‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 52 sur 99 · LE PROBLÈME DE LIMMORTALITÉ DE L*ÂME · texte numérisé non relu

LE PROBLÈME DE LIMMORTALITÉ DE L*ÂME

cette attitude : oui, il reste vrai que tout ce qui est composé peut être dissous, et le Démiurge pourrait détruire les mélanges qu'il a si habilement constitués; mais la perfection même de ces mélanges, désormais prouvée, nous garantit leur conservation, parce qu'il ne pourrait appartenir qu'à une volonté mauvaise, ce qui n'est pas le cas, de vouloir la ruine de ce en quoi résident la proportion et l'harmonie. Le Timée a découvert en effet en quoi l'Ame est un composé très bien fait : c'est en tant que, dans sa nature essentielle, le Même et l'Autre sont combinés selon les nombres les plus harmonieux et selon les figures les plus parfaites. Quant à ses deux parties inférieures, elles n'entrent pas dans le mélange; elles ne participeront donc pas à l'immortalité que ce mélange doit à sa perfection, et ainsi l'âme supérieure seule doit être immortelle. Enfin le Phèdre, en même temps qu'il coordonne la doctrine de la République et celle du Timée, développe certaines idées de ce dernier dialogue. En premier lieu, c'est, nous l'avons vu (§ 106, p. 113 sq.), dans l'Ame essentielle ellemême, dans le mélange, si parfait soit-il, qui la constitue, qu'il cherche la raison de l'existence en elle de deux parties mortelles ou, en d'autres termes, la cause de sa chute. D'autre part, tout en reprenant du Timée la notion d'une âme universelle (cf. toute la démonstration de l'immortalité de l'âme 245 C sqq. et 246 B5./în.), le Phèdre semble dépasser le point de vue du Timée, en ce qu'il paraît bien admettre que l'Ame est un principe de mouvement, antérieur à toute génération comme à toute corruption, indépendant par conséquent de l'action fabricatrice du Démiurge. En outre, il montre, mieux que le Timée (cf. 36 E), que cette âme est immortelle en tant précisément qu'elle conserve dans l'Univers le mouvement et la vie. Ce n'est donc pas le Phédon qui perfectionne le Phèdre : tout au contraire, ce dernier dialogue élargit la preuve par l'Idée de la vie, en la reliant, avec le Devenir tout entier, aux propriétés motrices que l'Ame possède par sa nature même.

Ainsi, en résumé, la conciliation de la doctrine de l'immortalité de l'Ame avec la croyance à sa composition, à

peine entrevue dans le Phédon^ ébauchée maladroitement dans la République, exposée dans le Timée, s'achève et se développe dans le Phèdre, Une troisième fois, le Phèdre nous a donc semblé être postérieur au Timée : nous pouvons donc conclure qu'il ne saurait être placé avant le Phédon. Ajoutons encore deux brèves remarques, pour finir. Si le Phèdre était antérieur au Banquet, au Phédon, ne serait-il pas vraiment étrange qu'il fît dépendre une démonstration de la nature de l'Ame de ce principe qu'elle est immortelle? Cette façon de procéder me semble impliquer que l'immortalité de de l'Ame est désormais pour Platon un dogme incontestable, dont il importe plutôt de reconnaître toute la portée que de fournir de nouvelles preuves. En second lieu, et ceci pourrait bien être décisif, la seule preuve de l'immortalité qui soit retenue dans les Lois (X, 894 E-895 C, 896 AB), c'est, comme nous l'avons déjà vu (§ 94, p. 85), la preuve même du Phèdre,

§ 108 bis. — Une dernière question nous reste, celle des rapports du Phédon avec le Banquet : nous ne nous y attarderons pas longuement, car une discussion à ce propos serait pour notre sujet médiocrement instructive. La plupart des historiens considèrent le Banquet comme antérieur au Phédon, Ils allèguent le développement plus considérable de la théorie des Idées dans ce dernier dialogue, ou bien une conception plus haute de la destinée du philosophe : dans le Banquet (204 AB), celui-ci n'est qu'un être intermédiaire entre l'ignorant et le sage, dans le Phédon (82 B), c'est un homme qui s'élève jusqu'à la condition des dieux (cf. Rae- DER 179 sq.). Mais qu'est-ce que cela prouve? Si le philosophe approche de la béatitude divine, on peut en avoir conclu par la suite qu'il devait être considéré comme inférieur aux dieux, mais comme supérieur au reste des hommes, bref comme un être intermédiaire. D'autre part, le Banquet peut tout aussi bien supposer que conditionner l'exposition plus abondante de la théorie des Idées, que nous trouvons dans le Phédon.

Teichmueller a donné deux raisons intéressantes de placer le Banquet avant le Phédon^ *^ : l'une se fonde sur ce que,

141. Zellbr 506, 1 lui attribue^ par erreur, Topinion contraire.

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