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L'AMOUR ET L'AME, COGNITIFS ET MOTEURS

puyant sur Tascension dialectique — de quelle façon le Beau se communique progressivement aux choses : il y en a qui sont plus proches de lui, d'autres qui en sont plus éloignées. Bref il y a dans la doctrine de TAmour une solution indirecte du problème de la Participation. Si en effet T Amour est un intermédiaire à Taide duquel nous pouvons réconcilier le Sensible et l'Intelligible, le phénomène et l'Idée, il est clair que les étapes de cette médiation seront, inversement, les moyens termes de la Participation. La réalité que l'Amour, par essence, aspire à posséder éternellement, le Beau, se répand en des termes qui en sont des expressions graduellement affaiblies, et chacune de ces expressions représente un des moments par lesquels nous devrons au contraire passer, si, partant d'en bas, nous voulons retourner vers la réalité absolue, c'est-à-dire vers le Beau. Il n'y a donc pas rupture complète entre le Sensible et l'Intelligible ; il n'y a pas non plus identification du premier au second et on se tromperait gravement, je crois, en faisant de la doctrine platonicienne un monisme idéaliste. Mais entre l'un et l'autre il existe toute une série d'intermédiaires, et l'Amour paraît être justement une expression symbolique de cette conception. Platon a eu l'intuition de la méthode synthétique : pour lui l'effort de la pensée doit tendre à réconcilier des opposés ; la doctrine de l'Amour n'est-elle pas, comme nous l'avons vu, une des solulutions du problème des contraires? Elle en est précisément, peut-on dire, la solution concrète et pratique.

§ 163. — Il y a en effet ceci de très remarquable dans l'Amour tel que le conçoit Platon, qu'il est à la fois un principe moteur et un principe de connaissance, qu'il unit en lui le faire et le savoir. Nous sommes ainsi amenés à étudier le caractère synthétique de l'Amour sous le second des aspects que nous avons distingués (p. 210 sq.). L'Amour, c'est la tendance active vers l'Idée, c'est l'effort enthousiaste vers la science et vers la vertu. Veut-on comprendre en quel sens, demande M. Brochard, l'Amour peut être considéré comme identique à l'enseignement de la vertu? On réfléchira que <( ce n'est pas seulement par des formules abstraites, de

sèches démonstrations et des procédés purement dialectiques que Ton s'élève h la vertu. Du moins la dialectique doit être active et vivante, le raisonnement doit être accompagné de la chaleur qui anime et vivifie Tâme, de la conviction qui persuade, de l'enthousiasme qui entraîne et de Tinspiration qui illumine. » (art, cit. Ann. philos. XVII, p. 21). L'Amour est philosophe : c'est dire qu'il y a en lui quelque connaissance de cette sagesse dont il est dépourvu, et le désir de l'obtenir; mais c'est dire aussi qu'il tend essentiellement à réaliser cette même sagesse d'une façon concrète, dans la personne de l'amant que l'amour a ramené vers le dieu dont il dépend, comme dans la personne de l'aimé, en qui il s'efforce de produire une image de son divin modèle. Il est un mouvement, et la mobilité lui est même essentielle; or le but de ce mouvement, c'est la possession et la communication de la vertu et c'est aussi, ce qui revient au même, la contemplation de.la Beauté idéale et absolue, par l'organe qui est capable de cette contemplation, c'est-à-dire par l'Intellect. Si, d'autre part, l'Amour est la fonction propre de l'Ame, non pas seulement de l'âme engagée dans le sensible, mais aussi de l'âme immortelle, si d'ailleurs celle-ci est un démon comme l'Amour luimême (cf. § 121, 128, 138), il en résulte quelques enseignements d'un intérêt considérable au sujet de la conception platonicienne de l'âme intellectuelle. Celle-ci doit être elle-même une synthèse du pouvoir cognitif et du pouvoir moteur : il y a en elle intellection et action. C'est ce que la théorie de l'ame du monde dans le Timée montre avec une grande évidence. H y a une liaison incontestable entre le mouvement des cercles de l'âme et la connaissance (36 E-37 C), et ce qui est vrai de l'âme du monde l'est aussi des âmes particulières (43 A-44 B, 47 BC, 90 CD). La même conception apparaît très manifestement aussi dans le Phèdre, où nous voyons Platon prouver l'immortalité d'une âme, qui ne peut être que l'âme intellectuelle, en montrant que l'Ame est ce qui, se mouvant soimême, est le principe du mouvement dans tout le reste (245 C-246 A; cf. 246 BC). Enfin une doctrine analogue est développée avec abondance dans le X^ livre des Lois (892 A-

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