LÀ THÉORIE DES IDÉES DANS LE PHÈDRE
§ 103. — S'il est vrai cependant que, comme le remarque 'ailleurs Gomperz lui-même (p. 446), la théorie des Idées Titre en contact dans le Phèdre avec la théorie de TAme et [V théorie de la connaissance, il est difficile de croire que ela ait pu se faire alors que la première était encore « comïlètement ou presque complètement nouvelle » (p. 444). En •éalité, le développement que prend, dans le Phèdre, la docrine des Idées en relation avec les diverses parties de la philosophie platonicienne, non seulement avec la théorie de l'Ame et la théorie de la connaissance, mais avec la théorie de Tart, et même avec la physique, dans la preuve de l'immortalité de l'âme qui y est présentée (cf. § 94, p. 85 sq.), — tout cela prouve suffisamment, à mon sens, que la théorie des Idées est déjà une théorie ancienne, fermement établie et qui est prête à porter tous ses fruits. Raeder, qui insiste sur le caractère polémique du Phèdre (cf. op, cit. p. 255 et p. 263), a raison quand il voit dans ce dialogue l'œuvre d'un homme tout pénétré du sentiment que, dans sa philosophie et particulièrement dans sa théorie des Idées, est un trésor dont ses adversaires n'apprécient pas la valeur, et faute duquel pourtant aucun d'eux n'est capable de diriger la jeunesse (p. 279). Quant à l'enthousiasme lyrique qui se manifeste au début du morceau en question, il n'y faut pas chercher, avec Zeller, la joie de la découverte. C'est seulement une des conséquences de ce parti-pris littéraire qui commande, comme nous
l'égard de la doctrine de rAme, la théorie des Idées est un postalat dont Socrate a besoin ; or ses interlocuteurs le lai accordent sans la moindre difficulté, ce qu'ils ne feraient pas s'il s'agissait d'une simple probabilité. Ldtoslawski commet, remarquons le en passant, une méprise analogue en ce qui concerne l'exposition de la réminiscence dans le Phédon et dans le Phèdre : « La théorie de la réminiscence, écrit-il, qui est mentionnée dans le Phédon avec la .réserve ** el àXYiÔTQç eonv " (72 E) est dans le Phèdre considérée comme certaine (250 A). » {ibid). Outre que, en ce qui concerne le Phèdre, la référence serait plus exacte à 249 G, il faut noter que la réserve en question» dans le Phédon^ s'explique sufflsamment par le fait que c'est dans la bouche de Gébès, et non dans celle de Socrate, que Platon a placé cette allusion à la réminiscence ; Gébès n'ajoute-t-il pas d'ailleurs, aussitôt, que Socrate a coutume d'en parler souvent?
l'avons déjà montré (cf. § 87, p. 71), tout le second discour§ de Socrate. Sans doute, la phrase qu'on allègue comme particulièrement significative : TôX[jiY)Téov yap ouv xtX. (voir la traduction § 102, p. 106) est bien une formule très solennelle, mais l'audace qu'elle affirme ne fait que développer Tidef contenue dans la phrase précédente : tov Se u-rcepoupàviov t6^3« ouïe Tiç u[xvr)j£ xo) xwv TfjBe tcôiyjtt)? oBtê ttoO' u(Jt.vi^Œet xax' âÇiav, et elle prélude heureusement à une progression marquée du lyrisme dans toute cette partie du discours. Au reste, quanJ bien même la phrase en question annoncerait réellement des nouveautés, n'y en a-t-il pas assez d'autres dans cette partie* du Phèdre en dehors de la théorie des Idées? Trouve-t-o/? ailleurs l'affirmation de l'existence réelle et objective, en dehors de l'espace visible, d'un monde des Idées? Le rapport de l'âme avec les Idées est-il expliqué ailleurs comme il Test ici et avec la même précision? Sans doute la notion d'un*vie préempirique de l'âme n'est pas que dans le Phèdre : elle est, moins précisément il est vrai, dans le Ménon, dans le Phédon ; mais le Phèdre n'est-il pas le seul à chercher dans la vie suprasensîble elle-même la raison pour laquelle toutes les âmes ne sont pas également bien partagées sous le rapport de la réminiscence, le seul à montrer que toutes les réminiscences n'ont pas une pareille efficacité? Enfin il y a dans le Phèdre une doctrine de la chute que nous ne trouvons, je crois, dans aucun autre dialogue ^^*. D'autre part, selon la remarque de Raeder (254 sq.) s'il y a beaucoup de raisons pour que Socrate mourant parle à ses disciples et à ses amis de la théorie des Idées comme d'une doctrine qu'ils connaissent bien, il n'y en a pas, bien au contraire, pour qu'il fasse de même à l'égard de Phèdre, qui non seulement n'est pas de ses élèves, mais qui est même un fidèle de ceux qu'il combat.
§ 104. — En résumé, les deux raisons les plus fortes qui puissent être apportées à l'appui de l'opinion de l'antériorité
132. Sur toutes ces questions, voir le eh. III, principalement § 129 s. med., § 124, § 127 s, med.