‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 85 sur 99 · L*AMOUR COMME MÉTHODE PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

L*AMOUR COMME MÉTHODE PHILOSOPHIQUE

[lie, grâce à T Amour, œuvre propre du philosophe, F Ame reient vers les Idées et que ce Retour consiste dans la reconlaissance de FUniversel substantialisé, dans la réduction de a multiplicité des sensations à Tunité de l'Idée (248 D-249 D). )r c'est là Tobjet de ce qu'on appelle ordinairement la diaectique ascendante **^ C'est donc elle que l'Amour symbolise, nous verrons plus tard de quelle façon et quelles difïél'ences les séparent (§ 156 s. med,).

§ 152. — Ainsi donc l'Amour et la Dialectique sont l'un et l'autre, non sans doute au même titre, ni au même degré, mais selon la communauté de leur but, une méthode philosophique. Le Banquet et le Phèdre s'accordent avec la République, pour montrer comment on peut amener l'Ame à ce qui est son objet propre, la contemplation de l'Être réel, c'est-à-dire de l'Idée. Or une méthode philosophique n'a de sens que par rapport à un être qui, engagé dans le Sensible, est étranger à l'Être réel et dont la condition actuelle est d'ignorer l'Idée, qu'il est cependant, par nature, capable de connaître. Une méthode philosophique, c'est la voie qui mène du Non-Être à l'Être. En effet, s'il est vrai, comme nous l'avons montré (cf. § 140, p. 168), que l'Amour n'est pas absent de l'Ame même dans sa vie intelligible, il n'en faut pas moins reconnaître que sa raison d'être, en ce qui concerne notre état actuel, c'est précisément que notre âme est déchue et qu'elle possède une partie sensible. Mais comment faut-il interpréter cette remarque, en relation avec ce qui vient d'être dit sur l'Amour comme méthode philosophique? Est-ce à dire que la sensibilité serait, en elle-même, capable de nous donner un équivalent de la connaissance? L'intellectualisme platonicien admettrait-il la juxtaposition d'un véritable mysticisme, fût-il même purement spéculatif? A ces questions il faut répondre par la négative : c'est ce que M. Bro-

221. La distinctioQ d'une dialectique ascendante et d'une dialectique descendante, résulte du passage bien connu de la République VI, 511 BG (cf. 510 B). On a donné à ces deux procédés, en se fondant sur les déterminations du Phèdre (266 B; cf. Philèbe 23 E, 25 A, D), du Sophiste et du Politique f les dénominations de awaycoYii et de 6iatpe<n;.

CHARD*** a établi récemment d'une façon qu'on peut croire définitive. N'avons-nous pas vu jusqu'à présent que, si l'Amour est fonction de l'Ame en tant qu'il engendre la Vertu et en tant qu'il est un principe de la connaissance du Vrai. c'est justement en tant que la fonction essentielle et propre de l'Ame, c'est l'intellection? On rappelle souvent, il est vrai. le mot de la République (518 C) : c'est « avec l'âme tout en tière », dit-on, que Platon nous commande de philosopher. Mais il ne faut pas prendre cette parole à contre-sens, ni se laisser obséder par les classifications factices que la psycho logie éclectique a accréditées. Il faut y voir seulement Taffirmation très nette de cette obligation, qui s'impose à nous. lorsque nous voulons contempler l'Être absolu, de donnera l'organe qui est capable de cette contemplation une disposi tion appropriée, et cela en raison des nécessités mêmes auxquelles l'âme est actuellement soumise. « Si l'œil n'avait pas de mouvement particulier, dit Platon, il faudrait nécessaire ment que le corps tournât avec lui dans le passage des té nèbres à la lumière ; de même l'éducation dialectique nous apprend comment c'est avec l'âme tout entière que la faculii d'apprendre [qui est naturellement dans l'âme] et l'organe destiné à cette faculté doivent être détournés (xeptaxxsov) de la vue de ce qui devient, jusqu'à ce que l'âme soit devenue ca pable de s'élever vers l'Être et vers ce qu'il y a de plus lumi neux dans l'Être, vers le Bien. Dans cette évolution (•rcepiaYw.'Ti' qu'on fait faire à l'âme, tout l'art consiste à savoir comment il faut tourner ([xsTaaTpaç'^aeTat) l'organe de la manière la plu^ aisée et la plus efficace. » (518 C D) Comme le dit excelleni ment M. Broghard, « c'est avec l'œil de l'âme, c'est-à-dire avec la raison pure que nous voyons le soleil intelligible. Le^ autres parties de l'âme ne prennent pas plus de part à cet acte que les pieds ou les mains ne sont nécessaires à la vision sensible. » {ibid. 20)

§ 153. ^^ Cependant il est bien clair que tourner ràiin' tout entière, de manière qu'elle voie les Idées avec l'œil de

222. Art. cit. Ann. philos. XVII, 18-20; cf. A. ph. XVI, 16 sq.

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