LA MÉTHODE DIALECTIQUE DANS LE PHÈDRE
G- 236 C, 265 A à la fin) ou, plus particulièrement, de l'Idée d'art de trier (226 B-231 B), qui aboutissent, si Ton prend toujours sur la droite (comp. Soph, 264 E avec Phèdre 266 A) à ridée de sophistique ; la définition qui y est donnée de la Dialectique (253 DE) rappelle très exactement non seulement le passage déjà cité du Phèdre, mais d'autres encore, 270 D, 273 DE, 277 B (cf. 249 BC). Des remarques analogues s'appliqueraient au Politique : l'importance de la méthode de division, les erreurs auxquelles elle est exposée (comp. Phèdre 265 B s. fin, avec Polit, 278 D s. m.) y sont encore mieux mis en relief (285 A-C, 286 D-287 A, cf. 262 A-264 B); les exemples sont plus nombreux encore que dans le Sophiste et plus variés (258 B-268 D; 275 C-277 A; 279 A-284 B [l'art de tisser]; 287 B-305 E); enfin la division rationnelle y est comparée, comme dans le Phèdre, avec la division des membres d'un corps vivant (287 C). La concordance de la conception que le Philèbe (16 C-17 A) nous donne de la Dialectique avec celle du Phèdre (cf. 277 B), comme avec les précédentes, n'est pas moins remarquable : elle les rappelle très fidèlement, tout en les précisant, et la solennité du ton n'est pas moindre, bien loin de là, dans le Philèbe (16 C) que dans le Phèdre (266 B) ; en conclurait-on que, lorsqu'il écrivit le Philèbe, Platon venait d'inventer la Dialectique? Ainsi la parenté du Phèdre avec le Sophiste, le Politique et le Philèbe paraît établie; ce résultat doit nous suffire, et, aussi bien que plus haut à propos des rapports du Phèdre avec le Timée, il est inutile de poursuivre une plus grande précision et de chercher à déterminer plus exactement, de ce point de vue, l'âge relatif du Phèdre. Rappelons seulement, pour finir, le rapprochement déjà signalé (§ 69, p. 46) entre les formules du Phèdre au sujet de la Dialectique et celles que l'on trouve dans le XIP livre des Lois, 963 A, C-964 A, 965 BC, 966 A. L'idée d'une première opération ramenant à l'unité du concept la multiplicité des faits, puis d'une seconde, déterminant les différentes espèces et les subordonnant à l'unité primitive dans une synthèse hiérarchisée, où sont exactement marqués les intermédiaires qui lient l'unité à la multiplicité, — cette
idée est exprimée, dans les passages auxquels nous faisons allusion, brièvement, mais avec une grande netteté*®^.
§ 96. — En résumé, le Phèdre nous apparaît comme un dialogue non seulement postérieur au Banquet, mais même voisin des derniers dialogues de Platon. A la vérité, en outre des raisons que j'ai données pour le prouver, on en a allégué un grand nombre d'autres, que j'ai cru devoir laisser de côté comme peu décisives. Il convient donc sans doute d'expliquer maintenant, le plus brièvement possible, pour quels motifs il n'a pas été tenu compte de quelques-unes d'entre elles relativement aux rapports du Phèdre et du Banquet, auxquelles cependant les partisans de la théorie que j'ai adoptée accordent une grande valeur.
Je mentionnerai tout d'abord ces allusions au Banquet, qu'on prétend apercevoir dans le Phèdre. Les plus notables ont été signalées au cours de l'analyse du Phèdre dans le chapitre précédent. Il faut signaler en même temps l'intéressante conjecture de Teichmueller***^, d'après laquelle l'Eroticos de Lysias, au début du Phèdre, aurait été une critique du discours de Pausanias dans le Banquet : ainsi s'expliquerait l'ironie particulièrement mordante avec laquelle cet échantillon de la rhétorique non philosophique est, à son tour, critiqué par Platon. Mais, en premier lieu, le discours en question est-il vraiment de Lysias **°? A cet égard, l'incer-
108. 965 BG : (at) (x^vov Selv Tcpb; Ta icoXXà ^Xéneiv ôuvaiov etvai, icpbç $è tô ht eicetyeaOai Yvûvac te xa\ yvdvTa icpb; exsTvo (ruvrà^aerOai TràvTa ^uvopùvTa .... TTpbc (léav ISeav i% Tfi>v noXXcov xa\ àvo(jLoia>v Suvarbv eTvai pXé-icstv... 966 A :
il De faut pas se contenter de savoir (ôc n6XV 'é(rrtv... exàcrrov..., mais iJ faut encore être en état de dire, en outre, oncoc ev xe xa\ onr)... -» Sur l'antériorité de la conception de la Dialectique dans R&p, par rapport au Phèdre, cf. Teichmueller Lit. Pehd. l, 81, Raeder op. cit. 261. Sur la théorie de la Dialectique, Rodier art. cit. Ann. philos. XVI, 1905, 55-59; Broghard Les « Lois » de Platon et la Théorie des Idées Ann. philos. XUI, 1902. p. 10.