luys. V. Iconographie photographique, texte, p. 16).

Obs. XXII. — Sourd-muet, mort à l'âge de 43 ans. Dégénérescence amyloïde complète des deux centres postérieurs et, en outre, atrophie consécutive des fibres convergentes postérieures qui sont en connexion avec eux. (Obs. inédite de M. Luys, X. id., p. 17.)

Obs. XXIII. — G..., soixante-dix ans. Absence complète de l'odorat, du goût et de la vue. Léger ramollissement des nerfs olfactifs. La couche optique droite est sur un plan notablement moins élevé que la gauche. Modifications dans les centres olfactifs des lobes sphénoïdaux. Les différents centres de la couche optique droite sont à peine définis; tandis, en effet, que les centres postérieur et moyen de la couche optique gauche sont très-nets, ils offrent, à droite, une teinte jaunâtre uniforme; le centre antérieur est normal à gauche, tandis qu'à droite, il a une teinte jaunâtre d'une apparence gélatineuse. Le centre antérieur droit est atrophié, ses cellules sont infiltrées de très-nombreuses granulations jaunâtres, pigmentaires, et de globules graisseux. Les deux nerfs optiques sont ramollis. (Obs. inédite communiquée par M. le docteur Aug. Voisin.)

Obs. XXIV. — D..., quatre-vingts ans. Absence de l'odorat et du goût. — Le noyau olfactif du lobe sphénoïdal droit à une teinte gris jaunâtre, traversée par des membranes blanches. A gauche, ce noyau est à peine distinct des parties de substance blanche qui l'entourent. La couche optique droite est notablement moins bombée que la gauche à sa partie supérieure, et la saillie qui correspond au noyau olfactif ou an-

térieur est de moitié moins forte qu'à gauche. La largeur des deux centres antérieurs est la même. Le noyau droit se présente à la coupe avec une teinte jaune paie. (Obs. inédite de M. Aug. Voisin.)

Nous avons vu plus haut qu'il existe une grande solidarité fonctionnelle entre la substance grise de la couche optique et celle de la périphérie corticale. De ce fait il doit résulter logiquement que si ces deux régions nerveuses sont dans un état de subordination physiologique, elles doivent être pareillement associées dans leurs divers états morbides. C'est ce que nous apprend, en effet, l'observation pathologique. Les ouvrages sur les maladies de l'encéphale pourraient nous fournir à ce sujet un grand nombre d'observations qu'il serait trop long de rapporter ici. Bornons-nous à renvoyer aux faits cités par Marcé(l),par M. Calmeil(2) et enfin par M. Laborde, qui, dans un chapitre spécial de son ouvrage sur le Ramollissement du cerveau, a fait r'essortir, à l'aide de nombreuses nécropsies, la coexistence d'une altération de la structure de la couche corticale des circonvolutions du cerveau et d'une altération de même nature des parties centrales, en particulier de la couche optique et du corps strié.

3" Physiologie expérimentale. — La situation topographique des couches optiques, placées, comme

(1) Sur la démence sénile.

(2) Traité des maladies inflammatoires du cerveau; Paris, 1859,

on sait, au centre même du cerveau, explique la difficulté d'atteindre ces organes à l'aide des procédés habituels en usage dans la physiologie expérimentale. Le problème a longtemps paru insoluble, quand M. Fournié (1), grâce à une nouvelle méthode opératoire, est parvenu à injecter, à l'aide de la seringue de Pravaz, une substance caustique jusque dans les parties les plus profondes du cerveau, sans amener de grandes lésions dans les parties sus-jacentes. Le liquide injecté est le chlorure de zinc, coloré en bleu avec de l'aniline ; il détruit les tissus en les durcissant. M. Fournié a fait quarante expériences ; il a produit des lésions dans les divers départements de l'encéphale. Sept observations concernent les couches optiques ; nous allons les analyser.

Le sentiment a été aboli complètement cinq fois sur sept, et cette abolition a coïncidé soit avec la destruction totale d'une couche optique, soit avec la destruction des deux.

Une fois, la lésion atteint le point de la couche optique situé en avant de la commissure grise et la perte de la vue coïncide avec la destruction de ce point. Dans un autre cas, nous trouvons la perte de la vue coïncidant avec la lésion des parois du troisième ventricule.

Le sens de l'odorat a été aboli avec la lésion de la partie antérieure des couches optiques (obs. 9).

Le sens de l'ouïe a été détruit avec la lésion du tiers antérieur des couches optiques (obs. 13).

(1) Recherches expêrimentcdcsi sur le fonctionnement dit cerveau. Paris, 1873.

Rilli. 7

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