IV. — Phédon
§ 105. — Il est difficile, nous le constaterons d'un bout à l'autre du chapitre suivant, de séparer la doctrine de l'Amour de la doctrine de l'Ame. Cette étroite connexité de l'une et de l'autre nous impose la nécessité de dire quelques mots des rapports chronologiques du Phédon avec le Phèdre, et, du même coup, du Phédon avec le Banquet.
133. Les partisans de rantériorité, ea dehors, bien entendu, de ceux qui veulent que le Phèdre ait été écrit du vivant de Socrate, placent le dialogue entre 394 et 393 : Zeller 540, 1 ; Sosemihl N. PI. F. i, 41 sq.
Déjà, à plusieurs reprises, nous avons été amenés incidemment à parler de cette question. Il sera donc inutile d'insister sur un certain nombre de raisons en faveur de l'antériorité du Phédon sur le Phèdre, qui sont corrélatives de celles qui ont été données pour soutenir une thèse analogoe à propos du Banquet. Ainsi, par exemple, si les argument^ qui se tirent de la façon dont la Dialectique est exposée dans le Phèdre constituent des preuves valables, il est clair qoe ces preuves conservent, dans le cas présent, toute leur force. Il en est de même pour celle qui se fonde sur le passagre de Phèdre 242 AB (voir supra § 92)"*. Je n'ai rien à ajoutai d'autre part à ce que j'ai dit relativement à la manière dont il est parlé de la théorie des Idées dans le Phèdre et dans le Phédon (cl §102-103).
En second lieu, il convient, je crois de ne pas s'attarder non plus à établir ni à discuter certaines raisons qui semblent par elles-mêmes peu convaincantes. On allègue, par exemple, certaines prétendues références*. Le morceau du Phèdre où est décrite l'ascension de l'âme ailée est inspiré du Phédon 109 E, disent les partisans de l'antériorité de ce dernier dialogue (cf. Raeder 254). Mais ceux qui soutiennent la thèse opposée ne pourraient-ils répondre que le passage du Phédon est, au contraire, un souvenir des développements du Phèdrel Au reste ils invoquent, comme un renvoi au Phèdre, ces passages du Phédon, surtout 100 B, où Socrate rappelle qu'il a prouvé antérieurement qu'il y a quelque chose de bon et de beau par soi-même. Mais, leur répond-on, ces passages peuvent se rapporter tout aussi bien au Banquet ou à VHzppias major. On dit encore, pour prouver que le Phèdre est postérieur au Phédon, que l'idée d'une migration des âmes^ qu'on trouve dans le Phèdre (248 CD, 249 B) et aussi dans la Repu-
134. Peut-être pourrait- on supposer que, en ce qui concerne Sinunias^ l'allusion se rapporte au nombre de ses écrits tous sous forme de dialologues, vingt-trois, selon Diogène (U, 124). La supposition serait sans vraisemblance : dans la phrase en question» dont le sens est d'ailleurs étendu de Phèdre à Simmias, il n'est pas un mot qui indique qu'il s'agit ici d'une abondance d'écrivain ^