‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 77 sur 99 · L'AMOUR CONDUIT L'AME A LA VERTU · texte numérisé non relu

L'AMOUR CONDUIT L'AME A LA VERTU

'Ame doit suffire à déterminer l'amour et cet amour se malif estera par le désir de produire dans Tâme des discours jropres à rendre les jeunes gens meilleurs (210 A-D). Enfin îeluî que l'Amour a conduit jusqu'à la contemplation du 3eau absolu est seul capable d'engendrer et de nourrir non les images de vertu, mais des vertus réelles, car ce n'est pas ï une image qu'il touche, mais au réel lui-même, et il le contemple avec l'œil pour lequel le réel est visible (212 AB ; cf. Théét. 176 B). L'Amour est donc l'auxiliaire (auvepYov 212 B) le plus puissant que possède l'Ame pour s'élever par la vertu jusqu'à ce qui, comme dit la République dans le texte cité plus haut (§ 139, p. 166), est connu par cette partie de l'Ame dont la nature est semblable à celle de l'objet qu'elle connaît. De même le Phèdre nous peint l'Amour comme étant ce qui excite chaque âme à s'efforcer de se donner à nouveau la ressemblance du dieu dont elle a jadis suivi le cortège et d'amener le bien-aimé à imiter le même modèle : ainsi ceux qui ont fait partie de la suite de Zeus cherchent une âme qui soit, comme la leur, une âme de Zeus; ils cherchent si elle est philosophe et capable de commander (çtXoaoçoç xe xat •?l7£li.ovtK6(;) et ils travaillent à cultiver en elle ces tendances (252 C-253 C). Or l'autorité dont il est ici question et vers laquelle tend l'effort de l'Amour, c'est précisément celle que la philosophie nous permet de prendre sur nos passions. Ainsi donc l'Ame liée au corps a bien dans l'Amour un moyen de se dégager du corps, pour réaliser dans la vertu la perfection de son essence et atteindre par là les réalités absolues. § 143. — Il y a plus, la justice elle-même et la tempérance peuvent être considérées, à un certain égard, non plus comme des effets mais comme le principe même de l'Amour, et nous verrons apparaître ainsi un aspect fort instructif de la théorie platonicienne de l'Amour. Si nous nous en rapportons en effet à ce curieux passage du Gorgias (507 E-508 A), que nous avons déjà cité (p. 133; cf. § 139/îw), nous voyons qu'elles contribuent à établir un lien d'amitié entre les dieux et les hommes et que le Cosmos, le monde ordonné, est en somme leur œuvre. Que cette remarque doive s'appliquer

également à la conduite humaine, c'est ce qui résulte de l'ensemble du développement et aussi de robservatîon qui suit. En effet, ajoute Platon, « l'égalité géométrique est toutepuissante parmi les dieux comme parmi les hommes ». N'esf elle pas, d'une part, le moyen d'unir des choses inégales, ce qui est l'objet même de l'Amour en tant qu'intermédiaire entre ses opposés ? D'autre part, n'est-ce pas aussi la fonction de la justice d'établir une harmonie entre des choses opposées, telles que sont les parties de l'Ame, et, quand la justice existe, l'homme n'est-il pas ami de lui-même et des autres {Réf. IV, 443 C-E; I, 351 D-352 B)? La liaison de ces deui idées est bien mise en lumière dans les Lois. Nous y voyons en effet que l'égalité est le principe de l'amitié, mais que la seule égalité vraiment capable de produire cet effet, ce n'est pas l'égalité fondée sur le hasard du sort, c'est l'égalité qu'on établit, par le moyen de la mesure ou de la proportion, entre des choses inégales, et conformément à leur nature : là est là véritable justice. Cette sorte d'égalité est divine; elle est rare parmi les hommes ; néanmoins tout ce qui se fait de bien parmi eux en dérive (VI, 756 E-758 A; cf. Plut. Quaest. conviv. VIII, 2, 4-6, p. 719). Mais, si la justice ainsi fondée sur la p^opo^ tion et l'accord produit l'amour et combat le désordre, inversement on peut croire que la vraie justice doit elle-même dépendre de l'Amour ; car l'Amour établit de son côté un accord et une proportion entre des choses diverses et ces choses, tout en conservant leur nature, se joignent selon un certain ordre dont le principe est dans la meilleure d'entre elles. Seule en effet elle est capable, en tant que faculté rationnelle, de soumettre entièrement l'Infini au Fini et de fonder une synthèse qui soit vraiment une, parce qu'elle est faite d'après une proportion bien réglée, et qui soit belle, pour la même raison : « Il n'est pas de lien plus beau, dit le Timée (31 C), que celui duquel lui-même et les choses qu'il unit reçoivent la plus forte unité. Or la proportion est de telle nature qu'elle réalise cette fin de la façon la plus belle. » Dans l'amour philosophique, c'est-à-dire dans l'amour véritable, il faut donc qu'il y ait de la mathématique, comme il doit y en avoir

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