Tim. 69 D; cf. Théét. 176 A
LA TRIPARTITIOxN DE L^AME DANS LE PHÈDRE 163
pelée dans le Timée une cause vagabonde (48 A : xo Tfjç luXa-* vwixévYjç eïSoç aittaç) et cette expression ne peut-elle être rapprochée de la fonction motrice que le Phèdre assigne aux coursiers dans la vie de TAme? L'élément de la diversité, qui existe dans TAme antérieurement à la vie sensible, aussi bien dans Tâme du monde et dans les âmes astrales que dans les âmes divines et humaines, voilà la matière qui s'impose aux dieux inférieurs quand ils s'efforcent d'imiter, à leur façon, l'œuvre du Démiurge (69 D). En d'autres termes, l'âme supérieure contient une nécessité réglée : cette nécessité se retrouve dans l'âme mortelle, mais elle y résiste à l'ordre, bien qu'à des degrés divers ; comment dès lors s'étonner que la Raison ne domine pas facilement les passions, que celles-ci ne puissent pas être ramenées aisément à l'ordre primitif? Que maintenant, des trois parties qui sont distinguées dans le Phèdre, une seule, l'Intellect, soit capable de contempler les Idées (247 CD, 248 A; voir § 128), il n'y a rien là qui puisse surprendre. L'Intellect, en effet, représente dans l'Ame l'essence du Même, et l'essence du Même représente les Idées. Enfin comment le Phèdre pourrait-il prouver l'immortalité de l'Ame par sa propriété d'être automotrice, et motrice de ce qui est corps, si, dans l'âme immortelle elle-même, il n'admettait pas l'existence d'une essence à laquelle le mouvement est naturellement lié, à savoir l'essence de l'Autre? Or les deux coursiers de l'Ame sont aussi, d'après le Phèdre, le principe de son mouvement. Mais, si le mouvement dérive de l'Autre, il ne peut être en lui-même qu'irrégularité, car le mouvement et le changement ont précisément leur origine dans la lutte des contraires. C'est ce que le Timée et le Politique , entre autres dialogues, expliquent avec une parfaite clarté *^^. Mais ce mouvement sans règle peut être ordonné par l'Intelligence : au mouvement de l'avota, comme parlent les Lois, peut être substitué le mouvement uniforme du voOç; tel est
186. Tim, 57 E- 58 A, Polit. 269 DE ; cf. Phèdon 79 C : i'âme lîXav&xai xai TapdxTeTai, loFsqa'elie se laisse entratner par le corps elç xk oûdénoxe xaxà
précisément le cas pour T Ame dans la perfection de sa nature, alors que se trouvent conciliés le mouvement lui-même et le repos, puisque les mouvements, s'effectuant alors autour d'un centre commun, ne changent pas véritablement de lieu*®"'. En résumé, TAme est motrice parce qu'elle a en elle le principe même du mouvement, et son mouvement peut être régulier parce que dans TAme il y a aussi Tlntelligence, qui est le principe de Tordre et de la régularité. D'autre part, dans toute âme, il y a de la diversité, puisque l'essence de l'Autre est un élément de toute âme; mais, dans les âmes divines, la nature de l'Autre, étant entièrement soumise à l'Intelligence, n'est rien de plus qu'une dualité; dans nos âmes, au contraire, cette dualité est vraiment une dualité^ d'opposés.
Cette hypothèse sur l'identité de la théorie de l'Ame dans le Phèdre avec la doctrine de la composition de l'Ame dans le Timée a été défendue dans l'antiquité par Hermias, dans son commentaire du Phèdre et, de nos jours, par Hermann"*.
187. Lois X, 893 CD, 897 B, 898 AB ; cf. Tim, 36 D-37 A, 30 A ; FolxL 269 DE. Bien que Platon parle avec précision dans le x* livre des Lom, 896 Ë, 897 CD, de plusieurs âmes, l'une bienfaisante, l'autre malfaisante (cf. 898 G), il me paraît certain que Platon veut dire plutôt que TAme est double, qu'elle contient et unit un principe du bien et un principe du mal, et cette doctrine ne diffère pas de celle du Timée et du Phèdre, En effet, dans ce qui précède 896 D, il est dit que l'Ame est le principe des biens et des maux et, plus loin, 904 D, Platon parle du mélange du bien et du mal dans toutes nos actions en tant qu'elles proviennent de TAme, et des soins que prend le Roi du Monde pour assurer dans l'Univers le triomphe du Bien. Au reste, tout le développement 896 D-897 D ne semble pas avoir d'autre sens que celui-ci : le monde entier porte la marque de l'ordre; c'est donc une âme bonne qui le régit; s'il avait les caractères du désordre, on pourrait dire au contraire que c'est une âme mauvaise; il y a donc dans TAme deux principes en lutte : Tordre du monde prouve la victoire du bon sur le mauvais, nos actions témoignent de leur opposition.
188. Hermias p. 126 Ast, ap. Zeller 820, 2 ; Herhann De part, an» immort, sec. Plat, Gôtt. 1850/1851, p. 10, ap. Zeller ihid, — D'après Raeder op, cit. 252, telle semble être aussi l'opinion de Ihmisgh Neue Jahrbûcber f. d. Klass. Altertum III, 560 sq.