‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 76 sur 99 · L'AMOUR CONDUIT L'AME A LA VERTU · texte numérisé non relu

L'AMOUR CONDUIT L'AME A LA VERTU

4f44 DE; Lois X, 906 B). La vertu consiste en effet à faire régner dans Tâme Tordre et Tharmonie, d'où résultent justice et tempérance (Gorg. 504 B-D), en donnant à chaque partie de Tâme le rôle qui lui appartient {Rép. IV, 443 DE; cf. I, 353 DE, VIII, 554 E, IX, 586 E\Tim. 87 C). Toutefois cet équilibre est subordonné à une œuvre précise, qui constitue la tâche essentielle du philosophe : dans son effort pour vivre par Tâme et non par le corps, il travaille en effet à se délivrer des passions et à acquérir cette vertu accompagnée de sagesse qui seule est vrstie et par laquelle seule son âme peut contempler ce qui est véritable et divin, et s'en nourrir {Phédon 69 AB, 84 AB). Au surplus, il est remarquable que, pour exemples de ces réalités absolues qui sont les objets soit de la contemplation supra-empirique, soit simplement de la réminiscence, le Phèdre allègue principalement des vertus, ot)taio(7uviQ, aaxppoffuvY) et, s'il parle, en outre, de la beauté et de la science {Phèdre 247 D, 250 B, 254 B), il ne faut pas oublier, comme nous le verrons plus tard (§ 170 5. in.), que la beauté consiste dans Tordre et dans Tharmonie, qui constituent la Vertu, et que la vertu véritable est la même chose que la science.

§ 142. — Or TAmour tend vers l'acquisition et la communication de la vertu; c'est là son objet essentiel, celui qui se rattache immédiatement à sa nature primitive. D'après le Banquet, en effet, l'Amour est le désir de l'immortalité, et le seul moyen que possède l'être mortel de parvenir à l'immortalité, c'est la génération (206 B-207 A, D, E, 208 B). Mais la génération selon le corps n'est qu'une image inférieure et trompeuse, commune à l'homme et à l'animal *^^; de la génération proprement humaine qui est la génération xaxà tyjv 'J;ux^y (206 B, C; 209 AB). Ce que nous donne cette généraration, c'est l'immortalité de la vertu, pour laquelle les hommes sont prêts aux plus grands sacrifices et avec d'autant plus de zèle qu'ils sont meilleurs. Dès que le moment est

192. 207 A-D, 208 B, C, E : 8tà iraifioyovta; àôavaaîav..., coç ofovtai, a^TOïc Eic T^v tiizvzoL x^h^fi^t icavra icopiC^iievot, 209 G-E ; cf. auSSi 210 BG,

venu, OÙ naît le désir d'engendl'er, ces hommes divins cherchent la beauté dans laquelle ils pourront produire, c'està-dire une belle âme sur laquelle s'exercera leur pouvoir fécondant pour les choses dont il convient naturellement à TAme de posséder les germes ou de les faire fructifier. Or ces choses, ce sont (pp6vY;(j(<; ts xal ii aXXrj ipevfi (209 A), et la plus belle partie de cette sagesse, c'est la Œwçpoau'nQ avec la SixatoauvTQ, appliquées à l'organisation réglée dés cités et des familles. Mais il est clair (la République le montrera suffisamment) qu'une telle organisation doit être aussi, dans la vie individuelle elle-même, l'objet de la sagesse fruit de l'Amour. Voici, du reste, comment les choses se passent. Quand celui qui est fécond selon l'Ame a trouvé, dans un corps d'ailleurs beau, une belle âme, alors auprès de l'homme en qui se rencontre cette double beauté, il lui vient en foule des discours sur la vertu, sur ce que doit être l'homme de bien et ce à quoi il doit s'occuper. L'œuvre de l'amour consiste donc précisément en ceci que l'aimé fait en quelque sorte éclore les germes que l'amant portait en lui, et de leur union résultent des enfants plus beaux et plus immortels que ceux des hommes (208 C-209 E). Provoquer en soi cette éclosion des vertus dont l'âme possède le germe, communiquer ce germe à d'autres *^^ c'est là la véritable raison d'être de l'Amour. C'est ainsi qu'Alcibiade présente, non sans alliage, il est vrai, de. sentiments moins nobles, son amour pour Socrate (217 A, 218 DE, 222 A).

Sans doute Pausanias avait déjà indiqué une conception analogue (184 C-E, 185 AB), mais d'un point de vue superficiel. Socrate reprend cette idée par la bouche de Diotime en lui donnant, à la lumière de la théorie générale de l'Amour, une signification toute nouvelle. La beauté de l'Ame est décidément élevée bien au-dessus de la beauté du corps. Tout à l'heure il semblait désirable que celle-ci fût jointe à l'autre; maintenant cette condition n'est plus exigée : la beauté de

193. Sur ce dernier point, cf. Brochard art. cit. Ann. philos. 1906, p. 20 sqq. et Dugas op. cit, 51, 53 sq., 183 sq., 275 sq.

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