L'AMOUR EST L'ACTE ESSENTIEL DE L'AME
Zeller et Raeder (252), le partisan et Tadversaire de Tantéi*îorité du Phèdre, s'accordent pour la rejeter. Il m'a semblé pourtant qu'elle s'appuyait sur des raisons très fortes et qu'elle levait bien des difficultés. Elle s'impose d'ailleurs, à mon sens, avec une autorité particulière à quiconque admet la proximité chronologique du Timée et du Phèdre : elle m'a môme paru constituer un motif de placer le Phèdre après le Timée, la doctrine du premier sur la tripartition de l'Ame dans sa vie préempirique supposant nécessairement la doctrine du second sur la composition de l'âme immortelle (cf. § 106, p. 113 sq.). Le Phèdre nous permet de comprendre que l'âme supérieure, c'est-à-dire l'Ame dans sa réalité vraie, ait pu être appelée démon dans le Timée, puisque, dans cette âme même, nous trouvons unies l'essence de ce qui fonde l'unité et l'immortalité et l'essence de ce qui fonde la diversité et la mortalité.
§ 139. — De tout ce qui précède, il résulte donc que TAmç, envisagée dans son essence, c'est-à-dire l'âme raisonnable, est un démon. Elle établit entre les astres où le Démiurge l'avait logée et les corps auxquels elle apportera la ,vie la relation exigée par le plan de l'Univers {Tim, 41 BC). A uft point de vue plus général, elle est un intermédiaire entre les Idées et les phénomènes, entre l'Intelligible et le Sensible. L'Ame en effet n'est pas une Idée, mais seulement ce qui est apparenté à l'Idée et ce qui lui ressemble *^^ Mais, d'autre part, du fait de sa chute, elle est liée à des parties mortelles, elle se trouve engagée dans le Sensible et, à ce titre, elle est privée des Idées ; elle manque donc de ce qui est approprié à sa nature ; ce qui le prouve, c'est que l'Ame, lorsqu'elle parvient à secouer l'esclavage que le corps fait peser sur elle, est amoureuse de la Vérité, et la Vérité c'est ce qui possède la simplicité et la pureté de la Chose en soi. Aussi le Phédon
189. Phédon 79 A- 80 B, 81 A et surtout 79 D : ouyyev;); oScra et 80 A : eoixsv — Le texte de Théét. 184 D ne signifie pas, comme on Ta prétendu, que TA me soit une Idée : le mot Idsa a dans ce passage sou sens vulgaire, comme Ta bien vu Zeller 660, 4 [661]; cf. Fodillée Philos, de Platon 1% 115-117.
nous répète-t-il à satiété que le philosophe ne travaille qu'à se délivrer du Sensible pour atteindre l'objet propre de ses amours (65 D-66 B, D-67 B, E-68 B, 83 B)*»^ Il semble donc que l'Amour, du moins Tamour de cela seul qui mérite véritablement d'être aimé pour lui-même, c'est-à-dire l'amour des réalités absolues, doive nécessairement appartenir à l'Ame, en tant qu'elle est isolée du Sensible et considérée dans la pureté de son essence, et cet amour est en elle la conséquence de ce qu'elle est privée du bien qui lui est propre, la réalité absolue, à laquelle elle ressemble elle-même. C'est, au reste, ce que la République expose en des termes qui, invinciblement, font penser à la fois au Phédon et à la théorie de l'Amour telle qu'elle est présentée dans le Banquet. La première condition pour devenir un homme de bien et un philosophe, c'est d'avoir l'amour de la vérité et du savoir, l'amour de l'ordre et de l'immutabilité (cf. VI, 500 CD, cité en partie § 133, p. 151 sq.) : (( il va vers son but et son amour ne s'émousse ni ne se relâche, avant qu'il ait atteint la nature de ce que chaque chose est en elle-même, par la partie de son âme à laquelle il appartient d'atteindre un tel objet. Or ce privilège appartient à une partie de l'âme qui est apparentée à cet objet. Quand elle s'en est approchée et qu'elle s'est unie à lui d'une façon absolument réelle*®* et qu'ainsi elle a donné naissance à la pensée et à la vérité, elle connaît alors et elle vit véritablement et elle se développe ; car c'est de la sorte que prennent fin pour elle les douleurs de l'enfantement, et cela pour la première fois jusqu'à ce moment. » (flep. VI, 490 AB;cf.
190. Voir en particulier 66 DE : el (jiéXXoiJtiv tcotc xaOap&àc t» stcreo^ati
àiraXXaxxéov auxoO |SC. toO fft&(j.aTo;] xa\ aO-rij t^ '^^X% [cf. 66 E-67 A : avxti xa6* a{jTr|V... x**P'Ç "^o^ cc^iiaTOç] Oeaxéov aura xà icpayjiaTa • xa\ t6t£... tijiIv eoTat ou lictOu (ioOti.lv Te xai çatiev ëpa«TTai elvaS) 9povYJaea>;. 67 ÂB : O'Stcd (lèv... Yvc&ffO(ie6a ôi' i^piôv auxôv tc&v to elXcxptveç [cf. 66 A : «uto xa6* aûté • elXixptvèc exaffxov] • toOto V loriv l'awç xb àXtiôé;. 67 E-68 A : il serait absurde que les philosophes ne fussent pas joyeux d'aller l%€iaz ...oî àçixofilvot; Ik^U e(rciv ou Sià ptou Y^pcov Tu^eiv * -yjpcov Se 9pov^(r&b>;. Même expression un peu plus bas.
191. ^ 7cXT)7ta(rac xai (iiyEi; tû ovxt ovto>; [peut-ôtre : « et qu'elle 8*e8t mêlée à Têtre absolu >»].