‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 51 sur 99 · LE PROBLÈME DE L'IMMORTALITÉ DE L'AME · texte numérisé non relu

LE PROBLÈME DE L'IMMORTALITÉ DE L'AME

même du mélange et de la volonté de celui qui Ta fait (41 AB, 43 D). Toutefois dans la République, tandis que, d'une part, rimmortalité se prouve par ce fait que, malgré la perversité qui résulte pour elle de son union avec le corps, TAme ne peut néanmoins être détruite (608 D-610 E), d'autre part, il nous est dit expressément (611 B-612 A) que TAme doit plutôt être considérée dans la pureté de son essence, à part de son union avec le corps et dans son rapport avec la Vérité, avec ce qui est divin et éternel, c'est-à-dire avec l'Idée. Au contraire le Timée attribue explicitement l'immortalité à la partie raisonnable de l'âme et à elle seule (41 D, 69 CD). Ainsi il y a concordance, d'ailleurs partielle, entre les déclarations du Phédon, de la République et du Timée, désaccord des trois dialogues avec le Phèdre.

§ 108. — Toutefois, d'après Ueberweg {Unters, 285 sq.; cf. LuTOSLAwsKi 353 sq.), il y aurait quelque chose de commun entre le Phèdre et le Timée, Dans ces deux dialogues, disaitil, nous trouvons en effet cet axiome que tout ce qui est principe est indestructible, corruptible au contraire tout ce qui est conditionné. Or, ajoutait-il, dans le Phédon'û y a quelque chose de plus, c'est cette autre proposition que le conditionné lui-même peut être impérissable, s'il est dans un rapport nécessaire à une Idée déterminée excluant la mort, à savoir l'Idée même de la vie (103 C-107 A, principalement 103 E, 105 E sqq.; cf. 102 DE). Il en concluait que le Phédon a sa place après le Timée , comme après la République. Tout le monde s'accorde, aussi bien les partisans de l'ancienneté du Phèdre que les adversaires de cette hypothèse, à rejeter l'opinion de Ueberweg en ce qui concerne la place du Phédoji. On fait remarquer que la République se réfère manifestement au Phédon, non seulement d'une manière implicite (611 B-612 A), mais, comme nous l'avons déjà vu (§ 94, p. 85), en rappelant d'autres preuves (oî oXXoi ^oyoi) qu'il suffisait de «empiéter *^^.

139. Cf. Zeller 827, 3 [828 sq.], Raeder 239. — Si Glaucon manifeste de la surprise, 608 D, en entendant parler de preuves de rimmortalité de rame, cela ne prouve pas que le X'' livre de la RépuhL soit antérieur au Phédon. Platon se propose sans doute, au contraire, de rappeler indirect

D'autre part, Zeller fait remarquer avec raison que, dans le Timée, il n'est pas question de principe et de conditionné, mais seulement de simple et de composé. Il y aurait néanmoins, selon ceux qui placent le Phèdre avant le Phédoii, ceci de vrai dans la conjecture d'UEBERVirEG que le Phédoii marquerait, au point de vue qui nous occupe un progrès réel sur le Phèdre, Celui-ci rie considérait Tâme que comme principe de mouvement (245 C sqq.), l'autre voit en elle, par suite de son union avec l'Idée de la vie, le principe de la vie et, par là même, du mouvement **^. On peut en outre prétendre que le principe « tout composé est périssable », graduellement développé et précisé dans le Phédon, dans la Répuhliquf*, dans le Timée, rectifie la preuve en quelque sorte intempérante du Phèdre,

Il me semble que c'est l'inverse qui est le vrai : Platon n'abandonne pas peu à peu, tout en le maintenant théoriquement, le principe de l'immortalité d'une Ame composée ; il s'élève au contraire progressivement à ce principe, en partant de l'idée de l'immortalité de l'Ame envisagée comme une substance simple. Ce n'est qu'incidemment qu'il s'avise dans le Phédon que, si l'Ame avait la simplicité absolue, elle se confondrait avec l'Idée. Avec la République, il commence à apercevoir, sans cesser d'admettre pourtant que tout ce qui est composé peut être dissous, que les composés très bien faits pourraient bien être éternels : telle est justement l'Ame. Mais n'est-il pas très difficile d'accorder cette forme parfaite de composition à une Ame dans laquelle se trouvent des éléments de corruption? Sans doute, la prédominance de ces élénâents n'est même pas capable de faire périr l'Ame. Il n'en est pas moins vrai qu'il est préférable de s'en tenir à la nature essentielle de l'Ame, dans son rapport avec la simplicité des Idées (611 B-612 A). C'est alors que le Timée vient débrouiller ce qu'il y avait d'embarrassé et d'équivoque dans

tement la fiction qui, dans le Phédon, a placé l'exposition de ces preuves devant un cercle d'amis qui assistent précisément aux derniers moments de Socrate. Cf. Raeder, 255, 1. Voir aussi § 103 /ïn. 140. SusEMiHL JT. Vlat. F. l 39.

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