‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 50 sur 99 · LE PROBLÈME DE LA TRIPARTITION DE L'AME · texte numérisé non relu

LE PROBLÈME DE LA TRIPARTITION DE L'AME

du Phédon une doctrine des parties de Tâme, il faudrait convenir que cette doctrine, sous la forme qui lui est donnée, est très différente de la doctrine du Phèdre, qui place les deux parties inférieures dans l'essence même de Tâme. Or cette conception du Phédon se rapprocherait beaucoup de celle de la République et du Tintée, qui, de même, ce dernier surtout, considèrent les parties inférieures comme surajoutées à l'âme à la suite de son union avec le corps.

A ce propos, Gomperz {loc. cit.) déclare le point de vue du Phédon supérieur à celui du Phèdre. Cette opinion ne me semble pas exacte. Je crois tout au contraire qu'il faut, comme je tenterai de le montrer plus tard '^^ considérer la théorie du Phèdre comme un perfectionnement des conceptions de la République et même du Timée. En cherchant dans l'essence, ou, comme il dit, dans Vidée même de l'Ame des éléments capables d'expliquer sa chute, Platon me paraît avoir voulu donner la raison de l'addition, à la partie raisonnable de l'Ame, des parties inférieures. Or c'est la théorie de la composition de l'âme du monde dans le Timée qui est sans doute le principe immédiat de cette recherche : nos âmes, il ne faut pas l'oublier, sont composées de la même manière que les âmes astrales et que l'âme du monde (41 D, 69 C). Mais le Timée n'avait peut-être pas suffisamment montré ni pourquoi ni comment les dieux inférieurs sont conduits à joindre à l'âme immortelle une âme mortelle, faite ellemême de deux parties. C'est en somme ce dont le Phèdre rend compte : l'Ame a dans son essence première la raison de sa chute. D'autre part, la théorie du Timée est elle-même le développement d'une indication de la République : dans ce dernier dialogue, en effet, l'Ame est incidemment (X, 611 B) présentée comme un composé dont les parties sont si merveilleusement liées que, à ce titre même, ce composé échapperait à la dissolution. Or il est manifeste que la composition dont il est ici question n'est point celle qui charge

138. Cf. § 138 . On trouvera à cet endroit des indications sur les antécédents de cette conjecture.

Fâme des misères qui résultent de son union avec le corps {ibid, 611 BC). Aussi bien le Phédon, qui pourtant affirme la simplicité de l'Ame en elle-même, se bornait-il à affirmer sa ressemblance et sa, parenté 3,yec Tlndivisible (79 D, 80 B). De même, le Ttmée semble dire que, si, de sa nature, T Ame n'est point indissoluble, puisqu'elle est une essence mixte et un composé, en revanche, ce serait « le fait d'un méchant de vouloir dissoudre ce qui est beau et bien proportionné » (41 AB). Il n'en est pas moins vrai, et voilà justement l'apport du Phèdre h la constitution définitive de cette doctrine, que cette composition essentielle et foncière de l'Ame est précisément ce qui peut conditionner sa chute et son existence mortelle. Ainsi en résumé, du Phédon au Phèdre^ en passant par la République et le Timée, nous voyons évoluer la doctrine de la nature de l'Ame. Pour la seconde fois (cf. § 94, p. 86), le Phèdre nous apparaît donc comme postérieur au Timée, Il s'ensuit que nous ne pouvons à fortiori le considérer comme antérieur au Phédon.

§ 107. — Cette discussion se lie de la faç^n la plus étroite à celle qui concerne les preuves de l'immortalité, et le problème pourra être résolu exactement de la même manière. — La difficulté se présente de la façon suivante. D'une part, la preuve de l'immortalité qui est donnée dans le Phèdre (245 C-246 A) est valable pour l'Ame en tant que composée, dans son essence, de trois parties. D'autre part, il y a accord entre le Phédon (78 BC), la République (X, 611 B) et le rimee (41 A fin, 43 D fin) pour poser en principe que tout ce qui est composé peut être dissous. Dans le premier dialogue, ce principe conduit à démontrer l'immortalité de l'Ame par sa simplicité, laquelle résulte de ce que, purifiée convenablement par la philosophie, elle est seule capable de connaître son semblable, le Simple et l'Immuable, c'est-à-dire l'Idée (79 D-84 B). A la vérité, nous l'avons vu, il ne s'agit là que d'une indissolubilité approchée (80 B), et cette réserve se précise dans la République, où nous voyons]qu'un composé aussi parfait qu'est l'Ame peut cependant être éternel (611 B), et dans le Timée, où l'indissolubilité résulte de la perfection

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